CONCLUSION
Hommage à la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu.
236. Nous répondons à une invitation céleste, comme aussi à un besoin de notre cœur, en concluant notre écrit par un hommage de reconnaissance à l'auguste Mère de Dieu, « Siège de la Sagesse », qui a daigné bénir notre travail.
A plusieurs reprises nous avons mentionné les grandeurs, les privilèges et la puissance de Marie, tant la place qu'elle occupe dans l'ordre actuel, établi par Dieu, est considérable et élevée : on la retrouve, en effet, toujours aux côtés du Christ Rédempteur qui, lui, est au faîte de ce même ordre de la nature et de la grâce, la raison d'être et la fin de tout ce que Dieu a opéré au dehors.
Maintenant, nous voudrions embrasser d'un coup d'œil et réunir en résumé toute la doctrine concernant la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, pour lui offrir en guise de bouquet cet hommage de vénération profonde, d'amour filial et d'action de grâce.
237. De toute éternité, Dieu en choisissant, dans sa prescience et par sa toute-puissante volonté, l'ordre actuel, choisit et prédestina du même
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coup la Vierge Marie pour être la Mère de Jésus- Christ, et participer à la grande œuvre de la rédemption du monde ainsi qu'à la souveraine glorification du Rédempteur. Cette éternelle prédestination de Marie, conjointement avec celle du Christ même, explique comment l'Eglise lui applique, en la plupart de ses jours de îête, à l'office divin et à la Messe, les textes sacrés parlant de la Sagesse incréée. Tel celui-ci, qu'elle répète bien des fois : Dominus possedit me in initio viarum suarum, anteqaam quidquam faceret a principio. Ab œterno ordinata sum, et ex antiquis antequam terra jieret. Nondum erant abyssi, et ego jam concepta eram : etc. (1).
238. Dès le commencement des temps, quand commence l'exécution de Tordre prédéfini, la Vierge, prédestinée à devenir la Mère du Verbe incarné, sera donc aussi l'objet spécial de la Providence divine. »
En créant les purs esprits et les élevant à Tordre surnaturel, Dieu, dans le secret de ses conseils, les destine à être les ministres du Verbe qui prendra chair, et par conséquent à lui servir avant tout dans le choix, la préparation et, ensuite, la conduite
(1) Proverb., VIII, 22 et suiv : « Jéhovah m'a possédée au commencement de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes. J'ai été fondée dès l'éternité, dès le commencement, avant l'origine de la terre. Il n'y avait point d'abîmes quand je fus formée : » etc.
providentielle et la protection de celle qui deviendra sa Mère selon la chair.
Dieu permet la chute du prince des anges, et d'un grand nombre d'autres esprits angéliques. Nous avons expliqué la nature de leur péché, qui fut, pour le diable ou prince des démons, un orgueil tel qu'il ne souffrit pas même la possibilité d'être surpassé ou seulement égalé par aucune créature, voulant en ce sens être semblable à Dieu ; et, pour ses adeptes, un orgueil semblable ne souffrant pas de pouvoir être surpassés par d'autres êtres inférieurs ou des anges moins élevés par nature. Or, sans admettre que l'incarnation future du Verbe leur fut révélée, ils comprenaient fort bien que, dans l'hypothèse de l'élévation des créatures raisonnables à l'ordre surnaturel et divin, certains anges et d'autres créatures spirituelles inférieures pourraient les égaler, les surpasser même en dignité, mérites et perfection surnaturels. C'est pourquoi leur orgueil s'insurgea contre Dieu, résistant à ses desseins et méprisant ses dons divins. Cependant la possibilité de ce que leur orgueil estimait être une humiliation pour eux, sera un jour une réalité : non seulement la nature humaine sera élevée à la dignité suprême dans la personne divine du Verbe incarné, mais de pures créaiures, inférieures par nature, anges et hommes, pourront surpasser, en perfection surnaturelle , les anges du ciel supérieurs par nature.
. Et de fait, celle-là les surpassera tous que l'Eglise appelle Reine des anges et Reine de tous les Saints. — Notons en passant qu'ici déjà se
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trouve, du moins de la part du démon, une raison profonde de cette inimitié radicale et universelle entre le démon et la Vierge incomparable : Inimicitias ponam inier te et mulierem (1).
Notons encore que Marie est Reine des anges, aussi en sa qualité de Mère du Rédempteur : ils ont été créés et sanctifiés en vue du Verbe incarné, la chute des anges rebelles a été permise par Dieu en vue du Rédempteur, qui est au sommet de l'ordre présent de la nature et de la grâce, qui en est la raison d'être et le but. Or, c'est Marie qui nous a donné le Rédempteur (2).
Dieu permet également la chute de l'homme,, trompé par l'astuce du démon, qui croit triompher du Tout-Puissant. Mais voici que Dieu, sans refaire son œuvre, et par conséquent sans trouver
(1) Gen., III, 15.
