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Bienemann, op, laud., p

UN RECUEIL DE CONTES DE l'aUSTRALASIE 379

Il n'est g-uère de contes, parmi ceux qu'a rassemblés M. Bezemer, qui ne puisse être l'objet de rapprochements et de comparaisons comme ceux que je viens d'indiquer ; mais ce que j'en ai dit suffit pour faire apprécier l'importance de son recueil pour lequel il mérite nos plus vifs remerciements.

A. DE CALASSANTI-MOTYLINSKI^

Les études berbères et musulmanes viennent d't^lre cruellement éprouvées par la mort de M. de Calassanti-Motylinski, emporté par le Ivplnis, au retour de sa longue et fructueuse mission en pays touareg*.

Né à Mascara en mars 1854, il avait, après avoir terminé ses études classiques, embrassé la carrière d'interprète militaire où il se fit rapidement remarquer par son zèle, ses connaissances et ses aptitudes à remplir ces fonctions souvent délicates. En 1882, lors de l'annexion du Mzab, il fut envoyé au bureau arabe de Ghardaïa et ce séjour décida de sa carrière scientifique. Il s'occupa de l'histoire et des doctrines des populations mzabites, issues des Kharedjites, et sa connaissance profonde de l'arabe lui permit de faire sur ce terrain de rapides prog-rès. Déjà Duveyrier avait soupçonné l'importance des documents abadhites pour l'histoire de l'Afrique du Nord qu'on ne connaissait que par les récits des orthodoxes. Masqueray avait été plus loin. D'une mission heureusement accomplie en 1878, il avait rapporté divers manuscrits dont l'un, traduit sous le titre de C/rroniquefTAhou Zakarya fut publié par lui (Alger, 1870, in-8). Mais Duveyrier et Masqueray, faute d'une

1, JniivnnI asiatique, mai-jnin 1907,

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connaissance suffisante de l'arabe littéraire, ne pouvaient être que des précurseurs. Ils eurent le très grand mérite de frayer la voie : il était réservé à M. de Motylinski de la suivre avec succès. En 1885, il publiait, d'après des sources indigènes, l'historique d'un des Osour du Mzab : Guerara depuis sa fondation (Alger, in-8). La même année, il donnait sous le titre de Les livres de la secte abadhite (Alger, in-8), une précieuse contribution à l'histoire des Kharedjites, en commentant la lettre d'El Berràdi et en résumant le contenu des principales chroniques.

De retour à Constantine en 1887, il fut nommé peu après directeur de la Medersa et, à la mort du titulaire, professeur à la chaire d'arabe de Constantine. 11 abandonna alors la carrière militaire où il pouvait espérer un brillant avenir, pour se vouer tout entier à renseignement et aux recherches scientifiques. C'est ainsi qu'en 1899, il publia, sous les auspices du Gouvernement Général de l'Algérie, le traité des mansions lunaires de Mohammed El Moqri, Les Mansions lunaires des Arabes (Alger, in-8), en 19UU, les Itinéraires entre Tripoli et V Egypte (Alger, in-8) et en 190o dans le volume que l'Ecole des Lettres fit paraître en l'honneur du XIV' congrès des Orientalistes, le texte et la traduction commentée d'un traité religieux très en faveur chez les Abadliites, la 'Aqidah du cheikh 'Amr ben Djami'. La même année, il publiait à Constantine, à l'usage des Mzabites, une nouvelle édition de ce traité avec le double commentaire de 'Omar ben Ramdhàn et de Daoud etliTliolathi.

Mais en même temps qu'il s'initiait à l'histoire et

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aux dogmes des Abadliiles, M. de Mot \ linski ne négligeait pas les dialectes berbères qu'ils ont conservés grâce à l'isolementproduit par leur hérésie, au Mzab, à Djerbal), et au Dj. Nefousah. Lors de ma mission dans le Sahara en 1885, il avait été pour moi un précieux auxiliaire dans mes recherches sur les dialectes du Mzab. La présence d'un taleb intelligent du Dj. Nefousah lui permit de s'assimiler rapidement le Nefousi et le Djerbi. En 1885, il faisait paraître dans le Bulletin de Correspondance africaine une Chanson en dialecte de Djet^haei Brahim Ou Slimàn ech Chemmàkhi rédig-eait sous sa direction, en dialecte nefousi, une Relation du Djebel Nefousa qui futautograpliiée à Alger. Je conserve précieusement l'exemplaire qui me fut adressé par M. de Motylinski et Brahim et qui contenait, en manière de dédicace, des vers de ce dernier, contribution au maigre bagage poétique du dialecte parlé par les puritains de l'islam.

Cette relation renfermait sur les populations, les ruines, les mœurs, d'importants renseignements qui devaient rester lettre close pour les géog-raphes et les voyageurs, g-énéralement ignorants du berbère. Aussi M. dcMotylinski donna en 1898-1899 une transcription avec traduction, commentaire et vocabulaire, précédée d'une étude grammaticale, la première dont ce dialecte ait été l'objet. L'Académie des Inscriptions lui attribua le prix Volney, consacrant ainsi la réputation que s'était acquise M. de Motylinski. Le dialecte de Djerba était aussi l'objet de ses recherches et, en 1898, paraissaient \ç Dialogue elles textes en berbère de Djerba (^Paris, in-8, extr. du

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Journal asiatique). Le touareg non plus n'élail pas négligé. En 1902, il publiait une Note sur deux bracelets touaregs (Conslanline, in-8)où il déchiffrait des inscriptions tifinag'.

