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de mieux dans la lutte engagée contre Tignorance.
De là, rimportance capitale de instruction primaire. Parce qu'elle est pour l'immense majorité des citoyens toute rinstruction possible, il importe souverainement qu'elle contienne tous les éléments nécessaires à la formation de Thomme. Ce que Tenfant du peuple n'apprendra pas à l'école primaire, il ne l'apprendra nulle part; et quand on sait quels sont, pour la plupart des ouvriers, l'assujétissement du travail quotidien, l'excès de la fatigue, la rareté du loisir, l'imperfection des connaissances et la difficulté de l'élocution, on ne peut guère compter sur la famille pour combler en un point essentiel les lacunes de l'initiation scolaire. Or, nul n'osera prétendre que l'alphabet et les éléments du calcul, un peu de géographie et quelques traits d'histoire, épuisent les exigences de l'éducation. Cela est si vrai qu'on y ajoute la morale, cette maîtresse de la vie humaine. Pour la même raison, nous n'admettons pas qu'on en exclue la religion, parce que, sans l'autorité d'une parole divine, la morale toujours, mais surtout si elle s'adresse aux simples, manque de crédit pour se faire écouter, manque de force pour se faire obéir. Nous voulons que la religion domine, inspire, éclaire et vivifie toute l'instruction primaire ; et voilà pourquoi, parents chrétiens, vos Pasteurs, tremblant pour l'âme des petits en/ants, tendent les mains vers vous et vous disent : Aidez-nous à faire des écoles libres et chrétiennes.
Ce devoir, j'ai la joie de le dire, est admirablement compris dans notre France. Je ne vois point se pro-
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duire ici les vaines excuses de Tégoïsme. Personne n'ose exciper du privilège de la fortune pour se désintéresser de l'enseignement populaire. Au contraire, parce que cet enseignement ne peut rester ce qu'il doit être qu'en abandonnant sa part des ressources publiques, c'est la charité des familles aisées qui constitue à son profit ce qu'on a si bien appelé le budget du sacrifice chrétien pour le rachat de l'âme du peuple *. Montons maintenant, s'il vous plaît, au premier étage du palais de la science. Nous trouvons là, mes chers amis, l'enseignement qui vous intéresse, celui dont vos chers maîtres ont jeté laborieusement dans vos esprits la féconde semence; euntes ibant [faut-il ajouter : et flebant?]j mittentes semina sua; celui dont vous allez avec eux moissonner joyeusement aujourd'hui les fruits : Vmient cum exultatio ne portantes manipulas suos. Ici encore, ici surtout, il faut que la Religion préside ; car il s'agit d'une empreinte plus profonde à graver sur l'âme humaine; car ces générations qui traversent les années de collège, c'est l'espoir, c'est l'avenir de la classe éclairée qui doit fournir au corps social ses principaux organes et décider, par son influence heureuse ou malsaine, des destinées du pays. Ici, pareillement, la Religion n'aura plus ses entrées que si la liberté lui sert d'introductrice. On l'a compris dès longtemps. A peine cette grande loi de 18S0 avait-elle consacré à la fois et l'intervention nécessaire du Christianisme dans tout enseignement privé ou public, et le droit longtemps
1. Parole de M. Chesnelong, au Comité des Écoles chrétiennes de Paris.
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méconnu d'une libre initiative en matière d'éducation, qu'aussitôt, avec Tintelligcnce des besoins présents et le pressentiment de ceux de l'avenir, les Évêques de France, marchant une fois de plus à la tête du mouvement civilisateur, ont ouvert partout aux Lettres et aux Sciences des asiles bientôt remplis par la confiance empressée des familles. Et maintenant que la loi de 1850 est mutilée, maintenant qu'on en a effacé tout ce qui rappelait l'alliance de la Religion et du Pouvoir, il ne reste plus que la liberté, et nos collèges libres demeurent le seul asile de l'éducation chrétienne.