(2) Le P. Terrien, La Mère de Dieu et la Mère des hommes, 2e partie, t. II, 1. VÏII, ch. VI, n'a pas suffisamment tenu compte de cette vérité, qui nous paraît incontestable, à savoir que le Verbe incarné est la raison d'être et le but de l'ordre actuel, établi par Dieu. Nous n'oserions dire, comme lui, que la grâce ni la gloire ne viennent aux anges ni du Rédempteur ni de sa Mère. Cependant, que Marie n'est pas la Mère des anges au même titre que des hommes, de même que le Christ n'est pas le chef des anges au même titre que des hommes, nous l'admettons en ce sens qu'il n'y a pas communauté de nature entre les anges et le Dieu-Homme et sa Mère, comme entre ceux-ci et les hommes. Du rest°, nous affirmons ici que Marie est la Reine des anges. La question que traite le P. Terrien est si Marie est la Mère des anges. Et là nous aurions" des remarques à faire sur certaines de ses assertions, comme celle ci-dessus, et sur les arguments et autorités qu'il invoque.
obstacle de la part de sa sagesse qui, en effet, a tout prévu, sans enfreindre sa justice, et en montrant plus clairement sa toute-puissance et son arnour, saura restaurer l'ordre troublé par le péché, de façon à parfaire son œuvre d'une manière magnifique. Le Verbe prendra la nature humaine pour racheter le genre humain, et il réalisera ainsi le plan éternel de Dieu, en vertu duquel le Christ Rédempteur glorifié est la raison d'être et le but de toutes les œuvres extérieures de Dieu (1).
Dieu promet donc le Rédempteur, et en même temps, d'une manière tout aussi expresse et formelle, la femme dont il va naître : Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius : ipsa (2) conteret caput tuum, et tu insidiaberis calcaneo ejus (3). Je mettrai une inimitié entre toi [démon] et la femme, et entre ta postérité [tes adeptes] et sa postérité ou progéniture [spécialement son fils] et celle-ci [cette progéniture ou ce fils ; ou bien cette femme par son fils] t'écrasera la tête, et toi tu meurtriras son talon [triomphera de toi, après lutte et souffrance subie de ta part].
Remarquons bien comment cette promesse ren-
(1) Voir tout cela expliqué plus haut IIe Partie, chap. Il, n. 128 et suiv.
(2) La vraie leçon, dits. Jérôme, est ipse (LXX, Syriaque), conservée dans plusieurs manuscrits anciens de la Vulgate, et
se rapporte à semen (filius) ; en lisant ipsa, le sens est le même, quant à la substance : ipsa c. à. d. ipsa per ipsum semen seu filium.
(3) Gai., III, 15.
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ferme en quelque sorte l'annonce des trois grands privilèges de la glorieuse Vierge : sa maternité divine, qui est sa souveraine grandeur et une dignité d'ordre divin, sa perpétuelle virginité, et son immaculée conception.
Si le Rédempteur promis est le Fils de Dieu qui prendra la nature humaine, sa mère selon la chair sera donc vraiment la Mère de Dieu. Tout en restant pure créature, elle sera élevée à une dignité surhumaine et d'ordre divin, elle sera en conséquence honorée par l'Eglise d'un culte spécial, inférieur seulement au culte divin mais supérieur au culte de n'importe quelle créature, le culte cThyperdulie. Cette dignité, souveraine pour une créature, sera la raison d'être, le fondement et la cause de toutes les autres prérogatives de Marie, comme aussi de sa puissance, de sa toute-puissance suppliante, Omnipotentia supplex.
La maternité divine de Marie est la raison d'être et la cause de sa virginité perpétuelle ; et celle-ci est de même annoncée d'une façon implicite dans la promesse du Rédempteur. En effet, le Christ prendra la nature humaine, issue d'Adam prévaricateur, afin de racheter dans cette même nature déchue, comme nouvel Adam, tous ses frères selon la chair ; mais il la prendra exempte de péché, comme il convient au Rédempteur ne pouvant avoir besoin d'être racheté lui-même, surtout au Rédempteur Fils de Dieu et la sainteté même : c'est-à-dire, qu'il la prendra d'une vierge, sans germe viril, de sorte que par là-même cette nature ne sera pas infectée du péché. C'est ainsi que, par
l'opération du Saint-Esprit, la Vierge le concevra restant vierge, qu'il naîtra d'elle la laissant vierge et consacrant à jamais sa virginité et pureté les plus parfaites.
Enfin, l'inimitié absolue, sans limitation de durée ni d'objet, profonde et universelle, que Dieu luimême mettra entre le démon et la mère du Rédempteur insinue clairement que jamais, à aucun instant de son existence, cette Vierge et Mère ne sera sous l'empire du démon: que par conséquent, dès l'instant de sa conception, elle jouira de l'amitié divine, qu'elle sera la fille bien-aimée du Très- Haut, immaculée, préservée par les mérites futurs du Sauveur, son divin Fils, de la tache originelle. Non seulement elle ne sera pas privée un seul instant des grâces et dons surnaturels par le péché d'origine, mais dès le premier instant de sa conception elle sera pleine de grâce, comme l'ange Gabriel la saluera de la part de Dieu même : « elle aura la même plénitude de grâce que son divin Fils, quoique d'une autre manière », ainsi que le dit S. Jérôme (1) ; c'est-à-dire : ce que le Christ a de soi et de droit, elle l'aura par les mérites du Sauveur et par privilège. Cette prérogative unique convenait à la dignité de Mère de Dieu, et à la co-rédemptriee du genre humain : c'est encore
(î) « In Maria vero totius gratiœ, quœ in Christo est, plénitude» venit, quamquam aliter». Serm. de Assumptione B.M. V. (in Brev., 8 Decembris, lect. IV). Et cf. S. Sophronii Homil. in Deiparœ Annuntiatione (Brev., 14 Decembiis, lect. VIII).
