APPENDICES
Avertissements sur l'interprétation et remploi de l'Ecriture sainte
1 . Nous avons préféré placer ici ces avertissements annoncés à la troisième partie des Méditations théologiques afin de ne pas interrompre celles-ci par une digression trop longue.
Nous croyons nécessaire d'exposer avant tout ce que la Ste Eglise nous enseigne au sujet de la nature et du caractère propre de l'Ecriture.
Cette doctrine est pour ainsi dire résumée dans les paroles que l'Esprit saint lui-même met dans la bouche de S1 Paul écrivant à Timothée : « Toute Ecriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour réfuter, pour corriger, pour former à la justice, afin que l'homme de Dieu soit parfait, préparé à toute bonne œuvre (1). »
Ce texte affirme trois choses :
1° Que l'Ecriture est divinement inspirée.
2° Que cette inspiration s'étend à toutes les
(1) 2 77m., III, 16 et 17. Le texte grec se traduit : « Toote Ecriture est divinement inspirée et utile » etc.
NOTION DE L'INSPIRATION
parties de l'Ecriture reçue au temps de St Paul ou reconnue comme telle plus tard par l'Eglise.
3° Il nous apprend que la fin ou le but de l'Ecriture n'est pas d'enseigner les sciences ni les connaissances humaines et profanes, mais de nous instruire de la doctrine céleste destinée à nous faire arriver à la sainteté en cette vie et au salut éternel dans l'autre.
Définir complètement la doctrine de l'Eglise sur ces points serait un travail trop considérable pour l'insérer ici. Nous nous contenterons de donner un aperçu sur chacun des points que nous venons d'indiquer.
Notion de l'inspiration
2. Pour ce qui regarde la nature même de l'inspiration, nous en avons parlé au n°66 de la première partie des méditations, en la considérant particulièrement du côté de Dieu qui en est l'auteur.
La notion complète de l'inspiration comprend, disions-nous, quatre éléments :
1° Une action divine préparatoire, que S. Thomas appelle dans un sens plus strict inspiration, en vertu de laquelle l'activité de l'esprit est élevée pour percevoir les choses de Dieu (ibid., n° 61).
2° La révélation ; non pas que l'écrivain inspiré ne puisse connaître par une autre voie ce qu'il rapporte, mais dans le sens qu'il doit, avant de le consigner par écrit, le percevoir comme parole de
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Dieu, à l'aide d'une lumière surnaturelle. Et cela qu'il soit conscient ou non de cette perception surnaturelle de la parole divine comme devant être écrite, pourvu cependant qu'en fait et en réalité son intelligence soit surnaturellement élevée, et que sous la lumière divine elle saisisse, avant qu'il les rédige, les jugements et les pensées de Dieu qu'il est chargé de mettre par écrit.
3° La motion divine de la volonté pour écrire toutes les choses et celles-là seulement que l'Esprit saint veut être écrites comme parole divine ou révélée, et que l'intelligence de l'écrivain sacré a saisies surnaturellement comme nous venons de le dire.
4° L'assistance divine afin que toutes ces choses soient écrites sans erreur et dans les conditions voulues pour atteindre la fin que Dieu se propose ; c'est-à-dire qu'elles soient exprimées justement avec une infaillible vérité, comme l'écrit Léon XIII dans son encyclique Providentissimus Deus.
Nous avons dit que l'écrivain sacré peut être conscient ou non de l'illumination divine de son intelligence. Il en va de même pour la motion surnaturelle de sa volonté et pour l'influence surnaturelle divine tout entière.
La même chose nous arrive pour l'influence de la grâce qui agit en nous pour nous sanctifier sans que nous en ayons conscience.
Il nous semble pourtant que le plus souvent les écrivains inspirés ont été conscients de l'action divine sur eux, et particulièrement les apôtres et les prophètes, ce dont plusieurs d'entre eux et
NOTION DE L'INSPIRATION
presque tous les prophètes rendent témoignage.
3. Pour expliquer plus clairement cette notion de l'inspiration nous demandons maintenant, en nous plaçant au point de vue de l'écrivain inspiré lui-même, ce qui est requis et ce qui est suffisant pour qu'il soit dit divinement inspiré, pour que son livre mérite le nom de révélation ou parole de Dieu écrite, pour que Dieu soit lui-même l'auteur principal du livre, dont le rédacteur humain ne sera que l'auteur secondaire à titre d'instrument employé par Dieu.
