CHAPITRE V
L'accueil enthousiaste que le public avait fait à Euphrosine, l'éclat que la représentation de cet ouvrage avait jeté tout d'un coup sur le nom de Méhul rafraîchirent la mémoire de l'administration de l'Opéra, qui se souvint aussitôt que depuis plusieurs années elle avait dans ses cartons une œuvre du jeune compositeur. Peut-être, sans cette circonstance, Cora et Alonzo n'eût-il jamais été représenté ; mais dès que l'on vit qii' Euphrosine avait conquis la faveur générale, on s'empressa de rechercher l'œuvre naguère dédaignée, d'en organiser les études, de la mettre en répétitions, de faire exécuter pour elle un décor à grand effet, et les choses allèrent d'un tel train que, cinq mois à peine après l'apparition d' Euphrosine y le 15 février 1791, l'Opéra donnait la première représentation de Cora, à qui l'on s'était contenté de retrancher la moitié de son titre.
Nous avons vu que le poème de cet ouvrage, qui comportait quatre actes, était dû à un écrivain nommé Valadier. C'était la mise en action de l'épisode des amours d' Alonzo et de Cora dans le roman alors si fameux de Marmontel, les Incas. Malheureusement l'auteur était inexpérimenté, et il semble bien que c'est la faiblesse de son livret qui causa la chute non contestable de l'œuvre pour laquelle Méhul s'était fait son collaborateur, chute que le Mercure enregistrait dans ces termes assez secs : «On a donné sur le théâtre de l'Opéra une nouvelle tragédie lyrique intitulée Cora, Elle a peu réussi. Nous n'entrerons dans aucun détail, à moins qu'elle ne se relève dans l'opinion publique. »Le compte-rendu, très bref aussi, du Journal de Paris, suffit pourtant à nous faire entendre que
SA VIE, SON GÉNIE, SON CARACTÈRE Gl
Méhul n'était point responsable du résultat: — «Quoique la première représentation de Coray disait ce journal, n'ait pas obtenu un succès très marqué, la musique en général a paru d'une composition savante, et plusieurs morceaux ont été très applaudis. Elle est de M. Méhul, jeune compositeur, qui a donné déjà sur le Théâtre-Italien un ouvrage dont les beautés, généralement senties, prouvent un talent décidé. Les ballets sont de la composition de M. Gardel. Le public a donné de grands applaudissements à la décoration qui représente un volcan en explosion i. » En réalité, la chute fut complète, et l'ouvrage ne se releva pas. Cinq représentations seulement en furent données (les 15, 18, 20 et 25 février et 4 mars), puis il n'en fut plus question. Il est heureux sans doute pour Méhul que la négligence de l'Opéra lui ait permis de débuter par Euplwosine. Qui sait, se présentant pour la première fois au public avec Cora, si sa carrière n'eût pas été entravée pendant de longues années, et s'il n'eût pas ainsi payé douloureusement les fautes de son collaborateur? Celui-ci, du reste, soit par modestie, soit pour toute autre cause, jugea à propos de conserver l'anonyme, et resta par conséquent inconnu du public, tous les petits secrets du théâtre n'étant pas alors, comme au.jourd'hui, à la merci d'une presse avide de révélations. Le livret de Cora porte simplement cette mention : — « Les paroles, de M***. La musique, de M. Méhul 2».
^ Les Spectacles de Pans faisaient nettement la part du poète et celle du compositeur: — «Peu d'ensemble, de très beaux vers, mais de la négligence dans le poème. Des morceaux du plus grand mérite, et dignes de l'auteur d^ Euphrosine ».
2 Voici qu'elle était la distribution de Cora :
Ataliba, roi de Quito. . . . Laïs.
Alonzo, général espagnol Le grand-prêtre . . .
Cora
Zémor, père de Cora .
Zélia, mère de Cora .
Zulma, amie de Cora .
Un guerrier
Rousseau.
Chéron.
M^lc Gavaudan cadette.
Chardini.
Mlle Maillard.
Mlle Mullot.
Martin.
Mais le succès à^Euphrosine, succès persistant et qui survivait à la chute de Coraj engagea naturellement ses auteurs à unir leurs efforts pour se présenter de nouveau devant le public du théâtre Favart*, qui les avait une première fois si bien accueillis. Il s'agissait, pour cette seconde épreuve, d'une œuvre de proportions beaucoup moins vastes et dont les développements étaient facilement condensés en un seul acte, bien que son caractère fût tendre et pathétique.
