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PLANCHE V. - L’ATTENTE

(Musée du Louvre.)

Ce tableau, que l’on confond assez souvent avec un autre du même

{>eintre, intitule l'Homme à la fenêtre , est surtout remarquable par e fini du détail et la prodigieuse habileté de l’exécution. Meissonier y témoigne d’une profonde science du clair-obscur.

quérait que des ouvrages dignes de figurer dans un ensemble où les plus grands noms d’alors étaient représentés par des chefs-d’œuvre.

Dès lors, les succès se suivirent régulièrement. Chacun des envois au Salon se signalait davantage : Un Fumeur (ils sont nombreux, les fumeurs et les liseurs qui sortirent du pinceau de Meissonier !) ; le Jeune Homme jouant de la basse ; le Peintre dans son atelier; le Corps de garde; le Jeune Homme regardant des dessins, la Partie de piquet ; le Parc de Saint-Cloud. Ce dernier tableau était une collaboration : Meissonier n’avait fait que les personnages, le paysage était l’œuvre de Français.

Ce grandissant succès, qui, si vite, devint de la gloire, était légitime : le peintre est désormais admirablement en possession de toutes ses ressources, et bien pénétré de son idéal.

Il sait donner à toutes ses figures la profondeur, à toutes ses scènes l’intensité active qui

est son ampleur, à lui. L’arrangement du “ milieu ”, le scrupule dévot de réalisme que nous avons dégagé dans les premières lignes de cette étude, le souci prodigieux de donner à chacun de ses personnages le jeu de physionomie, l’expression, le regard, le geste qui désignent le plus son caractère, permettent de le connaître le mieux, — tout cela s’assemble et se met au point avec une remarquable puissance.

Ceux qui parmi les contemporains de Meissonier avaient le goût sûr et le coup d’œil artiste furent frappés par ce faisceau de qualités se déployant en un si petit espace. Écoutons Théophile Gautier :

“ Meissonier, écrit-il dans un article de la Gazette des Beaux-Arts, compose ses tableaux avec une science que n’ont pas connue les maîtres flamands auxquels on le compare. Prenons, par exemple, un Fumeur! De la

manière dont il est placé au milieu du cadre, le coude appuyé sur la table, une jambe croisée sur l’autre, une main abandonnée le long du corps, s’insérant dans l’hiatus du gilet, la tête penchée rêveusement ou gaiement rejetée en arrière, tout cela forme une composition qui, pour n’être pas si visible que celle d’une scène dramatique, agit cependant sur le spectateur. Les accessoires interviennent habilement pour donner un sens à la figure. Celui-ci est un brave homme, à coup sûr; vêtu d’un large habit de coupe surannée, et gris modeste, coiffé d’un lampion soigneusement brossé, balançant un pied que chausse un bon gros soulier bouclé d’argent et ciré à l’œuf, il aspire, avec le flegme d’une honnête conscience, une large bouffée de tabac, qu’il laisse échapper par petits nuages, en économe qui veut faire durer son plaisir. Près de lui, sur la table aux pieds en spirale, il a posé à côté du vidrecome la mesure de bière

à couvercle d’étain. Une satisfaction intime rayonne de sa figure rayée de grands plis, pleine de chiffres, d’habitude d’ordre et de probité rigide ; on lui confierait sa caisse et ses livres à tenir... Celui-là, habillé de rouge, tient aussi une pipe et accomplit, en apparence, la même action ; mais le vêtement froissé, plissé violemment, boutonné de travers, le tricorne enfoncé jusqu’aux sourcils, les manchettes et le jabot fripés par une main convulsive, l’attitude du corps harassée et fiévreuse, le tic de la lèvre mâchant le tuyau d’argile, la main rageusement plongée dans la poche vide, tout annonce l’aventurier ou le joueur à sec. Il se dit évidemment : “ A qui diable pourrais-je emprunter un louis ou même un écu de six livres ? ” Le fond même, si on le consulte, donne des renseignements. Ce n’est plus le correct lambris grisâtre, la décente boiserie brune, mais une muraille salie, égratignée, charbonnée, grailleuse, sentant le

cabaret borgne et le taudis équivoque. Et voilà comment un fumeur peut ne pas ressembler à un fumeur. ”

C’est précisément cette différence d’être à être, c’est-à-dire cette individualité, qui est la création propre des vrais artistes, et cela prouve qu’il mérite l’hommage de ce titre, celui dont les tableaux sont des groupes animés parmi lesquels l’observateur se promène, scrute, s’intéresse, puis, après, se souvient de types, d’épisodes, de scènes, de drames, qu’il a vus...

On ne peut se lasser de citer Gautier sur un artiste dont le pinceau avait d’ailleurs quelque rapport avec sa plume. Le magistral critique d’art nous décrit, nous dessine en mots un autre tableau : “ Un homme debout contre une fenêtre dont le jour argente la figure de luisants, et tenant en main un livre qui absorbe toute son attention, ce n’est pas un thème bien compliqué, mais cela attache comme la vie. On

voudrait savoir ce que contient ce volume, il semble qu'on le devine presque... Assez d’autres ont fait les marquis, les marquises, les petits abbés et les impures du XVIIIe siècle, à grand renfort de poudre, de mouches, de fard, de roses pompons, de corsets à échelle, de paniers, d’habits à paillettes, de bas de soie, de souliers à talons rouges, d’éventails, de paravents, de camaïeux, de céladon craquelé, de bonbonnières et d’autres futilités. Meissonier a retrouvé les honnêtes gens de cette époque, qui n’était pas composée exclusivement de grands seigneurs et de filles perdues, et dont Chardin nous fait entrevoir le côté chaste, rangé et bourgeois. Il nous introduit dans de modestes intérieurs à boiseries grises, à mobiliers sans dorures, chez des braves gens, tout simples et tout ronds, qui lisent, qui fument, qui travaillent, qui regardent des estampes ou en copient, qui causent amicalement, les coudes sur la table, séparés

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