DISCOURS
r'tr.w.w.Tf t* t.\ i.vnnfJWftMJî rk nouRrits, le i<'' août 1887
(a^ï^HiiME W &.VCRK DE M«« BLANCHET
(Htt,^i!.i> jN^i«f*fV.«^ ^.t' homlnihu» assumptus , ^t v< \efv,A\m,iihi*s ^yûtnytilMitttt' in lis quœ sunt /tfi TV»//,
(Hebr.)
Tf*tA fvNuMk» ««t pris parmi les hommes , et v/imUnxé «H iMOEi d^ hommes ministre des
ï'^Ar>olrvrmi^isiôn\ \iti ^rA»<l iiolo vient de s'accomjv.r. ^^^4;:!Ii<H^ v:n^!|ii1 ^rexerwr s^ divine ftVondité. Celui <'';': *\\ii le vVtv^^ nie IVn5^v>s ,^nnail un fnînv et depuis J^v\^1eil«^^< d^rjÀ >'é:iit^rAii1 un g\nde, vient de pi'endre ^^'^^v ^v^nn^ les i^^i1î^x^ de Lt eilè sainte; il a reçu de v.xs i^uii^s Tonotion x|iu dcMvnd de Jlèsus-Qirist, tête de ;>''^îi<<''. el M'» rv^|vtiîid sur Î^^Use. vêtement du <i Jî\ris^l : ^9\"Wl ♦tMjfMflTMtww in <mjiïI<» quod descendit in «>5M4w <Y^tw«^MH <ri«H<> Je |H>urr;Ms ni*êtendi\» sur les ir.orites de IVhu sur vvs Irv^nte-qualn^ années de dê- \oueinenl saeenîotîil qui ont fait Torjîueil et la joie de rè^lis<^ de lk>urg\^>» qui causent nmintenant ses regivts, en même tenons quVlK^ fondent les espérances
de l'église de Gap. Je pourrais rappeler les pontifes dont il a partagé la sollicitude, les œuvres auxquelles il a été associé. Mêlée aux souvenirs de ce fécond ministère, je rencontrerais l'image toujours vénérée de l'illustre archevêque qui avait fait asseoir sur le siège de saint Ursin et de saint Sulpice, avec la dignité du grand seigneur, la douceur, la modestie et la charité du vrai pasteur; puis je verrais apparaître un autre pontife appelé à faire cesser le veuvage de cette église en deuil en lui apportant le bienfait d'une expérience consommée, d'une autorité ferme et prévoyante, d'une paternité toujours prête au sacrifice. Je distinguerais entre tant d'œuvres auxquelles notre zèle vous a fait participer, Monseigneur, celle que j'ai l'honneur de représenter ici; plus d'une fois la confiance de votre archevêque vous a délégué pour la servir à sa place dans le conseil des trente évèques , associés pour fonder et régir l'Université catholique de Paris. Dieu , par là, semblait vous désigner d'avance pour vous asseoir un jour dans les rangs du sénat sacré. Il m'est doux aujourd'hui de m'en souvenir, et de mêler aux acclamations qui saluent votre épiscopat le témoignage de mon humble reconnaissance.
Et pourtant, Messeigneurs, il me semble que, pour répondre à l'honneur immérité du mandat que j'ai reçu, j'ai mieux à faire que d'insister sur l'éloge des consécrateurs et du consacré. L'évêque est pour le peuple: tout, dans l'auguste cérémonie qui vient de se déployer sous nos yeux, exprime cette mission de dévouement. C'est donc au peuple fidèle que je dois
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fiarler pour lui dire en deux ïûoXs le seos de ce qu'il vieut de voir, et lui Caire compreodre ce que la consécration d*un évéque contient pour lui de promesses et de bienfaits. Une telle tâche demaDderait de longs discours, jfiais je n'oublierai pas la loi de brièveté que le» circonfttanc^^ nj'irnfjo^ent, et je ne ferai qu'effleurer un si grand ^ujet.
Chrétiens, mes frères, qu'y a-t-il de commun entre vous et révéque? Autant vaudrait demander ce qu'il y a de commun entre vous et Dieu. Suivez bien, je vous prie, cet enchaînement de vérités, qui intéressent au plus liaut d^ré votre destinée.