On connaît le trait de générosité paternelle attribué par la tradition à Séleucus Nicator, roi de Syrie et fondateur de la dynastie des Séleucides. Ce monarque aimait une jeune princesse grecque du nom de Stratonice et allait en faire son épouse, lorsqu'il apprend que son fils, miné par un mal dont il a cherché vainement à découvrir la cause, se meurt précisément d'amour pour la belle Stratonice, qui partage sa passion. Les deux amants, soumis aux désirs de Séleucus et respectueux de ses volontés, ne s'étaient même pas avoué leur amour, et le sacrifice de leur bonheur va s'accomplir par le mariage de Stratonice, lorsque leur secret se trouve dévoilé. Séleucus alors renonce à celle dont il voulait faire sa femme, et la donne à son fils, se sacrifiant ainsi lui-même. Tel est le sujet qu'Hofïman résolut de traiter, avec l'aide de Méhul, sous forme de comédie lyrique ^, Ce sujet, un peu froid peut-être, un peu contenu pour le théâtre, où l'analyse des sentiments doit toujours céder la place à la peinture de la passion, n'est cependant pas dépourvu d'intérêt ; et ce qui le prouve, c'est qu'à cette époque même et depuis cent cinquante ans, dix auteurs, en France seulement.
1 Comëdie-Italienne, théâtre Favart,Opëra-Comique national, — tels sont les divers titres qui, à partir de la période révolutionnaire, servirent indifféremment à désigner ce théâtre depuis si longtemps chéri des Parisiens.
2«< Comédie héroïque», dit le livret. — Ce sujet de Stratonice Sk été directement emprunté par les modernes à un aimable et touchant récit de l'écrivain grec Lucien, intitulé la Déesse de Syrie.
l'avaient transporté sur la scène. Tout d'abord, un nommé Brosse en avait fait le fond d'une comédie intitulée Stratonice ou le Malade d'amour (1644) ; après lui, Montauban, Fayot et Quinault en avaient tiré chacun une tragédiecomédie, le premier sous le titre de Séleuciis (1652), les deux autres sous celui de Stratonice (1657 et 1660) ; vint ensuite Thomas Corneille, dont la tragédie d'Antiochus parut à l'Hôtel de Bourgogne le 25 mai 1666; au siècle suivant, la Comédie-Italienne offrait à son public un canevas italien fondé sur le même sujet, Lélio délirant par amour (24 septembre 1716), et enfin l'ancien Opéra- Comique représentait, le 22 septembre 1758, une pièce à ariettes intitulée le Médecin de V amour ^ dont les paroles étaient dues à Auseaume et la musique à Laruette. Mais ce n'est pas tout, et divers écrivains dramatiques avaient employé l'épisode de Stratonice dans quelques-uns de ces ouvrages si fort à la mode au dix-septième et au dixhuitième siècle, où chaque acte formait une action détachée et indépendante. Dès 1642, un certain Gillet avait fait représenter sous ce titre : le Triomphe des cinq passions^ une comédie dont le troisième acte offrait V Amour d'Antiochus et de Stratonice ; soixante ans plus tard, en 1703, Danchet et Campra donnaient à l'Opéra un ouvrage en quatre actes, les Muses, dont le quatrième présentait le même sujet, bien que les noms des personnages eussent été changés^ -, en 1729, La Grange-Chancel faisait jouer à la Comédie-Italienne le^ Jeux olympiques ou le Prince malade, « comédie héroïque » où les amours de Stratonice et d'Antiochus étaient encadrées dans une action fastueuse et brillante ; enfin, en 1745, Cahuzac et notre grand Rameau offraient au public de l'Académie royale de
* Cet acte, qui portait pour titre particulier V Amour médecin, e'tait ainsi distribué :
Géronte Desvoyes.
Eraste, son fils Cochereau.
Ericine Mlle Maupin.
Dirée M^l® Cochereau.
musique un opéra en trois actes intitulé les Fêtes de Polymnie, dont le second, qui avait pour titre particulier VHistoirey faisait encore revivre le même épisode i.
On voit que cette histoire touchante des amours de Stratonice et d'Antiochus n'était pas nouvelle au théâtre. Je persiste à croire pourtant que ce sujet est un peu nu, un peu froid pour la scène, étant donnée surtout la façon dont il a été traité par Hoffman, sans aucun accessoire, sans le secours d'aucun élément étranger à une action d'une intimité quelque peu rigide et sévère, rendue plus austère encore par le milieu dans lequel elle se produisait ^ \ il ne s'agissait que d'un acte à la vérité, et cet acte, écrit en vers, affectait une forme vraiment littéraire, bien qu'on lui pût reprocher parfois une certaine lourdeur. Mais, après tout, qui pourrait songer à se plaindre du choix fait par le poète, en voyant que son travail a inspiré au musicien un aussi incomparable chef-d'œuvre que cette admirable partition de Stratonice y l'une des merveilles les plus accomplies qui soient jamais sorties d'un cerveau humain ! Méhul, plus tard, s'est élevé parfois aussi haut que Stratonice , particulièrement dans Jose;pliy qui reste, lui aussi, un monument impérissable, et sans analogue dans l'art d'aucun pays ; mais jamais il n'a fait mieux, et l'on peut dire qu'au point de vue soit du style, soit de la couleur, soit de l'expression, soit du sentiment poétique, Stratonice est une œuvre absolument achevée, où la tendresse émue et la majesté mélancolique,
* Voici quels étaient les interprètes de celui-ci :
Séleucus Chasse'.
