‹ Mérope, tragédieChapitre 19 sur 62 · SCÈNE 1Y · texte numérisé non relu

SCÈNE 1Y

POLYPHONIE , ÉROX.

ÉROX.

Seigneur, attendez-vous que son âme fléchisse?

Ne pouvez-vous régner qu’au gré de son caprice?

Vous avez su du trône aplanir le chemin,

Et pour vous y placer vous attendez sa main !

POLYPHONTE

Entre ce trône et moi je vois un précipice;

11 faut que ma fortune y tombe, ou le franchisse,

Mérope attend Égisthe; et le peuple aujourd’hui,

Si son fils reparaît, peut se tourner vers lui.

En vain, quand j’immolai, son père et scs deux frères.

De ce trône sanglant je m’ouvris les barrières;

En vain dans ce palais, où la sédition Remplissait tout d’horreur et de confusion,

Ma fortune a permis qu’un voile heureux et sombre Couvrît mes atten'ats du secret de son ombre 1 ;

En vain du sang des rois, dont je suis l’oppresseur,

Les peuples abusés m’ont cru le défenseur :

Nous touchons au moment où mon sort se décide.

S’il reste un rejeton de la race d’Alcide,

Si ce fils tant pleuré dans Messène est produit,

De quinze ans de travaux j’ai perdu tout le fruit.

Crois-moi, ces préjugés de sang et de naissance Revivront dans les cœurs, y prendront sa défense. y e souvenir du père, et cent rois pour aïeux ,

Cet honneur prétendu d’être issu de nos dieux2,

Les cris, le désespoir d’une mère éplorée,

Détruiront ma puissance encor mal assurée.

Égisthe est l’ennemi dont il faut triompher.

1 Toujours les mêmes rimes ; sombre appelle presque nécessairement chez Voltaire le secret de Vombre.

2 Dans ce vers, prétendu a le même sens que dans le passage de Racine. « Cet honneur vainement prétendu. » Il indique une prétention qui peut être légitime et non une fraude. Polyphonie, qui n’est pas un mécréant, reconnaît d’ailleurs la valeur de ce titre.

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