L'homme n'est vraiment homme que par sa relation avec Dieu.
L'homme ne peut connaître et atteindre Dieu que par Jésus- Christ.
Jésus -CJjrist ne peut être trouvé que dans TÉglise.
Pas d'Église véritable sans hiérarchie.
L'élément essentiel de la hiérarchie, c'est l'épiscopat.
D'où je conclus que l'acte qui vous donne de dignes évéques pourvoit aux intérêts les plus chers de votre dignité et de votre bonheur.
Et d'abord est-il vrai que l'homme ait besoin de Dieu pour être vraiment homme? Oui, mes frères, et cette vérité devient plus évidente à mesure qu'on la conteste davantage. Quelle est, en effet, la grande prérogative de notre race, celle qui nous relève au-dessus de tous les êtres de l'univers, qui creuse un abîme infranchissable entre notre nature et les natures inférieures? Ne la
cherchez pas dans la supériorité de notre structure corporelle, dans la finesse de nos organes, dans notre aptitude à satisfaire nos besoins. Sur ce terrain plus d'une créature pourrait nous disputer l'avantage.
Le vrai privilège de rhomme , c'est que seul parmi les êtres qui l'environnent, il ne suit pas en aveugle le torrent de sa destinée. Sa raison le rend capable de connaître son origine et sa fin ; sa volonté, de tendre librement vers le Bien suprême; son cœur, de s'y reposer. Otez Dieu , et la raison n'a plus d'emploi , et la liberté plus de but, et l'amour plus de contentement. Celui qui a fait notre nature l'a faite pour Lui, et II s'y est pris de telle sorte, que sans Lui elle perd sa raison d'être et ressemble à un mouvement sans direction , à une recherche sans espérance, à un désir sans objet. Voilà pourquoi ceux qui s'appliquent à bannir Dieu de la vie humaine, de la culture humaine, de l'éducation, des lois, des mœurs, ceux-là peuvent bien prétendre qu'ils travaillent à exalter l'humanité; en réalité ils n'aboutissent qu'à la dégrader, à la faire redescendre vers l'animalité. Et, si on les laisse faire, ils y réussiront.
Mais ce Dieu si nécessaire à l'homme est- il donc accessible? Oui, si vous consultez la puissance native de nos facultés. L'Église, toujours jalouse de la dignité humaine, ne permet pas qu'on refuse à notre nature intellectuelle et morale la force de s'élever jusqu'au premier Être. Mais, si vous consultez l'histoire, elle vous dira qu'en fait l'homme laissé à lui-même s'est toujoui^ égaré dans cette recherche; et si vous des-
rendez dans votre conscience, vous entendrez la même réponse : Dieu est trop loin, Dieu c'est l'invisible, Di(»u habile au sein d'une lumière impénétrable: Lucem inhahitat hiaccessihilem. Esclaves des sens, tributaires du corps, enfermés dans une prison de chair, séduits par le mensonge des apparences, nous méconnaissons la divine empreinte gravée dans tous les ouvrages du (Wateur, et là oii nous devrions saluer ses images, nous adorons des idoles.
O Dieu I nous ne pouvons ni nous passer de vous, ni vous découvrir. Qui résoudra cette énigme? Nous sonnnes faits pour vous, et nous vous tournons le dos : (]ui nous ramènera de cet égarement? L'ignorance et le péché ont séparé la créature du Créateur: qui fera les premiers pas ?
Dieu s'est posé celte question, et pour la résoudre il n'a pas consulté sa justice, qui lui aurait dit: Attends l(^ pécheur. 11 a consulté son amour, qui lui disait: Va le trouver. Kl il est venu! Et il s'est fait notre semblable, il nous a pris la réalité de notre nature, la réalité do nos misères et jusqu'à l'apparence de nos crimes. Le Dieu anéanti, assimilé aux coupables, payant par son sang la rantjon de leurs iniquités, leur rendant à ce prix et la connaissance et la possession de leur destinée, voilà Jésus-Christ. Avais-je tort de vous dire : Pas de Dieu pour l'homme sans la médiation de ce Rédempteur? La raison seule était trop froide et trop orgueilleuse, elle tâtonnait dans les ténèbres. Dieu a parlé le langage de l'amour, et le cœur de l'homme a tressailli, et il a compris la charirede son
Sauveur : Et nos credidimus caritati quant habuit Deus in nohis.