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la maternité divine qui en est la raison et l'origine.
239. Dans les siècles suivants, depuis la promesse du Rédempteur jusqu'à son avènement, alors que le Verbe prépare son incarnation et sa venue, sa Mère future sera évidemment l'objet spécial de son action providentielle. Il disposera toutes les générations successives en vue de Celle dont il voudra naître : quoiqu'exempte du péché d'origine, elle sera fille d'Adam, puisqu'il voudra prendre la même nature humaine, issue du père du genre humain ; il sauvera plus tard du déluge Noé le juste et sa famille, et Marie naîtra de la race de Sem ; d'Abraham, qu'il choisira pour père de son peuple élu, destiné à conserver et perpétuer le culte du vrai Dieu, et dépositaire de la promesse du Rédempteur, que ce peuple transmettra à toutes les générations futures. Voulant lui-même naître d'Israël, sa Mère sera donc fille d'Abraham, de Jacob, de Juda. Il veut être fils de David, le grand roi et prophète, par qui il se fera annoncer et prédire d'une façon si claire et si complète, et dont il fera, par la vie et le règne de ce roi, son type et sa figure insigne, de telle sorte que, pour les Juifs, le Messie attendu sera synonyme de fils de David (1). Marie sera donc fille de David. Mais, comme le Sauveur veut naître pauvre et humble, il disposera les événements de telle sorte que la
(1) Voir sur toute cette préparation providentielle la IIIe partie de nos Médit, thèologiques.
famille de David sera, au moment de sa venue, déchue de son rang et réduite à la pauvre é et l'obscurité. Ainsi, il naîtra de l'humble vierge de Nazareth, épouse de Joseph, le charpentier, issu comme elle de la race de David, mais pauvre comme elle, tout en justifiant sa descendance de ce même roi.
En conséquence de cette préparation providentielle, le Christ sera préfiguré de multiple façon dans l'Ancien Testament, et prédit par une série de prophètes qu'il suscitera en temps opportun. De même la Sainte Vierge, sa Mère, sera préfigurée et prédite, conjointement avec lui, et bien des fois d'une manière expresse. Les Saints Pères, qui ne tarissent pas de louanges à l'égard de Marie, et qui, sur aucun autre sujet peut-être, ne sont d'une éloquence aussi exubérante et enthousiaste en même temps que pleine d'onction, expliquent notamment les figures et les prédictions concernant la Mère de Dieu, avec une telle abondance qu'il nous est impossible de les suivre, sans sortir du cadre de ce résumé (1). Tout, dans l'Ancien Testament, leur parle de Marie, tout leur semble préfigurer la Mère du Rédempteur : les événements, les institutions, le culte de la Loi ancienne : Marie est l'arche de Noé, l'échelle de
(1) Le lecteur trouvera plusieurs textes remarquables des SS. Pères cités dans le Bréviaire, aux différentes fêtes de la St0 Vierge. Celui qui désire davantage trouvera satisfaction en lisant, dans Bib'iotheca ascetica de Mgr. Malou. IV SS. Patrum... Pietas Mariana, et XII S. BernardiScripta Mariana etc.
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Jacob, le buisson ardent de Moïse, la verge d'Aaron, l'arche d'alliance, l'urne d'or renfermant la manne, le tabernacle, la toison de Gédéon, le temple de Salomon, le candélabre, la table des pains de proposition, etc. « Que l'arche, dit S. Jean Damascène (1), entièrement recouverte d'or, reconnaisse qu'elle n'a rien qui puisse être comparée avec Celle-ci, et de même l'urne d'or contenant la manne, le candélabre, la table, tout enfin dans l 'ancienne Loi ».
Les Saints Pères ne prétendent pas, ainsi que nous l'avons insinué déjà, que tout cela préfigure en réalité et dans l'intention divine la Vierge, Mère du Rédempteur ; ils se servent de beaucoup de ces choses de l'Ancien Testament, en guise d'un sens accommodatice et comme de métaphores adaptées à l'explication de la dignité et des prérogatives de Marie ; mais par là-même ils manifestent leur conviction de sa prédestination divine et de l'action providentielle spéciale à son égard. Cependant, que parmi ces figures il en est de véritables, c'est-à-dire qui sont intentionnelles de la part de Dieu, il nous semble qu'on ne peut en douter, après avoir entendu les explications des Saints Pères et des interprètes catholiques de l'Ecriture, au sujet de certaines d'entre elles. Il en est de même pour les personnes, types de la Vierge Marie, ies héroïnes de l'Ancien Testament, libératrices d'Israël le peuple élu, comme Marie par son divin
(1) Serm. I in Dei Gznit. natalitiam diem, Malou, Bibl. ascetica déjà citée, IV, p. 32.
Fils est la corédemptrice du genre humain tout entier, appelé désormais à être le peuple élu du Christ. Telle Jahel, qui écrasa la tête à Sisara(l), et que la prophétesse Débora, dans son cantique (2), salue « benedicta inter mulieres » ou mieux « pras mulieribus ». C'est la salutation que l'ange Gabriel adressera plus tard à Marie, de la part de Dieu même : « Bénie entre toutes les femmes ». Telles encore Judith et Esther (3).
Ce que nous disons du caractère réel et intentionnel de certaines figures et de personnes types de la Vierge Marie, a d'autant plus de poids que tout dans l'ancienne Loi était symbolique et préfigurait le Christ et son Eglise, et que, d'autre part, il y a relation intime entre le Rédempteur et sa Mère.
