MÉROPE, ACTE IV, SCÈNE V
Messène en est témoin, les dieux en sont garants.
Le peuple a répondu par des cris d’allégresse ;
Et, ne soupçonnant pas le chagrin qui vous presse,
11 célèbre à genoux cet hymen plein d’horreur :
Il béni-t le tyran qui vous percé le cœur.
MÉROPE
Et mes malheurs encor font la publique joie !
NARRAS.
Pour sauver .otre fils quelle funeste voie!
MÉROPE
C’est un crime effroyable, et déjà tu frémis.
Mais c’en est un plus grand de perdre votre fils.
MÉROPE
Eh bien ! le désespoir m’a rendu mon courage.
Courons tous vers le temple où 'm’attend mon outrage: Montrons mon fils au peuple, et plaçons-le à leurs yeux \ Entre l’autel et moi, sous la garde des dieux.
11 est né de leur sang, ils prendront sa défense; lis ont assez longtemps trahi son innocence.
De son lâche assassin je peindrai les fureurs :
L’horreur et la vengeance empliront tous les cœurs. Tyrans, craignez les cris et les pleurs d’une mère !
On vient; ah ! je frissonne. Ah! tout me désespère.
On m’appelle, et mon fils est au bord du cercueil,;
Le tyran peut encor l’y plonger d’un coup d’œil.
( Aux sacrificateurs. )
Ministres rigoureux du monstre qui m’opprime.
Vous venez à* l’autel entraîner la victime.
O vengeance! ô tendresse ! ô nature! 6 devoir! Qu’allez-vous ordonner d’un cœur au désespoir?
1 Voltaire se permet souvent l'élision du pronom le qui supprime un mot nécessaire au sens. Il faut user discrètement de ce droit et mieux vaudrait encore s’en abstenir. Puisque dans la prose ce mot significatif et, accentué ne disparaît pas devant une voyelle, la versification ne devrait jamais en faire le sacrifice à la mesure.