Avez-vous des devoirs à remplir envers nos collèges catholiques, parents qui m'écoutez? Oui, sans doute, mais vous acquittez en une seule fois toute votre dette, en leur donnant vos fils. L'enseignement secondaire ne demande que des élèves. Avec ce seul appui il se soutient et il grandi L N'en avons-nous pas la preuve sous les yeux dans celte magnifique maison? Et ne voyezvous pas dans sa prospérité la meilleure récompense de votre foi en elle?
11 nous reste un dernier étage à gravir pour arriver au faîte de l'édifice. Là nous rencontrons, non plus la menue monnaie du savoir, comme au degré primaire; non plus l'instrument nécessaire à l'acquisition du savoir, comme au degré secondaire ; mais le savoir luimême, dans sa sérénité spéculative et dans ses rapports immédiats avec le gouvernement de la vie. Là, le lettré ne demande plus seulement à la langue des ressources d'expression; ces ressources, il les possède, mais il veut s'en servir pour pénétrer les mystères de
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la pensée aa recueillir Les Letton» de Uffistoire. Là^ rohser?atair da monde ph.ysi({iie ne se contente pins des formoles tontes faites qm trxaient dans sa mémoire les lois des phénomènes ; il ^ent apprendre des maîtres l'art d'interroger L-i nature et de décàifeer l'énigme qu'elle propose. Là. une science tonte noovefle posr l'adolescent lui dévoile les conditions de l'équilibre des sociétés et lui montre dans le Droit la raison écrite^ dans le Juste une forme plus haute et plus désintéressée de rutile. Quels horizons inattendus se déroulent toat d'un coup sous le regard ébloui da jeune penseur! Mais aussi quels périls Tattendentl Àuia-t-îl Fesprît assez ferme pour discerner Terreur quand elle se cache, on lui résister quand elle séduit? Oh! c'est surtout ici que tout derrait être plein de Dieu? Songez-y donc l il s'agit Ici des principes de toutes choses ; on ne peut plus s'arrêter aux surfaces et se sauver par des réticences. On bien Dien. le vrai Dien^ Celui qui n'est ni une abstraction, ni un rêve, ni une certaine façon d'envisager le monde, mais l'Infini vivant et la réalité de r idéal, on bien ce Dieu-là est au fond de la philosophie par la nécessité de son Être, dans la trame de THistoire par Taction de sa Providence, dans la savante complexité de FUnivers par les combinaisons de sa sagesse, dans la conscience de Tindividu et dans la vie des peuples par rintimation mystérieuse du Devoir et par le majestueux développement du Droit; ou, au contraire, la pensée de Thomme crée son objet, la vérité naît et meurt, les lois ne président pas aux choses, mais en résultent, les faits humains se poussent sans ordre
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comme sans liberté, la moralité se distingue mal de l'égoïsme et le Droit ressemble de si près à la Force qu*il fait bien de n'attendre que d'elle son succès sur la scène du monde. Écoliers d'aujourd'hui vous serez les étudiants de demain, et voilà le grave dilemme qui se posera devant vous. Nul n'aura besoin de le formuler à vos oreilles. La redoutable interrogation naîtra comme d'elle-même dans vos esprits, au contact des grands problèmes que soulèveront vos éludes.
