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L'ENSEIGNEMENT LIBRE ET CHRÉTIEN

Monseigneur,

Mon premier mot, en m'adressant à celte* assemblée, devrait être pour m'excuser de la place que j'y occupe : d'ordinaire une solennité de ce caractère n'admet pas d'étrangers, encore moins leur accorde-t-elle la parole; et il ne faut pas moins que votre invitation paternelle pour que je ne me sente pas ici un intrus. Mais, si votre appel me rassure, il m'impose un nouveau devoir, très doux, il est vrai, et facile à remplir. Aux excuses pour .une témérité dont je ne suis pas responsable, je dois substituer l'expression d'une reconnaissance bien réelle, cette fois, et bien vivante dans mon cœur. Non, il n'y aura pas d'étrangers dans cette réunion de famille, mais, grâce à vous, Monseigneur, votre famille de Notre- Dame des Aydes et de Saint- François comptera, aujour-

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d'hui, un membre de plus, et qui ne sera pas le dernier à prendre sa part des joies de tous.

Des étrangers? Mais n'est-ce pas là, entre chrétiens, entre enfants de l'Église catholique, un mot dépourvu de sens? L'apôtre saint Paul nous dit que nous ne sommes pas des étrangers dans la maison de Dieu : Non estis hospites et advenœ; que nous avons droit de cité dans sa demeure : Domestici Dei, Cela est vrai pour chacun de nous. Dès lors, en nous rencontrant dans cette maison de notre commun Père, nous nous sentons frères avant même de nous connaître, et, n'étant pas des intrus dans la famille divine, nous ne pouvons plus être des étrangers les uns pour les autres.

Enfin, si quelque chose peut ajoutera cette heureuse impossibilité de s'ignorer ou de se regarder froidement entre frères, n'est-ce pas la communauté d'intérêts et la communauté de labeurs? Eh bien, jeunes élèves, c'est à vous maintenant que je m'adresse, en même temps qu'à vos chers parents : il y a entre vous et nous, sous ce double rapport, la plus étroite solidarité. Nous servons la même cause, nous puisons au même trésor : la cause de la liberté chrétienne, le trésor de la vérité chrétienne ; et notre dévouement à cette cause et nos droits sur ce trésor créent entre nous tous, parents, maîtres ou disciples, un lien nouveau, étroit et fort : je veux dire une commune volonté de défendre et de promouvoir VmseigneYnmt libre et chrétien.

Que l'enseignement doive être chrétien, j'estime superflu de le démontrer ici. L'enseignement fait l'homme, et l'homme n'est pas achevé s'il n'est pas chrétien. Au-

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trement il faudrait dire que la venue du Christ sur la terre est un fait accessoire et dont il est permis de ne pas tenir compte dans la direction qu'on imprime à l'humanité. Ah 1 Messieurs, je le sais, telle est bien la prétention de l'impiété contemporaine; mais, en même temps, elle en affiche une autre qui est faite pour surprendre : elle voudrait faire partager aux croyants cette indifférence pratique qui résulte, chez elle, du caractère négatif de ses convictions, mais qui serait, de notre part, un criminel désaveu des nôtres. Chrétiens, nous dit-on, continuez de croire, si vous voulez, que h Ve7^bede Dieu s'est fait chair; que le Christ est la voie, la vérité et la vie; qu'il n'y a \\d.^ d'autre nom que les hommes puissent invoquer pour obtenir le salut. Mais laissez-nous élever vos enfants comme si Dieu n'était pas, comme si l'Incarnation du Verbe relevait de la Mythologie, comme si le nom du Christ signifiait vérilé changeante, vie douteuse, voie facultative, comme si l'homme, enfin, au lieu de confier à la Croix rédemptrice toutes ses espérances, pouvait choisir ses destinées, les placer plus haut ou plus bas, selon son caprice, et devenir lui-même son Sauveur.

Si c'est là un défi. Messieurs, nous saurons le relever. Non, les familles chrétiennes et françaises n'accepteront jamais cette contradiction : la croyance obligatoire et l'éducation neutre. Car ce serait dire : ce qui est nécessaire pour le père est inutile pour les fils; ou ce qui est le premier besoin de l'enfance est une superfluité dans l'école.

Mais alors, ne voyez-vous pas la conséquence? Il faut

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que renseignement soit chrétien, et Técole publique ne peut plus avoir ce caractère : donc, il faut que renseignement soit libre. Il faut qu'il demande à la liberté les garanties que la loi cesse de lui fournir. Libre et chrétien, ces deux qualités sont désormais inséparables : la première est la condition de la seconde. Nous voulons V enseignement libre et chrétien.

Nous sommes tous d'accord, n'est-il pas vrai, sur le choix de cette devise. Mais peut-être ne voyons-nous pas tous aussi clairement à quoi elle nous engage. Il y a des devoirs évidents que chacun aperçoit aisément et remplit de bon cœur; il y en a qui répondent à des nécessités moins apparentes, et qui ont besoin d'être expliqués. C'est à vous fournir ces éclaircissements désirables que je voudrais consacrer les instants que m'accorde votre bienveillante attention.

L'enseignement est un palais à plusieurs étages. Le rez-de-chaussée, c'est l'instruction primaire. Là se réunissent en foule ces chers écoliers, dont les petites jambes ne pourraient pas encore gravir l'escalier du grand savoir. Et ce n'est pas seulement la faiblesse de l'âge qui les retient à cet humble degré. N'en déplaise aux utopistes qui révent l'instruction intégrale pour tous, on n'a jamais vu, on ne verra jamais un peuple de bacheliers, encore moins un peuple de docteurs. Les nécessités du labeur matériel retiendront toujours la grande masse de l'humanité loin des sommets de la science. Étendre et perfectionner cette première culture qui met chaque individu en part des bienfaits de la vie civilisée, c'est là tout ce qu'on peut espérer

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