‹ Melaenis: conte romainChapitre 5 sur 7 · CHANT QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIÈME

Commodus, à tout prendre, était, sur ma parole, Ud charmaDt empereur, n'eu déplaise à Dion.

Moi, je l'aurais aimé jusqu'à la passion I Jamais, comme Tibère, il ne joua son rôle I n était franc d'allure, et portait à l'épaule, Non la peau d'un renard, mais celle d'un lion !

122 MELiENIS

Il avait ses défauts; qui n'en a, dans son âme? Il massacrait les gens, mais il tenait sa lame De la main gauche, et c'est très-fort, en vérité I Il volait, mais cet or au peuple était jeté ; Il buvait, mais un jour il fit pendre sa femme : Commodus l'empereur avait son bon côté I

Ce que j'aime, avant tout, c'est la force d'Alcide, La vie aux mille bonds, le sang tumultueux ; Les Titus, les Trajan, dans leur calme splendide, Sont beaux, mais sans relief, probes, mais ennuyeux I Comme l'Athénien qui chassait Aristide, Moi, je suis fatigué des héros vertueux 1

Les monstres les plus noirs sauvent U tragédie, Tous les drames bien nés brandissent un cout#9il ; J'adore, pour VeSgt, Rome qu'on incendie^

AlBI^iENlS 4i8

Et rescl⥫ qui fcrôla, ainsi qu'un p*and flambanu; Chaque siècle, ô Néron, maudira ton génies Mais tu laissai du moins de quoi (aire un tableau I

Commodus habitait une maison immense Sur le mont Cœlius, auprès des escrimeurs ; Il en avait chez lui le costume et les mœurs ; Hercule ou Sécutor, selon la circonstance, Il dédaignait le trône, et son cœur en balance Flottait entre 1^ dieux et les gladiateurs.

C'est là que vint Pairius. Pour prix de sa victoire Il vécut au palais, tout couronné de gloire, Seul, avec Cléander, se partageant César ; Comme il était habile à jouer du poignard.

On le nomma préfet aux gardes du prétoire»

Devant être fermier de la ville pbtt tard.

Rfai0))(\aiihis ^'était paSf4e;Ces am^s trempées Dans la^OEdes 4^ Stjzy âmes enyeloppées D'uu bouclier d'ainûp ; toutes |es, passions Àyaient prise sur lui, de la tête aux talons ; Et, dans son cœur mobile, ainsi que des épées. Se heurtaient les amours et les ambitions I

J'en connais qui, montés à ce faîte suprême.

N'auraient plus, dans l'esprit, de place pour aimer ; Mais Paulus, malgré tout, se laissait consumer. Tant qu'il dit l'aventure à l'empereur lui-même. dieux I que si jamais je viens à m' enflammer. J'aie un entrwnetteur coiffé du diadème I ,

Les choses traînent moins ; c'est le lien fameux Qu'Alexandre dénoue au tranchant de sa lame I « Hélas I pensait Paiflus, le père est furieux I

» — Dès aèto'ain, 'dît'C(iDfih«iaérèllë Sèft-ttlttéàiôiiîK » Je vais tuer un- om 6u lîùelifdéTrf^p^ -^'^^ ><f

» Pour marquer aîj|neinéiiil6ët H )^5^ <I

Comme en un griiild' dàrigéi* dé là chose j^iijttiôf^ "^ Marcius au palais fut mandé sans retard ; Paulus, tout palpitant, se tenait à l'écart.

Les pâles séiiateurs, sous leur longue tmiitue, • ^ Lé sourire à là lévrè, encombraient le pbrtiqùe, • '^ Et du maître supérBe épiaient le regard.

Là, c'était Quihtii^^u-ënDÔblit là chamié^, > n ^

Et, plus loin, Lamia pour son luxe cité ;

Le gros Pomponius qui montre avec fierté,

Sur saMke'à'oV; unetëtë'bài'bùë';' '• ' ■ î

Sulpice;''c(on't'le'nômiè'è^liy d^'l^k-nlië;' ' •'/ "'

Etquide'i#'des(ieiMbai''^iH'te6t«^ '"'lî

196 MKLiGNIS

Après eux, Severus, héritier de l'empire, Lœtus Eroilius qui flatte et qui conspire, Gléander que demain, dans la boue et Taffront, Les portefaix jaloux au Tibre traîneront ; Jusqu'au sage Dion qui mord, pour ne pas rire. Les feuilles de laurier qu'il arrache à son front I

Commode cependant, le long des galeries Marchait à pas comptés, laissant les flatteries Monter autour de lui comme un encens divin.

Un moineau familier sautillait sur sa main ; Et sa tunique verte, aux riches broderies.

Frôlait les grands pavés, quand T édile soudaia

Apparut sur le seuil ; sa taille ramassée Dans ses contorsions était plaisante à voir ; Marcius, d'un Romain connaissait le devoir :

Saluant, souriant, 0t la tôte baissée.

Il rampa vers César, tandis que sa pensée S'en allait, tour à tour, de la crainte à Tespoir I

« Un mot I fit Commodus en quittant son escorte, » Qu'as-tu sur ton cachet que Ton dit fort ancien? » Un port? un aqueduc? car ce point-là m'importe. » — César, j'ai l'aqueduc et j'ai le port I — Très-bien I » Est-ce Ancus ou Numa que ta médaille porte ? » — C'est Ancus et Numa I dit le patricien.

» — Certes, les Marcius sont de race qui brille,

» Je le savais déjà, dit l'empereur joyeux,

» Et j'ai cherché moi-même un mari pour ta fille,

» Qui fût digne de toi comme de tes sûieux I

» —Un mari pour ma fille ! —Eh ! sansdoute 1 — Grandsdiei

» Quel astre bienveillant plane sur ma famille?

» — VieiUard, rapri» Çftuwp^fi, acoeplp Aîçt lio^fj^fl:^ » Et. cbôr4^b& en ton esprit^ qu0l ge^pidre on te <|esjâpjç. . ., )> — Un chevalier? --T Non. pas. ---Un consul, j'i^s^ej » — Avance ! — Un sénateur à l'antique origine? » —Monte encor, Marcius . —C'est donc. . • un empereur? » —Plus haut! -^Un dieu ?~t Plus haut I^ç'estm^^jj^^t^url

■ ■•. ui >i. ^d i f La foudre au triple dard eût tombé $ur nqtre .ho(|)iQe ^ Qu'il eût été moins pâle et moins épouyajatéi: , . , . ( « C'est Paulus, )► ajouta Commode avec g^ÎQt^,; „ ,,^^^ « Jamais I » hurla le père en se débattant comme Un taureau furieux que le grand prêtre assomme. « JamaisI jamaisl... » Ce cri, par Téchorépété^ ••. f

■■' ' ■ !• I ■ i.;!"i. j . -fit/

Fit tressaillir d'efroi les esclaves fidètea; ::l

Commode souriait ; istit* sa main }e inoinf dm .>>;,.. -^ Montait de doigts en doigts en agitant ses ailesiJti' • i .. i

ML'sSt\ï

n kbatat d'tm ëoûfi Irtêté d<^ l"^oiseaùi i ' <! , =i ) «

•.if <t • Mi" il , :, . [/

« A (Jilariâ, 6 Maréios, là' fête OTptiale? >> • î= '^ <- Demanda gravement TÉsope au sceptre d'or.

