JOAN., XVI
Messieurs, Mes chers Amis,
Voici une année qui recommence. Le travail doit la remplir: des épreuves, qui ne sont ni sans péril ni sans gloire, doivent la couronner. Au cours de ce long voyage, plus d*un obstacle se dressera sur la route : il y aura des heures de lassitude, de tentation, de défaillance. Voilà pourquoi vous sentez le besoin d'entrer dans la carrière par la porte de la prière. Voilà pourquoi au seuil de cette carrière une parole d'exhortation vous accueille. Si cette parole venait de l'homme, elle serait sans autorité et sans vertu. Chargé de vous l'adresser, je l'emprunte à celui qui est le verbe de vérité et le verbe d'amour. Je viens vous dire en son nom : ayez confiance, confidite. Et si la rencontre prochaine de l'ennemi vous inquiète, sachez que pour vous je l'ai vaincu d'avance : confidite^ ego vici mundum.
i40 HOMÉLIES
Jeunes gens chrétiens, qa ayez-Yous à craindre?
Quelles sont yos raisons d'espérer?
A quelles conditions pouvez-Tous escompter la victoire?
Ce sont les trois questions que je vous pose et que je veux TOUS aider à résoudre.
Je TOUS ai appelés jeunes gens ekréHens. Ai-je eu tort de VOUS qualifier ainsi? Non, puisque vous êtes ici. Vous n*y êtes pas Tenus par hasard. Rien ne tous y forçait ; aucun intérêt humain ne tous y attirait. Vous êtes Tenus y chercher ce que tous n 'auriez pas trouvé ailleurs : un milieu faTorahle à tos croyances. C'est ainsi que tos parents aTaient choisi autrefois pour toos un collège chrétien. Quand il s'est agi de réducation supérieure, qui prépare de plus près aux luttes de la vie, TOS parents ont eu encore des préférences à faire Taloir ; mais vous aviez aussi votre mot à dire. Vous saviez que les hautes écoles qui vous accueillent aujourd'hui placent leur enseignement sous la garde de la foi. Vous êtes donc des chrétiens d'hier qui entendent rester les chrétiens de demain.
Et c'est à de jeunes hommes ainsi qualifiés que je pose cette première question : Qu'aTCz-Tous à craindre?
Si TOUS écoutiez les pusillanimes, prophètes de malheur par état puisqu'ils Toient péril à tout, tous auriez tout à craindre du fait de votre profession de chrétiens. Selon eux, elle tous classe dans la catégorie des
vaincus. Voyez donc : est-ce que le pouvoir, l'iafluence, le succès ne sont pas devenus le monopole de ceux qui blasphèment ou dédaignent ce que vous adorez? Quels sont les dieux du jour? La science? Elle s'est alliée à Timpiété. La richesse? Elle réserve ses faveurs aux consciences faciles que ne gêne aucune morale absolue. L'opinion? Ah! voilà bien la grande reine du temps présent; mais, depuis vingt ans, à qui a-t-elle prodigué ses faveurs sinon à ceux qui ont répété le jcri de guerre d'un tribun sans croyances et sans scrupules : « Le cléricalisme, voilà Fennemi »? Si donc vous voulez votre part des triomphes du savoir^ des sourires de la fortune, des bonnes grâces de l'opinion, abjurez votre vieux Credo, Si vous vous obstinez à le redire, comme vous l'allez faire tout à l'heure sous les voûtes de ce temple, soit, c'est peut-être un beau défi, mais il faut vous résigner à ne compter plus pour rien, à vivre comme des exilés dans votre patrie.
Voilà ce que vous diront les trembleurs. Et je leur répondrai dans un instant en vous disant ce que vous devez espérer.
Mais auparavant je veux vous dire où est pour vous le péril. Oui, vous avez quelque chose à craindre, mais ce n'est pas ce qu'on vous dit.
Chrétiens, vous devez craindre de ne l'être pas assez, de ne l'être pas toujours. Jusqu'ici vous n'avez connu que de loin les dangers du monde. La vie de collège était faite pour vous de préservations et d'immunités morales. Votre jeune liberté s'exerçait timidement entre des barrières protectrices. Aujourd'hui les b^.r-
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rières tombeat et la vraie liberté commence, avec ses épreuves périlleuses où tant d^autres avant vous ont succombé.
Faut-il le regretter? Non, car c'est la condition que Dieu a faite à ceux qu'il veut couronner. QtU certat ki agone non caronatur nUi légitime ceriaverit *. La palme du vainqueur est le prix d'un loyal combat. Il faut s'exposer pour la conquérir.
Mais, avant de courir les chances du champ de bataille, le lutteur doit s*exercer, assouplir ses membres à la fatigue, apprendre le maniement des armes et les lois de la guerre. Le chrétien doit dompter ses appétits, fortifier sa volonté, s'initier, sous la conduite du Christ, à la discipline du devoir, boire aux sources de la grâce et se faire un tempérament d'athlète dans les mâles exercices de la vertu. Négliger ces précautions nécessaires, aborder la crise de la jeunesse avec une volonté molle, un esprit léger, des sens rebelles, voilà l'imprudence suprême, voilà le vrai péril. Craignez cela, mes amis, et ne craignez pas autre chose. L'homme qui a mis Dieu de son côté par la pratique du sacrifice et l'assiduité de la prière, cet homme-là peut défier l'univers. Il peut reprendre à son compte les fières provocations de l'Apôtre et dire à son tour : « Qui me séparera de la charité de Jésus-Christ? L'adversité? l'angoisse ? la faim ? la nudité ? les menaces? la persécution? le glaive ? Mais tout cela, je l'ai vaincu d'avance, en celui qui m'a aimé. Non, je suis certain que ni la mort, ni la