‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 84 sur 212 · ENTRÉE DE J.-C. DANS JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE J.-C. DANS JÉRUSALEM

phene fut pastant celui de sa puissance que de sa charité; fasse le ciel qu'elle règne et qu'elle triomphe dans mon cœur !

Voyez quelle distance il y a entre la charité de Jésus- Christ et la vôtre: lui, tout en semblant se rechercher, ne recherche que vous, n'aime que vous ; vous, au contraire, quan d vous semblez le rechercher, vous ne recherchez que vous-même, vous n'aimez que vous.

3° S'il eût cherché sa propre gloire, il n'eût pas paru dans l'humilité et dans la pauvreté; celui qui est appelé le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ne fût pas monté sur un ânon, lui à qui appartient tout l'univers. Voilà les insignes de notre Roi, la pauvreté et l'humilité ; celui qui rejette ces deux vertus abandonne le royaume •le Jésus-Christ et se livre aux princes des ténèbres.

Si vous ne travaillez que pour les richesses et les honneurs, vous n'êtes plus le serviteur de Jésus-Christ ni son disciple. Cette parole paraît dure à un grand nombre, mais elle est agréable aux fidèles qui connaissent cette loi de Jésus-Christ qui veut que par l'humilité nous arrivions au triomphe et que par la pauvreté nous arrivions au royaume.

IIe Point. — Mais une grande foule étendit ses vêtements le long du chemin (1). En recevant son roi, le peuple juif lui rendit de la manière la plus convenable qu'il lui fût possible l'honneur qui lui était dû ; il témoigna du respect à sa puissance, donna des actions de grâces à sa charité et de la gloire à son humilité.

1° On ne voit aucun peuple témoigner à son roi plus de respect que la nation juive au Sauveur, elle eut soin d'orner de branches d'arbres et de tout ce qui était sous sa main le chemin par où il passait ; elle mit même ses vêtements sous ses pieds. Elle sentit qu'il y avait là non seulement une majesté royale, mais encore une majesté divine, à laquelle elle comprit qu'elle se devait ainsi que

(1) Matth. 2i 7.

tout ce qui lui appartenait; elle se dévoua donc à elle.

Qu'eussiez-vous fait si vous eussiez été présent? et pourquoi ne le faites- vous pas dans son temple où l'amour de Jésus-Christ renouvelle ce triomphe sous la plus humble apparence? pourquoi ne l'adorez-vous pas avec respec? pourquoi, lorsqu'il vient à vous, le recevez-vous avec tant d'irrévérence ? C'est parce que vous n'avez pas assez de foi, que vous ne reconnaissez pas sa majesté et sa puissance ; et parce que vous ne la connaissez pas, vous ne ressentez point sa présence, vous n'en retirez pas les fruits.

2° Ce peuple ne lui témoignait pas seulement son respect, mais sa bienveillance et sa gratitude ; chacun voulait accompagner le Sauveur, saluer son roi ; ils amenèrent l'ànesse et l'ânon, les couvrirent de leurs vêtements et le tirent asseoir ; la foule le précédait et le suivait.

Chrétien, apprenez même des Juifs à honorer votre Roi, et non seulement à le vénérer, mais à l'aimer, à le rechercher de toute l'affection de votre cœur, à l'accompagner, à désirer son amour et sa familiarité. 0 honte ! Jésus paraît au milieu des Juifs en grande compagnie ; parmi les chrétiens, il est souvent seul sur son trône, lui qui est le Sauveur de tous et surtout des fidèles; il est en effet le Roi de tous, mais surtout des chrétiens.

3° Ils criaient en disant : Hosanna au fils de David ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur I Hosanna, c'est-à-dire salut du plus haut des cieux. Cette foule, sans craindre les princes des prêtres et les pharisiens, professe et crie à haute voix que Jésus-Christ est le fils de David, le Messie promis aux nations ; elle proclame sa charité en chantant ses louanges, elle exalte son humilité en louant ses vertus, afin qu'il ne manque rien au culte qu'elle lui rend. Car voici eu quoi consiste le culte de Dieu : à avoir une haute idée de la majesté divine, à aimer avec ardeur intérieurement la bonté divine, à chanter librement les louanges de Dieu.

