ACTE II, SCÈNE I
Tel est le sentiment des chefs et des soldats;
Et l’on croit...
MÉROPE
Non, mon fils ne le souffrirait pas;
L’exil où son enfance a langui condamnée,
Lui serait moins affreux que ce lâche hyménée.
v EURYCLÈS.
Il le condamnerait, si, paisible en son rang.
Il n’en croyait ici que les droits de son sang ;
Mais si par les malheurs son âme était instruite,
Sur ses vrais intérêts s’il réglait sa conduite,
De ses tristes amis s’il consultait la voix,
Et la nécessité, souveraine des lois1,
11 verrait que jamais sa malheureuse mère Ne lui donna d’amour une marque plus chère2
MÉROPE
Àh! que me dites-vous?
De dures vérités,
Que m’arrachent mon zèle et vos calamités.
M-ÉROPE
Quoi! vous me demandez que l’intérêt surmonte Cette invincible horreur que j’ai pour Polyphonte,
Vous qui me l’avez peint de si noires couleurs!
EURYCLÈS.
Je l’ai peint dangereux, je connais ses fureurs ;
Mais il est tout-puissant, mais rien ne lui résiste:
11 est sans héritier, et vous aimez Égislhe.
MÉROPE
Àh ! c’est ce même amour, à mon cœur précieux,
Qui me rend Polyphonte encor plus odieux.
Que parlez-vous toujours et d’hymen et d’empire? Parlez-moi de mon fils, dites-moi s’il respire.
Cruel! apprenez-moi...
EURYCLÈS.
Voici cet étranger
Que vos tristes soupçons brûlaient d’interroger3.
1 Souveraine des lois signifie qui règne sur les lois , et Voltaire veut dire sans doute qu’elle est la première des lois, suprema lex. L’expression manque d’exactitude.
2 L’inversion contenue dans ce vers paraît un peu dure à La Harpe.
5 Figure hardie et convenable au style poétique, où les soupçons peuvent interroger. La prose serait plus discrète.
MÉROPE