J.-C EST VENDU PAU JUDAS
seulement sur la personne de Jésus-Christ, mais encore sur ses disciples et sur sa doctrine. Que pouvaient en effet penser les prêtres d'un maître qui avait un tel disciple? Tant il est vrai qu'une passion quelconque aveugle le pécheur au point qu'il achète à tout prix un plaisir momentané et la satisfaction qu'il en attend.
« Quel fruit avez-vous retiré de ce qui maintenant vous « couvre de confusion (1). » Combien de fois avez-vous vendu même à meilleur marché que Judas et mis au dessous de la chose la plus vile votre Dieu, sa grâce et son amitié, votre conscience, votre réputation, votre àme et la gloire éternelle ! Combien Dieu vous a plus estimé, lui qui n'a pas craint de donner sa vie pour vous et de vous racheter par son propre sang! «Vous avez été race cbeté à grand prix, non par des valeurs périssables. « telles que l'or et l'argent, mais par le précieux sang de « l'Agneau sans tache (2). » Ne vous regardez donc pas comme un objet vil et vénal, et bien moins encore le Seigneur votre Dieu et votre Rédempteur.
2° Il a voulu être vendu à si vil prix afin de donner à tous les hommes le moyen de l'acheter, et il a voulu être si peu estimé afin que chacun puisse l'acquérir, dit saint Paulin. C'est un trésor infini pour les hommes (3). S'il demandait autant qu'il vaut, qui pourrait l'acquérir? Mais au contraire combien demande-t-H? Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? On laisse l'acheteur libre de fixer le prix: « Et vous qui n'avez pas d'argent, hâtez- « vous, achetez, venez, achetez sans argent (4). » 11 s'offre lui-même, il se donne de bon cœur et se livre à ceux qui l'aiment.
Seigneur, je ne puis vous donner ni beaucoup, ni rien de précieux ou de grand prix, et vous ne le demandez pas; celui qui vous aime est assez riche, et celui qui se donne lui-même donne assez. Recevez votre serviteur
(1) Rom. 6. —(2) I Cor. 6 et I Pclr. L— (3)Sap. T.— (4) Isaïe 55.
\Cr2 I. JEUDI DE CARÊME.
pour toujours, afin que vous soyez à moi et que je sois à vous maintenant et pour l'éternité.
La cène pascale.
« Allez à la ville chez un tel, et dites-lui : Le maître a « dit : Mon temps est proche, je fais ma pâque chez vous a avec mes disciples (1). » Jésus-Christ soupe pour la dernière fois avec ses disciples et donne fin à l'ancienne pâque ; nous examinerons les préparatifs de la pâque nouvelle, son agneau, ses cérémonies.
Ier Poixt. — L'appareil qu'y met Jésus-Christ est une leçon pour nous apprendre à imiter sa pauvreté et son observance de la loi, le soin et la vigilance des disciples, la charité et l'obéissance de l'hôte qui le reçoit.
1° Celui qui répand ses richesses sur tous les hommes n'avait pas un lieu pour y célébrer la pâque. Sa pauvreté volontaire condamne notre abondance, le soin que nous avons de nos propres commodités et le désir des richesses qui nous tourmente. 11 a voulu être pauvre, vous voulez être riche ; est-ce ainsi que vous suivez Jésus- Christ? Ou vous êtes dans l'erreur, ou il se trompe.
Il n'ignorait pas qu'on lui préparait une croix à Jérusalem, il se hâte néanmoins d'y aller pour accomplir la loi : Allez à la ville ; ni la mort qui le menace, ni les larmes et la douleur immense de sa saint Mère, ne sont capables de le retarder lorsqu'elle lui fait ses derniers adieux. Quel glaive perça alors l'âme du Fils et celle de la Mère ! Quoi ! mon Fils, vous fuyez votre Mère, et vous vous jetez au milieu de vos ennemis? Je ne vous reverrai plus que suspendu à la croix et mourant au milieu des plus cruels supplices? Mon Fils, qui me donnera de mourir
(1) Malth. 26
LA CÈSE PASCALE. dG3
pour vous? Lui s'arrache aux embrassements de cette tendre Mère pour accomplir la volonté de son Père.
