DISCOURS A L ECOLE LIBRE N.-D. DES AYDES
présent et les accroissements futurs. Trente diocèses associés pour une telle Œuvre auront-ils de la peine à garantir une contribution annuelle dont la moyenne pour chacun ne dépasse pas huit mille francs? S'il en était ainsi, Messieurs, si une pareille somme, répartie sur tous les catholiques d*un département, paraissait un impôt exorbitant, s'il devait sembler impossible d'ajouter plus longtemps ce supplément nécessaire au budget de la charité et du zèle, il faudrait se demander si la France est encore catholique, ou si elle est encore la France; si ce pays, que n'ont point abattu les plus étranges disgrâces, est devenu tout à coup, et sans cause apparente, ou pauvre, ou avare, ou sceptique, ou dédaigneux de ses meilleures gloires et de ses plus chers intérêts. Et parce que de telles hypothèses ne se peuvent pas énoncer sans une sorte d'impiété envers notre Patrie, ah I chrétiens du Blésois, laissez-moi croire, laissez-moi dire que nos Écoles supérieures, comme nos Écoles populaires, ont trouvé dans vos convictions afiFermies, dans votre dévouement renouvelé, la sûre garantie de leur durée et de leurs progrès !
Mes chers enfants, je vous ai bien ennuyés peut-être, vous du moins les plus jeunes. Vous attendiez des paroles aimables, un hommage rendu à vos efforts, un applaudissement à vos succès, un souhait de bienvenue à vos vacances. Et vous avez entendu un langage austère où vous ne compreniez pas grand'chose, sinon que nous vivons dans des temps tristes où tout bien s'achète par la lutte, où tout devoir prend la forme du sacrifice. Ahl si vous aviez deviné cela, ce serait déjà
un profit et je regretterais moins d'avoir assombri votre fête. Quant à vous, les aînés, je ne vous ferai pas autant d*excuses ; car je pensais à Vous en m'adressant à vos parents. Ces grands horizons des études supérieures, demain ils s'ouvriront pour vous. Ces espérances que nous concevons pour nos Facultés, c'est sur vous qu'elles reposent. Ces services que nous promettons de rendre à' la jeunesse, c'est à vous qu'ils vont profiter. Et tenez, puisque je parle de services, laissezmoi vous en indiquer un dont vous n'aurez pas à attendre les effets. Votre plus grand'intérêt, ici même, dans ce cher Collège, c'est de trouver de bons maîtres, bons non pas seulement par les délicatesses du cœur, par l'ardeur du dévouement, mais aussi par la supériorité du savoir, par l'excellence des méthodes, par l'expérience de l'enseignement. Votre succès dans les épreuves prochaines, votre entrée dans les carrières qui vous attendent, votre avenir, en un mot, tout dépend de là. Certes vos vœux seront largement comblés de ce côté. En rappelant les qualités qu'il faut aux vrais maîtres, ne traçais-je pas le portrait des vôtres? Eh bien! permettez-moi de vous le dire avec orgueil. Plusieurs d'entre eux sont sortis de notre Institut. D'autres y sont actuellement et vous reviendront bientôt, rapportant, avec les grades qui oertifient leur mérite, les avantages d'une formation adaptée à toute l'étendue de la tâche qui les attend ici. Ainsi nous travaillons à vous préparer des professeurs. Tout se tient donc dans l'enseignement libre et chrétien. Et celui qui voudrait opposer l'une à l'autre les différentes par-
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lies de cette œuvre, mériterait qu'on le renvoyât à Técole de Ménénius ou de La Fontaine, pour apprendre la fable des Membres et de FEstomac.
Messieurs, j*ai peut-être abusé de la parole ; et cependant je vous dois encore un dernier mot, qui n'est pas dur à entendre, mais qui est bien plus doux à dire : Merci. Oui, merci de m'avoir écouté, de m'avoir supporté dans mon audace indiscrète, merci de m'avoir fait sentir Tunion de vos sentiments à mes pensées, l'union de vos cœurs à mon cœur. En commençant, je me raisonnais pour m'assurer que je n'étais pas de trop dans cette enceinte. Au moment de la quitter, il me serait impossible de m'y sentir un étranger. Nous allons nous disperser de nouveau ; chacun reprendra sa lâche ; mais nous penserons avec joie que, sous des formes diverses, l'œuvre est commune, le mérite égal, pareille aussi la récompense.
Et maintenant, j'ai fini pour tout de bon. Enfants, c'est à votre tour ; à vous les couronnes, à vous les fanfares, à vous les baisers des mères, à vous les va cances !
DISCOURS
PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX
DU PETIT SÉMINAIRE D'ORLÉANS le 28 juillet 1884.