Mais Jésus-Christ à son tour où est-il? Il a passé sur la terre, il n'y est pas resté. Un seul temps, un seul lieu , ont vu sa divine figure; il faut une révélation qui le montre à tous les points de Tespace, à tous les instants de la durée. Cette révélation de Jésus -Christ, c'est l'Église. Qui la voit, qui l'écoute, voit et entend le Christ. L'Église , ce n'est pas seulement le mandataire de Jésus , chargé d'annoncer sa parole et de dispenser sa grâce. L'Église fait partie de Jésus -Christ; elle est son extension dans l'univers. Le Christ, ce n'est pas Jésus seul, Jésus est la tête; le Christ entier, c'est la tête unie aux membres, c'est Jésus dans l'Église.
Vous donc qui voulez Dieu , qui voulez Jésus-Christ, cherchez l'Église. Où la trouverez -vous? Plusieurs sociétés ici -bas usurpent son nom et revendiquent ses privilèges. Mais les fausses Églises se reconnaissent à cette marque; elles n'ont pas j elles n'ont plus la hié* rarchie véritable, celle dont Jésus a conçu et tracé le plan , dont il a posé le fondement et garanti la structure quand il a dit à Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. i>
L'Église véritable, c'est celle qui s'appuie sur Pierre. Mais Pierre réunit en sa personne deux prérogatives : une juridiction , qui n'appartient qu'à lui seul et qui s'étend surtout l'univers; un caractère, celui du sacerdoce plénier, qui lui est commun avec les autres apôtres, et se pa^pétue dans l'Église par la transmission de l'épîscopat.
L'épiscopat universel du pape^ l'épiscopat circo»- 8crit des évêqucs , voilà l'essence de la hiérarchie. De là découlent le sacerdoce avec ses pouvoirs, la succession des ordres inférieurs , et , dans le peuple chrétien, la sève surnaturelle dont la source est le baptême, et dont le fruit n)ûr s'appellera un jour la vie éternelle.
Ainsi révéquc est véritablement l'anneau principal de cette chaîne qui par l'Église nous rattache à Jésus- Christ, et par Jésus-Christ à Dieu , notre fin.
Elle serait belle à raconter, mes frères, l'histoire de répiscopat.
Pendant trois siècles, c'est l'histoire même de Tapostolat , semant l'Évangile par la parole , et l'arrosant par le martyre.
Puis vient TAgo ilo l'épiscopat civilisateur, qui défriche TEurojK) sauvage, enfante à la culture morale les nations barbares, et accumule pour l'avenir ces trésors do vérités, do vertus domestiques et sociales, sur lesquels vivent encore ceux qui affectent de chercher le progrès dans l'oubli des doctrines où il a pris sa source.
C'est l'épiscopat qui résiste à l'hérésie , préserve le dépôt de la morale, maintient contre les usurpations de la force les protestations du droit, et perpétue au sein des sociétés vieillies la fécondité d'un apostolat qui no connaît pas d'autres limites que celles de l'univers.
Aujourd'hui l'humanité émancipée voudrait se passer de l'Église. Elle n'y parviendra qu'en se passant
DISCOURS ET ALLOCUTIONS DE ClRCOxNSTAN CE m
de ces trois choses sans lesquelles elle ne peut vivre : la vérité, la discipline et la vertu .
Telle est, en elGTet, la mission des évéques : instruire, gouverner, sanctifier.
Si Ton veut instruire sans eux, la science qu'on répandra pourra bien accroître pour un temps le bienêtre; mais elle exaltera l'orgueil, déchaînera les appétits, et en cachant aux hommes les horizons supérieurs , elle livrera la terre aux conflits des convoitises antagonistes. La civilisation qu'elle enfantera ramènera la barbarie.
Si l'on veut gouverner sans l'Église, on verra, d'un côté, le pouvoir sans autre autorité que la force; de l'autre, l'obéissance sans autre inspiration que la contrainte. Toute révolte sera légitime, pourvu qu'elle obtienne le succès.
