‹ Mérope, tragédieChapitre 11 sur 62 · REPONSE A M. DE LA LJNDELLE · texte numérisé non relu

REPONSE A M. DE LA LJNDELLE

Ni M. Maffei ni moi n’exposons des motifs bien nécessaires pour que le tyran Polyphonte veuille absolument épouser Mérope. C’est peut-être là un défaut du sujet; mais je vous avoue que je crois qu’un tel défaut est fort léger quand l’intérêt qu’il produit est considérable. Le grand point est d’émouvoir et de faire verser des larmes. On a pleuré à Vérone et à Paris : voilà une grande réponse aux critiques. On ne peut être parfait; mais qu’il est beau de toucher avec ses imperfections! Il est vrai qu’on pardonne beaucoup de choses en Italie qu’on ne passerait- pas en France : premièrement, parce que les goûts, les bienséances, les théâtres, n’y sont pas les mêmes; secondement, parce que les Italiens, n’ayant point de ville où l’on représente tous les jours des pièces dramatiques, ne peuvent être aussi exercés que nous en ce genre. Le beau monstre de l’opéra étouffe chez eux Melpomène; et il y a tant de castrati, qu’il n’y a plus de place pour les Ésopus et les Roscius. Mais si jamais les Italiens avaient un théâtre régulier , je crois qu’ils iraient plus loin que nous. Leurs théâtres sont mieux eMendus; leur langue, plus maniable; leurs vers blancs, plus aisés à faire; leur nation, plus sensible. Il leur manque l’encouragement, l’abondance et la paix, etc.

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