‹ Méditations théologiquesChapitre 39 sur 50 · FIN DE L'ÉPOQUE PROPHÉTIQUE · texte numérisé non relu

FIN DE L'ÉPOQUE PROPHÉTIQUE

d'une part la disparition totale de l'idolâtrie depuis le retour de la captivité, grâce au ministère des prophètes et à d'autres moyens; le reste du peuple juif n'avait plus le même besoin du secours de ces hommes de Dieu. D'autre part les voies étaient suffisamment préparées pour la venue du Messie. Celui-ci avait été figuré et annoncé de telle sorte que tout véritable Israélite, humble, docile et de bonne foi pût l'attendre et le reconnaître à la lumière intérieure de la grâce et à celle des prophéties.

Ce silence des prophètes durant quatre siècles fut mêmetrès-opportun afin que l'attente du Messie ne parût pas causée par leurs excitations, ni son apparition accueillie comme suite d'une exaltation religieuse.

De plus Dieu accordait ce temps de répit afin de faciliter aux Juifs l'étude des prophéties messianiques. Pendant ce temps aussi, les prophètes leur faisant défaut pour corriger leur erreur, les Docteurs juifs — Dieu le permettant — se trompaient eux-mêmes à cause de leur préjugés. Ils comprenaient suffisamment les prophéties pour les interpréter au peuple et pour rendre témoignage à la vérité, mais ils demeuraient dans l'ignorance du mode suivant lequel la rédemption devait s'opérer, et ils étaient cause que le peuple prendrait leurs idées fausses sur la personne du Messie. Tout ceci arrivant afin qu'aucun obstacle ne s'opposât à la passion et à la mort du Christ.

185. Après cette étude des prophéties messianiques que nous avons exposées selon l'ordre

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chronologique, il devient facile à chacun (voir le n° 155) de les classer dans un ordre différent selon leur relation avec la personne du Christ, avec les circonstances de son avènement, de sa passion et de son royaume, afin d'en saisir la réalisation d'un seul regard.

Il serait aisé de faire ici ces rapprochements, mais cette synthèse est mieux placée au temps de l'accomplissement des prophéties par le Christ. L'Ancien Testament tout entier n'ayant été qu'une préparation au Nouveau, et cette préparation ayant commencé à l'origine des temps — par les figures annonçant le Christ et son empire, par la direction générale des événements, par celle des destinées du peuple juif et de toutes les nations vers l'avènement du Messie — il est préférable de grouper, non seulement les oracles renfermés dans les livres prophétiques, mais toutes les figures et prédictions concernant le Christ. On pourrait ensuite comparer ce portrait anticipé du Messie avec le Christ lui-même tel qu'il est apparu et que le Nouveau Testament le dépeint, sans oublier de noter la préparation providentielle des événements.

L'Ancien Testament se trouverait ainsi résumé comme conclusion générale de ce que nous avons dit ; et comparant cette synthèse avec l'œuvre de la rédemption opérée par le Christ, la troisième et dernière partie de nos Méditations se trouverait heureusement achevée.

L'article suivant termine ce que nous avons à dire sur les temps qui précèdent la venue du Christ.

Article I!I

De la Providence générale de Dieu dans la direction des destinées de son peuple et de toutes les nations depuis le schisme des dix tribus jusqu'à l'avènement du Messie

186. Pour conserver le culte dr vrai Dieu et l'attente du Messie parmi les hommes, la Providence s'est servie d'une élimination et d'une sélection non interrompues. Elle a agi de même pour préparer, au milieu d'un monde où l'empire du démon était arrivé à son apogée, la venue du Messie humble et souffrant qui devait racheter le monde par sa mort.

Cette action providentelle se manifeste partout, nous l'avons dit. Dès les origines des temps on la remarque chez les fils d'Adam, où Caïn est rejeté avec ses descendants, et Seth élu avec sa postérité.

