‹ Mérope, tragédieChapitre 49 sur 62 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

Et mes yeux du présent ne sont point éblouis.

Je me sens né des rois, je me sens votre fils.

Hercule ainsi que moi commença sa carrière,

Il sentit l’infortune en ouvrant la paupière;

Et les dieux l’ont conduit à l’immortalité,

Pour avoir, comme moi, vaincu l’adversité.

S’il m’a transmis son sang, j’en aurai le courage. Mourir digne de vous, voilà mon héritage.

Cessez de le prier, cessez de démentir Le sang des demi-dieux dont on me fait sortir.

polyphonie, à Mérope.

Eh bien! il faut ici nous expliquer sans feinte.

Je prends part aux douleurs dont vous êtes atteinte; Son courage me plaît ; je l’estime, et je crois Qu’il mérite en effet d’être du sang des rois.

Mais une vérité d’une telle importance

N’est pas de ces secrets qu’on croit sans évidence.

Je le prends sous ma garde, il m’est déjà remis;

Et, s’il est né de vous, je l’adopte pour fils1 2.

ÉG1SIHE.

Vous, m’adopter?

MÉROPE

Hélas !

POLYPHONIE

Réglez sa destinée.

Vous achetiez sa mort avec mon hyménée \

La vengeance à ce point a pu vous captiver : L’amour fera-t-il moins quand il faut le sauver?

MÉROPE

Quoi, barbare !

POLYPHONIE

Madame, il y va de sa vie.

Votre âme en sa faveur paraît trop attendrie3 Pour vouloir exposer à mes justes rigueurs,

Par d’imprudents refus, l’objet de tant de pleurs.

MÉROPE

Seigneur, que de son sort il soit du moins le maître. Daignez...

1 Voilà quatre vers qui sont bien et dûment de la prose.

2 Phrase peu élégante, plus obscure encore que le mot ar.à.0gued’Egisthe :

Tu vends mon sang à l’hymen de la reine'.

3 La Grèce en ma faveur e t trop inquiétée

Racine. Andromaque , act. I. SC. II.

MÉROPE

POLYPHONIE

C’est votre fils, madame, ou c’est un traître.

Je dois m’unir à vous pour lui servir d’appui ;

Ou je dois me venger et de vous et de lui.

C’est à vous d’ordonner sa grâce ou son supplice.

Vous êtes, en un mot, sa mère, ou sa complice. Choisissez; mais sachez qu’au sortir de ces lieux Je ne vous en croirai qu’en présence des dieux.

Vous, soldats, qu’on le garde; et vous, que l’on me suive.

(A Mérope.]' ^

Je vous attends; voyez si vous voulez qu’il vive; Déterminez d’un mot mon esprit incertain ;

Confirmez sa naissance en me donnant la main.

Votre seule réponse ou le sauve ou l’opprime.

Voilà mon fils, madame, ou voilà ma victime !.

Adieu.

Ne m’ôtez pas la douceur de le voir ; fiendez-le à mon amour, à mon vain désesj>oir.

polyphonie.

Vous le verrez au temple.

égisthe, que les soldats emmènent.

O reine auguste et chère,

O vous que j’ose à peine encor nommer ma mère,

Ne faites rien d’indigne et de vous et de moi !

Si je suis votre fils, je sais mourir en roi.

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