‹ MeissonierChapitre 3 sur 10 · PORTRAIT DE MEISSOMER PAR LE 1 -MEME · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MEISSOMER PAR LE 1 -MEME

l’abord peu chaleureux qu’il olirit une première fois au jeune débutant, a Si j’avais un fds, lui dit Potier sans l’entendre, je le ferais plutôt savetier que de le voir devenir peintre. » Meissonier, éconduit, se risqua alors chez Tony .lohannot. Celui-ci, plus accueillant, s’excusa, cependanl, de ne pouvoir le prendre comme élève, et il le renvoya de nouveau à Potier, en lui recommandant de montrer, cette fois, quel({Lie chose de lui. Meissonier retourna impasse Sainte-Marie, rue de Grenelle. Le farouche dessinateur, sur la vue d’un croquis que Meissonier lui montra, des soldats en train de boire dans un cabaret, se détendit et consentit à écrire à M. Meissonier père la lettre (|ui devait décider du sort de son fds.

L’autorisation paternelle fut donc arrachée, accompagnée d’une pension de 15 francs par mois et d’un dîner hebdomadaire, le mercredi soir, réservé aux réunions de la famille.

Au bout de quelque temps, le brave Potier, appelé sans <loLite au poste qu’il occupa, en 1833, comme professeur à l’Académie de Valenciennes, présenta son élève à Léon Cogniet, en lui payant généreusement d’avance cinq mois de ses droits d’atelier. Meissonier n’y prolongea guère son séjour au delà de ce terme. 11 ne vit même Gogniet que deux fois. Mais ce court passage près du maître lit, comme le constate judicieusement Burty, sur l’esprit du jeune

Verberie (Oise), le 7 août 1796, décédé à Charenton, le 14 décembre 1865. Nommé professeur de l’Académie de Valenciennes en 1833, puis conservateur du Musée de cette ville (Voir notice dans le Dictionnaire général des artistes français, de Bellier de la Gbavignerie).

MEISSOxNIER.

artiste une impression profonde (jui s(‘ niaiajua sur son av(*nir.

Meissonier, en effet, je ne sais par suite de (juelles cii-constances, ne se trouva pas môle, dans l’atelier, avec ses camarades pour etudier d’après le plâtre et le modèle. 11 s’ôtait installe dans un clos voisin, ou Gog’niet, qui préparait son plafond du Louvre sur l’Expédition d’Égypte, entretenait toute une troupe de modèles en uniformes de soldats de la République : fantassins, artilleurs, cavaliers, ceux-ci même avec leurs chevaux. 11 se souviendra, plus tard, de cette manière de travailler. Ses aptitudes d’observation trouvèrent là une occasion exceptionnelle de s’exercer dans leur sens naturel ; il prit là, assurément, ou du moins il aviva ce goût inné pour le costume et, entre autres, pour le costume militaire qui se développera plus tard chez lui sous l’action des événements.

Entre temps, Meissonier s’était lié avec quelques bons artistes, esprits sérieux et indépendants : Steinbeil, Daumier,'le sculpteur Geolfroy-Decbaume etTrimolet,lepauvre et cliarmant Trimolet, peintre de sentiment et surtout dessinateur très apprécié. Trimolet engagea Meissonier à aller travailler au Louvre. Le conseil fut suivi, et, si Meissonier ne copia jamais, au sens propre du mot, c’est-à-dire en peignant d’après les maîtres, ce qu’il ne put jamais s’astreindre à faire, il y prenait du moins des notes ti*ès utiles, dans une contemplation attentive et soutenue.

Le voilà donc émancipé, livré à son talent et à ses

Cliché Neurdein.

PORTRAIT DE >l“* FERRIOT.