Stratonice M^e Chevalier.
Antiochus Jélyotte.
Une Syrienne M^^^ Coupée.
Il faut mentionner encore un ouvrage de Langlé, Antiochus et Stratonice, représenté sans succès à Versailles, selon Fétis, en 1786.
^"11 fallait tout le charme et la passion de Stratonice pour sauver ce que la gravité historique du costume et du style grec avait de trop sévère pour les habitués de l'Opéra-Comique. •>. — (Vieillard: 3Iéhul,.sa vie et ses œuvres.)
s'épandant en accents d'une nouveauté saisissante, produisent une impression indéfinissable. Et l'artiste qui produisait un tel chef-d'œuvre n'avait pas trente ans !
C'est le 3 mai 1792 qu'on vit paraître cette noble Stratonice sur la scène du théâtre Favart *. L'ouvrage était joué par quatre artistes qui, tous, en dehors de leur talent de chanteurs, étaient des comédiens accomplis, qualité indispensable pour un ouvrage d'un tel genre et d'un tel caractère. Ces quatre artistes étaient M""^ Dugazon (Stratonice), Philippe (Séleucus), Michu (Antiochus) et Solié (Erasistrate). Il semble, à regarder de près, que le public et la critique aient été, au premier abord, jusqu'à un certain point déroutés par les allures un peu solennelles d'une pièce que son genre paraissait rapprocher plutôt de la Comédie-Française que de l' Opéra-Comique. On sent en effet quelque gêne, quelque effort dans l'expression de l'opinion émise par certains journaux sur la valeur de l'œuvre et même sur son succès ; ce n'est pas, par exemple, sans une sorte de timidité, de réserve pour ainsi dire inconsciente que le Journal de Paris j dont l'influence était grande alors en tout ce qui touchait les questions artistiques ou littéraires, constatait ce succès : — ■ « ...Pour la musique, disait-il, qui est de M. Méhul, elle est très plaintive, très expressive : on y a vivement applaudi des morceaux d'un grand effet. Enfin, cette pièce, fort bien rendue par M'"^ Dugazon et par MM. Philippe, Michu et Solier, a eu véritablement du succès, et l'on a rendu justice au mérite du poète et du musicien, même après avoir éprouvé que ce sujet, qui offre des scènes intéressantes, a une certaine tristesse, une certaine monotonie qui en est réellement inséparable. »
En regard de la note un peu hésitante donnée par le Journal de FariSy il faut pourtant placer le jugement du Mercure, qui, plus franc du collier, ne craignait pas de se laisser aller à l'enthousiasme. Voici comment s'exprimait
*Le spectacle de la première représentation comprenait, avec Stratonice, la llélomaniej de Champein, et la Bonne Mère, comédie de Florian.
ce recueil, dont ropinion, on le sait, faisait autorité en matières théâtrales, celles-ci étant du domaine exclusif de Framery, qui était à la fois auteur dramatique et musicien fort instruit :
Sans le secours des poignards, des poisons, des cachots et de tout cet échafaudage à la mode, sans tableaux et sans grands mouvemens, avec un sujet d'une simplicité antique et trop connu pour admettre des incidens nouveaux, M. Hoffman a eu l'art d'obtenir un succès très brillant dans Stratonicef pièce lyrique en un acte qui se donne au Théâtre- Italien...
Cet ouvrage est une nouvelle preuve des talens de M. Hoffman, déjà distingué par l'élégance et la pureté de son style. Dans le petit nombre de vers qui composent cette pièce, on trouve un grand nombre de vers charmans.
