‹ Mérope, tragédieChapitre 47 sur 62 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

POLYPHONIE ÉROX, ÉGISTHE, EUUYCLÈS, MÉROPE, 1SMËNIE, gardes.

MEP.OPE.

Remplissez vos serments; songez à me venger : Qu’à mes mains, à moi seule, on laisse la victime.

POLYPHONIE

La voici devant vous. Votre intérêt m’anime. Vengez-vous, baignez-vous au sang du criminel;

Et sur son corps sanglant je vous mène à l’autel.

MÉKOPE.

Ah ! dieux î

ÉGisiHE, à Polyphonie.

Tu vends mon sang à l’hymen de la reine1 ; Ma vie est peu de chose, et je mourrai sans peine : Mais je suis malheureux, innocent, étranger;

Si le ciel t’a fait roi, c’est pour me protéger.

1 Cette phrase est concise et se fait entendre sans être parfaitement exacte. Égisthe veut dire : Tu achètes l’hymen de la reine au prix de mon sang.

68 MÉROPE

J’ai tué justement un injuste adversaire1.

Mérope veut ma mort ; je l’excuse, elle est mère ;

Je bénirai ses coups, prêts à tomber sur moi :

Et je n’accuse ici qu’un tyran tel que toi.

POLYPHONIE

Malheureux ! oses-tu, dans ta rage insolente...

Eh! seigneur, excusez sa jeunesse imprudente :

Elevé loin des cours, et nourri dans ies bois,

H ne sait pas encor ce qu’on doit à des rois2.

POLYPHONTE

Qu’entends-je? quel discours! quelle surprise extrême! Vous, le justifier!

MÉROPE

Qui? moi, seigneur?

POLYPHONTE

Vous-même.

De cet égarement sortirez-vous enfin?

De votre fils, madame, est- ce ici l’assassin?

MÉROPE

Mon fils, de tant de rois le déplorable reste,

Mon fils, enveloppé dans un piège funeste Sous les coups d’un barbare...

1SMÉN1E.

O ciel ! que faites-vous?

POLYPHONTE

Quoi ! vos regards sur lui se tournent sans courroux?

Vous tremblez à sa vue, et vos yeux s’attendrissent?

Vous voulez me cacher les pleurs qui les remplissent? MÉROPE.

Je ne les cache point, ils paraissent assez ;

La cause en est trop juste, et vous la connaissez.

1 Rodrgue (Cid, act. III, sc. iv) exprime à peu près la même idée, et il ajoute :

Je le ferais encor si j’avais à le faire.

Ce vers de Corneille et celui de Voltaire sont devenus proverbe.

2 « Ce mouvement d’autant plus vrai qu’il est involontaire, et celte imprudence maternelle qui révèle ce qu’elle veut cacher, et qui expose le fils qu’elle veut défendre, est d’une vérité sublime : c’est la nature surprise dans son secret, une beauté de premier ordre, et bien supérieure au mérite de la situation. » ( La Harpe.)

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