« Dès demain, si tu veux... » dit l'autre avec effort, Car de Itet kpologue H comprit là morale, ^ i

Et ses yeux' agrandis, au pavé de la salle, • ^*

SuivaientVbisean sans tête; et qnii tremWait eïlcori ^ -

'•iMîii'! I 1" ;' •

?.Jr.! il }

Paulus avait du goût,; 4I se tint en arrière.;.^

Mais à peine Tédile avait quitté les lieux.

Qu'il courut à César, la tête la première.

Et couvrit ses geftoiix de baisers furiieux:; :

Son sein était plus (large et sa tête [dus .fiôr.e ;

Le bonheui^^i en rayons^ écls^dansmyauxij ,.,.; Af

• nui::- )

130 MBLANtS

Les grandes passions sont comme l'incendie.

Enthousiasme, amour, colère, volupté, Elles vont s' étendant et gagnent à côté.

Des plus vieux sénateurs la poitrine engourdie Tressaillait sous la toge, et semblait réjouie Devant tant de jeunesse et de sincérité !

Oh ! sentir qu'on est fort! connaître sa puissance! Et, comme Jupiter, s'élancer dans les flots, Superbe et mugissant, avec sa nymphe au dos ! Être jeune et farouche, et, gonflé d'espérance. Manquer d'espace et d'air dans la nature immense, C'est l'amour! c'est l'amour! Lorsque les matelots.

Aux premiers jours de mai, tirent dans l'onde amêre La carène au flanc sec, ils dédaignent la terre. Et sur la rame humide allongeant leurs bras nus.

MËLiBNIS 43t

S'exilent, en chantant, vers des deux inconnus : Ainsi font les amants, sans regards en arrière, Ils s'échappent du monde en appelant Vénus I

Au sortir du palais, notre homme avait dans Tàme,

Comme après le falerne, un vertige divin ;

conquête! ô bonheur! de songer que demain

Il aurait ses yeux noirs, son sein, sa lèvre en flammo!

Parfois, croyant rêver, il s* arrêtait soudain,

Et puis, comme un nageur qui divise la lame,

Il séparait la foule et glissait à travers.

Le peuple, ce jour-là, descendait de Bovilles, Et d'Anna Perenna chantait la gloire en vers ; Sous l'âge et sous le vin, des vieillards en guenilles Chancelaient tout courbés aux bras des jeunes filles Dont le front souriait sous les feuillages verts.

Ce tuBMdlc ^' «es.aofl, ,aette- i#h« en i(i<^|irct. , , ,,.i„i...> * Le*fireiJti,:t«t.4talJwd,,wmQqwBq/e^,goiwi^ . ^

En comparant 3*.j<»* k.f£^^,^as^i,.r ^ ..|

Et comme eux cependant l'ivresse le ponsssdt,

Car il était heureux, car il voulait le dire

 la bcise, an 9ol^iI:;.le iQo^fir e3t|aip$i,(4i|;.,i ..., [ ^^

Le ])(»pbeur, loin de nous, se déga^ et.^l^y^oliB. ;, Comme ud parfum léger hors du yase, d'a/^n ; ^\\ Et l'homme, dans sa fêle, imprudent et frÎYQK -.o Par son chant de triomphe éveille le destin I — Quelqu'un, comme il marchait, le toucha sur l'épaule^ Quelqu'un l'arrêta court en lui j^te^But^ }ft maiO:* i >

En face die Paul^s,,:8|)eiwiepsçp^,p|^^, .„ „ , ,, |{ Une femme.^te^dailji sesjeux.nQ^^^cjt^prpf^ed^,..)) Sur ses traits, ^soii^ cqyjçiiu^lwsailyç^

Ck)mmeun ibb^l'd'M^fiirtstit^ te <â^^ <>

« C'est ârdi; dit MeMtA^l et jd '»aisffk^i^Valèlv;ii »^J Paulus rexariiiûa'aé'Iotftt^lesfeîÇDMJj'^^»-!'^ 'î3

« Je ne le ttôhtïâte itâ8/âit41;'<iiiî me <i&cla#fléî *^J A » Que me demandes-tu?.,. » Cet amour d'une nuit, Sans aller jusqu'au cœur, avait glissé sur lui I Car l%tiimd est otiMîeax ; te baiser tf une lettwrtey * Hélas r ptes promptttnent s'efface de notre âiwe^»" "^ Que nô'â pà% àti déserty sur le sable qui fuit I ' t

' «irl-'»f. >! • iij '/ .. • . .. , ■■ • - ' ;

JlflWj'»'! lit" I ,! .tr '/ ii . 5.;..l >. \ .! . • .,. .; .

Quand i^enfaM jusqu'au ^oir> dans^ la foret pr(4bnde, Â fait voler sa flèche et tournoyer sa fronde, Le carquois sur l'épaule, il reviçnt tout joyeux, Il ne sait pas ({di'bdiMâ'teliiéhcr Vâgaboé^ ^ Roil^*^iiailënftôtaraéi bUi^^ *^ '

Mèyrtr(;iai^6ttèMx:iKiiicë*ei'desp1ra^^ !

434 MELiENIS

« Ce que je veux, dit-elle, écoute : c'es là vie

» Que j'avais autrefois au fond de la cité,

» Tout ce que j'ai perdu, tout ce qu'un soir d'été

» Tu m'as pris en jouant. démence et folie I

» J'ai versé tant de pleurs dans mes nuits d'insomnie

» Qu'il ne me connaît plus et qu'il passe à côtél... »

Les sanglots étouffés soulevaient sa ceinture ;

« MelsenisI » dit Paulus en étendant la main.

Elle reprit : « Je suis la courtisane impure I

» La foule aux mille pieds, comme sur un chemin,

» A marché sur mon cœur; mais, malgré sa souillure^

» J'en garde assez encor pour en mourir demain I

» Donc, j'ai pleuré longtemps, dans mon oubli perdue, » Depuis que loin de moi ton amour s'envola ; » Les hommes, ô Paulus, ne savent pas cela...

MELiENI8 435

» Une fds, tu passais^ je te vis dans la rue,

» Tu me parus plus grand I . . . une force inconnue

» M'étreignit à la gorge, ^t tout mon corps trembla I . . .