A l'époque du déluge Noé seul parmi les Séthites est sauvé avec sa famille, et parmi les fils de Noé Dieu choisit les seuls Sémites. Plus tard il appelle Abraham d'entre ces derniers, à titre de père du peuple élu. Ses héritiers seront Isaac et ensuite Jacob.

Les douze fils de Jacob deviennent les patriarches ou chefs des douze tribus d'Israël que Dieu fait croître et multiplier en Egypte, employant toutes les précautions nécessaires pour qu'elles demeurent fidèles à leur mission et conservent leur caractère propre. Juda est désigné comme l'héritier principal des promesses divines.

Au moment où le peuple élu peut suffire à ses propres destinées, Dieu fait sortir les Israélites de

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l'Egypte. Et après que toute la génération adulte — qp/i avait pu garder, avec des réminiscences trop accentuées, des regrets de l'Egypte et de ses mœurs, et qui aurait pu être par conséquent indocile et incapable de remplir sa mission spéciale — après que cette génération eût disparu au bout de quarante ans de séjour dans le désert, Dieu intro duisit le peuple j uif dans la terre promise, l'endroit le plus propice à sa mission providentielle. A la suite de nombreuses vicissitudes où il manifesta clairement et à diverses reprises sa providence spéciale envers son peuple, Dieu éleva les Hébreux à l'apogée de leur prospérité, sous les règnes de David et de Salomon. Ces rois ainsi que leur royauté et la manière dont ils y parvinrent figurent le Messie, sa passion et son royaume spirituel. Et David, le Roi-prophète, prédit dans une double série de prophéties la passion du Christ et son règne spirituel et glorieux.

187. Depuis cette époque toute l'action de la Providence tend à préparer de plus près, non seulement l'avènement mais la passion du Christ, passion par laquelle il devait parfaire l'œuvre glorieuse de la rédemption et affermir son empire à jamais.

En ce qui est des prophéties messianiques, nous avons constaté qu'elles deviennent — à mesure que la venue du Christ approche — de plus en plus précises au sujet de sa personne, des circonstances de son avènement, de sa passion et aussi de son règne.

Il nous reste à voir comment, à partir du péché

de Salomon, Dieu a disposé la direction générale des événements en vue de l'avènement du Christ et de sa passion.

Après le règne glorieux de Salomon et comme châtiment de son péché, Dieu permit le schisme des dix tribus ; le royaume d'Israël avec ces dix tribus se sépara du royaume de Juda, auquel les tribus de Juda et de Benjamin et celle de Levi demeurèrent seules fidèles.

Ici encore le choix de Dieu se manifeste. Il conserve particulièrement Juda, tandis qu'Israël est peu à peu délaissé. Il était opportun de faire oublier au peuple juif et surtout à la famille de David les splendeurs du règne de Salomon puisque, selon les conseils divins, la naissance du Messie devait être pauvre et obscure. Cependant Dieu n'abandonna pas Israël au même degré que les nations étrangères mais il lui envoya des prophètes ; et dans sa providence paternelle, il le punit à diverses reprises à cause de ses infidélités, ou bien il le traita avec douceur lorsqu'lsraël témoignait son repentir. Là se trouve la trame entière de l'histoire des rois de Juda et d'Israël.

Dieu maintint le royaume d'Israël durant deux siècles et demi, de peur que celui de Juda, à cause de son territoire peu étendu, de son petit nombre et de sa puissance insignifiante ne pût servir de signe aux nations étrangères ou ne fût même absorbé par les peuples voisins. Le royaume d'Israël servit donc de rempart entre Juda et les Gentils au nord de la Palestine.

Mais Israël restant obstiné dans le péché, Dieu

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permit enfin qu'après la destruction de Samarie il fût réduit en servitude et dispersé parmi les autres nations. Il se fusionna promptement avec elles et devint en quelque sorte entièrement abandonné de Dieu.