Le compositeur est M. Méhul, auquel son premier ouvrage, Euphrosine, a déjà procuré la plus brillante réputation. Celui-ci ne peut que l'assurer davantage. Tous ses morceaux sont parfaitement sentis, et la manière de ce jeune auteur, perfectionnée de jour en jour, est déjà digne, à beaucoup d'égards, de servir de modèle. Il n'y a que six morceaux dans cette pièce, et il y en a deux qui sont des chefs-d'œuvre ; l'un est un air d'un chant délicieux, soutenu d'un accompagnement aussi brillant que simple, et qui rappelle parfaitement la manière de Sacchini, quoiqu'on n'y puisse pas reprocher la moindre trace d'imitation ; l'autre est un quatuor concerté, plus remarquable encore à cause de son étendue et de son importance. Il est rempli d'idées extrêmement heureuses, et ce sont peut-être ces détails qui ont le plus contribué à son succès, quoique ce n'en soit pas assurément le plus grand mérite. Un homme médiocre peut rencontrer aussi des idées heureuses ; mais ce qui n'est pas également à sa portée, c'est cette parfaite unité de dessin, cette connexion intime entre les phrases correspondantes, cet art de ménager des oppositions sans disparates, de ramener un ou deux motifs principaux sans monotonie et sans longueur; de déployer dans l'orchestre de la richesse sans confusion, sans étouffer les paroles, et sans sacrifier le chant de la partie vocale ; cet art enfin de moduler à propos, facilement et sans recherche, mérite assez rare aujourd'hui parmi nos jeunes compositeurs, qui semblent ne pas se soucier de plaire , pourvu qu'ils étonnent, et qui s'embarrassent peu d'être baroques, pourvu qu'on les croie savans. M. Méhul lui-même n'est pas exempt de ce reproche, mais on voit qu'il s'en corrige. Cet ouvrage, aussi soigné que ses premiers, a moins de ces combinaisons laborieuses, et plus de cet aimable abandon qui délasse l'auditeur.
Les justes éloges que nous croyons devoir à M. Méhul nous empêchent de nous étendre sur le mérite des acteurs. Nous nous bornerons
à dire que la pièce est parfaitement jouée par M'»» Dugazon, MM. Michu , Philippe et Sollier. L'exécution de l'orchestre n'est pas moins soignée ; on voit que les musiciens y mettent de la prédilection et de l'amour ^.
Après le premier moment de surprise causé par une pièce d'un genre si inusité sur le théâtre où elle paraissait, le public ne songea plus qu'à laisser un libre cours à son admiration pour les beautés que le compositeur y avait semées à profusion. Stratonice^ appréciée à sa juste valeur, fournit une brillante carrière, que ne put interrompre le départ de M'"^ Dugazon, compromise par l'attachement qu'elle avait témoigné publiquement à la reine et obligée, vers la fin de 1792, de quitter momentanément le théâtre
* Sur ce chapitre de rinterprétation de Stratonice, nous avons le témoignage d'un contemporain et d'un ami de Mëhul, Vieillard, mort il y a une quinzaine d'annëes dans un âge très avancé, et qui a publié sous ce titre trop ambitieux; Méhiol, sa vie et ses œuvres, une brochure courte, mais vraiment intéressante
« Stratonice, dit-il, cette délicieuse élégie dramatique, ce diamant sans la moindre tache, avait rencontré, en 1792, au théâtre de l'Opéra-Comique, des metteurs en œuvre dignes de le faire briller de tout son éclat. La beauté et la perfection de formes de Michu faisaient de lui le type idéal du jeune Antiochus ; Philippe disait d'une manière inimitable l'admirable prière : Versez tous vos chagrins dans le sein paternel ; Solié avait fait du rôle du médecin Erasistrate une création de premier ordre. Force, grâce, dignité, tels étaient les caractères de son jeu et de son chant dans le prodigieux quatuor qui résume l'action de toute la pièce. C'est d'après mes souvenirs personnels que je parle ici de ces trois artistes. Je n'ai point vu W^^ Dugazon dans le rôle de Stratonice, et malgré l'auréole de gloire et de succès qui, aujourd'hui encore, entoure le nom de cette actrice célèbre, j'ai peine à me persuader qu'elle fût parfaitement à sa place dans ce rôle qui n'admet point les mouvements déréglés de la passion, genre où elle excellait, et qui, au contraire, exige autant de tenue que de dignité. D'ailleurs, un grasseyement très prononcé et un excessif embonpoint devaient nuire essentiellement à l'effet du rôle, supérieurement rendu à l'Opéra-Comique, dix ans après Mme Dugazon, par Mil® Pingenet aînée, aussi recommandable par son extrême distinction que par la perfection de ses traits. »
Je ferai remarquer pourtant que M^i® Dugazon, rentrant au théâtre Favart en décembre 1794, y reprit quelques-uns de ses anciens rôles, entre autres ceux de Nina, de Stratonice, xa^xaç, de Louise du Déserteur, qui est une toute jeune amoureuse, et que ses représentations amenaient des recettes auxquelles le théâtre n'était plus depuis longtemps habitué.
Favart, dont elle resta éloignée pendant deux ans environ. -^me Crétu hérita alors du rôle de Stratonice, où son talent et sa beauté la servirent de la façon la plus heureuse. Quelques années plus tard, après avoir laissé reposer un peu l'ouvrage, on en fit une reprise presque solennelle, dans laquelle les deux personnages de Stratonice et d'Antiochus étaient confiés à deux nouveaux interprètes, M^^*^ Jenny Bouvier et Gavaudan, qui l'un et l'autre y trouvaient l'occasion d'un éclatant succès. Une feuille spéciale, le Courrier des Spectacles^ rendait ainsi compte de cette reprise :
La reprise du bel opéra de Stratonice va devenir encore une source de jouissances pour les amateurs de l'excellente musique. On sait que Stratonice a placé tout d'un coup son auteur au rang des plus grands mélodistes. C'est dans cet ouvrage que le citoyen Méhul a prouvé jusqu'à quel degré de perfection on pouvait porter la déclamation lyrique, mais surtout le chant simple et l'harmonie dégagée de toute espèce de complication.