Rien ne s'oppose à ce que, antérieurement à l'influence surnaturelle de Dieu, l'écrivain ait connu intellectuellement et par n'importe quelle voie — soit par sa propre expérience, soit par des sources écrites, soit par un témoignage humain, soit par la foi divine donnée à une révélation antérieure — qu'il ait connu, disons-nous, ce qu'il va mettre par écrit. Rien n'empêche non plus qu'il en ait conçu volontairement le projet, qu'il ait rassemblé à grand'peine les matériaux de sa rédaction et qu'il se soit déjà résolu d'avance à écrire. Mais pour que l'écrit soit inspiré, les conditions suivantes sont requises et suffisent :
1/ Du côté de l'intelligence il faut, lorsque par son dernier jugement pratique elle juge qu'il est opportun d'écrire telle chose, que cette intelligence éclairée par la- lumière divine perçoive précisément la chose, que Dieu veut être écrite, comme étant dite et attestée par lui, et juge sous cette même lumière qu'elle doit être écrite.
2/ Du côté de la volonté il est nécessaire que
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dans l'acte de vouloir écrire ces mêmes choses elle soit élevée immédiatement et mue par Dieu.
3/ L'influence de l'assistance divine persistant dans ces deux facultés, la rédaction doit être telle que la chose en question soit exprimée justement avec une vérité infaillible.
4. Il ne suffit donc pas que Dieu meuve la volonté d'une manière quelconque pour écrire, par exemple qu'il m'incite à rédiger mes impressions d'un voyage fait par moi et mes jugements etc., et qu'il m'assiste pour que j'écrive correctement le tout. En effet dans ce cas, Dieu me mouvant il est vrai et m'assistant, j'écrirai mon livre mais non un livre divin. Autrement dit, Dieu sera cause que j'écrive mes jugements mais non ses jugements à lui, et partant il ne sera pas l'auteur de ce livre.
On pourrait même se demander si dans ce cas la motion de Dieu est surnaturelle quant à la substance, ou si même elle peut l'être. Nous serions porté à croire qu'elle n'est surnaturelle que quant au mode, mais naturelle en elle-même, parce que la volonté ne peut être élevée surnaturellement que pour un objet perçu surnaturellement par l'intelligence, ni sans que l'intelligence elle aussi ne soit élevée divinement.
Cette seule motion de la volonté pour écrire ne suffit pas davantage alors même qu'il s'agirait d'écrire une chose révélée. Dans ce cas le livre renfermerait il est vrai la parole divine, mais il resterait le mien rapportant cette parole, il ne contiendrait pas la parole de Dieu comme proposée par écrit par l'Esprit saint, et il ne serait donc pas divin. Cette
NOTION DE L'INSPIRATION
motion ne suffit même pas alors que ces choses révélées sont saisies et crues par moi de foi divine, parce qu'il ne sera pas encore vrai de dire que j'écris ce que Dîeu veut témoigner par écrit, mais ce que moi je témoigne croire et être divinement révélé.
Et pourquoi Dieu n'aurait-il pas mû et porté à écrire de cette manière quelques-uns des Pères et des Docteurs de l'Eglise, qui ne sont cependant pas des écrivains inspirés?
Pour que mon livre fût de Dieu, il serait absolument requis que je saisisse par l'intelligence les pensées et les jugements de Dieu au moyen de cette même lumière par laquelle Dieu pense et juge, et cela pour le but de les rédiger, et que ma volonté fût surnaturellement mue pour écrire ces jugements comme étant divins.
5. D'où il suit que, lorsque l'écrivain sacré rapporte ou cite les paroles de quelqu'un, soit un discours, une lettre ou un document quelconque, il est inspiré pour faire cette citation. Mais les choses rapportées ne deviennent pas pour cela inspirées, si on les considère en elles-mêmes et non comme l'élément de la proposition ou du jugement exprimé par l'écrivain sur ces mêmes choses qu'il cite.
Afin de savoir si ces citations considérées à part et en elles-mêmes sont inspirées, il en faut juger d'après leur nature, d'après le but de la citation, d'après la manière de les citer et les circonstances dans lesquelles elles sont rapportées. Pour affirmer qu'un texte cité est inspiré, on doit, tout bien pesé, s'assurer qu'il exprime les pensées et les
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jugements de l'auteur, soit immédiatement de l'auteur principal, Dieu, soit de l'auteur humain comme se les étant appropriés, ce qui constituerait la constatation médiate qu'ils sont aussi de Dieu comme auteur principal qui les a fait écrire. Dans les deux cas il y aurait un signe indubitable que ces pensées et ces jugements ont été saisis au moyen de la lumière divine et comme étant d'origine divine, et non que cette même lumière n'ait servi qu'à former le jugement que ces choses devaient être citées, ou tout autre jugement émis à leur sujet.
