LA CÈNE PASCALE
2° Qu'y a-l-il de plus doux qu'un agneau? quoi de plus innocent? On le tond, il ne se fâche point ; on le blesse, il ne se venge point. Isaïe a prédit cette ressemblance de Jésus-Christ à un agneau, et l'apôtre saint Pierre en a tiré un bon parti en disant : Vous avez été l'achetés par le précieux sang, comme de l'agneau sans tache. « Lorsqu'on le « maudissait, il ne maudissait point; lorsqu'il souffrait. « il ne menaçait pas (1). Il n'a pas ouvert la bouche; « semblable à une brebis qu'on mène au sacrifice, et a comme un agneau en présence de celui qui le tond, il « a gardé le silence (2). »
C'est cette douceur que le Seigneur nous propose surtout à imiter : Apprenez de moi que je suis doux. Qu'il s'en faut que nous l'imitions, nous qui prenons feu pour la moindre injure ! Il est beau à nos yeux de repousser la force par la force, de nous emporter contre nos adversaires; nous regardons comme une chose honteuse de céder à qui que ce soit et de souffrir quoi que ce soit.
3° Mais- la victime pascale était aussi une figure de f Agneau qui domine sur toute la terre (3), c'est-à-dire de la vertu et de la puissance de Jésus-Christ, dont le sang a délivré de la mort les enfants d'Israël, et qui les a ramenés de la servitude à la liberté, de l'Egypte à la Terre- Promise. Le sang de Jésus-Christ a fait plus que cela, il nous a délivrés de la mort éternelle, de la captivité de Satan, et nous a retirés de la puissance des ténèbres pour nous rendre à la lumière et à la liberté des enfants de Dieu; il nous a introduits de cette vallée de larmes à la céleste patrie : voilà ce qu'il vaut, voilà ce que vous lui devez.
Mais que vous servira le sang de Jésus-Christ, s'il n'arrose point votre cœur, y étant appliqué par l'union d'une douleur et d'une sincère contrition?
IIIe Point. — J'ai désiré avec beaucoup d'ardeur de man~
(1) ! Pclr. I et 2. — (2) Isaïc 33. — (3) Jbid. 16.
ger cette pégue avec vous il). Jésus désirait de répandre son sang ; c'est pour cela qu'il désirait de célébrer cette dernière pàque avec ses disciples, soit parce qu'elle précédait de près sa mort, soit parce que le cérémonial présageait sa passion qui était très-prochaine ; car ce cérémonial avait été préordonné et institué en vue de deux sacrifices, l'un sanglant et l'autre non sanglant.
4° Jésus-Christ, tenant un bâton à la main, pensait à sa croix et l'embrassait avec joie ; dans les laitues sauvages, il goûtait l'amertume du fiel ; dans la promptitude avec laquelle il fallait manger, il voyait la fureur de ses ennemis qui se jetaient sur lui; dans l'agneau immolé, écorché et rôti, il se considérait lui-même suspendu à la croix, écorché par les coups de fouet, immolé, et brûlé par le feu de la tribulation et des tourments. La loi disait: a Vous n'en mangerez rien qui soit crû ni cuit à l'eau. « mais ce qui sera rôti au feu; vous mangerez la tète. q les pieds et les entrailles, et il n'en demeurera rien jus- « qu'au matin ; s'il en reste, vous le consumerez par le g l'eu ; vous ne porterez point de cette chair hors de la o maison, et vous ne briserez pas les os {%). » Le Sauveur en tirait la conclusion que ses os seuls ne seraient, pas brisés, mais que tout son corps, de la plante des pieds jusqu'à la tête, serait tourmenté à l'intérieur et à l'extérieur, et qu'il serait entièrement consumé comme un holocauste.
Il désire souffrir tous ces tourments pour vous, et vous, vous refusez de rien souffrir pour lui.
2° L'autre partie des cérémonies a rapport au sacrifice non sanglant, et contient la préparation nécessaire pour manger l'agneau pascal : Nota devons le manger non avec le pain de la malice, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité (3), c'est-à-dire sans être corrompus par le levain de nos vices, mais purs, innocents et soutenus par
(i) Luc 22. — (2) Exod. 12. — (5) I Cor. 5.