‹ Mérope, tragédieChapitre 48 sur 62 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

POLYPHONIE

Pour en tarir la source il est temps qu’il expire. Qu’on l’immole, soldats !

mérope, s'avançant.

Cruel! qu’osez-vous dire?

ÉGISTHE

Quoi ! de pitié pour moi tous vos sens sont saisis!

POLYPHONIE

Qu’il meure !

Il est.,.

POLYPHONIE

Frappez.

mérope, se jetant entre Égisthe et les soldats .

Barbare! il est mon fils*.

égisthe.

Moi, votre fils ?

mérope, en Vembrassant .

Tu l’es : et ce ciel que j’atteste,

Ce ciel qui t’a formé dans un sein si funeste,

Et qui trop tard, hélas! a dessillé mes yeux,

Te remet dans mes bras pour nous perdre tous deux. égisthe.

Quel miracle, grand dieux, que je ne puis comprendre!

POLYPHONIE

Une telle imposture a de quoi me surprendre.

Vous, sa mère? qui? vous, qui demandiez sa mort?

ÉGISTHE

Ah! si je meurs son fils, je rends grâce à mon sort. mérope.

Je suis sa mère. Hélas! mon amour m’a trahie.

Oui, tu tiens dans tes mains le secret de ma vie,

Tu tiens le fils des dieux enchaîné devant toi,

L’héritier de Cresphonte, et ton maître, et ton roi.

Tu peux, si tu le veux, m’accuser d’imposture.

Ce n’est pas aux tyrans à sentir la nature 1 2;

1 On n’a pas besoin de faire admirer la beauté de ce dialogue oü il n’y a pas un mouvement qui ne soit naturel, ni un mot qui ne soit le mot nécessaire, et tout cela pour aboutir à un coup de théâtre d’un effet saisissant.

2 Le sentiment exprimé par ce vers est vrai, mais la forme sentencieuse qui en fait une maxime ralentit l’élan de la passion.

70 MÉROPE

Ton cœur, nourri de sang, «’cn peut être frappé.

Oui, c’est mon fils, te dis-je, au carnage échappé.

POLYPHONTE

Que prétendez-vous dire? et sur quelles alarmes...

ÉGISTHE

Va, je me crois son fils; mes preuves sont ses larmes.

Mes sentiments, mon cœur par la gloire animé,

Mon bras, qui t’eût puni s’il n’était désarmé.

POLYPHONTE

Ta rage auparavant sera seule punie.

C’est trop.

mérope, se jetant à ses genoux.

Commencez donc par m’arracher la vie;

Ayez pitié des pleurs dont mes yeux sont noyés.

Que vous faut-il de plus ? Mérope est à vos pieds:

Mérope les embrasse, et craint votre colère.

A cet effort affreux jugez si je. suis mère *,

Jugez de mes tourments : ma détestable erreur,

Ce matin, de mon fils allait percer le cœur.

Je pleure à vos genoux mon crime involontaire.

Cruel ! vous qui vouliez lui tenir lieu de père,

Qui deviez protéger ses jours infortunés.

Le voilà devant vous, et vous l’assassinez !

Son père est mort, hélas! par un crime funeste;

Sauvez le fils : je puis oublier tout le reste;

Sauvez le sang des dieux et do vos souverains;

Il est seul, sans défense; il est entre vos mains.

Qu’il vive, et c’est assez. Heureuse en mes misères,

Lui seul il me rendra mon époux et ses frères.

Vous voyez avec moi ses aïeux à genoux,

Votre roi dans les fers.

ÉGISTHE

O reine! levez-vous,

Et daignez me prouver que Cresphonle est mon père,

En cessant d’avilir et sa veuve et ma mère.

Je sais peu de mes droits quelle est la dignité;

Mais le ciel m’a fait naître avec trop de fierté,

Avec un cœur trop haut pour qu’un tyran l’abaisse.

De mon premier état j’ai bravé la bassesse,

1 Ce beau vers est un peu gâté par l’épithète affreux. Nous ▼errons plus loin un crime funeste. Ces malheureux adjectifs jouent de mauvais tours aux poètes.

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