» De ce jour, j'attachai mes pas aux tiens, sans cesse » Tournant autour de toi, comme autour des flambeaux y> Le phalène inquiet, et je sentais Tivresse » De me brûler le cœur à tes regards si beaux ; » Mais tu fuyais toujours, et toute ma tendresse » Fut pareille à ces fleurs que F on jette aux tombeaux I

» Enfin ; laisse-moi donc continuer, la peine » Se dissipe en parlant ; enfin, j'appris son nom, » Qu'elle était jeune et fière, et de noble maison ; » Puis je la vis... et comme un lion qu'on déchaîne, » Je sentis dans mon sein rugir toute ma haine, » Car elle était charmante, et tu l'aimais, dit-on ! . . •

136 MBLi£NI8

» — Je Taime I dit Paulus, malheur à qui la toucheil » Et dans ses doigts crispés il serrait son poignard; / Melseûis, sans trembler, le eouvait du regard, . / Tandis qu'un rire amer serpentait sur sa bouche. « Le lit des morts, dit-elle, est moins froid que ma couche. » Que veut ton fer, Paulus? il arrive trop tardl

» Écoute-moi plutôt, je n'ai plus de cdère,

» le suis douce à présent, et suppliante, voi,

» Tu ne le savais pas, car, par pitié pour mei, .* •

» Tu m'aimerais un peu. Qu'ai-je encor sur la terre,

» Si tu me prends l'amour ?. . . Dans mon cœur solitaire»

» Le souvenir, c'est toi I l'espérance, c'est toi !*.• f

» Tu l'aimais, elle était beUe, tu la regrettes, . » , » Et je comprends cela ; mais je sais bien commeot » .. » Tu ne peux plus l'aimer; étrange esQfNresacpienl i

i> Des hommesà raJttei^les fenimei kiqtiiôt6&l< >(. « » A quoi bon? je sais tout, oubUons maiiiteiiaidp h lI » Viens, nous serons jojpeux; au ÉMrtiri dettes, fèle$L il/;

» Sur ton front ruisselant etcouronnô^ ina maîn iifj ^

» Essuiera la sueur ; tu m'aimeras peut^tre I

» — Laisse-moi I dit Paulus, j'obéis au destin

» Sans contrainte et sans peur, monamûurir«r fiaraitrâ !

» — Mais Tédile est puissant I ~mais César «est le matirei

» — Et sa fille oserait? — Je l'épouse demain 1 > m i ,

La danseuse, à ces mots, haletante, éperdqie.

Se dressa comme un arc dont la corde est rompue :

« Je le défends, dit-elle, et, lui prenant le bras :

» Que me fait ton César? |e ne le connais pas! i

» C'est une étrange erreur, si l'on me croit Takouféi

» Et si quelqfu'im icipetise arrdtei^ mes pasl.v;' il

136 MBLi£NI8

y> — Je Tâime I dit Paulus, malheur à qui la touche'l » Et dans ses doigts crispés il serrait son poignard ; / Melseûis, sans trembler, le eouvait du regard, , / Tandis qu'un rire amer serpentait sur sa bouche. « Le lit des morts, dit-elle, estmoins froid que macouche. » Que veut ton fer, Paulus? il arrive trop tard I

» Écoute-moi plutôt, je n'ai plus de cdère, » le suis douce à présent, et suppUante, vol, » Tu ne le savais pas, car, par pitié pour mei, • » Tu m'aimerais un peu. Qu'ai-je encor sur la terre, » Si tu me prends l'amour ?. . . Dans mon cœur solitairSt » Le souvenir, c'est toi I l'espérance, c'est toi !*.•

» Tu l'aimais, elle était b^e, tu la regrettes, . , » Et je comprends cela ; mais je sais bien comment i y> Tu ne peux plus l'aimer ; étrange efflpressemanl i

WEVMtmm I8T

^ Des hotnmesà rasliei^^ies feidméi iiiqtiiôtes^ !i >t. <>< » A quoi bon? je sais tout, oublions maultmant;^! b ki » Viens, nous serons joyeux; më&B\kiàd^ti^4yiiàsllf.

» Sur ton front ruisselant et couronné; flùamem ifO w » Essuiera la sueur ; tu m*aimeras peut-être I » — Laisse-moi I dit Paulus, j'obéis au destin » Sans contrainte et sans peur, monamour varfaraitre ! » —Mais Tédile est puissant I ^mais César «est ki mailroi » — Et sa fiUe oserait? — Je l'épouse demain I >,( i ,.

La danseuse, à ces mots, haletante, éperdi^^e, ; .

Se dressa comme un arc dont la corde est rompue :

« Je le défends, dit-elle, et, lui prenant le bras :

» Que me fait ton César? |e ne le<MHinais pa&I I

» C'est une étrange erreur, si l'on me croit Takiouéi

» Et si quelcfu'im ici pebse aarrètei^ me$ pasl.v;* i )

138 MBLiCNIS

» Je n'ai point sur mon front semé la perle finiBé » Ni conune elle, au milieu des esclaves tremblants, y> Dans les bains parfumés amolli mes bras blwcs ; » Mais un sang jeune et fort bruit dans ma poitrine, » Et j'ai sucé le lait dont la louve latine, » Sous le figuier antique abreuve ses entants i

» Oh I si Ui l'épousais» ce serait chose afiâreuse ; » Tu saurais ce que vaut la femme furieuse, » Et la torche d'hymen, la torche aux cheveux d'or, » Pourrait prêter sa flamme à ton bûcher de mort I ... » — Elle est, pensa Paulus, plus folle qu'amoureuse I — Et, secouant la tête, 11 reprit son essor.

Melaenis du regard le suivit en silence ; Il disparut bientôt au fond de la cité.

Comme un songe rapide, au réveil emporté...

MELiËNI8 489

Et, pliant sous le poids de sa tristesse immense, Elle écouta partir sa dernière espérance.

Avec le bruit des pas, dans son cœur répété I

Le ciel était tout bleu, comme une mer tranquille, De lourds rayons tombaient sur les pavés brûlants, Ou se brisaient aux murs de marbre étincelants, Et de ses ailes d'or &^pant Tair mimobile.

L'essaim des moucherons harcelait, par la viite. Les portefaix couchés sous les portiques blailics.

Triste, elle gravissait le chemin des Carènes, Devant elle, au hasard, laissant marcher ses pas; Et son cœur agité par d'étranges combats Se gonflait tour à tour de douleurs et de haines ! . • . Ses pensers s'échappaient en phrases incertsô^es Qui tremblaient sur sa ièvre et qu'on n'entendait pas I

MO MELiENIS

La sueur à son front collait sa chevelure.

Ses yeux roulaient perdus dans Torbite agrandi.

Et les enivrements du soleil de midi

Lui battaient à Toreille avec un bruit d'amiure ;

Ainsi confusément gronde la nue obscure.

Avant que dans les cieux la foudre ait retenti I

Tout à coup, vis-à-vis de la Borne qui iue

Et vomit Tonde à flots, par six bouches d'airain,

Melaenis s'arrêta, la tête dans sa main :

« Les dés en sont jetés I... il faut que je le tue! )>

Dit-elle, et promenant ses regards dans la rue.

Elle aperçut un bouge où Ton vendait du vin.

Celait une taverne à Télroile ouverture.

Dont la porte donnait sur un long corridor ;

La chanson des buveurs, comme un lointain accord»

S'échappait par lambeaui^^^xleil^iUvô.qv^iiwrii^i^^ = I Et, près du seuit fti>tique>. pnvoyailt ©n.pwitup^, .^ , ,< Un grand ours au poil brjon^ (H^iff^ d'iij9,i()»$^ \,{

Melaenis aussitôt, rapidQ,. palpitante, .^ .

Se plongea sous la voûte, ainsi qu'en un tombeau.

Et le vieux cabaret à la dalle glissante

Devant la jeune fiUe ouvrant son noir caveau^

Parut la prendre au vol par sa porte béante,

Comme un serpent qui bâille engloutit un oiseaUt

La danseuse tira le loquet de la salle.

