‹ Mérope, tragédieChapitre 26 sur 62 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Sans doute il est affreux d’être privé d’un fils.

ÉGISTHE

Un vain désir de gloire a séduit mes esprits.

On me parlait souvent des troubles de Messône,

Des malheurs dont le ciel avait frappé la reine.

Surtout de ses vertus, dignes d’un autre prix :

Je me sentais ému par ces tristes récits.

De l’Élide en secret dédaignant la mollesse,

J’ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse,

Servir sous vos drapeaux, et vous offrir mon bras :

Voilà le seul dessein qui conduisit mes pas.

Ce faux instinct de gloire égara mon courage :

A mes parents, flétris sous les rides de l’âge,

J’ai de mes jeunes ans dérobé les secours ;

C’est ma première faute; elle a troublé mes jours :

Le ciel m’en a puni ; le ciel inexorable M’a conduit dans le piège, et m’a rendu coupable '.

MÉROPE

Il ne l’est point; j’en crois son ingénuité :

Le mensonge n’a point cette simplicité.

Tendons à sa jeunesse une main bienfaisante;

C’est un infortuné que le ciel me présente :

Il suffit qu’il soit homme, et qu’il soit malheureux1 2.

Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux.

Il me rappelle Égisthe, Égisthe est de son âge :

Peut-être , comme lui , de rivage en rivage ,

Inconnu, fugitif, et partout rebuté.

Il souffre- le mépris qui suit la pauvreté3.

1 « La candeur la plus aimable donne à ce rôle d’Egisthe une couleur qui lui est particulière, et qui est unique au théâtre. » (. La Harpe.)

2 Ce beau vers peut être rapproché de celui de Térence :

Homo sum. nihilhumani a me alienum puto.

Il est d’une morale plus haute et plus générale que celui de Virgile , si souvent cité et irpité :

Non ignn.ra mali miseris succurrere disco.

3 Ce passage est d’une grande beauté: mais il n’appartient à Voltaire que par droit de conquête. Avant lui Maffei avait écrit:

Adrasto . usa pictade Con quel meschin ; bonchè povero servo Egli é pur uomoalfme. E assai per tempo Ei comincia a provare qtial di questo Misera vita. lu tal povero stato Oimè cbe anche occulto il mio figlio vive, etc.

« Adraste, ne maltraitez pas ce jeune infortuné; tout pauvre esclave

L’opprobre avilit l’âme , et flétrit le courage. Pour le sang de nos dieux quel horrible partage! Si du moins...

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