LETTRE DU P. DE TOURNEMINE
rassé non-seulement d’épisodes supefflus, mais encore de scènes inutiles. Le péril d’Égisthe occupe seul le théâtre. L’intérêt croît de scène en scène jusqu’au dénoûment, dont la surprise est ménagée, préparée avec beaucoup d’art. On l’attend du petit-fils d’Alcide. Tout se passe sur le théâtre comme il se passa dans Messène. Les coups de théâtre ne sont point des situations forcées, dont le merveilleux choque la vraisemblance : ils naissent du sujet; c’est l’événement historique vivement représenté. Peut-on n’êtra pas touché, enlevé, dans la scène où Narbas arrive au moment que Mérope va immoler son fils qu’elle croit venger? dans la scène où elle ne peut sauver son fils d’une mort inévitable qu’en le faisant connaître au tyran? Le cinquième acte égale ou surpasse le peu de cinquièmes actes excellents qu’on a vu sur le théâtre. Tout se passe hors du théâtre; et l’auteur a transporté, ce semble, toute l’action sur le théâtre avec un art admirable. La narration d’Isménie n’est pas de ces narrations étudiées, hors d’œuvre, où l’esprit brille à contre-temps, qui ralentissent l’action, qui dégénèrent en fadeur; elle est tout action. Le trouble d’Isménie peint le tumulte qu’elle raconte. Je ne parle point de la versification : le poète, admirable, versificateur , s’est surpassé; jamais sa versification ne fut plus belle et plus claire. Tous ceux qu’un zèle raisonnable anime contre la corruption des mœurs , qui souhaitent la réformation du théâtre, qui voudraient qu’imitateurs exacts des Grecs, que nous avons surpassés dans plusieurs perfections de la poésie dramatique, nous eussions plus de soin d’atteindre à sa véritable fin, de rendre le théâtre, comme il peut l’être, une école des mœurs : tous ceux qui pensent si raisonnablement doivent être charmés de voir un aussi grand poète, un poète aussi accrédité
jj du Syndicat des EC
du 1er Mai 191 '■ .
Librairie HACHETTE, Paris.
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