X. Bull, de la Soc. de chirur., 1867, p
oblique, quelle que soit la hauteur à laquelle j'ampute; l'autre postérieur, beaucoup plus grand et bien doublé de masses musculaires empruntées aux jumeaux et au soléaire. Tout à fait en bas, j'ai conservé jadis le tendon d'Achille ; je n'y vois aujourd'hui aucun avantage. Je dirai même que la présence des muscles et du tendon dans l'épaisseur du lambeau en question m'a paru retarder considérablement la cicatrisation, si, conformément à mon habitude, je fais le pansement ouaté simple et m'abstiens de réunion immédiate.
Au quinzième jour, la plaie est superbe et la face profonde du lambeau postérieur recouverte d'une couche de granulations fort belle en vérité, mais qui met un temps infini à se rétracter et à ramener en contact les extrémités libres des deux lambeaux.
Si donc on persistait à ne faire ni suture ni rapprochement avec les agglutinatits, il serait préférable de ne conserver à la face profonde du lambeau postérieur qu'une minime quantité de fibres musculaires.
Dans ces derniers temps plusieurs chirurgiens, et en particulier Pingaud, de regrettable mémoire, ont beaucoup vanté l'amputation à un seul lambeau latéral externe et proposé d'en faire le procédé de choix. Deux fois déjà j'ai agi de cette manière et j'ai trouvé, j'en conviens, l'exécution plus facile et le résultat immédiat satisfaisant. J'ai relaté plus haut (p. 489) ces deux faits, mais je n'en tire évidemment aucune conclusion.
Quel que soit le nombre et la situation des lambeaux, ils doivent toujours être taillés de dehors en dedans et jamais par transfixion.
SUR LE LIEU OU IL CONVIENT d' AMPUTER LA JAMBE
En septembre 1856, la Société de chirurgie discuta la question des lieux d'élection pour l'amputation de la jambe. Le débat fut animé et les opinions chaudement soutenues de part et d'autre. Je pris part à cette discussion et formulai des opinions éclectiques que j'ai conservées depuis. Je suis même plus convaincu que jamais des avantages de considérer la jambe comme la cuisse et le bras, et de la couper à un niveau quelconque, pour se conformer au double précepte de s'éloigner à la fois le plus possible du tronc et de la lésion qui nécessite le sacrifice du membre.
Je crois du reste que cette manière de faire, peu usitée il y a
vingt-cinq ans, est aujourd'hui passée dans la pratique, et que Tonne tient plus autant aux deux lieux d'élection classiques.
Voici comment, à cette époque, je m'exprimais sur ce point intéressant de pratique1.
Le choix encore si controversé entre l'amputation sus-malléolaire et l'amputation dite au lieu d'élection est une des questions les plus sérieuses et les plus délicates de la chirurgie. Mon expérience personnelle est encore si restreinte, que je n'interviendrais pas dans ce débat, si des recherches commencées depuis longtemps sur les suites ultérieures des amputations en général ne m'avaient permis d'emprunter aux autres quelque connaissance du sujet. D'ailleurs, on vient de formuler ici des propositions qui me semblent trop générales, et qui ont pour but de préconiser presque exclusivement l'amputation sus-malléolaire.
Or, je crois que cette opération a été beaucoup trop vantée, et j'affirme surtout qu'on a été beaucoup trop loin en avançant qu'elle ne causait jamais d'accidents. J'accorde que la mortalité immédiate qu'elle entraîne est moindre qu'à la suite de la méthode ancienne. Mais quand on mutile un malade, il ne faut pas songer exclusivement au résultat primitif, il faut faire entrer en sérieuse ligne de compte le bénéfice retiré du sacrifice du membre.
Aussi, quelque grave, quelque pénible que soit cette assertion, je pense que dans certains cas il vaut mieux affronter des chances de mortalité plus grandes que de faire une opération inutile qui devra être répétée plus tard, et qui, par conséquent, fera courir deux fois au malade les chances funestes d'une grande opération.
Je dis d'abord que l'amputation sus-malléolaire donne assez souvent des moignons défectueux. J'ai eu, en courant les hôpitaux, l'occasion d'en observer un certain nombre, et j'ai remarqué, entre autres choses, que la conicité était plus commune dans ce cas que pour l'amputation au lieu d'élection.
Un autre accident plus grave, c'est l'ostéite, la carie, ou la nécrose des os de la jambe. Cette complication a plus d'une fois déjà forcé le chirurgien à pratiquer la section du membre plus haut. Je ne crois pas qu'on doive accuser exclusivement de ces cas malheureux la longueur trop grande de la portion restante de la jambe et les chocs qui en résultent; je pense plutôt que les ostéites secondaires, si rebelles, si incurables, tiennent surtout à ce qu'on a opéré pour