DES FEMMES ENCEINTES A LOUKCINE
bien aéré, situé à un bout de la pièce, sert à l'accouchement. Aussitôt après la délivrance, la malade est transportée dans son lit et l'enfant est couché dans un berceau juxtaposé. S'il s'agit d'un avortement, ou si l'enfant meurt dans les premiers jours, l'accouchée est dirigée de nouveau dans le service qu'elle occupait avant ses couches ; dans le cas contraire, elle continue à séjourner pendant un temps indéterminé clans la salle Sainte-Marie, qui renferme 36 malades adultes et un nombre variable d'enfants, la moyenne est de 12; de telle sorte que la population se compose ordinairement de femmes à grossesse très-avancée, de femmes en état puerpéral, de nourrices avec leurs enfants, et enfin de malades ordinaires.
Cette salle est au rez-de-chaussée, bien éclairée et percée de nombreuses ouvertures; les lits, disposés sur deux rangs adossés aux parois longitudinales, sont très-rapprochés les uns des autres, et l'espace (un mètre environ) qui les sépare est encore rétréci par un berceau. Évidemment, il y a encombrement général, c'est-à-dire que, dans un autre hôpital, on ne mettrait ou on ne devrait pas mettre plus de trente lits dans une pièce de pareille capacité ; mais, en revanche, certaines conditions corrigent, au point de vue pathogénique, les effets de l'agglomération. Les trois quarts des malades sont apyrétiques et ne gardent le lit que pendant la nuit; pendant le jour la salle est presque entièrement vide. Grâce à la nature de leur affection, les malades sont soumises à une hygiène corporelle très-soignée; elles sont baignées tous les deux jours environ, changent souvent de linge, et ne corrompent leur atmosphère, ni par les émanations des plaies, ni par les miasmes des fièvres. Les lits sont sans rideaux; cette disposition, prise dans un but particulier de morale, n'offre rien de choquant, je dirai même que ces lits toujours découverts et par conséquent bien mieux exposés à une surveillance incessante, m'ont paru beaucoup plus propres à Lourcine que dans les autres hôpitaux. Les partisans outrés des rideaux devraient venir voir nos salles pour se convaincre que ces réceptacles de miasmes sont bien loin d'être indispensables.
Les rares malades alitées d'une manière constante, et j'y range bien entendu les femmes en couches qui se lèvent rarement avant le dixième jour, sont donc relativement très-disséminées, et n'ont guère à souffrir de la dispersion ou de la condensation des effluves morbides émanées de leurs compagnes. En évaluant en moyenne à trois par mois le nombre des accouchements et à douze ou quinze jours la durée de l'état puerpéral, on trouve que de coutume il n'y a guère que deux ou trois malades au plus qui se trouvent simultanément