DEUXIÈME LUNDI DE CARÊME
Insinuation du traiire pendant la cène.
Tandis que les apôtres étaient à table et quils ma)igeaient , Jésus dit : Il y en a un d'entre vous qui me trahira ; il mange avec moi (1). Celte méditation montrera la bonté du Sauveur, la tristesse des apôtres, l'opiniâtreté du traître.
Ier Point. — Considérez la bonté et la douceur de Jésus-Christ: il ne réprimande point Judas, mais il l'avertit ; il ne l'irrite pas, mais il l'effraie ; il ne le repousse point, mais il l'attire.
1° Jésus fut troublé (8) : le souci et l'inquiétude du sort malheureux de son disciple l'affligeait, le tourmentait violemment; et ce mouvement ne fut pas celui de l'indignation et de la colère, il n'en donna d'ailleurs aucune
(Il Marc 14. — (2) Jean 13.
INSINUATION DU TRAITRE PENDANT LA CENE. t8.'>
marque , mais ce fut un mouvement de commisération et de miséricorde qui émut les entrailles de Jésus à cause du crime atroce et de la perte imminente du traître. C'est pourquoi le Sauveur ne reprend pas ouvertement le coupable ; il ne le nomme pas, mais il l'avertit généralement : Je vous dis en vérité qu'un de ceux qui mangent avec moi me trahira. Ce n'est pas là le reproche d'un crime, mais un avertissement paternel par lequel le Seigneur montre qu'il connaît celui que Judas médite en secret, qu'il pourrait le manifester et que cependant il ne le veut pas ; il fait voir en même temps l'horreur et la barbarie de cette atfreuse perfidie, pour émouvoir son esprit et le faire revenir de son projet.
Que vos péchés ont causé d'affliction et de douleur à votre Sauveur î Combien de fois vous a-t-il exhorté par des inspirations intérieures! Seigneur, vous connaissez ma folie, et mes péchés ne vous sont pas cachés (1). De quelie honte vous me couvririez si vous les révéliez ! Mais vous dissimulez les péc/iés des hommes pour attendre qu'ils fassent pénitence (2), à laquelle votre voix et votre bonté nous appellent, soit intérieurement, soit extérieurement.
2? « Le Fils de l'homme s'en va comme il est écrit de a lui, mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme « sera livré! Il eût mieux valu pour cet homme qu'il ne fut « pas né. » Ces paroles ne sont pas une imprécation, mais une lamentation et une triste menace par laquelle le Seigneur s'efforce de détourner Judas de son dessein, en mettant en opposition un peu d'argent qu'il attend avec la perte de l'éternité, et en lui rappelant les tourments sans fin. Mais « Judas, qui le trahit, lui dit : Est-ce moi, « Seigneur? Il répondit : Vous lavez dit. » Il n'y a point là certainement de colère, mais de l'effroi, une triste menace ; le Sauveur ne prononce pas une seule parole amère ou qui sente l'aigreur et l'injure , mais à une question
(1) Pi. 68. —{T; Sap. 11.
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impudente et insolente le Seigneur répond avec calme, de manière que les autres, qui désiraient savoir, ne comprissent rien et ne s'en aperçussent pas.
On doit adoucir un ennemi et non l'exaspérer, car une réponse douce abat la colère, et celle qui est dure excite la fureur (1). Sans doute que ces paroles eussent adouci le cœur de Judas, mais ce cœur était endurci et aveuglé par l'avarice. Lorsque vous êtes entraîné par la concupiscence et tenté par le démon, ne présumez pas trop de la miséricorde, souvenez-vous plutôt de vos fins dernières, vous rappelant que si vous commettez le péché vous périrez , et qu'il valait mieux que vous ne fussiez pas né.
3° Et Jésus lui dit : Ce que vous faites, faites-le promptement. Par ces paroles Jésus ne rejette point Judas, mais il l'appelle bien plutôt par le témoignage du plus tendre amour; c'est comme s'il disait : Je ne vous ai point averti, afin que vous m'épargniez, car ceque vous méditez m'est agréable, mais cela vous est préjudiciable; vous voulez me donner la mort, je suis prêt à la recevoir, je la désire, j'ai hâte de la subir, je me sens gêné jusqu'à ce que la chose soit accomplie.
0 admirable bonté et ineffable clémence de mon Sauveur ! Qui n'espérerait en elle ? qui ne lui donnerait sa confiance ? Rejettera-t-il le pénitent qui supplie, lui qui a prévenu avec tant de bonté un pécheur impénitent, lui l'a traité avec tant d'indulgence, qui l'a attiré si fortement? Si vous voulez que vos péchés vous soient remis, il faut qu'à l'exemple de Jésus-Christ, vous pardonniez aux autres, que vous les préveniez, que vous les caressiez, que vous les gagniez par vos bienfaits.
IIe Point. — Tous les apôtres, remplis de tristesse, commencèrent à dire chacun en particulier : Est-ce moi, Seigneur (-2) ? Une grande tristesse s'empara des apôtres ;
y Prov. 10. — (2) Matth 20.