RUE DE TOURNON (VI
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L'homme ; Biograpliie de Meissonier. — Naissance, lamille, éducation. — Vocation artistique, premiers maîtres. — Débuts comme peintre, comme illustrateur. — Premier mariage. — Succès progressifs aux salons et prix de plus en plus élevés de ses tableaux. — Situation de fortune à partir de 1848. — Habitudes de vie : goûts de luxe et d'apparat, besoins occasionnés par les exigences de ses scrupules artistiques. — Gloire et honneurs. — Résidences et voyages. — Deuxième mariage. — Fin.
Jean-Louis-Ernest Meissonier est né à Lyon, le 21 fë- ATier 1815. Son père exerçait alors, dans cette ville, la profession de commissionnaire en denrées coloniales. Mais bientôt, trois ans après emdron, il \m[ s'établir à Paris, où il ouvrit, rue des Yieilles-Haudriettes. une boutique d’épicerie en gros et de produits chimiques. C’est donc à Paris, dans le quartier du Marais, que Meissonier fut élevé.
Son pt‘re était un vrai Lyonnais de race, d’esprit pratique, intellig-ent, actif, qui, ruiné par la Révolution de 1830,. sut, par ses qualités d’énergie, reconstituer sa fortune. Sa mère, par contre, se présentait dans le souvenir du maître comme une créature délicate, fine et distinguée, aimant les arts, (|ui avait même appris la miniature sur porcelaine de la célèbre 3Ime Jacottot. Elle mourut dans leur domicile de la rue des Blancs-Manteaux, le 26 mai 1823 (1).
Meissonier retrouva beaucoup plus tard, à la suite du décès de son père, dans la boîte à couleurs de la morte, qui n’avait pas été ouverte depuis ce temps, une feuille de notes hebdomadaires de l’institution Guillet, rue Saint- Louis, datée du 14 juin 1823. Le jeune Ernest, âgé alors de liuit ans, y était en pension. Cette pièce curieuse est instructive en ce qu’elle constate la vocation vraiment précoce du dessin cliez l’enfant et qu’elle semble indiquer, par le soin pris pour la conserver, combien la mère était sensible à la manifestation de ces goûts.
Le petit écolier avait une conduite « assez bonne », mais il ne se montrait pas assez appliqué et n’était, en composition d’ortbograplie, que le neuvième sur quinze. Le maître ajoutait, il est vrai, avec une sévérité modérée (jui semblait pres(jue un encouragement ou une sugges-
(1) Meissonier n'avait alors (ine dix ans. Toute la scène pathétique do l’intervention de la mère pour plaider en faveur de la vocation de Meissonier, lorsqu’il (|uitta la maison paternelle, racontée avec émotion par Alexandre Dumas fils {Fif/aro, numéro du 3 mars 1893 et préface du Catalogue de l'Exposition posthume) comme une confidence du maître, est donc née simplement dans l’imagination de l'écrivain.
M EISSONIER.
lion envers la famille : a Ernest a un goiit décidé pour le dessin. La simple vue d’une gravure nous fait négliger bien souvent des devoirs essentiels. »
La moi’t prémaUirée de Mme Meissonier vint porter le trouble dans l’éducation de l’enfant. 11 avait d’abord été placé comme interne, pendant la maladie de sa mère, dans une maison, à Chaillot, puis retiré et mis dans une autre institution, qui lui faisait suivre les cours du lycée Charlemagne. M. Meissonier père, embarrassé par ces devoirs, décida d’envoyer son fils en pension à Grenoble, dans la famille amie de M. Ferriot, qu’il avait connu professeur, mais qui était, depuis, devenu doyen de la Faculté des sciences et ensuite recteur de l’Académie de cette ville. Le jeune Meissonier resta deux ans chez ces braves gens un peu austères; mais, comme il éprouvait par trop le mal du pays, son père le rappela, tenta sans succès de le mettre aux alfaires et l’expédia quelque temps à Thiais, dans un pensionnat où l’un de ses clients avait placé son fils. 11 ne larda pas à l’en retirer pour l’envoyer de nouveau, après 1830, à Grenoble, chez les Ferriot, qui devaient s’occuper de lui enseigner tout ce qui était nécessaire à l’exercice d’une profession commerciale, en sacrifiant définitivement les études classi(|ues. On voit (juelle fut l’incohérence de sa première instruction.
L’effervescence littéraire du romantisme, en plein triomphe à cette heure, agissait sur l’imagination de ses jeunes camarades, dirigés principalement vers les voies des professions libérales ; elle gagna son esprit, et ce
premier choc avec le monde des idees lui donna, dès ce moment, conscience de sa vèrilable orientation. C’est vraiment riieure oh sa cari*ière se décide.
Meissonier fut rappelé délinitivement par son père en 1832. 11 entra comme apprenti drog-uiste dans la maison Menier, rue des Lombards. Le jour, il faisait consciencieusement son métier de garçon épicier, balayant les salles, liant les paquets, qu’il ficelait et ajustait de son mieux, parce que, disait-il, on doit être toujours tout entier à ce qu’on fait, petites ou grandes choses. Mais, le soir, il reprenait ses crayons en cachette de son père, nettement hostile à cette vocation, qu’il considérait comim* un métier de paresseux (1).
A force d’instances persévérantes, Meissonier obtint pourtant de son père l’autorisation de lui porter, dans la huitaine, l’attestation d'un maître (jiii garantirait ses capacités et se chargerait de sa direction. J1 s’en fut tout droit à l’atelier de Delaroche ; mais les conditions d’entrée ne convenaient guère à sa bourse. 11 se décida alors, sur le considl d’un graveur, ami de son père, à frapper à la port(‘ d’un peinti'e-lithographe, du nom de Julien Potier, qui vivotait péniblement en donnant des leçons et, comme la jilupart des artistes de ce temps, en dessinant des vignettes pour les ouvrages illustrés.
La fin lamentable de ce malheureux artiste, décédé à l’asiie d’aliénés de Cliarenton (2), nous fait comprendre
(1) Meissonier avait un frère plus jeune, Gabriel, (jui continua la profession paternelle.
(2) Antoine-Julien Potier, peintre et lithographe, né à Villeneuve-sur-