TROISIÈME PARTIE
De l'éxecution de l'œuvre divine
universelle dans l'ordre de la nature et de la grâce.
Préliminaires
1 . Nous voici parvenu à la troisième et dernière partie des méditations, dans laquelle nous allons décrire l'exécution de l'œuvre divine universelle.
Cette description est contenue presque tout entière dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, commençant par le récit de la création dans la Genèse, passant par l'histoire de la réparation dans les Evangiles, et se terminant par la prophétie de la consommation de toutes choses au livre de l'Apocalypse.
Dans tout ordre possible de choses, la raison pour Dieu d'opérer ad extra est sa bonté. La fin prochaine de ses œuvres est la manifestation de cette bonté ou des perfections divines aux créatures douées de raison. La fin dernière est la glorification de Dieu au dehors par ces créatures, lesquelles trouvent leur béatitude finale dans cette même glorification.
De même., dans l'ordre actuel choisi par Dieu, la raison d'opérer est certainement la bonté divine, mais bonté qui apparaît vraiment comme souveraine.
La fin prochaine des opérations divines n'est pas une manifestation quelconque des perfections de Dieu faite à la créature raisonnable, mais sa manifestation souveraine, absolument suprême dans la
personne du Verbe incarné, relativement suprême et par rapport au Christ dans toutes les autres créatures.
La fin dernière des opérations divines est la glorification extérieure de Dieu, suprême aussi d'une manière absolue dans la personne du Christ, et d'une manière relative par rapport au Christ dans les habitants de la cité céleste, membres du Christ.
Ce qui est facile à comprendre par ce que nous avons dit plus haut. // (Dieu) nous a élus en lui (dans le Christ) avant la fondation dumonde... Et il a mis toutes choses sous ses pieds, et il l'a donné pour Chef à toute l'Eglise, qui est son corps et la plénitude de celui qui se complète entièrement dans tous ses membres. (Ad Ephes., I, 4, 22 et 23). Nous avons donc eu raison de dire que le Christ occupe le sommet de l'œuvre opérée par Dieu en dehors de lui, et qu'il est la fin en faveur de laquelle toutes choses ont été créées dans l'ordre présent, et pour laquelle toutes choses se développent sous nos yeux.
C'est ce que dit encore expressément l'Apôtre dans son Epître aux Colossiens, I, 15-20 : Qui(\e Christ) est l'image du Dieu invisible, le premierné de toute créature. Car cest en lui que toutes choses ont été créées, dans les deux et sur la terre, les choses visibles et les invisibles, soit Trônes, soit Dominations, soit Principautés, soit Puissances : tout a été créé par lui (cause efficiente) et pour lui (cause finale) et lui-même est avant tout et tout subsiste en lui. Et lui-même est le Chef du corps
PRÉLIMINAIRES
de V Eglise ; il est le principe, le premier-né d'entre les morts, afin qu'en toutes choses il garde luimême la primauté. Parce qu'il a plu (au Père) que toute plénitude habitât en lui, et que par lui il (le Père) se réconciliât toutes choses, pacifiant par le sang de sa croix soit ce qui est sur la terre soit ce qui est dans les deux.
2. Rien d'étonnant donc que l'Ecriture sainte converge tout entière vers la personne du Christ. Les livres du Nouveau Testament ne nous parlent même que de la venue de N. S., de sa vie, de sa passion, de sa mort, de sa résurrection glorieuse et de son ascension triomphante dans le ciel. Ils décrivent le Christ comme notre maître et notre exemplaire, comme le rédempteur du monde, le juge des vivants et des morts, le chef des anges et des hommes, le fondateur et le chef de l'Eglise et le prince du royaume céleste.
Ecoutez sur ce sujet S11 Paul dans sa première Epître aux Corinthiens, XV, 24-28 :
Après quoi viendra la fin, lorsqu'il aura remis le royaume à Dieu et au Père; qu'il aura anéanti toute principauté, toute domination et toute puissance. Car il doit régner jusqu'à ce qu'il (Dieu le Père) ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Or, le dernier ennemi qui sera détruit sera la mort ; car il (Le Père) lui a tout mis sous les pieds. Quand donc l'Ecriture dit: tout lui est soumis, elle excepte sans doute celui qui lui a tout soumis. Et lorsque tout lui aura été soumis, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui aura soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.
6 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE
3 Dans les livres de l'Ancien Testament, tout se rapporte également au Christ comme St Bonaventure le déclare succinctement.
