Reçue de l'histoire des Religions, mars-avril
s'il ne tue pas du coup, cause une syncope, de la fièvre et une sorte d'empoisonnement du sang-. L'abbé Henry, ayant reçu d'un chef de Komo l'anaihème en question, fut si émotionné comme il l'avoue, qu'il ressentit des tiraillements d'estomac, s'accrocha à un mur pour ne pas tomber et fut en proie à un malaise qui dura de cinq à dix minutes. D'ailleurs, il ajoute naïvement que la fatigue de deux jours de marche put bien y être pour quelque chose.
Une autre preuve de son manque d'impartialité, c'est sa haine (le mot n'est pas trop fort) pour l'islam'. Quelque opinion qu'on puisse avoir sur cette religion au point de vue du progrès, elle n'en subsiste pas moins et il n'est pas permis, en raison des millions de Musulmans que la France compte comme sujets, de se désintéresser de l'islam, comme le voudrait l'auteur (p. 51). Le fanatisme, dans un sens ni dans l'autre, ne peut diriger l'action d'un gouvernement. M. Henry restreint au strict minimum l'influence que l'islam a eue sur le fétichisme desBambaras. Elle ne se réduit pas à un simple emprunt de mots et. si la croyance en Dieu et aux génies est indigène, il n'en est pas de même d'une foule de légendes provenant de traditions défigurées par les
■1. Celte haine se manifeste d'une fai.on enfantine chaque fois qu'il en trouve l'occasion : par exemple, quand il cherche à ridiculiser la prière musulmane ; p. 13, au bas ; « Le Musulman hurlait à l'Orient sa fade formule et ses « Dieu est grand » ; il se prosternait, il s'accroupissait sur ses talons, secouant (.î/c) d'un air béat les index », p. 131-13i, « la fade et froide ïovm\i\e,\es stupides prosternations et \es gênantes ablutions des fils de r Islam ». Un Musulman fanatique, procédant à la manière de l'abbé Henry, aurait beau jeu àqualifierde la sorte les pratiques du catiiolicisme, comme le signe de la crois, l'inclinaison devant le Saint-Sacrement, les géaufleiions, l'usage de l'eau bénite, du Saint-Chrême, etc.
LES BAMBARAS "2 11
populations qui ont servi d'intermédiaires. La meilleure preuve, comme l'a fait remarquer M. Delafosse \ c'est que ces conceptions n'existent pas chez les Mandés païens, et que Dieu y est désigné par Ka ou San et non par le terme arabe Allah. A ce propos, M. Henry semble (p. 62) faire un reproche g-rave aux Bambaras de prononcer pour un lien le nom de Dieu. La formule Nébi Allah Tanoun (qui sig-nifie je remercie le prophète de Dieu et non je remercie Dieu) est, suivant lui, une banalité. Mais croit-il qu'en Europe, le nom de Dieu, surtout dans les jurons, ne soit pas prodigué à tort et à travers et attache-t-on une importance religieuse à la formule : Adieu? Cette critique mettra, je pense, en relief l'état d'esprit dans lequel l'abbé Henry a écrit son livre.
Mais il y a les faits qu'il a observés et rapportés et qui fourniront une riche mine quand on fera la synthèse du fétichisme chez les populations mandé dont les Bambaras ne forment qu'une partie. On peut citer tous les chapitres ; celui du Tabou où l'auteur établit bien nettement la différence avec les totems indiens ou australiens; les chapitres relatifs aux divers génies, et surtout ceux qui traitent de la vie sociale ; naissance, circoncision, mariage, funérailles. 11 faut signaler aussi diverses légendes, celle des deux Koulouhali (p. 18-19) ; celle d'une branche Faraoulè (p. 19-20); celle des deux DJara (p. 20); celle des Sourakés (p. 20-21), celle des voyageurs à la Mekke (p. 131-132); plusieurs chansons et for-