C'est ainsi qu'aucune violence n'est capable d'ébranler une âme forte et constante ; mais nous, le moindre prétexte nous détourne de l'observance de la loi et de l'accomplissement de notre devoir , le moindre souffle nous effraie et nous arrête. « Celui qui dit à son père et à sa a mère : Je ne vous connais pas, et à ses frères : Je ne « sais qui vous êtes ; et ceux qui ignorent leurs enfants, « gardent votre parole, Seigneur, et observent votre « loi (1). »
2° Les disciples aussi s'empressent d'accomplir ce qu'exige la loi et cherchent les moyens de s'en acquitter : Qk voulez-vous que nous vous préparions lapâque (2) ? A l'instant ils accomplissent l'ordre : Le Seigneur envoya Pierre et Jean (3). L'un est le symbole de la foi, l'autre de la charité; la charité exécute avec constance et promptement par la foi ce qu'ordonne la loi.
Celui qui croit et qui aime ne trouve rien de pénible, rien de difficile, rien d'impossible ; de là cette parole de saint Augustin : Aimez et faites ce que vous voulez. Les commandements de Dieu ne sont pas pénibles; s'ils vous paraissent durs et difficiles, c'est que vous ne croyez pas fermement, ou que vous n'aimez pas ardemment.
3° « Ils allèrent et- trouvèrent ce qu'on leur avait dit : « c'était un homme qui portait une cruche d'eau. L'ayant « suivi, ce père de famille leur montra un cénacle vaste « et tout préparé, et c'est là qu'ils disposèrent tout pour « la pâque. » Cet homme ne fit point de difficulté ; il obéit à l'instant et reçut avec charité le Seigneur et ses disciples, quoique dans le fond il eut tout à craindre de la part des princes des prêtres. On ne saurait douter qu'il n'ait reçu une récompense digne de son action. C'est ainsi que vous devez obéir aux saintes inspirations
(1) Dcut. 33. —(2) Matlh. 26. — (5) Luc 22..
et aux ordres de vos supérieurs, sans jamais résister ni réclamer. Combien de fois le Seigneur a voulu loger chez vous, et vous envoyant un messager, il vous a dit : Où est le lieu de mon repos? où est mon logement? Dites-lui : « Fasse le ciel que vous veniez maintenant, Seigneur, et
que vous réjouissiez votre serviteur par votre visite céa leste ! Je me lèverai, et j'ouvrirai à mon Bien-Aimé ; o voilà que mon cœur est prêt : là vous vous nourrirez, ■ là vous vous reposerez ; venez avec vos disciples, car il ' ne vous aime pas celui qui n'est pas disposé à recevoir « son prochain (1). »
IIe Point. — Le soir étant venu, il s'asseyait avec ses disciples (-2). Qui comprendra le sentiment avec lequel le Seigneur mange l'agneau pascal, qui était une figure de lui-même, puisque l'Ecriture l'appelle souvent du nom d'agneau? Dieu le Père choisit cette figure afin de nous donner dans la victime pascale un léger trait de l'innocence, de la douceur et de la puissance de son Fils.
i° Dieu le Père déclare en ces termes l'innocence de son Fils et la pureté de sa vie : « On prendra un agneau « par famille; mais l'agneau sera sans tache, il sera mâle, « âgé d'un an, et la multitude l'immolera (3). » Jésus- Christ, se considérant lui-même dans l'agneau pascal comme devant être immolé, s'offre à Dieu son Père et emploie ces paroles : a Vous n'avez voulu ni hostie ni sa- « crifice, mais vous m'avez donné un corps ; je viens, ô « mon Dieu, pour faire votre volonté (-4). » Il s'est offert parce qu'il l'a voulu.
Mais si le Fils innocent a courbé sa tête sous le poids de la vengeance divine pour expier les péchés des hommes, l'esclave pécheur doit-il s'y soustraire? et le peut-il? Je suis prêt à subir vos coups, Seigneur ; brûlez et coupez ici-bas, pourvu que vous m'épargniez pendant l'éternité.
(l)Marci4etCant. o.— (2) Marc 14.— (3) Exode 12— (4)Hcbr.lO.