Par exemple, l'Evangéliste qui relate le sermon du Christ sur la montagne est non seulement inspiré pour citer, mais il n'y a aucun doute que les choses citées elles-mêmes sont inspirées, que l'écrivain les a saisies par la lumière divine comme parole de Dieu, et qu'il les a écrites par motion divine comme étant cette parole.
Par contre, lorsqu'un auteur sacré relate un décret de Cyrus ou d'Artaxercès, ou bien une lettre des Spartiates ou des Romains, il est inspiré pour les citer et, Dieu aidant, pour les citer fidèlement; mais il ne l'est pas de manière à ce que ces documents cités pris à part soient inspirés, puisque Dieu ne les fait pas siens ni l'auteur inspiré non plus. Ce dernier n'a évidemment pas pu les saisir par la lumière surnaturelle comme divins, mais il a saisi seulement comme divin le jugement qu'il porte sur ces documents.
Et qu'on ne demande pas ce qui empêcherait l'auteur sacré de les saisir par la lumière divine
NOTION DE L'INSPIRATION
en tant qu'humains, de sorte que ces documents cités soient inspirés quoique non révélés.
Nous répondons : saisir ces choses humaines à l'aide de la lumière divine signifie, ou bien juger par la lumière divine que ces choses humaines doivent être citées, qu'elles sont vraies, dignes d'éloges ou de blâme etc. en tant qu'humaines; ce qui reviendrait à dire que l'auteur est inspiré, quant à l'intelligence, pour citer ces choses ou encore pour en juger. Ou bien cela signifie que par la lumière divine il a compris ces choses comme divines, que l'appréhension divine de ces choses lui la été communiquée, alors que de fait ce ne sont que des jugements humains et non divins ; ce qui est absurde (1).
(1) Cette distinction que nous établissons entre l'inspiration de la citation, c'est-à-dire l'inspiration pour citer ou pour relater, et l'inspiration de la chose citée ou relatée elle-même, doit être soigneusement retenue selon l'explication donnée, car elle doit être bien comprise et employée prudemment et légitimement.
Quelques interprètes modernes font une singulière confusion dans l'emploi d'une distinction semblable, de sorte que leurs raisonnements dégénèrent en purs sophismes.
Dans le dessein de démontrer ou plutôt de paraître démontrer qu'il faut tenir peu de compte des choses erronées, comme ils disent, relatées par les écrivains sacrés, des antilogies qui se rencontrent dans la Bible — qu'ils admettent facilement non comme apparentes et verbales mais comme réelles — ces auteurs établissent une distinction entre la vérité de la relation et la vérité de la chose relatée, comme si la relation d'un historiographe pouvait être vraie quand il relate quelque chose de faux. Mais qui ne voit que si par chose relatée on entend l'objet propre et prochain de la relation, la vérité de la relation ne peut exister que si la chose
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Parfois il n'est ni clair ni facile de savoir si les choses citées sont réellement inspirées ou non, comme quelques discours relatés dans le livre des Machabées et dans les actes des Apôtres. Il faut alors procéder avec prudence et sagesse, ne pas affirmer comme certaines des choses qui ne le sont pas, et surtout ne pas devancer le jugement de l'Eglise.
Il nous paraît hors de conteste que les enseignements des Apôtres, les cantiques des Saints ou de la bienheureuse Vierge Marie, comme le Magnificat, rapportés par les écrivains sacrés ont été non seulement insérés dans l'Ecriture sainte par inspiration divine, mais inspirés en soi et rédigés comme tels de sorte qu'on doit les considérer comme la parole de Dieu écrite.
Mais que faut-il penser de la parole de Caïphe : « Il est avantageux qu'un seul homme meure pour tout le peuple » ? (Joan., XI, 49-52, coll. XVIII, 13 et 14).
relatée est véridique; par exemple si je rapporte que quelqu'un a menti, il faut qu'il soit vrai que cet homme a parlé faussement, quoique ultérieurement l'objet de la chose relatée ou la chose dite par cet homme soit fausse.
C'est pourquoi nous n'avons pas employé seuls les mots relation et relaté et que nous nous sommes servi de préférence des termes citation et cité.
Quand nous disons : la citation est inspirée et non pas la chose citée, nous voulons certainement parler d'une citation exacte et vraie ; ce que nous affirmons être inspiré c'est l'objet prochain de la relation ou citation, c'est-à-dire que telle chose a été effectivement dite par telle personne, bien que les choses rapportées par cette personne ne soient pas pour cela inspirées ni mêmes vraies.