Sovez couvert de honte en voyant que vous n'osez pas,

ENTRÉS L'E J.-C. DAXS JÉRUSALEM. fgg

en présence des impies et des impudents, confesser hautement Jésus-Christ et sa doctrine. « On croit de cœur « pour la justification, mais la confession doit être faite de « bouche pour le salut. Celui qui aura rougi du Fils de «l'homme devant les hommes, le Fils de l'homme rou- « gira de lui devant son Père (1). »

III* Vorsr.— Les princes des prêtres et les scribes, voyant les merveilles qu'il faisait et entendant les enfants qui criaient dans le temple : Hosanna au fils de David! en furent indignés (Z). Considérez un instant le venin de l'envie, ses efforts, et comment elle est réprimée.

1° Les princes des prêtres et les scribes lui portent envie ; ce vice corrompt même les princes des prêtres même les âmes les plus élevées et les cœurs pieux • ils portent envie à celui qui est au dessus de tout ce' qui peut exciter l'envie, parce qu'il est au dessus de la nature humaine ; c'est celui que le Père a destiné à être pon tife et prêtre pour l'éternité, pasteur des âmes et chef de tous les pasteurs. L'envie n'épargne personne, elle ne laisse sans souillure ni le sacré ni le profane, elle blâme ce qu'on doit louer et exalter , elle brûle le cœur intérieurement, elle déchire et tourmente les entrailles : En voyant cela ils furent indignés.

N'avez-vous point souffert avec peine et avec indignation que d'autres fussent loués et élevés au dessus° de vous? Quelquefois, agité par l'aiguillon de l'envie ne desapprouvez-vous pas ce que vous devez approuver? Enlevez ce crime horrible de votre cœur.

2* L'envie est cruelle, mais elle est faible ; elle attaque lâchement et frauduleusement, elle poursuit par derrière elle cherche à vous prendre en flanc : telle est la malice de l'envie. Les prêtres se tournent vers le Sauveur et lui disent : Entendez-vous ce que l'on dit ? Maître, réprimedisciples (3). Ce qu'ils ne peuvent pas empêcher à foi ouverte, ils le font par ruse.

(t) Rom. 10 et Luc 9. - (2) Luc 9. - (5) iLid. 19,

vos rce

i OU l. MERCREDI DE CARÊME.

Qu'il est affreux, injuste et honteux ce vice qui rougit de lui-même, qui se glisse dans les ténèbres, qui marche par la fraude et les calomnies, qui se nuit autant à luimême qu'aux autres, qui tue et dessèche l'objet de l'envie et l'envieux lorsqu'il pénètre dans l'âme !

3° Jésus leur dit : « Vous n'avez donc jamais lu ces paie rôles : C'est de la bouche des enfants et de ceux qui sont « à la mamelle que vous avez tiré la louange la plus parti faite? Je vous le dis, si ceux-ci gardaient le silence, les « pierres parleraient (1). » Par ces paroles, le Seigneur arrête et confond l'envie des pharisiens, leur montrant ainsi qu'ils étaient plus durs que la pierre, qui prit part aux souffrances de son auteur, et qui en se brisant le glorifia à sa mort; que les autres Juifs qui prenaient part à l'envie de ces docteurs, étaient rejetés et réprouvés Je Dieu, qui a le pouvoir de former des enfants d'Abraham avec des pierres par la conversion des Gentils, en leur enlevant leur cœur de pierre et en leur donnant un cœur de chair qui serait sensible à ses bienfaits.

0 malheureuse suite de l'envie, qui amena une affreuse catastrophe en faisant périr Jésus-Christ et en perdant les Juifs! Cependant c'est à peine si une âme peut en être délivrée, à moins qu'elle ne soit généreuse et douée de la grande vertu qui n'est point jalouse ni ambitieuse, qui ne se réjouit point de l'iniquité, qui se réjouit de la vérité, qui compatit aux maux et se félicite du bien des autres comme de son bien propre : c'est la charité.

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