Le ton de douceur qui règne dans toute cette composition, la vérité des accens qu'il a fallu donner à l'amour combattu par le devoir, à la tendresse paternelle, à la pénétration d'un philosophé, le pathétique de toutes les expressions musicales, la sublimité des effets d'accompagnement, qui sont d'autant plus étonnans qu'ils sont plus ménagés, tout dans Stratonice est si pur et si touchant, qu'on ne la quitte qu'à regret et avec le besoin de revenir l'entendre.
Les morceaux de cet opéra ne sont ignorés de personne; ils sont, pour ainsi dire, consacrés ; nous ne les rappellerons ici que pour faire observer avec quelle intelligence et quel goût ils ont été chantés. Il faut dire sur-tout qu'indépendamment de l'intérêt qu'inspire par lui-même l'un des plus beaux sujets de la scène, et que fait si bien valoir une composition digne d'être mise à côté de celles de Sacchini , on avoit encore l'attrait de voir les deux principaux rôles, c'est-à-dire ceux de Stratonice et d'Antiochus, remplis pour la première fois par madam e Bouvier et le citoyen Gavaudan. Le jeu de ce dernier a été parfait, et il y a joint un chant plein d'âme et d''expression
On sait tout le plaisir qu'ont toujours fait les citoyens Solier et Philippe dans les rôles d'Érasistrate et de Séleucus ; tous deux semblent avoir encore acquis de la perfection i.
^Courrier des Spectacles du 28 germinal an VU! (17 avril 1800).
Fétis, qui n'a jamais su se résoudre à avouer franchement qu'un musicien français pouvait avoir du génie, fait' le renchéri au sujet de Stratonicej et n'accorde à ce chefd'œuvre que des éloges tempérés, par une critique sévère. «Un air admirable {Versez tous vos chagrins) ^ et un quatuor, dit-il, ont surtout rendu célèbre cet opéra. Ce quatuor, objet de l'admiration de beaucoup d'artistes et d'amateurs, est, en effet, remarquable par sa physionomie originale ; c'est une empreinte du talent de son auteur avec tous les développements qu'eWe (!) comporte. On y trouve une manière large, une noblesse, une entente des effets d'harmonie, dignes des plus grands éloges. En revanche, les défauts de Méhul s'y font aussi remarquer. Rien de plus lourd, de plus monotone que cette gamme de basse accompagnée d'une espèce de contrepoint fleuri qui se reproduit sans cesse; rien de plus scolastique que ces accompagnements d'un seul motif {d'un sol passo)^ qui poursuivent l'auditeur avec obstination. L'ensemble du morceau offre le résultat d'un travail fort beau, fort estimable sous plusieurs rapports, mais ce travail se fait trop remarquer et nuit à l'inspiration spontanée. Toutefois, le quatuor de Stratonice aura longtemps encore le mérite de signaler Méhul comme l'un des plus grands musiciens français, parce que les qualités sont assez grandes pour faire pardonner les imperfections. »
Il me paraît que cette approbation rechignée est plutôt digne d'un rhéteur que d'un artiste vraiment sensible aux beautés de l'art et accessible à l'enthousiasme. A chercher ainsi la petite bête, pour me servir d'une expression vulgaire et significative, on ne laisserait debout aucun chefd'œuvre et l'on ne reconnaîtrait aucun génie. D'ailleurs, à mon sens, la lourdeur reprochée par Fétis au merveilleux quatuor de Stratonice ne proviendrait pas absolument de cette fameuse gamme de basse (qui en effet se représente souvent, parce qu'elle accompagne la mélodie principale et maîtresse du morceau, et que celui-ci, commençant en duo, se continuant en trio et se terminant en quatuor,
reproduit cette mélodie à chaque nouvel épisode)^ mais tiendrait plutôt à la trop grande largeur systématique du rythme des basses^ qui, à partir du début jusqu'à la conclusion, ne marchent que par rondes et par blanches. Toutefois, il me semble aussi que c'est à ce caractère particulier des basses que le morceau doit en partie sa noblesse, sa simplicité touchante et sa couleur vraiment antique. Ce que Fétis oublie de signaler, c'est la tristesse désolée de la belle phrase d'Antiochus : Mes maux ne sont point un mystère, qui sert de thème et de pivot à cette page admirable; c'est le soli de violoncelles qui ouvre la seconde partie, et dont l'effet était si neuf à cette époque; c'est, à partir de l'entrée de Séleucus, l'incomparable beauté qu'offre l'ensemble si fondu, si harmonieux, si étonnamment coloré de ces trois voix d'hommes; c'est enfin l'impression que produit, avec l'adjonction de la voix féminine, le dernier retour de la phrase initiale amenant la péroraison de ce morceau gigantesque, morceau dont les développements paraîtraient assurément excessifs s'ils n'étaient dus à l'habileté d'un homme de génie sûr de lui-même et certain de communiquer à ses auditeurs l'émotion dont il est si fortement pénétré.