Quant aux prophéties concernant la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, les Pères de l'Eglise les expliquent à l'envi (4). Après avoir rappelé la première promesse du Rédempteur, expliquée cidessus, qu'on a nommée le Proto- Evangile, et qui renferme l'annonce des trois grandes prérogatives de Marie, contentons-nous de signaler les prophéties insignes d'Isaïe : Ecce Virgo concipiet, et pariet filiam etc. (5), cette prophétie nous l'avons
(1) fudic, IV.
(2) Judic, V, 24.
(3) Voir les interprètes sur les livres de Judith et d'Esiher.
(4) Voir Bibl. asc. de Mgr. Malou, citée plus haut ; et le Bréviaire aux fêtes de la Sfe Vierge, notamment Octave de l'immaculée conception, surtout 12Déc, 8e Leçon de S.Tharase.
(5) Isat, VII, 14 et suiv.
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interprétée précédemment (1) ; et cette autre : Et egredietur virga de radiée Jesse, et flos de radiée ejus ascendet (2). S. Jérôme l'expose comme suit : « Les Juifs entendent le rameau et la fleur de la racine (ou tronc) de Jessé, de Notre Seigneur lui-même : en ce sens que par le rameau est signifiée la puissance de son règne, par la fleur sa beauté. Mais nous, comprenons plutôt par le rameau de la racine de Jessé la Sainte Vierge Marie, qui n'eut d'attache à aucun autre rameau, de qui nous lisons plus haut : Voici la Vierge qui concevra et enfantera un fils. Et par la fleur comprenons Notre Seigneur et Sauveur, qui dit dans le Cantique des cantiques : Je suis la fleur des champs, et le lys des vallées (3) ».
Enfin, dans la plénitude des temps, le Verbe suscite sa future Mère, la Vierge bénie : il la préserve, dès le premier instant de sa conception, du péché originel, lui donnant la plénitude de la grâce et la comblant de tous les dons surnaturels et divins, ainsi que nous l'avons expliqué. Ces dons la Sainte Vierge les reçut — c'est notre ferme conviction — avec pleine conscience, et y répondit par le plus ardent amour et la plus vive reconnaissance : car, dès le premier instant de sa conception, Dieu lui donna l'usage de la raison et la science
(1) Méd. Ihéol., III partie, n. 163 et suiv.
(2) IsaL, XI, 1.
(3) In haïam, lit). IV, c. XI.
infuse des choses divines et, au fur et à mesure de l'opportunité, la science de tout ce qui se rapportait à sa mission de Mère du Rédempteur. En effet, nous nous refusons à penser que cette existence, la plus précieuse qui fût jamais ou que l'on puisse même imaginer, ait été un seul instant sans son activité propre d'intelligence et de volonté ; que cette âme, dotée de la plénitude de la grâce, chefd'œuvre du Tout- Puissant, à laquelle aucune autre pure créature ne peut être comparée, ait été privée un seul instant de l'union consciente avec Dieu, de la connaissance et de l'amour actuels de Dieu. Nous avons été heureux de trouver cette pieuse croyance partagée et confirmée par l'autorité de beaucoup de Saints et de théologiens illustres, anciens et modernes (1). Elle ressort, d'ailleurs, des deux règles communément admises par les théologiens et les Pères de l'Eglise, pour déterminer les prérogatives de Marie, là où l'Ecriture ni la Tradition ne sont assez explicites.
La première règle est celle que nous pouvons appeler la convenance. En vertu de cette règle, nous attribuons à Marie toutes les perfections qui, tout bien considéré, paraissent convenir à la dignité de Mère du Fils de Dieu, Rédempteur du monde,
(1) Voirie P. Terrien, S.]., La Mère de Dieu, Ie partie, t. II, L V, ch. I. — S. Ambroise lui aussi insinue clairement que la Sainte Vierge n'était pas privée, même pendant son sommeil, de l'usage de la raison (ni par conséquent de l'union d'amour actuel avec Dieu), De Virginibus, 1. II, cité dans le Bréviaire, à la fête de la Présentation de la Ste Vierge au temple, Lect. VI.
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pourvu qu'elles ne soient pas incompatibles avec sa condition de créature et de femme, ni avec son état présent, l'état de voie ou de sa vie mortelle, ni avec la doctrine de l'Eglise. — Cette règle nous venons précisément de l'appliquer.
La seconde règle, qui n'est pas adéquatement distincte de la première, est celle-ci : quelque privilège de grâce que vous trouviez dans les serviteurs de Dieu, vous devez sans hésitation l'attribuer, et d'une manière éminente ou à un degré supérieur, à la Mère de Dieu, en tenant compte toutefois de sa condition, de son état et de sa sainteté propres. Faisons observer que cette règle n'oblige nullement à attribuer à la bienheureuse Vierge tous les phénomènes miraculeux et faveurs particulières dont les Saints furent l'objet, et qui n'étaient démandés ni pour la plus grande perfection de son âme, ni pour l'accomplissement de . sa divine mission (1). — Cette règle aussi trouve son application dans la question présente. Nous lisons dans l'Evangile (2) que lors de la visite de Marie, portant dans son sein le Sauveur, à Elisabeth sa cousine, l'enfant de celle-ci, futur précurseur du Messie, tressaillit de joie, de joie spirituelle évidemment, dans le sein de sa mère. A ce moment, en effet, la présence du Sauveur lui apportait l'accomplissement de la promesse faite à son père Zacharie : « que cet enfant serait rempli
(1) Voir au sujet de ces deux règles le P. Terrien, ouvr. cité, Ie partie, t. I, 1. M, ch. VI et VII. (2; Luc, I, 39-45, coll. 15.