Cependant il ne faut pas croire que tous les Juifs dispersés aient oublié leur Dieu et les mœurs de leurs pères. Plusieurs d'entre eux avaient entendu prédire leur captivité et leur dispersion comme châtiment de leurs infidélités. Ils n'ignoraient pas l'avènement messianique attendu ; et parmi eux il pouvait s'en trouver de sincèrement pénitents et qui croyaient à l'accomplissement des promesses de Dieu.

C'est ainsi que la Providence divine atteignit son double but de communiquer, au moyen des Juifs dispersés, la notion du vrai Dieu et les promesses messianiques aux Gentils parmi lesquels les Israélites vivaient, et de procurer que plusieurs de ces derniers revinssent de la dispersion et se réunissent avec les restes de Juda au retour de la captivité de Babylone.

188. Dieu semble avoir en vue désormais d'extirper les derniers vestiges d'idolâtrie chez les restes du peuple élu. La nation juive, tendant sans cesse à décroître, sera bientôt semblable à un tronc dont les branches ont été coupées, mais d'où sortira cependant le Messie Sauveur. Chez les autres peuples l'accroissement de l'empire du démon s'accentue de plus en plus.

Dieu permit donc que Juda fût à son tour emmené en captivité, tant en punition de ses préva-

rications incessantes que pour l'amener à une conversion durable. Ce qui arriva lorsque Dieu l'eut arraché à la terre de son infidélité et purifié définitivement de l'idolâtrie durant son exil.

A cet effet Dieu se servit surtout du ministère des prophètes. Les Juifs étaient témoins de leur éminente sainteté et entendaient leurs avertissements incessants — lesquels durant la captivité détournaient efficacement les Juifs du culte des idoles — ils voyaient que les prédictions des prophètes s'accomplissaient et que leurs menaces, tant de fois répétées, n'étaient pas vaines. Remplis de confiance dans les promesses messianiques, les Juifs comprirent que Dieu seul était vraiment leur protecteur, qu'ils devaient le reconnaître comme le seul Seigneur et n'attendre leur salut que de lui. Revenus à Dieu d'une manière définitive, ils lui demeurèrent fidèles. La captivité contribua encore à rendre, au retour de Babylone, la cohésion plus forte entre les restes de Juda et ceux d'Israël. Ils comprirent enfin que l'importance de la loi morale surpassait de beaucoup celle de la loi rituelle qu'il leur avait été impossible d'observer pendant leur captivité, éloignés qu'ils étaient de leur cité sainte et de leur temple.

Un autre résultat de l'exil fut que quantité de Juifs dispersés dans des régions diverses parmi les Gentils, y portèrent aux idolâtres la notion du vrai Dieu et l'attente du Messie.

189. Tout attrait pour le culte des idoles ayant été extirpé de la nation juive, lorsque les rois

de Syrie voulurent l'y implanter de nouveau ils firent peu de prosélytes mais beaucoup de martyrs. De plus, Zorobabel, le chef qui ramena les Juifs de l'exil, était de la race de David . Tous voyaient clairement que la postérité de ce saint roi était revenue en Judée. Mais après Zorobabel aucun de ses descendants ne gouverne en Israël, la famille de David se disperse et tombe dans la pauvreté et dans l'oubli.

Quant aux Juifs qui ne retournèrent pas en Palestine mais demeurèrent à l'étranger, ils s'y multiplièrent tellement que déjà sous le quatrième successeur de Cyrus — lorsqu'ils obtinrent la permission de lutter contre leurs ennemis au temps de l'impie Aman — nous lisons qu'ils en firent périr huit cents dans la seule ville de Suse, et soixante quinze mille dans les provinces de l'empire d'Assyrie.

Sous le nom de « Juifs de la dispersion ou de la diaspore » ils devinrent encore plus nombreux en Asie, et plus tard dans l'empire grec et dans l'empire romain, que dans la Palestine même, conservant partout leur caractère propre avec le culte du vrai Dieu et avec l'attente du Messie.