Si l'on veut moraliser sans l'Église, on rencontrera la résistance des passions divinisées ; et bien fort sera l'homme qui, parlant au nom de son égoïsme, sayra imposer à d'autres hommes le sacrifice du leur.
Christ, ayez pitié de ce peuple qui va périr I Parlez-lui par votre Église, montrez-lui votre Église dans la personne de vos évéques.
L'épiscopat, toujours fidèle à sa mission qui ne change pas, n'a jamais ignoré l'art d'en adapter la forme aux besoins des temps.
De nos jours, il saura répandre encore la vérité. Et si cette vérité dont il a la garde est exclue de l'enseignement public , il lui refera sa place dans l'enseignement libre et chrétien.
4eO MÉLANGES ORATOIRES
Il saura gouvomer les âmes en gardant les traditions de Tautorité et du respect. Quand une société impie aura dissipé les derniers restes de cet héritage qui fait encore sa sécurité, c'est à la famille chrétienne qu'elle viendra redemander le secret perdu de Tobéissance.
Il saura surtout préserver ces sources.de sanctification qui jaillissent du cœur de Jésus-Christ, et s'épanchent dans le cœur des hommes par les canaux des sacrements. Quand la nouvelle morale aura donné ses fruits, où donc l'humanité cherchera-t-elle son salut , sinon dans ces réserves de vertus supérieures qu'aura perpétuées dans son sein la race persécutée des enfants de Dieu ?
Voilà, mes frères, ce que l'épiscopat vous représente et ce qu'il vous garde.
Avais -je tort de vous dire que rien ne vous touche de plus près que la consécration d'un évêque ?
Tant qu'il restera sur la terre un pontife pour communiquer à un de ses frères le caractère et les pouvoirs de révôi|ue. Dieu ne restera pas sans témoignage, la vérité sans organe , la grâce sans dispensateur, et l'humanité sans espérance.
pontife, dont le front ruisselle encore de l'onction sainte, dont les mains distillent le baume qui les a sacrées, dont les lèvres sont avides de répandre la parole de paix, deux peuples vous saluent dans la majesté nouvelle de votre épiscopat. Le premier, c'est le peuple qui vous pleure, celui qui fut longtemps le témoin de vos vertus et le constant objet de vos sollicitudes ; le
second, c'est le peuple qui vous attend, qui vous appelle, et qui brûle de contracter avec vous une alliance scellée dans la soumission, le respect et la tendresse.
Au nom du premier de ces deux peuples, je voudrais vous retenir; mais au nom du second, qui est devenu le vôtre, je vous dirai: Partez, il le faut; allez voir votre patrie d'adoption; gravissez, en les bénissant, les pentes abruptes de vos fières montagnes ; allez montrer à ce clergé docte et pieux, à ces populations courageuses et fidèles, l'image toujours chérie du bon Pasteur. Nos vœux vous accompagnent, la grâce de Dieu vous sollicite, et, par delà les travaux de la terre, la gloire vous attend pour couronner vos mérites. Amen.
AL.LOCI TION
r>R<'\H*T**e ï\ Liî*'-H5i: XOrRE-DAXE-DES-VICTOIRES
U S Mi«i«4« 1883
V 5 A ^PTSSII PC MÉTART DRS TODOCTAIRES DXN AN
\VHif ^-dos^ vie4iiU5«. nvcts citera aniis« placer sous le l^ii^IrtM^^il^ ^ 'S<^vo-Uik%\w de> Vîoloires l'année qui \^ iiM««¥(^JHHvr |v Mr \T«Uîi. Tous \*oiis appartenez , par
HktsIniiiiVi^r V" y^r ^ V.hhx. aux carriôres civiles, et tous *ir^|H0?T!«Uîii1 ^viîs A\x-j$ im^c doUo à iviyer à la patrie, 5<f>u< \a fn^rî^îo *tîî <<^o KX iUiSiliiin\ La loi vous Tim- |M5u^ . rt \\\< *^vur< r,^KwptojU aviv joie ; car aucun hW \\^u5 uVuloiîd douuHux^r en arrière lorsqu'il s'agit de dô\\menH>iU ^ U rr,*n\t\
i>Uo vie iuiSil;im^. dont \-ous allez faire Texpérience » ^x^u5 rvWnv des èprvuvos de plus d'une iMorto. les unes lunuvuscs el s;ilutaires« les autres périlleuses et . si \ ous V sucvxnnibiez , funestes.