de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère » ; d'où il suit que le précurseur fut sanctifié et purifié du péché originel avant que de naître, et qu'il en eut connaissance au moment même. Jean lui-même l'attestera plus tard : « L'ami de l'Epoux, qui entend sa voix, se réjouit d'une grande joie à cause de la voix de l'Epoux. Et cette joie m'a été pleinement donnée (1) ». Ces dernières paroles, en effet, ne semblent pas porter seulement sur le fait que le Christ fût suivi, plus que lui-même, par les foules, mais faire allusion en même temps à cette première fois où Jean du sein de sa mère entendit la voix intérieure et sanctifiante du Sauveur.
Or, si Jean-Baptiste, par une faveur divine, jouit de l'usage de la raison pour répondre au grand bienfait de sa sanctification avant sa naissance, comment pourrait-on refuser à la Mère de Dieu la pleine connaissance, au moment même, de sa conception immaculée, et quel motif aurait-on de restreindre ce privilège au seul instant de sa conception, plutôt que d'affirmer que la bienheureuse Vierge eut dès lors l'usage de la raison et la science infuse ?
Continuons maintenant à énumérer les prérogatives de l'auguste Mère de Dieu.
Nul doute que, dès le premier moment de son existence, elle ne fut l'objet spécial de la protection de Dieu, c'est-à-dire du Verbe, qui veille sur elle et par lui-même et par le ministère des anges qui
(1) Joan., III, 29.
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sont à son service : ses anges il les mettra au service de sa future Mère et ils ne la quitteront plus.
Il la conduira ensuite, dès sa tendre enfance, au lemple. C'est ce que nous apprend une tradition très ancienne et respectable, sur laquelle l'Eglise elle-même a fondé la fête de la Présentation de Marie au temple. Benoit XIV (1) ne veut pas que l'on doute du fait, sauf à attacher peu d'importance aux détails et circonstances dont l'entourent les apocryphes. Présentée au Seigneur par ses parents, elle s'offre et se consacre elle-même tout entière à son Dieu ; ou plutôt elle renouvelle cette consécration, faite avec la plus ardente charité au premier instant de son existence. Cette consécration renferme d'une manière implicite le vœu de virginité et chasteté parfaites, et sans aucun doute très toc déjà, peut être bien lors de son offrande au temple, elle en fit le vœu explicite. La réponse qu'elle donnera plus tard à l'ange Gabriel : Quomodo jiet istud... Comment cela se fera-t-il... ne laisse aucun doute à ce sujet (2). « Elle ne répondrait ni ne pourrait ainsi répondre, dit S. Augustin (3), si elle n'avait pas déjà voué à Dieu sa virginité ».
Constatons ici toute la distance qui existe entre les conseils de Dieu et les calculs humains : par cet engagement, inspiré par Dieu et si nouveau tn Israël, la Vierge, peut-être bien sans en avoir conscience alors, allait au-devant de sa maternité
(1) De Festis B. Al. V., c. XIV, n. 4.
(2) Luc, I, 34.
(3; L. de S. Virg., c. IV, n. 4.
divine ; tandis que toute autre femme d'Israël aurait, comme la fille de Jephté, pkuré sa virginité, parce que cette virginité l'aurait empêchée d'être comptée parmi les ancêires du Messie, ou même, en ce temps cù il était prochainement attendu, de lui donner le jour.
Dans cette sainte solitude, à l'ombre du sanctuaire la Vierge croîtra, à l'instar de ce que l'Evangile dira de son divin Fils, en sagesse et en âge, et en grâce devant Dieu et devant les hommes (1). Dans ses lectures des Livres saints, dans les élans sublimes de ses prières et divines contemplations, le Seigneur l'inondera de nouvelles lumières de science infuse, en même temps qu'un nouveau mode de connaissance, la science acquise et expérimentale, viendra s'ajouter au mode surnaturel. Car, si dès sa conception la très Sainte Vierge a été, en vertu de la science infuse, exempte de toute erreur, et d'ignorance proprement dite, c'est à dire du défaut de connaissances qu'elle devait convenablement avoir, rien cependant n'empêche d'affirmer qu'elle a fait des progrès en connaissances acquises, et que le Seigneur aussi a augmenté en elle, suivant opportunité de temps et d'autres circonstances, la science infuse. De plus, — c'est notre intime conviction, partagée par plusieurs Saints et pieux écrivains — la Vierge bénie a été favorisée de la vision transitoire de Dieu, en bien des circon-
(1) Luc., II, 52. Voir les interpiètes, dont Ks expiicati ns f iont ressortir la cifîérence entre le pi ogres en sagts^t et en grâce ae la tris Sainte Vieige et celui de ton divin Fils.
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stances, comme au moment de l'Incarnation, de la naissance du Sauveur, etc.
Ajoutons ici un autre privilège de la Mère de Dieu, celui de son intégrité parfaite et de son immunité de tout péché actuel, dont l'intégrité est cause du moins partielle.
