SUR LA TRAGÉDIE DE MEROPE
Je vous renvoie, mon révérend père, Mérope , ce matin, à huit heures. Vous vouliez l’avoir dès hier soir : j’ai pris le temps de la lire avec attention. Quelque succès que lui donne le goût inconstant de Paris, elle passera jusqu’à la postérité comme une de nos tragédies les plus parfaites, comme un modèle de tragédie. Aristote, ce sage législateur du théâtre, a mis ce sujet au premier rang des sujets tragiques. Euripide l’avait traité, et nous apprenons d’Aristote que toutes les fois qu’on représentait sur le théâtre de l’ingénieuse Athènes le Cresphonte d’Euripide , ce peuple, accoutumé aux chefs-d’œuvre tragiques, était frappé, saisi, transporté d’une émotion extraordinaire. Si le goût de Paris ne s’accorde pas avec celui d’Athènes, Paris aura tort sans doute. Le Cresphonte d’Euripide est perdu : Voltaire nous le rend. Vous, mon père, qui nous avez donné en français Euripide, tel qu’il charmait la Grèce, avez reconnu, dans la Mérope de notre illustre ami, la simplicité, le naturel, îe pathétique d’Euripide. Voltaire a conservé la simplicité du sujet : il l’a débar-
1 Cette lettre datée de 1738 précède de cinq années la représentalion et le succès de Mérope .