(Musée du Louvre.)

propres ressources. Il se met aussitôt à peindre et expose au salon de 1834 un minuscule panneau de Bourgeois flamands^ aujourd’liui à Hertford-House (collection Wallace), vrai petit pastiche de Hollandais, aux attitudes déjà pleines de vérité dans sa coloration un peu sourde, sur laquelle tranchent les hlancs des collerettes et les rouges des has et des sièges. 11 y joignait une aquarelle dans le même goût, indiquée sans titre au catalogue, qui représentait un militaire auquel, chez l’habitant, une jeune fdle présente un pot de bière. Cette aquarelle fut acquise par la société des Amis des Arts au prix de 100 francs.

Ce petit succès lui valut une nouvelle aubaine. 11 fut chargé par un ami de la famille, le pharmacien Quesneville, de faire son portrait. 11 fut si réussi et son père en conçut un tel orgueil qu’il résolut de l’envoyer à Rome avec une pension de 100 francs par mois. Une seule légère condition était imposée, celle de faire, en passant par Grenoble, le portrait des dignes et excellents Ferriot. Mais le choléra sévissait en Italie. Meissonier dut s’arrêter à Lyon. Un ami, qu’il avait choisi comme compagnon de voyage, y recruta pour lui quelques portraits. 11 y passa l’hiver. Meissonier s’acquitta, du moins, de la tâche imposée par son père, car, cette même année, 1835, il exécuta, dans leur propriété de Saint-Ismier, dont il peignit la façade sur le jardin, les portraits de ses hôtes sévères et bienveillants d’autrefois, M. et Mme Ferriot. Ces deux portraits, conçus dans le sentiment de Holbein, d’une manière ferme et décidée, figurent aujourd’hui, l’un, celui du recteur, au Musée de

UoLien, rautre, celui de Mme Ferriol, au Louvre, après avoir été acquis, en 1896, par le Luxembourg-.

A son retour à Paris, Meissonier eut la surprise de trouver un petit atelier loué à son nom. C’était une attention de son père. Mais, du meme coup, il vit sa pension, qui avait été fixée à 1200 francs, réduite à 700. Son père, dont les aliaires commençaient à prospérer, venait, en effet, de se remarier et jugeait nécessaire de réduire ses frais. 11 est vrai ([u’il lui achetait son Petit Messager^ exposé au salon de 1836, après avoir été refusé l’année précédente. Ce « sujet tlamand » était accompagné de Joueurs d éehees^ pareillement qualifiés par le livret.

La situation n’était pas brillante. Pour parer à ce nouveau contre-temps, Meissonier se ])réoccupa de découvrir du travail régulier et productif. Il songea aux illustrations. A ce moment le livre illustré était en grande faveur près du public. Marville, le graveur, le conduisit chez Curnier. C’était alors la maison en renom pour ces sortes d’ouvrages. L’éditeur considéra avec quelque dédain ce jeune homme d’apparence chétive et déclara qu’il n’avait rien à lui donner. Toutefois, raconte Burty, d’après les souvenirs de Meissonier lui-méme, le jeunearliste, pour se donner de l’importance, parla de Tony Jobannot, celui-là même qui a personnifié au plus haut point la vignette romantique et avec (jLii il s’était lié plus étroitement, depuis (|u’il s’était montré si obligeant à ses débuts. « Vous le connaissez? dit Curmer. — Oui, répondit Meissonier, si bien que, dimanche dernier, j’ai moulé son visage. » Le moulage sur

CARTE DE VISITE DU LUTHIER VUILLAUME (Eaux-fortes originales de Meissonier.)

MEISSONIEK.

nature était, en eliet, une petite manie de Meissonieret de ses camarades Steinheil et Geotfroy-Decliaume. Gurmer, amusé, consentit à se rendre chez eux le dimanche suivant pour s’y faire mouler. Par politesse, en partant, il commanda à Meissonier une aquarelle pour la Bihle de Royaumont : le Massacre d’Eléazar. Tel fut son début dans ce genre où, presque aussitôt, il devint maître. Le même Marville le fit entrer dans le groupe des illustrateurs de Paul et Virginie ; il y devait faire les figures que Marville encadrerait de paysages. Il y travailla peu, l’illustration étant déjà presque complètement distribuée. Mais il collabora plus amplement à la Chaumière indienne, et il y établit le commencement de sa réputation par ces minuscules et précieux dessins si intelligemment observés et si finement rendus ( Ij.