Japivlle heurvux et s^îilulairo tout ce qui, dans la vie des canqvs, fortitîe les vertus humaines et favorise les %*ertus chrétiennes.
Cest d'abord la nécessité du travail. IjO travail fait
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l'homme et garde le chrétien. Sans doute il est d'autant plus noble et méritoire, qu'il est plus libre. Mais, hélas! jeunes gens, quand le travail est trop libre, n'est-il pas bien compromis? La discipline du collée n'a pas suffi à sceller l'alliance que vous deviez contracter avec lui. Qui sait si l'habitude de l'effort a survécu chez vous à la contrainte qui l'imposait? Croyezmoi , il vous sera bon de renouveler l'expérience de cette heureuse nécessité du labeur. Vous l'aborderez avec un esprit plus mûr, une intelligence plus parfaite de vos devoirs et de vos intérêts. Le travail sera pour vous de tous les instants. Plus d'une fois il lassera vos membres, mais il ne lassera pas vos cœurs. Vous aimerez cette fatigue qui dompte le corps et l'assujettit à la volonté, tandis que la volonté elle-même se plie au devoir et s'exerce au dévouement. Vous contracterez ainsi, dans des conditions meilleures et plus décisives qu'au collège, l'habitude d'une activité réglée et féconde, et vous en viendrez, j'ose l'espérer, à l'heureuse impossibilité de ne rien faire. Est-ce donc trop payer de tels avantages, qui rayonnent sur une vie tout entière, que de les acheter par une année de sujétion volontaire et glorieuse au service de la patrie?
Avec le travail , la vie militaire vous réserve encore d'autres épreuves, dont l'ensemble contraste étrangement avec les habitudes de bien-être qui régnent partout aujourd'hui. L'existence du soldat n'est pas seulement laborieuse, elle est austère : peu de plaisirs, beaucoup de privations et parfois de souffrances. La
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Dalore a beau avoir horreur de ce qui Tafilige, elle en a besoin ; la sagesse humaine et rexpérience suffisent déjà pour établir la nécessité de cette discipline, qui tantôt aiguillonne la mollesse, tantôt réprime les appétits , et rétablit au profit de la liberté morale l'équilibre compromis par Tentraînement des passions. Mais, si la philosophie reconnaît cette vérité, eUe a peu de moyens de la faire accepter. Seul le christianisme est dans l'humanité une école permanente et efficace d'austérité volontaire. Le symbole qui résume toute la doctrine, toute la morale, tout le culte chrétien, c'est la Croix. On est chrétien si l'on adore la Croix , si l'on se confie en la Croix, mais aussi, et cette condition n'est pas moins essentielle, si l'on se conforme à la Croix. Le chrétien sait qu'il porte en soi une vie mauvaise, principe de corruption, qu'il faudrait tuer si c'était possible, qu'il faut du moins combatre sans cesse et amoindrir; c'est le sens précis de ce mot qui appartient à la morale chrétienne : mortification. La mesure de la vie chrétienne dans une âme, c'est la mesure de la mortification. En présence de la gène, de la privation ou de la douleur, l'âme chrétienne éprouve un autre sentiment que celui de la révolte ou celui de la résignation stoïque; un frémissement généreux l'ébranlé : elle a reconnu la Croix de Jésus. Et la voici qui s'élance au-devant de la peine; elle est devenue capable de l'aimer; mais ils sont rares les chrétiens assez pénétrés de l'esprit de l'Évangile pour prendre cette vaillante initiative. La plupart ont besoin d'être introduits dans la voie étroite qui sera toujours
en ce monde la moins fréquentée : Et paud sunt qui intrant per eam. Et pour une âme de bonne volonté toutes les circonstarices pénibles peuvent être une occasion précieuse de s'initier aux habitudes austères. Pourquoi donc, jeunes gens, ne prendriez -vous pas la vie militaire par ce côté? Pourquoi , si vous voulez être de vrais chrétiens, ne sauriez- vous pas bon gré à votre nouvelle existence de vous apporter toute préparée cette chose désirable et salutaire, bien qu'abhorrée du grand nombre, qui s'appelle la mortification?
