‹ Mérope, tragédieChapitre 13 sur 62 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ISMÉNIE

Du sang dont vous sortez l'auguste caractère Sera-t-il effacé par cet amour de mère?

Son enfance était chère à vos yeux éplorés;

Mais vous avez peu vu ce fils que vous pleurez.

MÉROPE

Mon cœur a vu toujours ce fils que je regrette ;

Ses périls nourrissaient ma tendresse inquiète;

Un si juste intérêt s’accrut avec le temps.

Un mot seul de Narbas , depuis plus de quatre ans,

Vint , dans la solitude où j’étais retenue.

Porter un nouveau trouble à mon âme éperdue :

Égisthe , écrivait-il, mérite un meilleur sort;

11 est digne de vous et des dieux dont il sort :

En butte à tous les maux, sa vertu les surmonte :

Espérez tout de lui, mais craignez Polyplionte.

ISMÉNIE

De Polyplionte au moins prévenez les desseins;

Laissez passer l’empire en vos augustes mains1 Il.

MÉROPE

L’empire est à mon fils. Périsse la marâtre,

Périsse le cœur dur, de soi-même idolâtre ,

Qui peut goûter en paix , dans le suprême rang ,

Le barbare plaisir d’hériter de son sang!

SI je n’ai plus de fils, que m’importe un empire ?

Que m’importe ce ciel , ce jour que je respire?

Je dus y renoncer alors que cans ces lieux Mon époux fut trahi des mortels et des dieux.

O perfidie! ô crime! ô jour fatal au monde!

O mort toujours présente à ma douleur profonde !

J’entends encor ces voix, ces lamentables cris.

Ces cris : « Sauvez le roi , son épouse , et ses fils ! »

Je vois ces murs sanglants, ces portes embrasées,

Sous ces lambris fumants ces femmes écrasées,

Ces esclaves fuyants, le tumulte, l’effroi ,

Les armes, les flambeaux , la mort autour de moi.

Là, nageant dans son sang , et souillé de poussière,

1 Isménie ne dit pas exactement ce qu’elle veut dire , au liée de laissez passer l’empire en vos mains , il faudrait :

Ne laissez pas l’empire échapper à vos mains.

Il est vrai qu’avec ce tour les mains de la reine n’auraient pas été augustes , ce qui serait contraire à l'étiquette tragique.

MEKOPE.

Tournait epcor vers moi sa moüraiite paupière . Cresphonte en expirant me serra dans ses bras ;

Là, deux fils malheureux, condamnés au trépas, Tendres et premiers fruits d’une union si chère, Sanglants et renversés* sur le sein de leur père ,

A peine soulevaient leurs innocentes mains.

Hélas ! ils m’imploraient contre leurs assassins. Égisthe échappa seul; un dieu prit sa défense : Veille sur lui , grand dieu , qui sauvas son enfance! Qu’il vienne; que Narbas le ramène à. mes yeux;

Du fond de ses déserts au rang de ses aïeux 1 !

J’ai supporté quinze ans mes fers et son absence; Qu’il règne au lieu de moi : voilà ma récompense.

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