Et debout près du seuil, sur les groupes ëpars. Pour y trouver son homme, arrêta ses regards. Parmi les bancs bmtaux à> in toSle ip/$galej ,-;v ; i . i : ^ Des jeunes geivs.frisé^ipit^iaQlktpidJrinter^^l^, i ; ^ <{ Versant le . vin : np wea» j, \^ cm ^ toutes ,p*iî|ç ; , . , j

Se croisaient, se heurtaient, sous la voûte fumeuse* Des soldats, dans le fond, sur la table accoudés, Pour le coup de Vénus faisaient rouler les dés ; D'autres chantaient César ; puis une voix vineuse. Dominant par éclats cette rumeur joyeuse.

Mêlait aux bruits confus ses hoquets saccadés.

C'était un muletier qui venait de Capoue :

Large, épais, rutilant, et les yeux eflfronfts^ Le vin qu'il avait bu lui colorait la joue.

Un tas de pots à sec roulaient à ses côtés :

« A manger, criait-il, la piquette m'enroue I » J'ai l'Océan au ventre et ses dieux irrités !• .. »

L'hôte du lieu parut, la toge retroussée.

Et vers l'homme aux mulets il dirigea ses pas ;

Riant dans la fumée, il portait sur deux plats

MELiENIS Itô

Un hachis de raisins et de viande pressée, Plus un morceau de porc, une andouille épicée, Et des pois gris nageant parmi des cervelas.

L'ivrogne, à cet aspect, se pâma de tendresse : « Èvohé ! cria-t-il, salut à Jupiter I »

Puis il se mit à Toeuvre avec des dents de fer ; li prenait, il mangeait, il reprenait sans cesse, Jetant tout ce repas par-dessus son ivresse, Comme ces grands palais qu'on bâtit dans la mer (

La pâle courtisane, immobile à sa place.

Contemplait gravement cette scène vorace :

« Il est perdu, dit-elle, et ne comprendrait pas I » Puis vers un jeune esclave elle fit quelques pas ; C'était un beau garçon, sans barbe et plein de grâce : « Que m'importe ! ditrdle, il faudrait un boB bras I »

144 MELiENIS

Elle allait faretant par la taverne humide Et cherchant sous la toge, avec ses yeux brillants. Un sein large et velu, des musdes bien saillants; Telle, au temps des amours, la cavale numide. Flairant Tamant sauvage, à la croupe splendide. Frissonne et sonde au loin les feuillages bruyants I

Elle atteignit enfin le groupe militaire.

Hommes au cœur solide, à la tournure fière.

Et brûlés au soleil de toute nation ;

Elle en vit un surtout, un gros légionnaire.

Dont la voix, en parlant, sonnait comme un clairon ;

n avait pour coiffure un grand casque, et pour nom

Pantabolus. Debout, superbe, dans sa gloire»

Aux soldats ébahis il contait son histoire Et haranguait la foule une coupe à la maia^ •

Son long glaive battait sur sa cuisse ; le vin '

De nibis éclatants semait sa barbe noire...

« C'est lui ! » dit Melsenis, en s' arrêtant soudain.

Au bruit que fit sa robe en frôlant la muraille, Pantal)olus tourna la tête, et curieux.

L'œil béant, suspendit ses récits de balaîlle; Car notre bomme abondait en exploits merveilleux. Et (mieux que dans Plautus) il eût été de taille A couper du revers, un éléphant en deux

« Par la cuisse d'Hercule I elle est charmante et belle ! »

Cria Pantabolus, en s'abattant sur elle ;

Puis caressant sa barbe et roulant ses regards :

« Vénus est toujours là, quand on parlé de Mars! ' '

» Elle aime les grands coups 6t le sang qui ruisselle/

» Les boudiêrSiluisantfy, les casques et les cttàirfefî.. i>

144 MELiENIS

Elle allait furetant par la taverne humide Et cherchant sous la toge, avec ses yeux bnllants, Un sein large et velu, des muscles bien saillants ; Telle, au temps des amours, la cavale numide, Flairant l'amant sauvage, à la croupe splendide. Frissonne et sonde au loin les feuillages bruyants !

Elle atteignit enfin le groupe militaire.

Hommes au cœur soUde, à la tournure fière.

Et brûlés au soleil de toute nation ;

Elle en vit un surtout, un gros légionnaire.

Dont la voix, en parlant, sonnait comme un clairon ;

n avait pour coiffure un grand casque, et pour nom

Pantabolus. Debout, superbe, dans sa gloire»

Aux soldats ébahis il contait son histoire Et haranguait la foule une coupe à la maia^ <

Son long glaive battait sur sa cuisse ; le vin '

De nibis éclatants semait sa barbe noire...

« C'est lui ! » dit Melsenis, en s'arrêtant soudain.

Au bnnt que fit sa robe en frôlant la muraille, Pantabolus tourna la tête, et curieux.

L'œil béant, suspendit ses récits de balaîlle ; Car notre homme abondait en exploits merveilleux. Et (mieux que dans Plautus) il eût été de taille A couper du revers, un éléphant en deux

« Par la cuisse d'Hercule 1 elle est charmante et belle î »

Cria Pantabolus, en s'abattant sur elle ;

Puis caressant sa barbe et roulant ses regards :

« Vénus est toujours là, quand on parlé de Mars! *

» Elle aime les grands coups «t le sang qui raissell^/

» Les boucliers. luisantft les casques et les chSrfefl.v^

146 MELiENIS

Tout en parlant ainsi, sa main large et rugueuse Sur sa vaste poitrine étreignail la danseuse : « A moi ! » dit-il ; « A nous I » hurlèrent les soldats ; Et les jeux éclataient avides, et les bras S'étendaient, comme on voit, hors de la roche creuse. S'allonger les vautours à l'odeur des combats I

Ils quillèrent les bancs, furieux, pêle-mêle. Et vers Pantabolus la cohue à longs flots Se roula, culbutant les tables et les pots ; Lui, saisit au hasard le pied d'une escabelle. Et devant Melajnis, comme une sentinelle, Se posa largement ; on eût dit que son dos,

Mieux que celui d'Atlas, pouvait porter le monde. « Au large I » cria-t-il, et ses yeux pleins de sang Brillaient sous ses cils noirs, comme un feu rougissant

MËLiENIS 147

Sous les branches. Lancée avec un bruit de fronde, L'escabelle en ses mains tournoyait à la ronde, Et le cercle indécis allait s' élargissant.

Cette attitude fière et prête à la bataille Suspendit brusquement T attaque des soldats, Ils se parlaient entre eux et murmuraient tout bas. Soudain, Pantabolus, dressant toute sa taille, S'éloigna, dédaigneux, de cette valetaille.

Et quand il fut s'asseoir, on ne le suivit pasl

Melaenis le suivit : une joie inconnue Éclatait sur son front par la douleur pâli, Sa bouche demi-close où se creusait un pli Riait étrangement ; sur son épaule nue Roulait sa chevelure en boucles répandue.

Comme un flot écumeux sur un rocher poli.

148 MELiGNIS

« Bien ! dit-elle, voilà ce que je veux, faudace f y^ Et lui serrant la main : « J'aime les hommes forts I » Ton sein large est taillé pour porter la cuirasse, » Ton bras se gonfle bien quand il tend ses ressorts. . . » Et sa voix, en parlant, modulée avec grâce.

