‹ Mérope, tragédieChapitre 20 sur 62 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Jadis dans son berceau je voulus l’étouffer.

De Narbas à mes yeux l’adroite diligence

Aux mains qui me servaient arracha son enfance :

Narbas, depuis ce temps, errant loin de ces bords,

A bravé ma recherche, a trompé mes efforts.

J’arrêtai ses courriers ; ma juste prévoyance De Mérope et de lui rompit l’ intelligence.

Mais je connais le sort; il peut se démentir;

De la nuit du silence un secret peut sortir;

Et des dieux quelquefois la longue patience Fait sur nous à pas lents descendre la vengeance1. érox.

Ah ! livrez-vous sans crainte à vos heureux destins.

La prudence est le dieu qui veille à vos desseins.

Vos ordres sont suivis : déjà vos satellites D’Élide et de Messène occupent les limites.

Si Narbas reparaît, si jamais à leurs yeux Narbas ramène Ëgisthe, ils périssent tous deux.

polyphonie.

Mais me réponds-tu bien de leur aveugle zèle?

ÉROX..

Vous les avez guidés par une main fidèle :

Aucun d’eux ne connaît ce sang qui doit couler,

Ni le nom de ce roi qu’ils doivent immoler.

Narbas leur est dépeint comme un traître, un transfuge, Un criminel errant, qui demande un refuge ;

L’autre, comme un esclave, et comme un meurtrier Qu’à la rigueur des lois il faut sacrifier.

POLYPHONIE

Eh bien 1 encor ce crime! il m’est trop nécessaire.

Mais, en perdant le fils j’ai besoin de la mère;

J’ai besoin d’un hymen utile à ma grandeur,

Qui détourne de moi le nom d’usurpateur,

Qui fixe enfin les vœux de ce peuple infidèle,

Qui m’apporte pour dot l’amour qu’on a pour elle.

Je lis au fond des cœurs; à peine ils sont à moi : Échauffés par l’espoir, ou glacés par l’effroi.

L’intérêt me les donne , il les ravit de même.

Toi, dont le sort dépend de ma grandeur suprême,

1 Souvenir d'Horace

Raro antecedentem scelestuin Deseruit pede pœna claudo.

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