‹ Méditations théologiquesChapitre 49 sur 50 · L'ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST

Pentecôte que cet Envoyé du Père et du Fils descend comme le souîfie de vie dans ce corps inanimé. Et aussitôt quel changement merveilleux ! D'abord témoignage public de la présence de l'Esprit divin, et par conséquent de la divinité de l'Eglise, par un miracle éclatant, qui met toute la ville en émoi ; ensuite distribution de ses dons qu'on appelle gratis data : don des langues et sans doute tous les autres ; infusion de grâces pour la sanctification personnelle des membres qu'il vivifie ; mais surtout la vie sociale : Pierre, comme chef, se lève, il enseigne avec une autorité suprême et infaillible, il commande avec une autorité divine, il administre les sacrements, et voilà plusieurs milliers de membres nouveaux, unis entre eux dans le corps, par la même foi, la même obéissance, les mêmes sacrements. Et cette vie ira en se développant, de manière qu'avant la mort des Apôtres ce corps vivant aura des membres dans toutes les parties du monde connu ; et qu'à peine trois siècles auront passé, que cette Eglise immortelle, parce que l'Esprit de Dieu est sa vie, renaissant sans cesse de dessous le glaive et le bûcher, aura vaincu toutes les puissances des enfers, aura lavé dans son sang le monde païen souillé de tous les crimes, et sera assise glorieuse et triomphante sur le trône même des Césars romains, des maîtres du monde, ses persécuteurs.

232. Mais il faut considérer plus en particulier cette influence de l'âme de l'Eglise sur le corps. L'Esprit- Saint exerce par rapport à l'Eglise une triple opération : 1° il distribue ses dons, qu'on

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appelle gratis data, aux membres personnellement, et parfois à d'autres qui ne sont pas membres, mais toujours pour l'utilité commune de l'Eglise ; 2° il donne les grâces intérieures pour la sanctification personnelle des membres, et aussi hors de l'Eglise, mais pour y amener des membres nouveaux, en vue de l'Eglise, qui est la voie, la providence ordinaire et de soi nécessaire. C'est parce qu'elle est cette providence ordinaire, qu'on dit appartenir à l'âme de l'Eglise ceux qui, étant sans leur faute hors de l'Eglise, correspondent si bien aux grâces divines qu'ils parviennent à la justification, à la vie que î'Esprit-Saint produit en eux, avant qu'ils arrivent à connaître l'Eglise. Dieu ne s'est pas astreint à faire nécessairement des miracles pour amener tout le monde au salut seulement par la voie ordinaire, il a aussi sa providence extraordinaire. Enfin et surtout l'Esprit- Saint exerce 3° son action sur le corps de l'Eglise comme tel, sur les membres qui ont autorité comme personnes publiques, sociales ; car c'est par cette action et assistance constante de l'âme, de l'élément divin, que les droits et prérogagatives que Jésus-Christ a conférés sont sauvegardés, que les promesses qu'il a faites se réalisent. C'est l'objet de la thèse suivante.

233. C'est par cette triple influence de l'âme, de l'élément divin qui compénètre l'élément humain et visible, le corps de l'Eglise, que s'expliquent Vindéfectibilité de l'Eglise, son autorité infaillible dans l'enseignement, son autorité infaillible et sainte dans la discipline, dans la législation générale, et dans l'administration des sacrements. C'est

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par cette même influence qu'à l'infaillibilité active correspond l'infaillibilité passive, à l'autorité qui gouverne l'obéissance, à tout l'ensemble de l'action des supérieurs l'unité de foi et de communion, la sainteté, la catholicité, la conservation de l'Eglise comme apostolique. C'est enfin par l'union intime de ces deux éléments, humain et divin, que certaines propriétés de l'Eglise se manifestent comme divines, et constituent ainsi les notes de l'Eglise, qui la rendent visible formellement comme divine.

Au lieu de développer cette proposition, ce qui dépasserait les limites que nous nous sommes tracées, nous nous contentons de signaler à l'attention des lecteurs la perfection de l'Eglise, l'efficacité de son action pour parvenir à sa fin, perfection à laquelle aucune société humaine ne saurait atteindre. Car ici non seulement l'autorité est une autorité divine, puisque c'est f Esprit-Saint qui l'assiste et s'en sert pour poursuivre le but, mais à côté de l'autorité, de la loi, il y a l'influence de la grâce sur les membres, il y a les dons et miracles qui excitent l'attention des hommes et confirment la divinité de l'Eglise. Ces dons, il est vrai, étaient plus nécessaires pour l'établissement de l'Eglise, comme ils le sont davantage pour sa propagation dans les pays infidèles ; mais ils ne lui ont jamais fait défaut. De cette triple influence provient donc une unité d'action, une activité sociale, une vie bien plus forte et plus parfaite qu'on ne saurait en trouver dans une société humaine la mieux constituée et la mieux gouvernée.