Comme des doigts lascifs lui parcourait le corps !

II ouvrit de grands yeux, haletant et stupide ;

« Bois ! » dit-elle ; et prenant la patère à sa main,

Aux lèvres du soldat elle tendit le vin ;

Puis s' échappant d'un bond, quand la coupe fut vide.

Elle imita pour lui la cordace rapide.

Avec le geste libre et le chant fescennin.

C'était un air étrusque aux paroles hardies, Un refrain de taverne aimé des carrefours ; Sa voix brève heurtait les vieilles mélodies.

Ses pieds tombaient d'aplomb et cadencés toujours, ! Tandis que ses deux mains sur sa tête arrondies. De ses bras onduleux dessinaient les contours.

Soudain, elle saisit, entre ses doigts fébriles. Un sistre tout poudreux qui s'accrochait au mur ; Sa main blanche courait sur les cordes mobiles, Et l'instrument antique au son vibrant et dur , Étincelait parfois en notes juvéniles.

Comme un bois pétillant qui brûle à l'âtre obscur.

Musique, bruit des pas, colliers, toge légère. Cela tourbillonnait, ailé, joyeux, vermeil I Un gai rayon, glissant comme l'aube au réveil. D'une barre d'azur coupait la salle entière.

Et Melaenis, baignée aux flots de la lumière, Semblait, la lyre en main, danser dans le soleil 1

148 MELiENIS

« Bien! dit-elle, voilà ce que je veux, Tuttdace I y^ Et lui serrant la main : « J'aime les hommes torts I » Ton sein large est taillé pour porter la cuirasse, » Ton bras se gonfle bien quand il tend ses ressorts. . . » Et sa voix, eu parlant, modulée avec grâce, Comme des doigts lascifs lui parcourait le corps !

Il ouvrit de grands yeux, haletant et stupide ;

« Bois I » dit-elle ; et prenant la patère à sa main,

Aux lèvres du soldat elle tendit le vin ;

Puis s'échappant d'un bond, quand la coupe fut vide.

Elle imita pour lui la cordace rapide.

Avec le geste libre et le chant fescennin.

C'était un air étrusque aux paroles hardies.

Un refrain de taverne aimé des carrefours ; Sa voix brève heurtait les vieilles mélodies.

M EL. EN g J^V

Ses pieds tombaient d'aplomb et cadencés toujours, ? Tandis que ses deux mains sur sa tête arrondies, De ses bras onduleux dessinaient les contours.

Soudain, elle saisit, entre ses doigts fébriles, Un sistre tout poudreux qui s'accrochait au mur ; Sa main blanche courait sur les cordes mobiles, Et rinstrument antique au son vibrant et dur, Étincelait parfois en notes juvéniles.

Comme un bois pétillant qui brûle à Tâtre obscur.

Musique, bruit des pas, colliers, toge légère. Cela tourbillonnait, ailé, joyeux, vermeil !

Un gai rayon, glissant comme Taube au réveil. D'une barre d'azur coupait la salle entière.

Et Melœnis, baignée aux flots de la lumière.

Semblait, la lyre en main, danser dans le soleil I

150 MELiENIS

« Viens! dit Pantabolus. — Non, » répondit la belle.

Et sa pose enivrante était plus raolle encor.

Le soldat n'y tint plus, d'un bond il fut près d'elle,

A sa taille glissante attacha son bras fort ;

« Oh ! je t'aime I dit-il, que sert d'être rebelle?. . . »

Et sa main vers le banc l'entraîna sans effort ;

Elle s'assit sur lui ; son beau col qui se penche, Tremblait, comme un roseau que le vent fait plier ; Sa gorge s'écrasait sur l'armure d'acier.

Et les flots gracieux de sa tunique blanche Inondant le soldat, ainsi qu'une avalanche.

Frôlaient la guêtre noire et le rude soulier.

« Si j'étais homme aussi, j'aimerais les batailles, » Dit-elle, et sur mon front les panaches mouvants, » La marche en plein soleil, l'assaut sur les murailles.

iMEL.£NIS 151

» La tente qu'on déploie et qui frissonne aux vents ! • • . »

Le soldat la couvait sous ses yeux éclatants ;

Les mots qu'il entendait le prenaient aux entrailles.

« Tu dis vrai I cria-tp-il en agitant ses mains,

» Du temps de Cassius, j'ai vu de grandes guerres,

» Les Scythes vagabonds aux flèches meurtrières,

» Les Gelons demi-nus, les Sarmates lointains...

» C'était plaisir alors f des légions entières

» Franchissaient le Danube, au pays des Germains I »

Et tandis que sa voix g'en allait large et pleine, Melœnis le brûlait du feu de son haleine ; Puis se dressant, ainsi qu'un enfant curieux, Dans le casque de cuivre elle mirait ses yeux. Ou lirait h demi le glaive de sa gaîne, Pour y passer ses doigts, avec un cri joyeux !

152 MËL.EMS

11 se fit tout à coup, un bruit épouvautablç ; C'était le muletier qui roulait sous la table, Et jurait congrûment par tous les noms connus , Depuis Saturne ancien jusqu'au dieu Crépitus ! On le voyait ramper d'une façon louable Parmi les pots cassés et les plats répandus.

Il se leva pourtant et se mit en posture ;

Ses pieds, dans le chemin, heurtaient les escabeaux.

Il entendait ses bras ainsi que des rameaux,

Et, balançant la tète avec un sourd murmure.

S'appuyait aux lambris, comme une vigne mûre

Qui se soutient à peine et s'accroche aux ormeaux !

La taverne alentour se vidait ; la nuit sombre Arrivait par degrés. « Tiens! dit Pantabolus, » Je ne sais pas ton nom, mais je ne vivrai plus

MEL.ENIS' 153

» Sans ta danse, et ton rire, et tes chansons sans nombre. »ParleI un seul motd'amour, embrassons-nous dansTombre..* » — Non, dit-elle, en baissant des yeux irrésolus.

» — Tu me détestes donc? — Non, reprit-elle, pose » Ta main, là, sur mon cœur, il en sait quelque chose ! » Le bon Pantabolus crut trouver le défaut, Mit r escarcelle au vent, et la fit sonner haut ; « Jamais I » dit Melsenis, puis après une pause : « Soldat, garde ton or, c'est du fer qu'il me faut !

» Tu m'aimes, n'est-ce pas? eh bien! il est au monde

» Un homme que je hais, d'une haine profonde,

» Celui-là voit le jour I . . . — Comment Tappelle-t-on ?

» — Celui-là n'eut pour moi ni pitié ni pardon,

» Celui-là 1 ... je l'aimais ! . • . que le ciel me confonde ! . . .

» Je crois l'aimer encor ! — Son nom ! son nom ! son nom !

154 MELiENIS

» — Cet homme, écoute bien, de mon amour se joue,

^ II en fait un haillon qu'il traîne dans la boue !

» Quand j'ai prié, quand j'ai pleuré, quand j'ai rampé,

» Il a ri ! Par une autre il était occupé I

» Il me le faut, demain, mort; veux-tu? Je Tavoue,

» Je l'aime ! Prends ta lame, et qu'il soit bien frappé I

» — Son nom ! dit le soldat. — C est Paulus qu'on Tappdle.

