DE L AMBITION
ment lorsqu'il arrive ce dont se plaint Job : Toutes mes pensées se sont évanouies ; elles ont tourmenté mon cœur. -, m'ont fait changer la nuit en jour (1).
Pour vous, cherchez la véritable gloire, qui ne vient pas des hommes, mais de Dieu. Toute gloire qui n'est pas le fruit de la vertu est fausse; celle-là seule mérite et obtient de droit le nom de gloire, dit saint Bernard, qui a Dieu pour objet et qui ne se recherche pas.
IIe Point. — Nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Les ambitieux suent et travaillent en vain, par™ que souvent ils cherchent vainement, et que ce qu'ils cherchent est vain.
i° Comme dans la lice plusieurs courent et qu'un seul remporte le prix (2), de même il y en a toujours plusieurs qui aspirent aux honneurs et un petit nombre qui y parvient, parce que le nombre des dignités et des emplois n'égale pas celui des compétiteurs. Voilà pourquoi on en voit beaucoup qui pendant toute leur vie font de grands efforts pour se montrer au grand jour et qui s'en vont dormir dans la poussière. La mort prévient les uns, la faveur et les grâces des puissants accablent les autres ; celui-là est supplanté par la ruse, celui-ci écrasé par la vertu et le mérite de ses concurrents ou abandonné de la fortune. Pour dire vrai, la Providence divine les réprime et les arrête : Dieu résiste aux superbes, et personne ne doit prendre une place honorable s'il n'y est appelé de Dieu (3), comme Jésus-Christ, qui ne s'est point glorifié lui-même en se taisant pontife.
Qui vous a appelé lorsque, par toutes sortesd'intrigues, vous êtes parvenu à avoir la première place dans cette maison, dans cette communauté? Qui vous a placé à la tête de vos concitoyens ou dans cet emploi que vous n'avez pas mérité? n'est-ce point la flatterie et des moyer.s indignes? Ne craignez-vous point la justice de Dieu qui
.r Job 17.— (-:■) ICor. 0 — (5; Jac.4; ïïcl.r. 5.
LUNDI DE LA SEXÀGÉSlME.
punit d'une manière terrible deux ambitieux dansle désert (1)? C'était Dathan et Abiron, que la terre engloutit.
2° Mais quel est donc cet emploi ou cette place que vous désirez si ardemment et qui vous occupe si fort? Salomon était devenu grand au point qu'il l'emportait sur tous les rois de la terre, et dans tout ce qui l'environnait il ne vit que vanité et qu'affliction d'esprit. Il n'y a qu'une vraie gloire, c'est de servir le Seigneur; mais la gloire du pêcheur n'est que l'ordure et les vers ; cette gloire ne saurait rassasier l'âme. L'opinion des hommes est trompeuse et sans stabilité, et que sert-elle pour vivre bien et heureusement? Personne n'est content de son sort; chacun espère mieux en désirant une position plus élevée, souvent il trouve moins encore, afin qu'il soit plus évident que tout n'est que vanité des vanités, surtout parce que la figure de ce monde passe et que l'homme ne demeure jamais dans le même état. « La vie de tout potentat est « courte (-2). J'ai vu l'impie élevé comme les cèdres du y Liban; j'ai passé, déjà il n'était plus (3). Les ennemis « de Dieu, après avoir été élevés en gloire, disparaissent « comme la fumée ; leur mémoire périt avec fracas. « Dieu seul règne éternellement (4-). »
A Dieu ne plaise que je me glorifie autrement que dans le Seigneur. C'est vous, mon Dieu, qui glorifiez ceux qui vous craignent ; vous garderez la mémoire des humbles, pt vous perdrez la mémoire des orgueilleux.
IIIe Point. — S'ils montaient jusqu'aux deux, je les en ferais descendre (5). L'ambition ne met point de terme ni de borne à ses péchés ; aussi elle n'échappe pas à la vengeance de Dieu. L'ambitieux viole avec une égale fureur les lois divines et humaines ; il ne distingue pas entre le sacré et le profane ; il foule aux pieds et renverse tout à la fois la société humaine, le bonheur des royaumes et la sainteté de la religion.
(J)Nombr. *G.— (2)Eeel, 10.— (5) Ps. 56 ct9.— (4)Eccii. 10. — f5) A m os 0.
de l'ambition. 77
\° La charité est le lien de la société ; or, elle ri est pas ambitieuse (i). Quelle est donc cette charité qui fait que le frère supplante son frère et que l'ami emploie des ruses pour obtenir la première place et imposer le joug aux autres? Où est-elle lorsqu'on trame des complots dans les ténèbres, et que, par des fourberies et des calomnies, on trompe les simples, on repousse ceux qui ont bien mérité, on opprime les innocents? Quelle est cette société où des partis et des sectes divisent les membres de la communauté et les excitent mutuellement à la guerre et au meurtre? L'ambition ne respecte pas même les droits du sang et de la parenté. Quel crime horrible ne commit pas contre les droits de la nature le désir furieux de régner dans Abimélech et dans Alhalie, lorsque l'un fit mourir la famille de son père, et l'autre celle de son fils (2) t
Ayez horreur d'un semblable monstre, qui prend son plaisir dans le carnage, et un carnage tel que les bêtes féroces elles-mêmes en auraient horreur.
2° L'ambition pousse les nations contre les nations et fait heurter les armes contre les armes ; elle arrache de leur trône ceux qui le possèdent et transporte la couronne sur la tête d'un usurpateur. Oh ! que de guerres et de révolutions troublent le repos et la tranquillité publique, lorsque cette passion, voulant étendre son empire, excite les esprits jusqu'à attenter à la vie des rois! Que de fleuves de sang coulent de toute part, lorsque l'ambition, qui n'a point de tendresse ni d'entrailles, arme le citoyen contre le citoyen, le sujet contre le roi, le fils contre le père ; lorsqu'abandonnant tout sentiment d'humanité, on court aux armes, et que l'ami taille en pièces et lue son ami, et le frère son frère !
L'ambition est petite dans les petits et grande dans les grands. Détruisez-la avant qu'elle ait grandi. « Comme
(i) I Cor. 13. — (2) Judic 9; IV Rois H.
MARDI DE LA SEXAGLSiME.
h une lionne fait de ses lionceaux des lions et que le lion < apprend à saisir sa proie, à dévorer les hommes, à a faire des veuves et à rendre une ville déserte (1), » ainsi fait l'ambitieux.
3° L'ambitieux ne se met nullement en peine du culte de Dieu, il n'a aucun respect pour la religion, car le commencement de l'orgueil consiste à se séparer de Dieu. 1! n'est pas besoin de rappeler l'exemple de l'homme et de l'ange qui voulurent être semblables à Dieu, ni de ces hommes vains qui n'avaient pas la science de Dieu et qui voulurent être adorés dans les absurdes statues des faux dieux, ni de ce fils de perdition qui à la fin des temps s'élèvera au dessus de tout ce qui s'appelle Dieu. Combien n'en a-t-on pas vu qui, imitant celui qui incendia le temple d'Ephèse, voulurent se faire un nom qui fût connu dans tout l'univers au détriment de l'Eglise ! Combien qui, abandonnant la foi, en ont entraîné un grand nombre avec eux, pour s'établir des chefs en opposition avec Jésus-Christ et dominer sur une foule ignorante !
N'imitez point Jason et Ménélaûs, qui attirèrent sur leur nation toutes sortes de maux et de calamités. Tous deux furent les victimes de la vengeance céleste ; tous deux, chassés de leur pays, périrent misérablement et n'eurent pas même les honneurs de la sépulture (2).