Travail , austérité, ce n'est pas encore là toute la vie du soldat. Une autre loi la domine : la loi de l'obéissance. Qui dira la nécessité de l'obéissance? N'est- elle pas la condition première de tout ordre social? Dieu n'a pas fait l'homme pour vivre seul; l'état social est de droit divin ; par conséquent aussi , l'autorité. Non pas que Dieu intervienne, comme autrefois en Israël, pour désigner les représentants du pouvoir; mais tout en laissant aux hommes pleine liberté d'organiser, de modifier, de transmettre comme ils le veulent , la personnification de l'autorité. Dieu veut que cette autorité subsiste; on lui désobéit en la bravant. La subordination des hommes entre eux est une chaîne qui aboutit au Créateur. Dieu a fait l'homme, l'homme a besoin de société, la société a besoin d'ordre, : l'ordre ne tient pas sans l'autorité; l'autorité n'est rien sans l'obéissance. Voilà des vérités élémentaires, mais, hélas! aussi des vérités méconnues. Les uns osent les nier en glorifiant la révolte, en appelant le respect un mal héré-
ditaire qu'il est urgent de déraciner. D'autres, bien plus nombreux, se contentent d'anéantir pratiquement l'obéissance en traitant légèrement l'autorité partout où elle apparaît, dans la famille, dans l'Église, dans l'État. Les meilleurs aujourd'hui n'échappent pas à cette contagion : les fils parlent à leurs pères en égaux; les chrétiens croient pouvoir donner des leçons à leurs chefs spirituels; les pouvoirs publics sont livrés en pâture aux discussions passionnées. Si cette marche continue, bientôt il n'y aura plus d'obéissance, et, en remontant la série, plus d'autorité, plus d'ordre, plus de société civilisée.
L'obéissance cependant a trouvé un refuge, l'autorité a gardé un prestige, l'ordre a conservé un domaine; tout cela se trouve dans l'armée, qui devient ainsi l'école de la subordination. Comment nous plaindre alors que cette école soit ouverte à tous les rangs de la société, qu'elle devienne obligatoire, qu'elle fasse passer successivement sous sa mâle discipline toutes les générations qui grandissent? Entrez là, jeunes gens, pour apprendre à obéir; vous en sortirez prêts à servir la société que menace l'anarchie, capables d'exercer l'autorité avec dignité, parce que vous saurez la traiter avec respect.
Enfin voici un dernier trait qui caractérise la profession militaire : c'est Tesprit de sacrifice. L'armée se forme en temps de paix, mais elle se forme pour la guerre. La guerre! nom mystérieux dont on n'épuise pas le sens quand on parle d'horreurs et de violences, de destructions et de massacres. Il y a des gens qui ne voient
que cela dans la guerre et qui organisent des systèmes et des conventions pour supprimer cette folie cruelle. Ceux-là ne voient que les effets matériels de la guerre. La preuve qu'ils se trompent , c'est qu'ils ne réussissent pas dans une entreprise qui serait, s'ils avaient raison, la plus simple et la plus facile de toutes. On n'a pas besoin de beaucoup d'industries pour persuader aux hommes de se mettre en garde contre les fléaux naturels : d'eux-mêmes ils s'en préservent le plus qu'ils peuvent, et ce qu'ils ne parviennent pas à empêcher, c'est ce qui est hors de leurs prises. Or, si la guerre n'était qu'un grossier malentendu entre les peuples; si quelques articles, signés par des arbitres, pouvaient à volonté remplacer ces grandes hécatombes qui viennent périodiquement ensanglanter la terre, comment admettre qu'il fût si difficile de substituer la solution pacifique à la solution violente? Mais, en dépit des utopistes, la guerre est et restera, dans les cas extrêmes , l'unique moyen de trancher ces grands différends qu'aucune autorité supérieure aux deux parties ne peut résoudre, et qoi'un arbitrage ne décide pas, parce qu'il laisse à la partie condamnée toute sa vigueur pour traduire son irritation. La guerre subsistera, et le moraliste hésitera toujours à s'en plaindre, parce que si elle accumule beaucoup de ruines, elle développe dans l'humanité des vertus supérieures , et surtout entretient au cœur d'un grand nombre la flamme du sacrifice. Ah ! Messieurs, comment saurait-on qu'on aime vraiment sa patrie si jamais on n'était appelé à offrir ou à donner sa vie pour elle ? Comment sau-