» — Eh bien ! mort à Paulus ! — Écoute, reprit-elle,

» C'est Paulus, le préfet du prétœre, celui

» Que Tempereur adore et qui règne après lui.

» — Mais. . . dit Pantabolus. — Mais ton âme chancelle I

» Je vois bien que sur toi Je me trompe aujourdTiuî I »

Elle voulut partir ; comme dans une chaîne, Pantabolus tremblant la retint dans ses bras. <( Laisse-moi 1 lui ditreUe» il me faut soo trépas)

MKLifiNii 1S3

» Crois-tu que j'aie m cœur $î large ?•.. Cette haine » Doit en sortir (Vabord> pmir que l'amotir y tienne ! » Tu sais tout t lui rîtam, Je ne te connais pas! .♦.

» Mais si l'on te disait qu'en bâiséfs de ffiâ bouche » Je payerai sa blessure et tous ses cris d'effroi ! » Mais si Ton te disait, pour que cela te touche, * » Que cet homme, après tout^ est moti maftf e et mon roi ! » Qu'il veille, gardien sombre, au chevet de ma couche ! » Qu'il faut marcher sur lui pour arriva à moi !

» Que lui mort, nous pouvons nous aimer sans partâ^, » Qu'il est de douces nuits, et des jours sans nuage ! » Qu'il serait dur vraiment qu'un autre nous gênât, » Et que l'amour vaut bien qu'on ose l'attentat l » — Va, fit Pantabolus, j'accepte le message I » — Demain? dit Metems. «^Demaîal » dit te soMat»

Elle tendit sa lèvre au gros légionnaire^ « Nous nous verrons ici> dit-elle, c'est juré ! » Puis glissant de ses bras, elle bondit à terre ; L'hôtelier, sur le seuil, paraissait affairé, 11 repassait le gain de la journée entière ; Il avait le nez rouge et le front balafré.

Quand Melsenis reprit le chemin de Suburre, La lune, au fond du ciel, ébauchait sa figure> Le soleil descendait, et ses derniers rayons Jetaient un manteau rouge à l'épaule des monts; Elle glissait rapide à l'œil, à l'aventure.

Gomme pour fuir son cœur. Au faite des maisons,

Le vent du soir tordait la fumée en spirale.

Et, fixant sur le seuil la barre transversale. L'échoppe des marchands se fermait à grand bruit;

MELyËNIS 157

Quelques rares flambeaux brillaient par intervalle, Tandis qu'on entendait, sur la brise qui fuit. Cet adieu qu'en partant le jour jette à la nuit ! . . .

Comme elle s'engageait dans une voie obscure Qui serpente et se tord au pied de TEsquilin, Une réflexion vint la frapper soudain :

« Si le soldat tremblait, dit-elle, qui m'assure » Que le fer jusqu'au fond fouillera la blessure, » Et que Paulus, au cœur, sera percé demain?... »

Mais elle tressaillit d'une joie inconnue.

Et ses yeux, qui sondaient les maisons de la rue,

Lancèrent tout à coup un regard triomphant ;

Un jeune esclave noir passait en ce moment.

Avec un vase {dein sur son épaule nue :

« Staphyla 1 cria-t-elle. — En face I » dit l'enfanl.

158 MËLifiNIlS

Staphyla ! Staphyla ! la vieille Campanienne, Qui va hochant la tête et murmure tout bas Des mots mystérieux que Ton ne comprend pas ( . . . Melœnis y courut, puis, respirant à peine, Elle frappa trois coups à la porte de chêne, Et dans la grande salle on entendît des pa?.

La sorcière allongea, par un étroit passage.

Son front, qu'avait rayé Tongte dit désespoir, Sa peau mate tranchait sur son costume noir ; Ses cheveux longs encor, mais blanchis avant Tàge, Tombaient plus en désordre autour de son visage Qu'en cette nuit fameuse, où Patflas vint la toir.

« Qhi frappe? — Ouvre sans pear, dit la daîfsense (»le, » C'est l'amour outragé I • , - c'est la vengeance Mm f . . . » — Qu'ils entrent, fii la vietile, m le§ eonnatt kî f p

MELifiNIS IS9

Et, dans l'ombre, grinça la porte de la salle,

Et leurs pieds, tour à tour, frappant la froide dalle.

Éveillaient maint écho sous le dôme noirci*

Pour peu que mon lecteur ait la mémoire agile, Il reverra, d'un trait, la maison de Staphyle, Tout ce monde effrayant qui se tord sur les murs. Se suspend aux cloisons, bruit aux coins obscurs; Et la lampe de fer, dont le rayoi> mc^le Fait dans^, aux lambris, mille groupes impors !

Rien n'était donc changé ; seulement, la paus»UMre^ Manteau que l'oubli donne aux choses de la terre. Couvrait la table antique et le vase sculpté ; Tandis que, se berçant an plafond «oKtaire, L'araignée aux longs bras, partout avait jelè Sur les squelettes nus, on Uncral argenté !

Les lieux prennent leur part de la tristesse humaine/ Et nous laissons au mur Tombre de notre cœur ; On jugeait» en entrant, que la magicienne Courbait son front plus bas, sous le poids du malheur ; La pierre des pavés semblait suer la peine, Et tout Tantre gémir d'une immense douleur !

Melœnis s'arrêta : « Toi, qui sais tout sur terre

» Et dont l'art souverain marche au niveau des dieux,

» Je l'aimais I... j'étais folle I il a ri de mes feux!..*

j> Venge-moi ! ... » Puis, soudain, pour aider sa prière,

Elle jeta de l'or, luisant dans la poussière;

La vieille, à cet aspect, crispa ses dwgts nerveux ;

Un feu rapide et clair jaillit de sa prunelle :

« Ces philtres, ces onguents, tout est pour toi, dit-elle,

» Parle I et sa main glacée entraînait Melaanis ;

» Veux4u voir, en un jour, se& jeunes ans ternis?

» Son front chauve, creusé d'une ride étemelle ?

» Et tout son corps tremblant sur ses pieds engourdis ? . . .

» J'ai le cumin sauvage et l'herbe de Golchide

» Qui font pâlir la face et s'éteindre les yeux.

» Du serpent Sepédon j'ai le venin fameux :

» Quatre gouttes au plus de ce poison fluide

» Changent l'adolescent en un vieillard livide,

» Qui va, le dos courbé, sans barbe et sans cheveux.

» S'il traverse les flots, si son coursier l'enU^îne, » S'il tend, près du foyer, sa coupe à l'échanson, » Ma fille! avec trois mots j'arrêterai sans peine » Son vaisseau sur la mer, son cheval dans la plaine, » Ou d'un cercle fatal, fermant «on horizon, » J'enchaînerai ses'pieds au seuil de sa maison I

16a MBL.£NI8

» — Non ! cria Melaenis, ce n'est point mon affaire 1 » Avant d'avoir sa mort il me faut son amour ! » — Alors, je puis t'ofl&ir, répliqua la sorcière, » Dans une peau de grue , un poumon de vautour, » Ou ce pourpier charnu, cueilli dans Tonde amère, » Qu'on mêle à Torge blond et qu'on dessèche au four. »

Puis la vieille, joignant les gestes aux paroles.