Dès lors le ciel s’éclaire, ses affaires s’arrangent, son existence s’améliore grâce à un travail acharné, la nuit aussi

(1) Les principaux travaux exécutés par Meissonier pour l’illustration se trouvent dans les ouvrages suivants, la plupart publiés par l’éditeur Gurmer: la Bible de Royaumont (183o); Discours sur V Histoire universelle ;\e Roland furieux; Paul et Virginie eila Chaumière indienne (1838). Ce dernier ouvrage comprend, d’après Meissonier, une gravure sur acier et 80 bois, vignettes, lettres ornées, culs-de-lampe, répartis dans le texte; Funérailles de FEmpereur Xapoléofi (1849); les Français peints par euxmèmes (une quarantaine de bois) ; l'Ile des plaisirs, de Fénelon (1843, chez Iletzel), de même que VHistoire d’une poupée et d'un soldat de plomb, celle-ci réimprimée par Hachette en 1861 ; Lazarille de Tonnés, 2® édition, 1838 (chez Dubochet); la Comédie humaine, de Balzâc (1836), 3 à 6 bois; enfin les Contes rémois, parle comte de Ghevigné (Michel Lévy), F’e édition, 1838, qui comprend 34 dessins du maître, etc., etc.

La liste de ces travaux, publiée par Burty dans la Gazette des Beaux- Arts (1862, t. XII, 2« période. — Voir aussi, t. XI, p. 186, sur les Contes rémois), a été, depuis, complétée par lui. Nous devons à l’obligeance de M. Maurice Tourneux communication de ces notes ainsi que de tous les précieux papiers de l’historien attitré de Meissonier.

M EISSONIER.

bien ({ue le jour. Car. afin de conserver certaines heures (le ses journ(^‘es à lYdiule, il consacrait, la plupart du temps, la moitié de ses nuits à ses bois. Si modestes que soient ses revenus, il se sent capable d’aller résolument de bavant dans sa voie. Aussi se décide-t-il à se marier. Il épouse la sœur de son ami Steinlieil. 11 était déjcà entré dans l’intimité de la famille et passait souvent ses soirées à dessiner avec son ami, tandis que Mme Steinlieil cousait ou brodait et que la jeune bile faisait la lecture à haute voix. Ce mariag-e eut lieu le 13 octobre 1838 (1). Son père, pour cadeau de noces, lui paya une année de loyer, y ajouta six couverts d’argent et le laissa ensuite se débrouiller tout seul.

Le succès obtenu par ses illustrations devint si considérable (jue Meissonier avait peine à suffire aux demandes qui lui étaient faites par les éditeurs. Certains de ces livres, devenus rarissimes, tels les Contes rémois^ de M. de Cbe- ^'igné, mirent le comble à sa réputation. Vendu au prix de 10 francs, ce livre en vaut aujourd’hui plus de 500. Du dessin à la gravure, il n’y a qu’un pas. Meissonier le franchit beureusemcnt : il exécuta un certain nombre d’eaux-fortes, la j)lupart exiguës, qui sont de vrais chefs-d’œuvre (2). Ses

(1) Meissonier éi)Oiisa ]\Ille Eirima-Wilheliiiine-Natlialie Steinlieil, à la mairie de l’ancien ix® arrondissement de Paris, le 13 octobre 1838. Il eut de ce mariage deux enfants : M. Jean-Charles Meissonier, peintre de talent, élève de son père, né à Paris le 12 juillet 1844, médaillé en 1860 et 1889, chevalier de la Légion d’honneur cette dernière année^ et Thérèse Meissonier, son aînée, mariée à Gustave Méquillct, décédée à Poissy le 23 février 190G, dans sa soixante-cinquième année.

(2) Meissonier a dessiné quelques lithographies dans sa jeunesse, mais

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