raitron qu'on n'est pas uù ^oiste ou un timide, qu'on met le devoir et l'honneur au-dessus du bien-être et du repos, si , à perte de vue dans l'existence humaine, on n'apercevait pas l'occasion de donner à quelque chose de grand, d'aimable et de sacré, ce suprême témoignage qu'aucun autre ne vaut et qu'aucun ne remplace: l'immolation volontaire? Afa/orem hctc carUatem nemo habet, dit le Sauveur, et cette parole est divinement vraie. La guerre nous appelle parfois è la justifier, et c'est par là qu'elle atteint à la grandeur morale. Mais ne .voyez -vous pas, en même temps, ce qu'elle a de commun par ce côté avec l'esprit du christianisme. Sans doute le chrétien est l'homme de la paix, mais il est au même degré l'homme du sacrifice. Il ne trouble pas la paix le premier, mais il sait défendre sa conscience et sa foi , même au prix de son sang. Tout chrétien doit porter en soi un martyr caché, prêt à se révéler au jour de l'épreuve. Croyez-moi, jeunes gens, il est bon de cultiver en nous les dispositions héroïques. Si elles viennent à prévaloir, nous serons prêts pour tous les grands devoirs. Oh I le parfait soldat que le soldat chrétien I Quel mépris de la mort chez cet homme qui n'est que l'exilé du temps, qui se sait citoyen de l'éternité! Quelle facilité à l'immolation chez celui qui tous les jours baise l'image d'un Dieu immolé I Mais aussi quel secours pour le développement de l'esprit chrétien que cette perspective du suprême sacrifice qui est l'idéal du vrai soldat ! En vérité , plus je compare la vie chrétienne et la vie militaire, plus je trouve entre elles l'alliance étroite, plus j'admire les
services qu'elles se rendent Tune à l'autre. Et je me prends alors à féliciter cette jeunesse chrétienne du noviciat moral que la milice lui ménage.
Est-ce à dire, mes amis, que l'année qui va commencer pour vous ne vous réserve aucune épreuve périlleuse? Il serait puéril de le prétendre. Oui, vous allez, pour la première fois peut-être, aborder la vie au grand air; vous allez affronter la rencontre avec des idées fausses, des exemples mauvais, des influences malsaines. Vous allez expérimenter en autrui ce dont l'éducation chrétienne a préservé votre adolescence. Heureux si le mal vous apparaît toujours sous des traits odieux I Heureux si l'enjouement de la raillerie ne vous rend pas le doute aimable, si l'élégance des hommes vicieux ne vous rend pas indulgents pour le vice, si la pression du nombre ne pèse pas trop fortement sur vos volontés, si le contact inévitable ne devient pas pour vous la contagion mortelle. Ah! je comprends l'anxiété de vos mères. Je la comprends et je la partage. Mais la confiance coexiste en moi avec l'inquiétude, et, vous le dirai-je? c'est la confiance qui domine. Pourquoi ? Parce que cette épreuve est nécessaire, et que vous êtes préparés à la subir. [La vertu est autre chose que les barrières qui nous isolent de la tentation. La vertu est une vie autonome et vigoureuse, une plante de bonne race qui croît dans la terre franche de l'âme, sous le soleil et sous la rosée de Dieu. Quand la tige est encore tendre, il faut bien l'appuyer, la protéger et la nourrir. Quand elle a pris racine , elle peut s'alimenter et se .défendre,
en puisant d'elle-même aux sources que Dieu lui a ménagées.