Chez nos premiers parents, l'intégrité avait de fait pour cause leur immuniié de la mort et de toute passibilité (l). Elle excluait une des sources principales de péchés : Adam ne pouvait être tenté que par suggestion et non par mouvement intérieur de convoitise ou concupiscence du sens. Aussi son péché fut-il un péché d'orgueil et de désobéissance.
Chez THomme-Dieu, le nouvel Adam, l'intégrité était parfaite et avait des racines plus profondes ; d'une part, quoique voulant être mortel et passible en vue de la rédemption par sa passion et sa mort, il était, en tant que personne divine, 'le maître de la vie et de la mort, et même, en tant qu'homme, il commandait à la passibilité et à toutes les affections, qui en nous s'appellent passions. D'autre part, étant Dieu et la sainteté même, il était non seulement, et d'une manière absolue, impeccable, mais cette sainteté excluait en outre, dans toutes ses facultés, tout désordre et toute imperfection quelconque, nés du péché ou pouvant y conduire.
Chez la très sainte Mère de Dieu, l'intégrité était de même parfaite et elle tient pour ainsi dire le milieu entre celle d'Adam et celle de son divin Fils.
(1) Nous avons expliqué cette assertion ci-devant dans nos Midit. théol., t. I, n. 6 et 7.
Conçue sans péché, elle n'était par là même sujette ni à la mort, ni à la passibilité, et par conséquent de droit elle jouissait de l'intégrité de nos premiers parents. Cependant de fait le Seigneur a voulu qu'elle fût mortelle et passible comme son divin Fils, et pour les mêmes raisons, notamment en vue de la rédemption telle qu'il voulait l'accomplir ; mais il pouvait lui conserver l'intégrifé, indépendamment de sa cause en Adam, et il le fit, comme il convenait à la Vierge très pure, future Mère de Dieu et conçue sans péché. Dieu fit davantage : non seulement l'ordre parfait est établi dans les facultés inférieures de cette âme bénie entre toutes, avec une telle subordination à la raison et à la volonté libre, que jamais un mouvement inférieur ne les prévienne ; mais ses facultés supérieures mêmes, le libre arbitre, intelligence et volonté, sont irradiées d'une telle plénitude de grâce, que la liberté atteint la perfection, c'est à dire que la faculté de choisir le mal, qui est un défaut de liberté, cesse. Et voilà l'immunité de tout péché actuel, voire même de toute imperfection morale. La bienheureuse Vierge ne fut donc pas seulement confirmée en grâce, comme certaines autres âmes d'élite, mais elle fut véritablement impeccable et à l'abri de toute imperfection.
Après les quelques années passées au Temple, dans l'union la plus étroite avec Dieu, approche pour M?rie le temps de l'accomplissement du grand mystère de sa maternité divine. Or, il était nécessaire que le Seigneur préparât sa venue en ce monde : voulant naître de la bienheureuse Vierge,
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il fallait éviter qu'aucun soupçon vînt efiîeurer l'honneur de la Mère ni du Fils ; voulant naître pauvre et persécuté dès le berceau, et grandir tout comme les autres enfants, il fallait à sa Mère une aide et un soutien, et à lui-même un protec eur et un père nourricier ; voulant enfin passer de longues années dans l'obscurité d'une vie cachée, sa mission et sa divinité ne devaient pas être publiées, ni connues même du démon, avant le temps marqué par lui (1).
Ces fins le Tout- Puissant pouvait les atteindre par d'autres voies, mais il convient à son infinie sagesse, et c'est sa manière ordinaire, d'employer les moyens simples et suaves. C'est ce que demandait particulièrement ici son dessein, et c'est ce qu'il fit, en donnant à Marie un époux dans la personne du juste Joseph. Sars aucun doute l'Esprit-Saint lui avait manifesté le bon plaisir de Dieu à ce sujet, et l'avait assurée que sa virginité trouverait le gardien le plus fidèle en Joseph, qui lui aussi connaissait certainement le ; œu de son épouse.
Union virginale et mariage véritable (2), maisunique, qui sauvegardait tout : faisant naître le Verbe incarné, non pas du mariage, mais dans le mariage et l'y faisant élever (3), et dès lors réalisant tous les desseins de Dieu déjà énumérés.
(1) Voir S. Jéiôme, 1. I Comment, in c. I Mattfi. ; dans Je Bréviaire, in Festo Desponsat., 1 Lect. 3 noct.
(2) Voir les inti rprètes et les théologiens, p. ex. Suarez, De My^teriis viiœ Christi, d. VII, se et. 1.
(3) Voir S. Thomas, in IV, d. 30, q. 2, a. 2, ad 4m.