Au surplus, la partition tout entière de Stratonice s'impose à l'attention. Si l'ouverture, malgré ses qualités, ne peut compter parmi les plus belles qu'ait écrites Méhul, le chœur d'introduction : Ciel, ne sois point inexorable, court, gracieux, d'un dessin mélodique plein de tendresse et de mélancolie, établit du premier coup la couleur et la nature de l'œuvre. On ne saurait reprocher à l'air d'Antiochus: Oui, c^en est fait, je succombe! qu'un peu de longueur peut-être ; mais comme le caractère en est plaintif, et combien il est intéressant au point de vue de la facture et de l'accompagnement ! De l'air de Séleucus : Verser tous vos chagrins dans le sein paternel, que pourrait-on dire qui déjà n'ait été dit cent fois, et que pourrait-on louer le plus en lui, ou du sentiment pathétique et de la sensibilité qu'il exprime, ou de son adorable contexture mélodique, ou de
son style à la fois si noble, si touchant et si pur^? Quant à celui d'Erasistrate : 0 des amants déitê tutélaire! il est d'une grâce exquise et d'un tour enchanteur. Chose singulière! Hoffman, qui déjà, dans Eiiphrosine, s'était abstenu de faire chanter son héroïne, mais qui du moins ne s'était pas privé du secours d'autres voix féminines, a condamné Stratonice au silence sans avoir ici de compensation, et sans s'inquiéter de la gêne qu'il pouvait imposer au compositeur. Dans une pièce comprenant quatre personnages dont une seule femme, il a confié un air à chacun des trois hommes, et semble avoir à dessein négligé d'employer la seule voix de femme qu'il eût à sa disposition. Celle de Stratonice ne se fait entendre que dans le quatuor, et seulement à la fin de ce morceau, dont les deux tiers se déroulent sans son intervention. Le fait est au moins étrange, et mérite d'être remarqué.
Quoi qu'il en soit de cette singularité, la partition de Stratonice reste une œuvre noble, pathétique, pleine de poésie, écrite en un style d'une grandeur magistrale, dans une langue où l'on peut dire que la sobriété la plus mâle s'allie à la magnificence; elle a la sérénité dans la beauté, et par sa couleur à la fois lumineuse et fondue, par sa simplicité antique, par son expression chaste et pénétrante, elle était faite pour plaire aussi bien aux délicats, aux raffinés, qu'à ceux qui ne se piquent pas de connaissances artistiques et qui cherchent avant tout à être émus et charmés. Et qui donc pourrait ne pas être ému, qui donc ne serait pas charmé à l'audition d'un tel chef-d'œuvre?
Le croirait-on, pourtant? Méhul, défiant et craintif, Méhul doutant de son génie, doutant de son œuvre, doutant de lui-même, hésitait à soumettre Stratonice au jugement du public! « Loin de s'enorgueillir de ses succès, a-t-on dit à ce sujet, Méhul devenait plus timide à chaque
1 Un critique a dit en parlant de l'air célèbre de Joseph : Champs paternels : — «Cet air serait peut-être le .plus beau qu'il y eût au théâtre, sans celui de Stratonice: Versez tous vos chagrins dans le sein paternel. ^^ C'est Méhul faisant tort à Méhul.
nouvel ouvrage. Croirait-on qu'il ne livra qu'avec défiance sa partition de Stratonice? Le morceau qui l'inquiétait le plus était l'admirable quatuor de la consultation : «Il me « semble, disait-il, voir entrer en scène des médecins en «robe et en perruque; je veux absolument refaire mon « quatuor. » L'auteur des paroles finit par triompher de toutes les hésitations de son collaborateur, et ce fut ce même morceau qui décida le succès de la pièce i...»