Voulez -vous 9 jeunes gens, donner raison à mes espérances? Soyez humbles devant Dieu et fiers devant les hommes. Ceux qui craignent de s'abaisser en s'agenouillant ne connaissent rien à la vraie grandeur. Si nous étions dieux, nous pourrions nous suffire; créés, nous sommes dépendants par essence, mais nous sommes libres néanmoins, libres de choisir notre maître. Et notre dignité consiste à le choisir si haut , qu'il n'y ait pas de déshonneur à nous prosterner devant lui. Le seul homme vraiment indomptable, c'est celui qui reconnaît la souveraineté de Dieu. U a de la grandeur une telle idée, que toute élévation terrestre lui parait bien petite. Suivez, au contraire, cet orgueilleux qui refuse à Dieu son hommage : vous le trouverez incliné devant la force, devant l'intérêt, devant la peur. L'avilissement est la juste peine de l'impiété.
Soyez bons néanmoins. La fierté du caractère n'exclut pas l'aménité. Si vos camarades sont assez malheureux pour blasphémer le Dieu qu'ils ignorent, soyez assez parfaits pour qu'ils le reconnaissent dans vos personnes , assez aimables pour qu'ils ne puissent plus lui refuser leurs cœurs.
Soyez gais. La gaieté est le rayonnement de ces deux foyers combinés : la jeunesse et la vertu. La jeunesse toute seule ne suffit pas à entretenir cette flamme. Que de jeunes vieillards parmi les adeptes de cette chose triste et fanée qu'on persiste à nommer le plaisir! Vous
serez gais, parce que vous porterez la grâce de vos vingt ans dans ce vase de choix qui s'appelle un cœur pur. Et ceux qui ne savent plus rire, vous enviant d'abord votre joie, finiront par vous envier un privilège meilleur.
Enfin soyez les premiers en tout, les premiers au labeur et au succès, les premiers par la science, par l'adresse, par la vigueur, par l'élan, par la discipline, par le courage. Faites cet honneur à votre foi. Vous le lui devez, et cela est en votre pouvoir. Quand on veut bien fort la première place et qu'on fait bon marché de ses aises, on a sur la multitude des tièdes, des indifférents, des pusillanimes, une avance décisive. Et si vous êtes les premiers, nul ne s'avisera de vous reprocher vos croyances.
J'ai fini, mes amis. Mon dernier mot sera une parole de félicitation et d'espérance. Oui, vous avez bien fait de venir consacrer votre année militaire à Dieu par les mains de Marie dans ce sanctuaire qui emprunte son nom à la Victoire. Il y a deux cent cinquante ans, Louis XIII, victorieux de l'hérésie rebelle qui avaiî déchiré le royaume par des guerres fratricides, venait dédier ses victoires à la Mère de Dieu et posait les fondements de ce temple destiné à en perpétuer la mémoire. Il y a cinquante ans, un pasteur vénérable vouait sa paroisse au Cœur immaculé de Marie, et obtenait d'elle ces effusions de miséricorde qui ont fait de ce temple le théâtre permanent de nouvelles et plus admirables victoires. Vous avez vu, aux Invalides, les trophées de la vieille gloire française couvrir les mu-
railles et cacher les voûtes. Mais voyez ici des trophées plus nombreux et de meilleures dépouilles! Les murs du temple disparaissent sous le maii)re, qui raconte le triomphe de la foi sur l'orgueil , de la pureté sur le vice, du pardon sur l'ingratitude. Les vaincus de ces combats, ce sont des volontés humaines, longtemps rebelles sous l'aiguillon de la conscience, aujourd'hui terrassées par l'amour, et plus libres mille fois dans leur défaite glorieuse qu'elles ne l'étaient dans leur résistance. Marie! ce sont là vos exploits. C'est là le sens nouveau, le sens définitif du titre ancien que vous donnaient nos pères et que nous entendons mieux : Notre-Dame des Victoires! Mère! voyez cette jeunesse ardente et fière, croyante et pure. Elle aussi , elle part pour la guerre. Elle va rencontrer la tentation , elle va se mesurer avec le péché. Fortifiez-la pour les combats de Dieu, tandis qu'elle s'exercera aux combats de la terre ! Et que dans un an , en déposant au pied de votre autel l'épée qu'elle vous apporte aujourd'hui pour la bénir, cette génération de soldats chrétiens puisse chanter à votre louange un nouveau cantique de victoire! Amen.