‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 24 sur 212 · MOYENS DE VAINCRE NOS PASSIONS · texte numérisé non relu

MOYENS DE VAINCRE NOS PASSIONS

Tenez ferme et ceignez vos reins comme un brave (1). Aussitôt qu'un mouvement de colère se fait sentir, comprimez-le promptement et courageusement \car Dieu ordonne de pardonner l'offense et défend de se venger. Pensez qu'une parole imprudente est tombée de la bouche de votre frère sans intention de vous offenser, et, quand même elle aurait été prononcée d'un air irrité, montrez un visage serein; répondez aux duretés par des paroles douces. Une réponse douce abat la colère , et le sage se rend aimable par ses discours (2). Faites ce que conseille l'apôtre : vainquez le mal par le bien, et, en éloignant l'ennemi de votre porte, vous l'empêcherez d'entrer chez vous.

2° On appelle passion, non cette inclination et ce penchant de la nature, ni le premier mouvement de concupiscence ou de colère, mais l'inflammation des sens qui est le résultat de ce mouvement ; si vous ne le réprimez pas, il dure un certain temps et excite de semblables mouvements. Lorsqu'on ne résiste pas à la nature, dit saint Augustin, elle devient passion déréglée. Comme une maladie corporelle est produite par le mélange des humeurs et du sang qui, coulant ensemble, affaiblissent le corps, de même aussi la passion se forme de l'abondance désordonnée des esprits vitaux et augmente la concupiscence. L'injure que vous avez reçue vous a fortement ému, et, ne vous possédant plus, vous n'avez pu supporter son premier assaut : il reste dans votre esprit une certaine rancune et un malaise qui vous rappelle les paroles dites, les actions faites, qui les rend continuellement présentes à votre mémoire, et vous suggère les moyens de vengeance et la manière de la satisfaire. Déjà la passion vous pique et vous dévore ; tandis que tout cela agite votre esprit, attaquez cette passion qui résiste, faites les plus grands efforts pour la réprimer, accusez-vous vousmême, opposez-lui tout ce que vous dictent la raison et la

(1) Job. 38. -- (2)Eccli.20.

40 VI. SAMEDI APRÈS l'ÉPIPHA-NIE.

religion, no vous lassez point jusqu'à ce que vous sentiez votre esprit vaincu et tellement calme qu'il n'est plus capable de s'émouvoir.

Mais il faut fuir la passion de la chair, parce qu'elle entraîne doucement et qu'en flattant elle donne la mort par son seul souffle impur. N'en venez jamais aux mains avec elle.

3° Quoique l'on puise réprimer les vices en leur résistant, ils ne sont pas pour cela déracinés avant que les vertus qui leur sont opposées aient pris leur place. Préparez donc votre âme à de nouveaux combats ; cherchez l'ennemi qui vous a frappé sur la joue droite et présentezlui r autre (1), c'est-à-dire comportez-vous comme si vous aviez fait l'injure et que vous ne l'eussiez pas reçue' ; calmez votre adversaire en l'entretenant avec affabilité, amicalement, familièrement, ayant soin de l'adoucir par toutes sortes de bons procédés, jusqu'à ce que tout ce qui reste d'amertume dans votre cœur ait disparu.

Telle est enfin la victoire parfaite et la véritable vertu du chrétien : aimez vos ennemis (2). Si vous n'avez pas le courage d'empêcher l'ardeur de la passion, empêchez-en au moins les effets, ce qui est le troisième moyen et le plus difficile.

IIIe Ponvr. — Ne suivez pas dans son exaltation la concupiscence de votre cœur (3). Quelquefois le mouvement do la passion est si prompt, si violent, si continuel, qu'aucun raisonnement tiré de la raison ou de la roligion n'est capable de la calmer. Ne vous croyez pas pour vaincu, et ne désespérez pas. La passion excite la concupiscence et l'enflamme, elle trouble et détruit la raison, elle presse la volonté et la fait incliner; empêchez ces effets autant que vous le pouvez en les combattant; retenez fortement votre consentement, et si vous ne pouvez empêcher ni le sentiment ni l'impression, refusez au moins d'y consentir.

(1) Malth. 5. --(2) I!>id. — (3) Eccli. 5.

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