La Vierge Marie sera donc la fiancée de Joseph, quand le mystère de l'Incarnation du Verbe s'accomplira en elle. Aucune créature terrestre, elle seule exceptée, n'en a connaissance. Cependant, le temps du mariage approche, et Jcseph constatant l'état de Marie sans connaître le mystère, est très anxieux et hésite à la prendre chez lui comme épouse. Mais ce trouble n'est qu'une occasion pour faire ressortir sa haute vertu : sa parfaite chasteté, son grand respect de la Loi du Seigneur, sa délicate charité qui lui interdit le moindre soupçon touchant la vertu éminente de Marie ; une occasion aussi pour Dieu de le mettre dans la confidence céleste. Admirons ici, avec le P. Terrien, la haute dignité et sainteté du grand patriarche et de sa mission : « Jésus Christ est le froment des élus. Semé par l'Esprit-Saint dans cette terre vierge et toujours bénie qui appartient à Joseph, et confié par Dieu lui-même au dévouement virginal de ce Juste, il s'est développé par lui. Quels horizons lumineux nous ouvre cette considération sur la pureté, sur la sainteté du bienheureux patriarche !... Comment ne pas faire remarquer, dès maintenant, la solide probabilité de la doctrine qui lui attribue pour toujours et la confirmation en grâce et l'exemption, je ne dis pas de la racine, mais des mouvements et des actes de la convoitise. Est-ce trop pour celui qui fut l'époux de la Reine des vierges, et qui tint lieu de père au Verbe incarné » (1) ?
Désormais, et pendant toute la vie cachée du
(1) Oavr. cité, Ie partie, t. II, 1. VI, ch. IV, fin.
540 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE
Sauveur, l'histoire de Marie se confond avec celle de Jésus-Christ, je dirais presque que leurs vies se confondent. Qui pourra sonder les mystères de grâce qui se sont passés dans la maison bénie de Nazareth, les trésors surnaturels accumulés dans l'âme de la Mère de Dieu, l'opulence des richesses divines déversée sur son auguste personne !
Le récit évangélique est très sobre sur la vie cachée du Sauveur, en compagnie de sa sainte Mère et du glorieux S. Joseph, son père nourricier. Il semble que Dieu ait réservé la révélation de ces merveilles pour ses élus dans le ciel.
Nous en avons dit assez des grandeurs de Marie pour que rien ne nous étonne en lisant les panégyriques des Pères de l'Eglise et des Saints qui les ont suivis ; assez encore pour conclure que la dignité, les privilèges et les mérites de la Mère de D.eu offrent une matière inépuisable à nos pieuses méditations et sont au-dessus de toutes louanges (1).
Le cadre de ce résumé ne permet pas non plus d'exposer, avec l'ampleur désirable, la mission de Marie comme corédemptrice du monde et Mère des hommes (2). Cependant, nous ne pouvons
(1) Nous renvoyons le lecteur, pour plus de développements, à l'ouvrage déjà cité du F. Tenien, Ie partie, La Mère de Dieu.
(2) Le P. Terrien en traite longuement, même ouvrage, 2e partie, La Mère des hommes. — Signa. ens encore un ouvrage moins volumineux, un beau et t~on livre à lire : La Suinte Vieige, par René-Marie de la Broise, dans la collection « Les Saints », P^ris, Lecoffre.
passer ce point important sous silence, sauf à nous contenter de simples indications. Si le récit évangélique est sobre touchant la vie cachée de Jésus, il ne l'est pas moins sur les relations de Marie avec son divin Fils pendant la vie publique. Avant la Passion, il ne fait mention de la Sainte Vierge que deux fois : au début de la vie apostolique, aux noces de Cana, où Jésus fait son premier miracle à la demande de sa Mère (1) ; et plus tard, quand sa Mère et ses frères, c'est-à dire ses proches, demandent à lui parler (2). A chaque fois, le Sauveur fait comprendre qu'il est tout aux affaires de son Père, comme il l'avait dit déjà quand il fut retrouvé au Temple à l'âge de douze ans (3). La présence corporelle de Jésus auprès de sa Mère, et les rapports extérieurs avec elle étaient certes plus rares ; toutefois, sans le moindre doute, les communications divines et intérieures n'ont pas cessé un instant, elles sont plutôt devenues tous les jours plus fréquentes, plus intimes et plus précieuses.
Mais venons en à la dernière rencontre de Marie avec son divin Fils, au Calvaire.
C'est là que sa mission de Corèdemptrice du monde arrive à son terme, en même temps que le Christ achève l'œuvre de la rédemption.
C'est là que la Vierge, Mère du Rédempteur qu'elle enfanta sans douleur, devient, dars l'extrême douleur, la Mère des hommes, nouvelle Eve,
(1) Joan , H;
(2) Mitih , X I, 46 50; Marc, III, 3 ,-35 ; Lac, VIII, 19-21.
(3) Luc, I , il et sqq.
542 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIie PARTIS
mère des vivants, pendant que le nouvel Adam rend, par sa mort, la vie à tous ses frères selon la chair ; là, elle est debout au pied de l'arbre cù est attaché le fruit de vie, de l'arbre planté désormais au milieu du paradis de l'Eglise, pour porter remède à tous ceux qui, dans le vieil Adam, ont touché au fruit de mort.
C'est là encore que sera sanctionnée définitivement sa mission de Médiatrice de nous tous près de Tunique Médiateur entre Dieu et les hommes, le Fils de Dieu fait homme, notre Sauveur. Sans posséder le caractère formel du sacerdoce, qui ne convient pas à sa condition de femme, elle offre, avec le Pontife éternel, le sacrifice expiatoire du péché et méritoire de tous les biens, sacrifice de suprême adoration et action de grâce, et elle participe à cet acte du Médiateur, acte le plus parfait qui jamais put se poser (1), de façon plus parfaite et plus complète qu'aucune créature : elle participe, hors part, activement à Toblation même, et elle en recueille, hors part, les mérites et les fruits.
Voilà, abstraction faite de toute conjecture et d'interprétations divergentes, un triple titre incontestable et incontesté, fondé sur la parole divine des Ecritures, qui revient à la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu : Corédemptrice du monde, Mère des hommes, - et Médiatrice près du Médiateur unique.