De sa torche rougeâtre éclairait les fioles,

Les coupes, les bassins suspendus aux lambris :

« Voici le sang caillé d'une chauve-souris,

» Voici des dents d'aspic avec leurs alvéoles

» (Mais ces charmes ne vont qu'aux femmes) ; tout compris.

» C*est un philtre d'amour ! » demanda la sibylle. La danseuse reprit : «*Ou'il soit aussi de mort I r> Et jetant sur la table une autre pièce d'or :

MELiENIS 163

« Je veux qu'il m'aime et puis qu'il meure ! — C'est facile, » Il faut, dit Staphyla, quelque recette habile, » Qui le pousse à la tombe en le brillant d'abord I

» Mais tu dois, avant tout, te guérir de ta peine ; » Je vais mêler, pour toi, dans une coupe pleine, » La cendre de vipère à l'huile de cyprès, » Puis la chèvre brûlée au feu d'un mort, après... » — Non, reprit l'autre. — Après, » dit la magicienne Qui, pour toute infortune, avait des philtres prêts,

« Tu prendras la clupée, une pierre assez belle, » Que cherchent les pêcheurs à la lune nouvelle, » Et qu'on trouve en fendant la tête d'un poisson ; » Puis tu regarderas arec attention » L'oiseau Charadrius, dont la puissance est telle, » Qu'on guérit, à le voir, de toute passion !...

» — Je ne veux pas guérir I cria la jeune fille ;

»Commençons !...!' heure échappe !.. .et le temps est compté 1 .

La sorcière fait trêve à sa loquacité

Et plante, sur le banc, la torche qui pétille :

« Quel est son nom d'abord, son âge et sa famille?...

» — Son nom?... dit Melaenis, je l'ai trop répété I

•ti

» Son âge ?. . . il va mourir ! ... sa famille?. • . qu'importe I . • » Qu'il soit esclave ou roi, ma haine est assez forte » Pour briser, en tombant, sa couronne ou ses fers ! h — Alors, dit la sibylle, agissons d'autre sorte, » Évoque-le toi-même, et, fût-il aux enfers, » Il viendra ! . . Sur cette eau reste les yeux ouverts I

)> Penche-toi, sans parler, regarde au fond \^..^ Staphyle, Tout en disant ces mots, dans un coin ténébreux Prit un baquet étrange, au ventre spacieux,

MELvENlS 46S(

Et, gémissant de peine, avecisamalq débMe>.: i Elle vida dedans une aipphore d^argie < Dont le flot, sous la lampe, étineelait aux teux !

Ensuite elle plongea dans la cuve profonde Un miroir argenté, qui rayonna sous Tonde ; Puis, courant par la salle, elle mit près du bord Des flambeaux résineux, couverts de poudre encor, Et Ton eût vu, tandis qu'ils brûlaient à la ronde, Sur la nappe d'azur trembler des cercles d'or!...

Le reste de la chambre était perdu dans l'ombre, Quelques tisons fumeux craquaient dans le foyer, Et le glapissement du renard familier Troublait seul, par instants, la solitude sombre. .. La vieille marmottait des paroles sans nombre. Et courbée à demi sur «deslames d'acier, ;

Suivait, d'un doigt tremblant, mainte ligne bizarre, Alphabet monstrueux d'un langage inconnu.

Près d'elle est Melaenis — le baquet les sépare — Elle jette sur Teau son regard éperdu, Dans l'immobilité de T aigle ou de l'avare Qui fixe le soleil ou contemple un écu !

Les deux têtes, que frappe une flamme incertame. Se détachent en plein , sur le fond rembruni ; Face à face, à deux pas, le sort avait uni Les deux extrémités de la misère humaine; Ce voyage à travers la douleur et la haine.

L'une le commençait, l'autre l'avait fini !...

« Que vois-tu? — Rien encore I — Il viendra ! » dit Staphyle.

Le silence se fit solennel et profond ;

Et de nouveau la vieille, avec sa voix tranquille :

MBLiENIS i%7

« Que vois-lu ?. . . — Je vois Teau qui tourbillonue au fond ! . . . » — Il viendra I » Meiaenis se penchait immobile, Et le doute à T espoir se mêlait sur son front.

Mais soudain Staphyla vit pâlir son visage,

Un frisson secoua ses membres, et ses yeux

Brillèrent : «L'eau se trouble !... et c'est comme un nuage

» Qui tourne ! . . . quelque chose a paru dans les feux ! . . .

» Dieux I . . . c'est lui !.. . cria-t-elle en se dressant, l'image ! . . .

» Là !.. . mais tout fuit . . Le philtre I il le faut I je le veux I . . .

» Sa lèvre dédaigneuse essayait un sourire.., » Je l'ai bien vu, ma mère, il me raillait encor I... » Allons ! ... » Puis entraînant la vieille avec effort : « Plus de grâce, à présent, c'est l'heure qu'il expire I )> On eût dit à la voir, la bacchante en délire, Quand sonne le tambour et la cymbale d'or.

468 MELiENIS

La sorcière éteignit les torches. L'âtre antique

Resplendit tout à coup d'une flamme magique.

Que la vieille excita sous son souffle glacé.

Dans un vase d'airain, sur les tisons dressé.

Sang des morts, noirs venins, plante au suc exotique.

Tout bouillonne et frémit, pêle-mêle entassé ;

Et Staphyla, parfois, dans la marmite pleine. Jette des ossements pris aux dents d'une chienne. Des cailloux qu'en tombant, la foudre a calcinés. Et de longs clous ravis aux croix des condamnés, La nuit, lorsque le vent qui pleure dans la plaine. Fait craquer du gibet, les grands bras décharnés !

Puis rêveuse, elle écoute, ainsi que des augures. Brûler en pétillant des feuilles de laurier, El dans la cendre éparse alentour du foyer

MELifiNIS ^W9

— Selon les bruits du feu, vai^iant ^^ postures

Elle trace des ronds et d'étrâiiges figures, Avec un bâton blanc, fait en bois d'olivier.

Melaenis à côté , regardait la fumée Sortir en longs filets du philtre bouillonnant ; Quand soudain Staphyla, pâle et Tœil rayonnant. Se leva d'un seul bond,-la main d'un fouet armée. Et tira de sa boîte, à deux crochets fermée, La toupie au flanc creux, qui bruit en tournant :

« Va I ditreUe, agitant les sifflantes lanières,

» Dans ton cercle sonore enferme son destin,

» Tourne, tourne toujours ! ... sur le mont Esquilin,

ï> La lune aux pieds d^ argent, ^sse dans les bruyères;

» Et les morts, inquiets sor^ lerirs couches de pierres,^

» Se dressent, écotttsmt ton murmure toitrtain !

no MELiENIS

» Qu'il tombe avant le jour ! que dans la nuit glacée,

» Il ait, pour tout linceul, comme un sombre inconnu,

» L'aile du vautour fauve et Tombre du ciel nu I

» Tourne ! tourne ! ... » Et sa voix haletante, insensée.

Sa chevelure grise, à son front hérissée.