NOTION DE L'INSPIRATION
Nous sommes convaincu que non seulement tout ce que S1 Jean rapporte au sujet de cette parole est inspiré, par exemple: Caïphe a dit cela; en disant cela il a prophétisé ; mais encore que cette parole elle-même a été inspirée.
En effet, quoique Caïphe ait prophétisé d'une manière inconsciente, qu'il n'ait pas même saisi le sens de la parole divine mais qu'il l'ait comprise dans une signification toute différente, cependant il a vraiment exprimé la parole de Dieu, et saint Jean se l'approprie en ajoutant: «Et non seulement pour la nation mais pour rassembler les fils de Dieu qui étaient dispersés. » Ce texte indique évidemment que S* Jean a saisi et écrit cette parole comme venant de Dieu.
6. Selon notre manière de comprendre et de parler, tout jugement exprimé comme appartenant en propre à l'écrivain sacré doit être considéré comme inspiré et comme parole révélée de Dieu écrite. Mais rien ne s'oppose à ce qu'un livre inspiré contienne aussi des paroles humaines, ni révélées ni inspirées en tant qu'on les considère en soi et à part. Nous voulons dire que la relation ou citation seule de ces paroles est inspirée ; que l'affirmation du fait que telles choses ont été dites ou un jugement quelconque de l'écrivain sacré au sujet des paroles citées sont inspirés et sont parole de Dieu ; que, partant, ils appartiennent à l'Ecriture inspirée ou à la parole de Dieu écrite, seulement comme élément ou objet du jugement de l'écrivain ou de la proposition inspirée.
Remarquez cependant que nous ne confondons
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pas l'inspiration avec la révélation, puisque la révélation peut exister sans l'inspiration, avons-nous dit. Nous constatons simplement que l'inspiration n'existe que pour la rédaction de la parole de Dieu révélée. En d'autres termes, il faut toujours supposer la parole de Dieu révélée pour que l'inspiration existe, soit que la révélation se fasse au moment de l'inspiration, soit qu'elle ait eu lieu antérieurement; et cette parole divine doit être saisie surnaturellement par l'écrivain, qu'il en ait conscience ou non.
D'où il suit que l'auteur sacré qui rapporte un fait — qu'il l'ait appris par sa propre expérience, par un témoignage oral ou par un écrit — transmet vraiment par écrit la parole de Dieu révélée, pourvu qu'il indique suffisamment qu'il en appuie la narration de son autorité. Dans ce cas il écrit ce fait, l'ayant compris à la lumière divine comme corroboré par le témoignage divin, soit qu'il ait été conscient de cette lumière et de cette motion divines, soit qu'il ne l'ait pas été.
Celui qui ne se contenterait pas de distinguer entre l'inspiration et la révélation, mais qui penserait que l'inspiration peut exister sans que l'écrivain ait saisi divinement la parole de Dieu révélée, ne pourrait aucunement prouver qu'un écrit inspiré est un livre divin qui a Dieu pour auteur. En effet, même si Dieu imprimait en quelque manière la motion pour écrire, fûtce pour chacune des paroles en particulier, il ne serait pas encore l'auteur du livre comme étant le sien, s'il ne meut pas l'auteur pour écrire ses pensées divines mais seulement les pensées propres de l'écrivain ; en d'autres termes,
NOTION DE L'INSPIRATION
si auparavant Dieu n'a pas rendu siennes les paroles de l'auteur.
7. Il importe de noter ici que, si l'on étend l'inspiration jusqu'aux paroles mêmes de l'écrivain sacré, on n'affirme pas encore que Dieu a dicté la Ste Ecriture, l'auteur humain se tenant comme un instrument purement passif.
Mais d'après la notion de l'inspiration que nous avons expliquée plus haut, l'inspiration verbale dedemanderait :
1/ Du côté de l'intelligence de l'écrivain que, par son tout dernier jugement pratique où elle décide que telle proposition doit être écrite, elle ait saisi cette même proposition sous la lumière divine en des termes déterminés, alors même que Dieu n'a pas suggéré ces termes mais que l'écrivain les a d'abord cherchés lui-même, comme nous l'avons dit au sujet des jugements et des pensées ; il importe peu que l'auteur ait d'abord conçu ces pensées, pourvu que, avant de les rédiger, ii les perçoive à la lumière divine comme étant bien celles de Dieu.
2/ Du côté de la volonté, il est requis pour l'inspiration verbale que la volonté soit mue pour écrire ces jugements divins dans ces mêmes termes déterminés.