- (1) Voir ci-dessus nos Méd. théoK, t. 1, p 656; t. 2, p. 418. Et cf. Coll. Brugen , t IV, p. 370; et Ojetan, in 2. 2, q. 124, a. 3.
Ces titres sont matière inépuisable de S3intes méditations et prêtent à de longs développements que nous ne pouvons donner ici. Cependant nous ajouterons quelques considérations.
Il est évident que ces tit es conviennent à Marie en sa qualité de Mère du Rédempteur, et par conséquent dès le consentement donné à l'Ange : Fiat mihi secundum verbum tuum. Néanmoins elle les a mérités en outre par une coopération ultérieure à la rédemption et qui n'a pas cessé jusqu'à l'achèvement de l'œuvre. Non seulement elle a préparé la victime du sacrifice suprême, en élevant et soignant le Sauveur pendant son enfance et son adolescence et durant toute sa vie, mais elle a surtout partagé ses persécutions et ses souffrances et a eu sa part spéciale à sa doulouieuse Passion, comme à tout ce qui la préparait.
Depuis le commencement de son existence, elle était instruite par la science infuse des choses divines, et notamment au sujet de la rédemption du monde. Pendant son séjour au Temple, éclairée de la lumière d'en haut, elle avait trouvé dans la lecture des prophètes, notamment d'Isaïe, la confirmation de ce que Dieu lui avait appris déjà. Dès l'instant de l'Incarnation, elle a donc connu qu'en devenant Mère du Rédempteur elle devenait Mère de douleurs, et elle a accepté de grand cœur tout ce que comportait ce nouveau titre.
Dans la suite, à la naissance de son Fils elle partage sa pauvreté, son humiliation, sts souffrances, premier prélude de sa Passion douloureuse. L'offrant au Temple, elle entend l'Esprit-Saint,
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s'adressant cette fois directement à elle par la bouche du prophète Siméon, lui prédire sa Passion à elle : Tuam ipsias animam pertransibit gladius (1). Sans doute un îlot d'amertume, capable chez toute autre d'empoisonner la vie entière, aura pénétré dans l'âme de la Vierge pour toute sa vie, mais sans troubler sa paix profonde, basée sur l'espoir de la rédemption prochaine du genre humain, pour le salut duquel elle était prête à s'immoler avec son Fils. Plus tard elle souffre avec lui la fuite et l'exil en Egypte, après avoir subi les angoisses terribles provoquées par l'annonce du massacre des innocents.
Nouvelles inquiétudes quand Jésus, à l'âge de douze ans, reste, à l'insu de Marie et de Joseph, à Jérusalem. L'explication elle même, donnée par Jésus retrouvé, est plutôt de nature à éveiller chez Marie une autre inquiétude : il doit s'occuper des choses de son Père ; or, — Marie le savait — la grande chose c'est son immolation pour la rédemption du monde ; mais quand et dans quelles circonstances l'accomplira t-il ? Voilà ce que ne comprirent pas Marie et Joseph, et ce qui devait nécessairement tenir en éveil la sollicitude et l'anxiété maternelles. Aussi « gardait elle avec soin le souvenir de tout cela » (2).
C'est enfin, au Calvaire, comme nous l'avons dit, que Marie conquiert en perfection son titre de
(1) Lac, II, 35 : « Vous-même, un glaive transpercera vo:re âme ».
(2) Luc, IL 51.
Corédemptrice du monde et de Mère des hommes, après avoir participé, aussi pendant la vie publique du Sauveur, et de diverses façons, à ses labeurs apostoliques, à ses persécutions, à la préparation de sa passion et de sa mort.
Il nous reste à dire un mot de la très sainte Mère de Dieu, comme Médiatrice. Le rôle de Médiatrice de Marie est encore et toujours basé sur sa maternité divine. Elle est en sa qualité de Mère de Dieu, nous l'avons dit déjà, la Toute-puissance suppliante. Tout bien salutaire, corporel ou spirituel, nous vient par son intervention : soit que nous considérions l'économie générale du salut, soit que nous consultions la tradition universelle de l'Eglise, les Saints Pères et Docteurs, la Liturgie sacrée et la théologie, les Actes des Pontifes Romains, tout nous conduit à cette conclusion : de même que Marie nous a tout donné, en nous donnant le Rédempteur et en coopérant à l'acquisition de ses mérites ; de même, c'est à son intervention, à son intercession universelle, appuyée par la représentation faite à Dieu de ses mérites et des mérites de tous les Sainte, mais avant tout des mérites infinis du Sauveur, desquels tout mérite dépend ; c'est par cette médiation de Marie, disons-nous, que les mérites du Rédempteur nous sont appliqués, que toutes les grâces et bienfaits de Dieu sont distribués.
VlTA, DULCEDO ET SPES NOSTRA, SALVE.
Ouvrages du même auteur.
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De Prudentia, Foriitudine et Temperantia . 4,50
De Dubio solvendo in re morali, in-8°. . 3,50
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Theologicis 2e éciit 2,25
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SQmmaire d'Un cours de Pédagogie, d'après i les auteurs modernes les pAus compétents, 3fi édition. Vol. in-8° 2,Ô&
De Vita et moribus Sacerdotum opuscùlum
Clîchtovei . . . 1,50-