ACTE V, SCÈNE II
Permettre à tes destins de changer à ton choix.
Le présent, l’avenir, et jusqu’à ta naissance,
Fout ton être, en un mot, est dans ma dépendance.
Je puis au plus haut rang d’un*seul mot t’élever,
Te laisser dans les fers, te perdre, ou te sauver.
Élevé loin des cours et sans expérience,
Laisse-moi gouverner ta farouche imprudence.
Crois-moi, n’affecte point, dans ton sort abattu,
Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu.
Si dans un rang obscur le destin t’a fait naître,
Conforme à ton état, sois humble avec ton maître.
Si le hasard heureux t’a fait naître d’un roi,
Rends-toi digne de l’être en servant près de moi '.
Une reine en ces lieux te donne un grand exemple;
Elle a suivi mes lois, et marche vers le temple.
Suis ses pas et les miens, viens aux pieds de l’autel Me jurer à genoux un hommage éternel.
Puisque tu crains les dieux, atteste leur puissance, Prends-les tous à témoin de ton obéissance.
La porte des grandeurs est ouverte pour toi :
Un refus te perdra.' Choisis, et réponds-moi.
ÉGISTHE
Tu me vois désarmé, comment puis-je répondre2?
Tes discours, je l’avoue, ont de quoi me confondre.
Mais rends-moi seulement ce glaive que tu crains,
Ce fer que ta prudence écarte de mes mains :
Je répondrai pour lors, et tu pourras connaître Qui de nous deux, perfide, est l’esclave ou le maître :
Si c’est à Polyphonte à régler nos destins,
Et si le fils des rois punit les assassins.
POLYPHONTE
Faible et fier ennemi, ma bonté t’encourage î Tu me crois assez grand pour oublier l’outrage,
Pour ne m’avilir pas jusqu’à punir en toi
\ Ces vers rappellent, sans l’égaler, le dilemme de Mathan dans Athalie , act. II, sc. v :
A d’illustres parents s’il doit son origine ,
La splendeur de son rang doit hâter sa ruine ;
Dans le vulgaire obscur si les dieux l’ont placé Qu'importe qu’au hasard un sang vil soit versé?
2 Ëgisthe a déjà tenu le même langage, act. IV, sc. n, lorsqu’il disait :
Mon bras, qui t’eût puni s’il n’était désarmé.
78 MÉROPE
Un esclave inconnu qui s’attaque à son roi.
Eh bien! cette bonté, qui s’indigne et se lasse,
Te donne un seul moment pour obtenir ta grâce.
Je t’attends aux autels, et tu peux y venir :
Viens recevoir la mort, ou jurer d’obéir.
Gardes, auprès de moi vous pourrez l’introduire; Qu’aucun autre ne sorte, et n’ose le conduire. Vous, Narbas, Èuryclès, je le laisse en vos mains. Tremblez ! vous répondrez de ces caprices vains. Je connais votre haine, et j’en sais l’impuissance1 ; Mais je me fie au moins à votre expérience.
Qu’il soit né de Mérope, ou qu’il soit votre fils , D’un conseil imprudent sa mort sera le prix.