Et Ton viendrait dire : Il importe peu par qui cet enseignement supérieur sera distribué à nos enfants? Il importe peu qu'aux fascinations déjà périlleuses de la science s'ajoute l'entraînement plus périlleux des maîtres dont la foi a fait naufrage? Parents chrétiens, vous qui rêvez déjà pour vos fils la dignité du magistrat, les luttes brillantes de l'avocat, l'austère dévouement du médecin, le ministère élevé du professeur, la popularité bienfaisante de l'homme public, vous jetteriez ces âmes ardentes à la poursuite de ces succès lointains, sans vous inquiéter du torrent qu'il leur faudra traverser pour y atteindre et du risque qu'ils courent de laisser dans ses eaux troublées les trésors dont votre tendresse avait enrichi leurs jeunes années? Supposer cela serait vous faire injure. Vous voulez, n'est-il pas vrai ? vous voulez quelque part un enseignement supérieur qui donne la science à la jeunesse et qui ne lui prenne pas sa foi? Oii le trouverez-vous? Dispensez-moi, je vous en prie, d'incriminer en masse ce grand corps enseignant qui représente les traditions accumulées de l'expérience et du savoir et qui dispose
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des ressources immenses que la richesse et la puissance publiques mettent au service de ses recherches. Ce corps, je le sais, compte parmi ses membres des croyants sûrs et fidèles; mais c'est là un accident heureux. Par son institution, l'Université est neutre; et cette neutralité doctrinale, qui est peut-être un mal nécessaire, est un mal pourtant. Est-ce donc que la vérité n'a pas d'ennemis dans l'imagination emportée, dans la raison orgueilleuse, dans le cœur faible et entraîné du jeune homme? Est-ce qu'elle n'en a pas dans la fausse science, dans les mensonges intéressés d'une certaine histoire, dans les nouveautés séduisantes d'une audacieuse philosophie? Et quand la vérité a tant d'adversaires, vous ne voulez pas qu'elle ait d'alliés, ou vous trouvez mauvais qu'elle les cherche parmi ceux qui dispensent ofliciellement le savoir? Voilà ce que c'est que la neutralité religieuse de l'enseignement; une sorte de complicité négative, qui dit à l'erreur : Entrez si vous voulez; ne vous connaissant pas, je ne puis vous exclure.
Si la neutralité est cela dans son essence, qu'est-elle en fait, dans l'enseignement supérieur de notre pays? Elle est ce que veulent les temps et les hommes. Il ne m'en coûte pas de reconnaître qu'à l'égard de la religion, elle a été, par intervalles, bienveillante et protectrice. N'est-ce pas assez vous dire qu'elle peut, à d'autres époques, manifester d'autres tendances? Je vous laisse le soin de déterminer quelle est la tendance du jour, et je conclus avec vous : s'il nous faut un enseignement supérieur chrétien, ne l'attendons pas,
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surtout ne rattendons plus au pied des chaires de rÉtat.
Mais alors il faut donc le créer ? Il faut donc reproduire ici le grand effort qui a donné de si beaux résultats dans les deux ordres d'instruction primaire et secondaire?
Oui certes, si ce n*élait pas fail, il faudrait Tentreprendre. Oui, même aujourd'hui, avec ce que la manie laïcisante ajoute à nos charges, avec les sacriûces nouveaux que chaque jour nous impose, avec la nécessité de fonder partout des écoles populaires, d'assurer aux malades des hôpitaux sans Dieu l'assistance du divin consolateur, de subvenir aux besoins du prêtre à qui l'on prend son pain parce qu'il a fait son devoir, avec tout cela, Messieurs, il faudrait encore penser à l'enseignement supérieur. Il le faudrait, parce que c'est la théorie qui mène le monde, parce que c'est le poison des doctrines qui rend les sociétés malades, parce que les folies ou les injustices de la politique naissent des erreurs de principes qui ont d'abord envahi la science et qui, de là, ont gagné l'opinion. Il le faudrait, parce que des pères qui pensent à leurs enfants, des chrétiens qui ont les promesses de l'avenir, n'ont pas le droit de vivre au jour le jour; parce que c'est un devoir de préparer, même au milieu des ruines présentes, les relèvements futurs; parce qu'enfin le mal déborde et qu'en vain essaierons-nous d'arrêter dans la plaine le torrent dévastateur, si nous négligeons de détourner le flot qui se forme sur les cimes.
Eh bieni Messieurs, ce qu'il faudrait créer existe.
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Une loi libératrice forçait, il y a huit ans, le dernier retranchement du monopole universitaire. Le zèle de •nos Ëvêques, soutenu par la générosité des catholiques, commençait sans délai rétablissement des Universités libres. Les diocèses se formaient en groupes pour alimenter de leurs aumônes ces coûteuses entreprises. 11 m'est doux de prononcer, en rappelant ces souvenirs, le nom vénéré du saint vieillard dont vous continuez. Monseigneur, sur ce siège de Blois, le dévouement et les vertus. Avec tous les suffragants de Paris, avec les Évêques de cinq autres provinces ecclésiastiques, M»' Fallu du Parc mit la main à la fondation de cette Université catholique qu'on a essayé, cinq ans après, de ruiner ou d'atfaiblir, en diminuant ses prérogatives, mais qui, sous un nom nouveau, poursuit, pour l'honneur de TÉglise, pour le salut de la jeunesse et pour le bien du pays, l'œuvre nécessaire, l'œuvre décisive, celle qui démontre par des faits l'accord possible, l'accord réel de la haute science et de la foi.