Pour être encore plus clair nous ajoutons que, inversement, des paroles pourraient être dictées sans que celui qui dicte doive être considéré comme l'auteur de l'écrit. Ce serait le cas où un écrivain exprimerait ses pensées pendant qu'un autre lui en suggérerait et dicterait seulement les termes. Par exemple, je veux rédiger une lettre dans une
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langue qui m'est inconnue, mais je désire que cette lettre contienne vraiment l'expression de ma pensée, et j'ai recours à un tiers qui me suggère simplement les paroles pour exprimer ma pensée ; cette lettre sera bien mienne, et mon secrétaire n'en sera pas l'auteur.
8. Mais faut-il admettre l'inspiration verbale, s'étendant non seulement à tous les jugements de l'auteur sacré mais aux paroles mêmes qui les expriment?
On ne peut déduire la réponse à cette question, du moins une réponse décisive, de la notion même de l'inspiration. Les théologiens ne sont pas non plus d'accord sur ce point. Il nous semble que rien ne s'oppose à ce qu'on affirme l'inspiration verbale, d'autant plus que l'homme perçoit généralement les notions et forme ses jugements à l'aide de paroles, que les notions se formulent en paroles dans l'esprit qui les conçoit. En conséquence il semble que l'écrivain inspiré a dû saisir, sous la lumière divine et comme divins, les pensées et les jugements de Dieu conçus dans des termes déterminés.
Notons encore une fois, en admettant ce qui précède, que l'inspiration s'étend aux paroles exprimant tout jugement d'origine divine, mais qu'elle ne s'étendrait pas par là même aux paroles d'un document quelconque cité par l'auteur inspiré, et au sujet duquel est porté un jugement divin. En effet, si les paroles du document sont purement humaines et que le jugement porté sur elles est seul divin, c'est ce jugement seul qui est inspiré
NOTION DE L'INSPIRATION
quant aux paroles. Par exemple, l'auteur sacré rapporte que les Spartiates ont écrit aux Juifs une lettre de telle teneur ; les paroles mêmes de cette lettre ne sont pas inspirées, mais l'assistance divine suffit pour qu'elles soient exactement copiées, de sorte que le jugement divin porté sur ces paroles se vérifie et soit véritablement inspiré. Bien plus, en faisant la supposition que Dieu lui-même ait dicté ces paroles humaines comme telles, ne se contentant pas d'assister seulement l'écrivain, ces paroles ne seraient pas pour cela inspirées en elles-mêmes et prises à part, mais seul le jugement qui est porté sur elles est inspiré pour toutes et chacune d'elles. Les paroles de la lettre citée ne seraient donc pas inspirées absolument comme exprimant les jugements humains de cette lettre, pas plus que ces jugements eux-mêmes ne sont inspirés; elles le seraient seulement comme servant à exprimer l'objet sur lequel est formulé le jugement inspiré, et comme telles seulement elles devraient être censées dictées par Dieu ou suggérées par lui.
9. En terminant ces explications sur la nature de l'inspiration des Livres saints, nous faisons remarquer ce qui en ressort clairement : que nous devons rechercher la parole de Dieu révélée par écrit ou la véritable pensée écrite de Dieu dans le texte, dans les phrases et les paroles de l'auteur humain analysés avec soin, d'après toutes les règles dûment appliquées de l'herméneutique; mais que, à cause de cela, il ne faut nullement concevoir l'inspiration comme si l'auteur humain était mû par Dieu pour exprimer ses idées à lui, et non les idées-
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divines en se les appropriant. C'est ce que plusieurs de nos savants modernes ne paraissent pas avoir remarqué. Sous prétexte de les distinguer, ils ont réellement séparé l'inspiration de la révélation.
Ce qui précède donne la solution de la question souvent agitée de nos jours, et parfois d'une façon singulière, au sujet de l'inerrance de l'Ecriture. Tout texte qui est vraiment celui de l'écrivain sacré et qui exprime son jugement doit être considéré comme faisant partie de l'Ecriture divinement inspirée et comme étant la parole écrite de Dieu, et, partant, comme exempte d'erreur.
Ce qui peut être parfois l'objet d'un doute, c'est de savoir si la chose dite doit être regardée comme une sentence propre à l'auteur sacré ou seulement comme l'objet de son jugement. On peut le discerner par la manière de s'exprimer de l'auteur, par la composition de son livre, par son genre littéraire et par l'ensemble des circonstances de son œuvre.
Il est également permis d'émettre un doute sur l'exactitude d'une leçon variante, et sur l'authenticité entière d'un texte sacré tel qu'on le lit dans telle et telle édition déterminée.
C'est pourquoi nous reviendrons sur plusieurs de ces points.
Quels sont les livres qui font partie de l'Ecriture sainte Définition du Concile de Trente
10. L'Ecriture sainte ainsi que chacune de ses parties sont divinement inspirées. Mais quels sont