Les craintes de Méhul étaient très vives, on le voit, à ce moment toujours critique où un auteur, ayant accompli son travail personnel et devant confier son œuvre aux hasards de l'interprétation, redoute de voir se dégager l'inconnu qui, au théâtre, ressort infailliblement de l'établissement des études préparatoires et de la recherche du mouvement scénique en vue de l'effet à produire. Mais il est bien certain aussi qu'il reprit son assurance après cette première et difficile épreuve du travail fait en commun, et j'en trouve la preuve dans une lettre de lui, dont je n'ai malheureusement pas le texte complet, mais qui renferme un passage significatif. Dans cette lettre, qui paraît bien avoir été écrite le jour de la première représentation de Stratonice et dont le destinataire était un nommé Boucher, lequel cumulait sans doute les fonctions de journaliste théâtral avec celles d'« employé à la division des mœurs et opinions publiques à la préfecture de police», Méhul priait celui-ci d'aller entendre Stratonice le soir même et d'« en parler» le lendemain ou le surlendemain; puis il disait: «J'espère que cet ouvrage donnera un démenti aux méchans qui cherchent à troubler mon repos et à ternir ma réputation. Je sais, lorsqu'il le faut, faire taire la timbale et le trombone (quelques-uns, en efi'et, lui reprochaient déjà la vigueur de son orchestre) ; Stratonice en sera la preuve ^. » Ceci peut nous convaincre
^Œuvres de F.-B. HofFman: Avertissement en tête de Stratonice. ^V. Catalogue d'une vente d'autographes (les 6-21 décembre j. — Paris, librairie du Collectionneur, novembre 1864, in-S».
qu'à ce moment Méhul avait conquis la foi en son œuvre ^ et qu'il avait la pleine conscience de sa valeur; malheureusement^ cela nous prouve aussi que déjà il était ombrageux comme il le fut toute sa vie, et qu'il se croyait entouré d'ennemis et d'envieux dont l'existence, il faut bien le dire, ne reposait que dans son imagination i.
Pendant de longues années, Stratonice resta à demeure sur l'affiche de l' Opéra-Comique, et ne quitta guère le répertoire. Cependant, chacun sentait qu'un ouvrage aussi sérieux, et d'une telle ampleur de forme en dépit de ses modestes proportions, eût été mieux à sa place à l'Opéra. * Méhul avait été plus d'une fois sollicité à ce sujet, au moins d'une façon indirecte, et l'on assure que l'excellent comédien Picard, l'auteur de la Petite Ville j devenu directeur de l'Opéra sous le premier empire, lui dit à diverses reprises : « Souvenez-vous que vous nous devez Stratonice, et que tôt ou tard il faudra que vous nous la donniez. » Ce désir de Picard ne fut pas exaucé, et ce projet un peu vague n'eut pas de suite du vivant de Méhul ; mais un grave événement devait lui donner de la consistance et le faire aboutir. Le 13 février 1820, le duc de Berry était frappé mortellement par l'assassin Louvel en sortant de l'Opéra, et le gouvernement décidait que ce
* Je ne dois pas oublier de dire que la parodie s'empara naturellement de Stratonice, et en consacra le succès. Un vaudevilliste homme d'esprit, le vicomte de Ségur, celui-là même qui, plus tard, pour se distinguer de son frère, le comte de Ségur, devenu maître des cérémonies du palais sous l'empire, se faisait appeler plaisamment Ségur sans cérémonies, fit représenter au Vaudeville, le 6 juin 1792, « Nice, imitation de Stratonice, ^^ dans laquelle la pièce d'Hofïman était suivie pas à pas et d'une façon burlesque. Le couplet au public constatait avec une complaisance aimable l'excellent accueil fait à l'œuvre parodiée:
Vous avez, avec équité, Couronné Stratonice :
Messieurs, son succès mérité
Doit nous être propice.
N'en perdez pas le souvenir,
Et pour ne pas vous démentir,
Parodiez votre plaisir
En applaudissant Nice.
théâtre, situé alors rue Richelieu, dans rancienne salle du Théâtre-National, construite en 1792 par la Montansier, serait détruit en signe de deuil, et qu'en attendant l'érection d'une nouvelle salle, l'Académie royale de musique serait transférée provisoirement dans la salle Favart *.
Mais l'exiguïté de ce nouveau local, qu'il occupa pendant treize mois environ, mit l'Opéra dans la nécessité de renoncer momentanément à une grande partie des pièces de son répertoire, dont la représentation était impossible sur une scène de proportions aussi restreintes. C'est alors que la direction de ce théâtre, fort embarrassée pour la composition de ses spectacles, songea à s'emparer de Stratonice et à transformer cet ouvrage en drame lyrique pour son usage personnel. Pour cela, il fallait remplacer le dialogue parlé par des récitatifs. Mais Méhul n'était plus là. Qui charger de ce travail, d'autant plus délicat et difficile qu'il devait être accompli avec le respect le plus absolu pour l'œuvre du maître ? On s'adressa, et en vérité l'on ne pouvait mieux faire, au propre neveu de Méhul, à Daussoigne, qui avait été son élève, qui avait obtenu naguère le grand prix de Rome et qui était un musicien hors ligne. Daussoigne ne fit faire aucun changement au poème ; il se contenta de supprimer une soixantaine de vers qui ne tenaient point à l'action et qui laissaient la trame scénique absolument logique et compréhensible, et mit les autres en musique. Les récitatifs ainsi écrits par lui sont fort beaux, pleins d'ampleur, d'un excellent caractère, et d'un style qui s'allie d'autant mieux à celui de l'œuvre qu'ils lui empruntent parfois certains fragments furtifs, certaines formules instrumentales qui rattachent le récit au chant proprement dit avec une unité saisissante. Il va sans dire que le chefd'œuvre de Méhul a été traité par son neveu avec un
*L'Opëra-Comique, qui depuis plus de quarante ans avait repris possession du théâtre Favart, lorsqu'il fut détruit par le terrible incendie du 25 mai 1887, occupait à cette époque la salle Feydeau.