En lisant l'histoire ancienne, c'est merveille de voir ce peuple si petit lorsqu'on le compare aux nations puissantes auprès desquelles il a vécu, demeuré le même malgré des perturbations incessantes, jamais détruit ni absorbé comme l'ont été tant de nations autrement importantes. Et cela malgré sa captivité, malgré sa dispersion à tous les vents du ciel. De plus, à son retour delà captivité,

passant successivement sous des dominations diverses, il conserve invariablement son caractère propre, les mœurs de ses pères, le culte du seul et vrai Dieu et l'attente du salut à venir par le Messie.

Ces faits ne s'expliquent que par une providence divine spéciale. Il n'est pas surprenant que les Rationalistes et autres incrédules les ensevelissent dans un silence profond.

Et pourtant ces événements sont publics et évidents, remplissant toute l'histoire du passé et même du présent, quoique dans un autre sens, comme pour témoigner de la vengeance de Dieu sur son peuple et en même temps de sa misécorde promise pour la fin des siècles sur ce même peuple.

On comprend ce silence des incrédules, car ils ne peuvent donner aucune raison de ces choses sans être contraints de reconnaître avec nous la providence de Dieu et la vérité de l'histoire juive comme celle de l'histoire chrétienne.

190. Quant à l'action de la Providence sur les Gentils, d'une part Dieu les a en quelque sorte laissés à leur propre conseil. Dans les différents empires qui se succédaient, la puissance et la culture des lettres, des arts et des sciences arrivaient à leur apogée, comme chez les Romains par exemple ; mais en même temps croissaient la corruption morale et tous les genres de misères, les idées religieuses s'obscurcissaient et se couvraient de ténèbres épaisses, le règne du

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démon augmentant en proportion de la prospérité matérielle. C'est lorsque ce règne était arrivé à son point culminant qu'il fut renversé par le Christ, afin que le triomphe de celui-ci en devînt plus éclatant et qu'il fût aux yeux de tous le résultat de sa puissance divine.

D'autre part le Seigneur n'abandonna pas les Gentils de telle sorte que la perte de tant d'hommes pût être attribuée à l'absence complète de secours et de miséricorde du côté de Dieu, mais à la seule malice des hommes. Car nous avons vu que le peuple hébreu avait été élévé comme un signe devant les nations, et en particulier aux yeux de la puissante nation égyptienne; à partir du neuvième siècle avant J. C, Israël, et depuis le siècle suivant Juda, eurent des relations avec l'empire assyro-babylonien. Plus tard, pendant la captivité et aux temps qui l'ont suivie, les rapports des Juifs furent continuels avec les Mèdes et avec les Perses, avec les Grecs et avec les Romains, de sorte que le culte du seul et vrai Dieu en vigueur parmi les Juifs et leur attente du Messie étaient certainement connus de ces nations païennes.

Dieu ne permit pas, tout en laissant l'empire du démon parvenir à son apogée, que chaque païen individuellement manquât de la grâce et de la lumière nécessaires pour reconnaître le vrai Dieu, le servir et se sauver.

Ainsi, dans la Bible nous trouvons énumérés, en dehors du peuple juif, des adorateurs du vrai Dieu: Melchisédech roi de Salem et prêtre du

Très-Haut, contemporain d'Abraham; Jéthro, de la race de Madian, beau-père de Moïse et prêtre du vrai Dieu; le saint homme Job, et ses amis qui étaient serviteurs de Dieu. Beaucoup de philosophes anciens et en particulier les philosophes grecs, vivant en plein paganisme, sont arrivés à une élévation et à une pureté de doctrine admirables en matière religieuse et morale, de sorte que S* Paul reproche aux Gentils qu'ayant connu Dieu ils ne l'ont pas glorifié.

Et il n'est nullement impossible que les vérités des Livres saints et des traditions révélées soient arrivées jusqu'à ces philosophes et à des savants de différentes nations.

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