‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 85 sur 212 · J.-C EST VENDU PAR JUDAS · texte numérisé non relu

J.-C EST VENDU PAR JUDAS

tion du diable, poussé par son avarice, vend le Sauveur la somme de trente pièces d'argent ; crime horrible, dans lequel je ne sais ce qui doit le plus étonner , 1° ou de la dépravation du cœur ; 2° ou de la barbarie du crime, 3° ou de la nullité d'un tel prix.

Ie Potn't. — Le commencement de cette dépravation fut une étincelle cachée qui, s'accroissant peu à peu, produisit un vaste incendie. *

1° Judas, ayantabandonné tout ce qu'il possédait, avait suivi Jésus-Christ, qui n'admettait jamais personne à l'apostolat sans cette condition : Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple (1). Mais Judas, conservait dans son esprit une certaine affection pour les biens de la terre, et dans son cœur restait cachée une étincelle de mauvaise cupidité qu'il négligeait d'étouffer ; il la ranimait au contraire, l'imprudent, et lui donnait des aliments lorsque, trouvant et embrassant avec joie une occasion capable d'enflammer ce penchant, il se chargea de la bourse et des aumônes. Delà le gouffre de mauxqui embrasa etcorrompit le cœur de l'apôtre; ce qui doit nous apprende à fouiller avec soin tous les replis de notre cœur et à déraciner tous les fdaments de nos vices.

2° Le commencement fut si caché, l'accroissement du mal fut si faible, que l'on put à peine l'apercevoir; car sa cupidité s'accrut insensiblement par des vols de peu d'importance. Gomment Judas aurait-il pu soustraire beaucoup à ceux qui étaient quelquefois obligés de prendre des épis qu'ils froissaient pour apaiser leur faim , et qui n'avaient pas la monnaie suffisante pour payer le tribut à César? Il est même probable que Judas, dans le principe, n'eut pas voulu prendre beaucoup, quand même il l'aurait pu, pour ne pas se rendre coupable d'une faute grave ; il prenait peu et rarement, pour son usage particulier ; ensuite, devenu plus avide, désirant acquérir de

(i) Lucd4.

l'argent, affligé d'en avoir perdu l'occasion, il murmura en voyant répandre le parfum, et fut cause que les autres murmurèrent.

C'est ainsi que peu à peu on descend dans l'abîme, car on ne va pas au fond tout d'un coup ; ceux qui tombent dans les plus grands crimes commencent par les moindres : mais h pêcheur, une fois arrivé au fond de V abîme, méprise tout.

3° Après ces faibles commencements et cette lente augmentation, quel incendie s'alluma en peu de temps ! Autant ce cœur misérable brûlait de l'amour de l'argent, autant il conçut delà haine contre Jésus-Christ, qui avait pris la défense de Madeleine et fait son éloge; cette haine, dont les feux s'étaient unis aux flammes de l'avarice, éteignit et effaça en lui tout sentiment de piété, de religion et d'humanité.

Ainsi Judas de la plus haute sainteté tomba peu à peu dans la plus grande dépravation; de disciple du Sauveur il devint un fds de perdition, d'apôtre un démon. « Ne « vous ai-je pas choisis tous les douze ? Cependant il y en « a un d'entre vousqui est un démon (1),» dit Jésus-Christ. Celui qui auparavant chassait les démons, vaincu par eux, se soumit à leur empire : Satan entra dans Judas (2).

Concluez de là que personne pendant sa vie n'est assuré de son salut. Si les étoiles tombent du ciel, combien plus facilement un homme composé de terre, faible et misérable ne peut-il pas tomber et se jeter dans le gouffre de tous les maux ! Concluez de là que tous ceux que Dieu a élevés à une haute dignité ou même à la sainteté, deviennent pires que les autres s'ils tombent; car la corruption de ce qu'il y a de meilleur est la pire, et la chute qui vient de plus haut a toujours un résultat plus grave. Plaise à Dieu que vous vous teniez en garde contre un pareil événement et que vous en prévoyiez la fin !

[\) Jean 6. — (2) Luc 22.

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