Ses yeux sanglants, ses doigts crispés, son bras tendu,

Tout passait, tout grinçait, ainsi qu'un rêve étrange,

Devant la courtisane immobile d'effroi...

« Tourne! tourneplus Tort ! ... c'estl'amourqui se venge!

» Le feu flambe au foyer ! l'air siffle autour de moi !

» A la lèvre du vase écume le mélange I

» cieux, lancez la foudre ! ô terre, entr'ouvre-toi ! »

Mais sa voix s'éteignit, arrêtée au passage,

Une froide sueur sillonna son visage.

Et le fouet, à ses mains échappa brusquement ;

MËLiENIS 171

Elle se tint d'abord, droite et sans mouvement, La lèvre en sang, l'œil fixe, et couvert d'un nuage, Puis, sur les durs pavés s'affaissa lourdement.

« A l'aide ! à moi I » cria la danseuse effarée. L'écho seul répondit, et l'antre spacieux, Ainsi qu'un grand tombeau, resta silencieux ! Alors, comme ferait une mère éplorée A son enfant qui meurt, sur son sein gracieux Elle appuya la tête, âpre et décolorée.

Elle la réchauffait sous son souffle tremblant.

Et de ses doigls légers, soulevait sa paupière :

« Pourquoi dormir toujours?... éveille-toi, ma mère!

» — Où suis-je? dit Staphyle, oh ! j'ai le front brûlant,

» Les pieds glacés ! Enfant de la vieille sorcière,

» Adieu I ... je vais mourir ! Fantômes au pas lent,

172 MEL.liiMS

» Avec vous, sur les monts où le cyprès frissonne,

» Je glisserai demain sous le pâle croissant.

» larves des tombeaux, préparez ma couronne !

» D'un agneau nouveau-né faites couler le sang !

» Terre, adieu 1 j'ai vécu ! Durant les nuits d'automne,

» Je ne m'assoirai plus au foyer rougissant I

» Je n'écouterai plus le vent gémir dans l'ombre, » Je n'irai plus cueillir seule, au fond des grands bois, » L'herbe qui fait aimer. Adieu, retraite sombre » Où sur les maux passés j'ai pleuré tant de fois ! » nature I nature aux mystères sans nombre, » Je puis fermer mes yeux, ils ont surpris tes lois!

» Je sens un souffle ardent qui m'arrache à la terre ! » Je veux mêler mon âme à l'Océan vermeil 1 » J'irai dans les rameaux du cèdre solitaire!

MEL.ENIS 473

» Dans la brume des nuits, dans les feux du soleil ! , . . » Terre, adieu ! j'ai vécu ! » La voix de la sorcière Vibrait étrangement, et son regard, pareil

Au flambeau qui s'éteint, envoyait plus de flamme ; Quelque chose de grand planait sur celte femme. Enfin, se roidissant par un dernier effort :

« Ma fille, approche-toi, voici venir la mort! » Je confie à ta foi le secret de mon âme ; » Sois discrète I... fit-elle en hésitant encor.

» — Pourquoi, dit Melœnis, chasser toute espérance ?. . . » J'appellerai, j'irai!... » Mais la vieille : « Silence! » La destinée est sourde, on ne l'arrête pas ! » Ce frisson de mon corps, c'est le froid du trépas. » C'est l'éternelle nuit qui sur mes yeux s'avance!. . » — Parle ! » dit Melîcnis, en se penchant si bas

174 MELiËNlS

Que ses cheveux bouclés frôlaient la moribonde. La sorcière reprit : « En quelque lieu du monde » Qu'il se cache à tes yeux, fût-ce chez l'empereur, » Tu chercheras demain Paulus gladiateur I . . . (Melaenis tressaillit d'une angoisse profonde.) » Tu lui diras : Ta mère est morte sur mon cœur ! . . .

» — Toi, sa mère ! » cria la danseuse en démence;

Le front de Staphyla pnt un air soucieux.

« Tu connais donc Paulus? — Je le connais. — Tant miei

» Pour qu'il ne rougît point d'apprendre sa naissance,

» Vingt ans, dis-lui cela, j'ai gardé le silence,

» J'ai refoulé mon cœur, j'ai fait taire mes yeuxl

» Dis-lui que son regard, dis-lui que sa parole,

» Quand il venait me voir, poussé par quelque ennui,

» Me faisaient du bonheur pour tout un jour ! Dis-lui

MELiENIS 175

» Que mes pleurs ont lavé ma jeunesse frivole,

» Et que ce dernier cri d'une âme qui s'envole

» N'eut pour témoins que toi, le silence et la nuit! »

Sa voix s'affaiblissait, et son souffle débile Râlait, comme le vent dans les feuillages morts ! De longs frémissements lui parcouraient le corps ; Enfin, elle reprit : « S'il cherche par la ville » Son père, écoute bien, c'est MarciusT édile!... » Melaenis se dressa comme avec des ressorts.

« Son père ! . . . Marcius ! . . . grands dieux ! l'ai-je entendu?. . . »

La sorcière à sa voix se levait par degrés.

« Oh ! fit-elle en ouvrant des yeux démesurés,

» Achève ! . . . — Je ne puis ! — Parle ! — Je t'ai perdue !

» C'est ton fils que j'aimais ! . • . — C'est mon fils que je tue I ... »

Elle heurta son front entre ses poings serrés,

174 MELiËNlS

Que ses cheveux bouclés frôlaient la moribonde. La sorcière reprit : « En quelque lieu du monde » Qu'il se cache à tes yeux, fût-ce chez l'empereur, » Tu chercheras demain Paulus gladiateur I . . . (Melaenis tressailUt d'une angoisse profonde.) » Tu lui diras : Ta mère est morte sur mon cœur ! . . .

» — Toi, sa mère ! » cria la danseuse en démence;

Le front de Staphyla pnt un air soucieux.

« Tu connais donc Paulus? — Je le connais. — Tant miei

» Pour qu'il ne rougît point d'apprendre sa naissance,

» Vingt ans, dis-lui cela, j'ai gardé le silence,

» J'ai refoulé mon cœur, j'ai fait taire mes yeuxl

» Dis-lui que son regard, dis-lui que sa parole,

» Quand il venait me voir, poussé par quelque ennui,

» Me faisaient du bonheur pour tout un jour ! Dis-lui

MELiENIS nS

» Que mes pleurs ont lavé ma jeunesse frivole,

» Et que ce dernier cri d'une âme qui s'envole

» N'eut pour témoins que toi, le silence et la nuit! »

Sa voix s'affaiblissait, et son souffle débile Râlait, comme le vent dans les feuillages morts ! De longs frémissements lui parcouraient le corps ; Enfin, elle reprit : « S'il cherche par la ville » Son père, écoute bien, c'est Marcius l'édile!... » Melaenis se dressa comme avec des ressorts.

« Son père ! . . . Marcius ! . . . grands dieux ! l'ai-je entendu?. . . »

La sorcière à sa voix se levait par degrés.

« Oh ! fit-elle en ouvrant des yeux démesurés,

» Achève ! . . . — Je ne puis ! — Parle 1 — Je t'ai perdue !

» C'est ton fils que j'aimais ! ... — C'est mon fils que je tue I . . .»

Elle heurta son front entre ses poings serrés,

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