« Dans l'ancienne alliance, cfaï-z7, le Verbe qui se ferait homme était partout d'avance figuré, annoncé, promis, enseigné et prophétisé. Il était d'avance annoncé par les figures, manifesté par les symboles et les exemples, promis aux patriarches, enseigné par les livres sapientiaux, prophétisé par les oracles. C'est la raison pour laquelle l'Ancien Testament est divisé en quatres parties distinctes : en livres de la loi, en livres historiques ou exemplaires, en livres prophétiques et en livres sapientiaux.
Le Verbe de Dieu était annoncé comme devant s'incarner ou prendre la nature humaine, dans les livres de la loi, par des images lointaines, par d'autres plus distantes, et enfin par des figures très-éloignées.
La Genèse présageait, de cette dernière manière, la naissance, la mort, le triomphe et le culte du Messie. Sa naissance, par le symbole de l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre ; cet arbre représentait le Verbe de Dieu devenu, dans sa nature divine et humaine, le centre de l'église militante, selon l'interprétation de la Glose. La mort du Christ était figurée par celle d'Abel ; le triomphe de sa résurrection par Noë sauvé du déluge ; le culte chrétien par la piété d'Abraham....
Dans l'Exode se trouvent les images que nous avons appelées plus distantes.
Le Christ y était figuré par Moïse qu'il fallut
PRÉLIMINAIRES
dérober dès sa naissance à la cruauté du Pharaon (comme le Christ à celle d'Hérode), mais qui devait être révélé plus tard pour la délivrance de son peuple captif, pour la destruction du peuple oppresseur, pour l'instruction, par la loi, du peuple libéré, afin que, dressé par la loi ancienne, celui-ci s'habituât à la loi de l'Evangile.
Les sacrifices multiples rapportés dans le Lévitique étaient, d'après l'interprétation d'Origène, la représentation du seul sacrifice véritable, destiné à être offert à la fin des temps, c'est-à-dire le sacrifice dans lequel le Christ est à la fois lui-même prêtre et victime.
Le livre des Nombres symbolise, avec une subtilité admirable, l'ordre et la connexion des membres du corps mystique du Christ, ainsi que l'ordre de la hiérarchie ecclésiastique se mettant en voyage pour arriver à la patrie.
Le Deutéronome, qui n'est qu'une répétition de la loi, rappelle le souvenir des bienfaits du Dieu tout-puissant, afin de graver plus profondément dans la mémoire des hommes celui de l'Incarnation du Verbe, qui est le plus grand de tous les bienfaits. Ce livre rappelle le prophète qui doit sortir de Juda, comme Jacob l'avait signalé dans ses bénédictions.
Josué figure le Christ et par son nom et par ses actes, spécialement par celui du partage des terres conquises par les Israélites, comme le Christ, constitué par Dieu juge des vivants et des morts, rendra à chacun selon ses œuvres au jour de la rétribution générale.
8 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE
Les Juges nombreux qui se sont succédé en Israël étaient l'image du seul vrai juge, le Christ. Ils figuraient surtout le triomphe de sa résurrection. En effet, Samson, le principal d'entre ces juges, pris et enfermé par les Philistins, les vainquit et brisa au milieu de la nuit les portes de sa prison. Il représente le Christ qui, au milieu de la nuit, et après être descendu aux enfers pour y délivrer les âmes des justes, a brisé les portes de l'enfer. La toison de Gédéon était le symbole de la Vierge immaculée, Mère du Messie.
Le mariage de l'Israélite Booz avec Ruth l'étrangère, que le plus proche parent de son mari, se déchaussant (1), avait dédaignée, figure l'union du Christ avec l'Eglise sortie des Gentils.
Le premier livre des Rois prédit celui qui portait écrit sur la cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Lequel étant à la fois Roi et Prêtre, est annoncé au premier livre des Rois comme devant abroger le sacerdoce légal par la déposition et l'extermination du grand prêtre Héli, pour y substituer un sacerdoce nouveau, en remplaçant Héli par Samuel qui n'appartenait pas à la tribu d'Aaron; comme allant aussi transférer la possession du royaume d'Israël, par la réprobation de Saûl et par l'élection de David.
Dans le second livre des Rois, le Christ est promis comme devant naître de la semence de David.
Dans le troisième, sous la figure de Salomon le pacifique, est préfiguré le Christ qui est notre