respect véritablement religieux, et qu'il est sorti des mains de celui-ci absolument intact, sans l'ombre même d'une altération, sans une note supprimée ou ajoutée *.
Ce qu'il y a d'assez singulier, c'est que Stratonicej ainsi transformée et mise en drame lyrique pour le service de l'Opéra, fit sa réapparition à ce théâtre précisément sur la scène de Favart, où celui-ci s'était réfugié, et où. elle s'était montrée pour la première fois vingt-neuf ans auparavant, sous forme de comédie musicale. C'est le 30 mars 1821 que l'ouvrage fut présenté au public; il avait pour interprètes M^'^ Grassari dans le rôle de Stratonice, Nourrit père, Lafeuillade et Lays dans ceux de Séleucus, d'Antiochus et d'Erasistrate. « Si les nouveaux venus, dit Vieillard, ne furent pas écrasés par le souvenir de leurs prédécesseurs, peut-être les laissèrent-ils un peu regretter, et, je dois le dire, malgré son immense talent, Lays, à son déclin, ne me parut pas avoir rendu le rôle d'Erasistrate avec la grâce et l'ampleur magistrales que Solié lui avait données. » La dernière remarque doit être juste, et Lays devait être trop fatigué et trop âgé pour chanter et jouer comme il convenait ce rôle séduisant d'Erasistrate. Il avait à cette époque quarante et un ans et demi de services à l'Opéra, ses débuts à ce théâtre ayant eu lieu le 31 octobre 1779, et sa voix manquait évidemment de fraîcheur comme son physique de jeunesse ^.
Néanmoins, Stratonice fut accueillie comme il convenait par les spectateurs de l'Opéra. Mais il ne faudrait pas croire que son introduction dans le répertoire de ce théâtre
^ La partition manuscrite de Stratonice, ainsi transformée pour le service de l'Opéra, existe aux arcliives de ce théâtre. Elle porte ce titre: << Stratonice, opéra en un acte, paroles de W^ Hoffman, musique de Méhul, représenté pour la l^e fois à la Comédie-Italienne (Théâtre Favart) le 3 mai 1792, et arrangé pour l'Académie Royale de Musique, les dialogues mis en récitatif par M»* Dossoigne {sic), neveu de Méhul, et représenté par elle, sur ce même théâtre Favart, le 30 mars 1821, pour la F^ fois».
2 II se retira l'année suivante, après avoir créé un dernier rôle, celui du Cadi, dans Aladin ou la Lampe merveilleuse, de Nicolo et Benincori.
la fît abandonner par l' Opéra-Comique : ce dernier la maintint au contraire sur son affiche avec persistance, et le public pouvait apprécier l'ouvrage sous ses deux formes, tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre scène. En 1826, r Opéra-Comique jouait encore Stratonice, et la représentation du chef-d'œuvre offrait cette particularité que le rôle d'Antiochus y était tenu par le ténor Lafeuillade, qui l'avait chanté précédemment à l'Opéra*, ceux de Séleucus, d'Érasistrate et de Stratonice étaient confiés alors à Huet, à Valère et à M''^ Prévost i.
*Deux faits sont encore à relever dans l'histoire de Stratonice. Le 13 octobre 1792, rOpéra-Comique donnait, avec la 24® représentation de cet ouvrage, I^aul et Virginie, de Kreutzer, et le registre du caissier constatait que <» le produit de cette représentation sera remis à la Convention nationale pour être offert à ceux des habitants de Lille ( qui venaient de supporter un long siège) dont les propriétés ont le plus souffert. » La recette s'élevait au chiffre de 2,784 livres 14 sols. — D'autre part, lorsque à la suite d'une fermeture de deux mois pour Favart et de cinq mois pour Feydeau, les troupes de ces deux théâtres, ruinés l'un et l'autre, se réunirent en une seule le 29 fructidor an IX (16 septembre 1801) dans la salle de Feydeau, le spectacle d'inauguration fut composé de Stratonice, jouée par Philippe, Solié, Gavaudan etM"^^ Haubert-Lesage, et des Deux journées. Les deux triomphes des deux théâtres, et leurs deux triomphateurs : Méhul et Chérubini !