En présence de ce grand effort accompli, nous restet-il. Messieurs, quelque devoir à remplir? Oui, sans doute , car l'enseignement supérieur a de grands besoins: il a les mêmes besoins que l'enseignement secondaire et il en a qui lui sont propres. Comme le premier il a besoin de confiance ; plus que le premier il a besoin d'argent. Sans votre confiance, il verra ses amphithéâtres déserts, et des trésors de science et de dévouement seront dépensés en pure perte. Sans vos offrandes, il ne pourra faire face aux nécessités d'une organisation complexe qui doit répondre à des exigences
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toujours croissantes, et que la libéralité facile d'un rival tout-puissant oblige de renoncer à toute rémunération.
Ainsi, Messieurs, le sort du haut enseignement catholique est entre vos mains. Pardonnez-moi cet appel direct que je viens faire aujourd'hui à votre concours. Si c'était une agression, je m'en excuserais à peine; car j'aurais, même alors, un illustre complice. Le Pasteur de ce diocèse, un des pères de notre œuvre, m'a autorisé, que dis-je? il m'a exhorté à venir plaider parmi vous la cause dont mes devoirs les plus sacrés et mes convictions les plus chères me constituent l'avocat. Mais non. Messieurs, je ne viens pas, en agresseur, menacer votre repos et vos bourses. Je viens, en auxiliaire, vous montrer le péril et vous dire : Défendonsnous ensemble. Si vous nous abandonniez, nous péririons ; mais, si nous périssions, c'est vous qui seriez abandonnés. Vos fils seraient livrés à la science qui corrompt, vos croyances seraient livrées au dédain qui tue, votre patrie serait livrée aux expériences mortelles.
Aidez-nous donc. Et, avant tout, donnez-nous vos enfants. Ne dites pas: Le mal n'existe pas partout dans l'enseignement rival du vôtre. Je vous réponds : Le mal n'est pas partout aussi grand, partout aussi visible, mais il n'est absent d'aucune province du haut savoir. Le mal est là où tout le monde le voit, dans cet enseignement médical qui est une conspiration contre l'âme humaine; mais il est aussi là où les esprits attentifs sont seuls à le découvrir, et il n'y est pas moins dan-
gereux parce qull y inspire moins de défiance. Le mal est dans la littérature qui glorifie le vice, parce qu'il est dans la philosophie qui nie la liberté; le mal est dans la science qui divinise l'homme, parce qu'il est dans la métaphysique qui supprime Dieu ; le mal est dans la jurisprudence qui met la loi écrite au-dessus de tout, parce qu'il est dans la morale qui méconnaît la loi éternelle et ose dénoncer comme une rébellion et un scandale cette grande maxime qui a fondé ici-bas la liberté de conscience : Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes.
Donnez-nous vos enfants, parce qu'il ne s'agit pas seulement de les préserver du mal, mais de les armer pour le bien ; parce qu'aux temps de luttes il faut des convictions ardentes qui ne se forment pas dans les milieux tièdes; parce que la vérité chrétienne appelle des témoins qui lui fassent honneur, et qu'il n'y a aujourd'hui qu'un seul moyen d'honorer la croyance, c'est de la montrer germant et prospérant sur la tige du grand savoir.
Donnez-nous aussi le fruit de vos sacrifices; parce que si vous n'avez plus à fonder le haut enseignement catholique, vous avez encore à le soutenir. Si ses besoins sont grands, ils sont limités pourtant et, quoi qu'on dise, aisés à satisfaire. Il ne s'agit pas, comme pour l'instruction populaire, de multiplier partout les écoles. Ici quelques centres suffisent et même de bons esprits se demandent si, en en créant cinq à la fois sur le sol de France, on n'a pas plutôt péché par excès*. En lous cas, notre établissement parisien possède une base territoriale assez large pour supporter et le fardeau