De tout ce que nous venons de dire sur la

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société religieuse en général, et sur l'Eglise catholique en particulier, il est facile de déduire les droits de l'Eglise dans la société humaine et ses relations avec les sociétés civiles. Nous les énonçons simplement dans une dernière thèse.

234. Puisque l'Eglise catholique est la société religieuse surnaturelle, divinement instituée pour rendre à Dieu le culte public qu'il exige, et qu'elle porte les signes évidents de sa divinité, non seulement tout homme mais toute société humaine doit la reconnaître. De plus, étant société parfaite, ayant pour fin la fin dernière elle-même, elle est nécessairement indépendante, d'une manière complète, de toute société civile ; au contraire, la société civile, ayant sa fin dans un ordre distinct, mais subordonnée à la fin dernière, sera indépendante dans sa sphère propre, mais subordonnée d'une manière indirecte à l'Eglise. Enfin, si les membres de la société civile ne sont pas encore soumis à la juridiction de l'Eglise, cette subordination reste simple subordination, ayant un caractère négatif : de ne pas nuire à l'Eglise, de ne pas léser ses droits, sauf l'obligation qui reste de la reconnaître et de s'y soumettre : si, au contraire, les membres de la société civile tombent aussi sous la juridiction de l'Eglise, la subordination devient véritable dépendance indirecte, ayant un caractère positif : d'obéir à l'Eglise et de la secourir dans tout ce qu'elle exige pour l'accomplissement de sa mission. Il faut cependant tenir compte ici des circonstances, qui peuvent donner lieu à la tolérance, non dogmatique mais civile, par rapport aux sociétés

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composées en tout ou en partie d'enfants rebelles à l'Eglise.

Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette question compliquée. Seulement nous conseillons de bien observer les distinctions posées, et de ne" pas confondre les questions de droit, ou de ce qui devrait être, avec les questions de fait ou de ce que l'on peut obtenir dans des circonstances déterminées, le principe avec un fait, la tolérance dogmatique avec la tolérance civile, etc.

235. Nous ne pouvons mieux finir qu'en admirant l'œuvre magnifique de la Providence divine, conduisant la société humaine, dans les différents âges, comme par autant d'étapes, à la fin bienheureuse, et préparant ainsi au Verbe incarné, chef des anges et des hommes, cette Eglise ou cité céleste, vers laquelle nous aspirons, et dont la sainte Eglise catholique est la dernière préparation. « Car c'est là une promesse faite aux saints qui ressuscitent : qu'ils seront semblables aux anges de Dieu. Ainsi la Jérusalem céleste, notre mère, la cité de Dieu, ne sera nullement privée de la foule de ses citoyens, ou peut-être même régnera-t-elle composée d'une troupe plus nombreuse de saints. Nous ignorons d'ailleurs le nombre ou des hommes saints ou des démons immondes, dont la place sera prise par les enfants de notre sainte Mère l'Eglise, qui semblait être stérile sur cette terre, mais qui verra ses enfants jouir, sans aucune limite de temps, de cette paix que les démons ont perdue. Mais le nombre, actuel ou futur, de ces citoyens bienheureux est connu par cet Ouvrier, qui appelle ce qui

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n'est pas, comme ce qui est (Rom., IV, 17), et qui dispose tout avec mesure et avec nombre et avec poids (1) ».

(1) « Hoc enim promissum est resurgentibus sanctis, quod erunt squales angelis Dei. Ita supernajerusalem, mater nostra, civitas Dei, nulla civium suorum numerositate fraudabitur, aut uberiore etiam copia fortasse regnabit. Neque enim numerum aut sanctorum hominum aut immundorum dœmonum novimus, in quorum locum succedentes filii sanctœ matris Ecclesiœ, quœ sterilis apparebat in terris, in ea pace, de qua illi ceciderunt, sine ullo temporis termino permanebunt. Sed illorum civium numerus sive qui est, sive qui futurus est, in contemplatione est ejus artiflcis, qui vocat ea, quœ non sunt, tamquam ea quœ sunt (Rom., IV, 17), atque in mensura et numéro et pondère cuncta disponit. » (S. Aug., Enchiridion de fide, spe et charitate, cap. IX, n 29).

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