DÉBUT DE LA SUPPURATION
Le lendemain matin, à neuf heures, vingt-deux heures après l'opération, on examina au microscope le liquide de la plaie, dans lequel on trouva une quantité considérable de leucocytes. Pour pansement, léger gâteau de charpie sur lequel on pulvérisa de temps à autre une solution phéniquée au centième. Pas d'élévation de température: peu ou pas de fièvre traumatique. Le malade sortit guéri au bout de six semaines.
Observation VIII. — N... (Albert;, trente-six ans, employé, entra a l'hôpital, salle Saint-Augustin, n° 22, le 21 mars 1872 et fut opéré le 3 avril à dix heures du matin, d'un sarcocèle du côté gauche, datant de deux ans et demi.
Castration au bistouri. Pansement à l'eau phéniquée. Le lendemain 4, à neuf heures du matin, vingt-trois heures après l'opération, on examina les liquides pris dans différentes parties de la plaie. Le microscope y fit découvrir une très grande quantité de leucocytes.
Fièvre traumatique très légère; le malade sortit guéri un mois après l'opération.
Observation IX. — S... (Alphonse), trente-cinq ans, entra à l'hôpital le 22 avril 1872, salle Saint-Louis, n° 19 bis.
Chute dans un escalier, d'une hauteur d'environ deux mètres, plaies de Ja face et de l'arcade sourcilière. L'accident était arrivé la veille à cinq heures et demie du soir, et seize heures environ après l'accident on examina les liquides de la plaie; le microscope y décela une grande quantité de leucocytes.
Comme pansement, compresses imbibées d'eau fraîche ; absence de 'fièvre traumatique. Ce malade jouissait d'une bonne santé et sortit guéri quelques jours après.
Observation X. — L... (Julie), quarante-sept ans, journalière, entra à l'hôpital le 26 avril 1872, salle Sainte-Jeanne, n° 11.
Adénome des glandes sudoripares, développé dans un nœvus maternus siégeant sur la joue droite.
Le 1er mai, opération au bistouri, sans ouvrir la cavité buccale. Deux ou trois ligatures sans importance furent pratiquées. Plaie ayant environ cinq centimètres de largeur et un centimètre de profondeur.
Pansement avec un morceau de tarlatane, sur lequel on plaça un gâteau de charpie imprégnée d'eau phéniquée. ^ Le lendemain, à dix heures du matin, vingt-quatre heures après l'opération, on examina au microscope le liquide de la plaie et on y trouva une grande quantité de leucocytes.
La malade était dans les meilleures conditions possibles.
VERNE U1L. ir.
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La température, deux heures après L'opération, était à 3ΰ,4, cl le
pouls marquait 84.
Le lendemain, la température s'élevait à 38° el le pouls a 8b ; nevre
traumatique très légère.
La malade sortit guérie trois semaines après l'opération.
Observation XI. — V... (Mathieu), quarante-six ans, entré salle Saint-Louis n° '25, pour une hématoeèle du côté droit datant de douze ans. Petit homme d'un aspect malingre, cachectique tellement prononcé, que M. Yemeuil hésita d'abord à l'opérer.
Castration le 8 mai 1873 à 10 heures du matin. Dans la crainte d'une hémorrhagie, on eut recours au galvano-cautère.
Ce procédé, beaucoup plus lent que le bistouri, donna néanmoins presque autant de sang.
Le lendemain à neuf heures du matin, vingt-trois heures après l'opération, on examina microscopiquement le liquide de la plaie et Ton v constata une quantité très considérable de leucocytes. Pansement avec de la charpie imbibée d'eau phéniquée.
Observation XÏI.-G... (Adolphe), trente et un ans, employé entra à l'hôpital, salle Saint-Louis, n° 15, le 8 avril, pour un sarcocèle du côté droit datant du commencement de l'année, et fut opère le 8 mai à onze heures du matin. Homme très robuste et jouissant d'une bonne santé. Castration au bistouri. Lendemain i neuf heures, vingt-deux heures après l'opération, on examina au microscope le liquide de La plaie et on y constata une grande quantité de leuco-
cvtes. . ,
■ Pansement avec de la charpie imprégnée d'eau pheniquee. rie\re
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Observation XIII. — D... (Joseph), quarante-quatre ans, contremaître menuisier. Cet homme, d'un tempérament sanguin, très robuste et jouissant d'une bonne santé, se lit, le il mai, à neuf heures et demi du matin, une entaille très profonde dans l'éminence thenar droite; il se présenta immédiatement h la consultation, et M. Bourdon, interne .le service, lia une artère qui donnait un peu de sang. Traitement par l'irrigation continue d'eau froide. Le lendemain à dix heures du matin, vingt-trois heures après l'accident, on examina 1, liquide de la plaie et on n'y trouva pas plus de leucocytes que dans le sang; cette absence de leucocytes était probablement due à l'irrigation continue pratiquée depuis la veille : la plaie était presque fermée. Le surlendemain, les leucocytes y étaient en plus grande quantité.
DÉBUT DE LA SUPPURATION. m
Pouls normal, température ordinaire, pas de lièvre traumatique. Le malade sortit cinq jours après en bonne voie de guérison.
Remarques générales. — Les treize cas relatés ci-dessus démontrent clairement, à mon avis, surtout les observations IV et XIII, que le pansement ouaté et l'irrigation continue retardent l'apparition des leucocytes. En outre , si Ton examine les liquides des plaies traitées par les pansements ordinaires, tels que charpie sèche, charpie alcoolisée ou imprégnée de solution phéniquée, seize, dix-huit ou vingt-quatre heures après le traumatisme, on trouve alors peu ou pas de globules rouges de sang, et on ne voit pour ainsi dire au microscope que des leucocytes parfaitement conformés.
Les leucocytes se produisent abondamment dans les plaies, sans fièvre ou élévation de température appréciable.
Les leucocytes, comme M. Robin le démontre péremptoirement, apparaissent en assez grande quantité très peu de temps après le traumatisme; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'on en rencontre des quantités considérables seize ou vingt heures après.
Conclusions. 1° — La suppuration apparaît presque immédiatement après le traumatisme, aussitôt l'hémostase terminée.
2° — L'établissement de la suppuration n'influe en rien sur la production de la fièvre traumatique.
3° — L'apparition du pus est retardée d'une façon constante par l'appareil ouaté.
4° — L'irrigation continue semble retarder l'apparition du pus, peut-être parce que les matériaux septiques sont en partie éliminés.
5° — Les topiques qui retardent la suppuration favorisent l'établissement de la barrière néoplasique.