En 1903, la présence de marcluinds de Ghdaniès à El Oued l'ainenail à s'occuper du ghdamsi, et une mission du Gouvernement Général lui fournissait l'occasion de rapporter les matériaux d'un beau volume. Il parut en 19U4 sous le titre de Dialecte berbère de R'edamés (Pans, [90^) et renferme, non seulement une grammaire, des textes et un vocabulaire, mais encore des documents arabes, traduits en fran(;ais, sur lliistoire et la g-éographie de l'oasis et de toute la région.

Une découverte d'une extrême importance lui fournit le moyen d'exercer à la fois sa connaissance des doctrines kliaredjites et celle de leurs dialectes. Les Aqida c\ue nous possédons sont écrites en arabe, mais ont été primitivement rédig"ées en berbère. Il y a dix ans, un de ces textes, intitulé Modawanah d'Ibn Ghànem fut découvert à Djerbali par M. le commandant Kobillet et photog'raphié par les soins de la résidence g-énérale de Tunis. Par suite de quelles circonstances — qui ne sont pas un mystère pour tout le monde — tous les exemplaires de cette photographie de 594 pages vinrent-ils à disparaître, saut" un, je n'ai pas à le rechercher ici. Heureusement M. Hobillet en avait conservé un, et, g-ràce à son obligeance, M. de Motylinski put donner au X1V« Congrès des Orientalistes, une notice sur ce précieux texte : Le manuscrit arabo-berbère de Zouagha (t. Il, j). 09-78 des Actes, de la section des

,'>84 MLLANGKS AIRICAlNS i: (" OIUKNTMK

laiii-iies africaines) ^ Ce n'élail que le prélude d'une édition complète avec commentaire et traduction que M. de Motylinski était seul en état de faire. Oui s'en cliarg-era désormais? Ala même date, il trouvait l'occasion d'exercer son sens critique et sa connaissance du berbère sur un nom énigmatique, Yakouch, où l'on avait vu à tort le Bacchus des anciens et qui n'est que la traduction berbère très ancienne d'une épithète de Dieu {Le iiom de Dieu chez- les Ahadhites^ Alger, 1905, in-8)-.

C'est à ce moment qu'une lettre du P. de Foucauld, son vieil ami, établi à Temanghaset chez les Ahaggars, vint réveiller chez lui la passion du désert et le goût des explorations scientifiques. A vrai dire, lorsqu'il me parla pour la première fois de son projet, en novembre 1905, ce ne fut pas sans appréhension que je le vis décidé à atTronter, à son âge, les fatigues d'un long voyage et d'un été saharien. Mais son enthousiasme finit par me donner conhance ; il obtint, sous les auspices du Gouvernement Général de l'Algérie, une mission subventionnée par le Ministère de l'Instruction publique, l'Académie des Inscriptions, la Société de géographie d'Algérie et la Société archéologique de Constantine. Courageusement, il se mit en route, et chaque étape de son voyage fut marquée par une récolte. Aussi, lorsqu'il revint en décembre 1906, il rapportait une riche moisson : plus de 6.000 lignes

1. M. lié Motylinski a présenté au Congres deux autres mémoires qui uni paru dans le l. IV des Actes : 1" Chronique d /bu Segkir de Tiharel (Tagdemt) ; 2<^ Erpédition des Espdf/nols contre Ujerba.

t. Cf. mes arlicles, Le nom berbère de Dieu, Sousse, 1906, in-b ; Jtc cherche nu,- la reliyion des Berbères, l'aris, l'JlO, iu-b, p. 49-50.

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de textes touaregs sur les sujets les plus variés, un dictionnaire et un essai de grammaire \ des documents sur les dialectes du Gourara, des itinéraires géographiques, et en particulier celui du Tazerout, massif inexploré jusqu'à ce jour, de nombreux clichés photographiques et une collection considérable d'inscriptions rupestres.

Il revint fatigué, mais il ne crut pas qu'il lui fut permis de prendre du repos avant d'avoir adressé à l'Académie des Inscriptions un rapport détaillé de sa mission. Il consacrait à la rédiger une partie de ses nuits: sa journée était prise par son enseignement à la Médersa et à la chaire d'arabe. Aussi ofFrit-il une proie facile au typhus dont on ne reconnut pas d'abord les symptômes et qui agit d'une manière foudroyante. Le vendredi 22 février, il assistait à la séance de la Société archéologique de Constantine et communiquait à ses collègues des pliotog"raphies etfac^similésd'inscriptionsrupestres ; le samedi 3 mars il était mort malgré les soins d'amis dévoués. La ville de Constantine prit tout entière le deuil et, sur sa tombe, des amis et des collègues exprimèrent les reg-rets unanimes que causait sa mort.

J'ai parlé dusavant, je n'aurais [)as moins d'éloges à donner à l'homme. Tous ceux qui l'ont connu ont loué sa générosité et sa loyauté et ses amis ne ressentiront pas moins sa perte <[ue la science française.

1. [L essai de graiiiniaire et le «liclionnaiie Iraiiijaià tuuarey, cuiuplélés après sa mort, ont été publiés a Algei, l'JOS, iu-lL'J.

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