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Pourquoi In révolution a pu durer malgré F état des finances, et n’a pas péri, malgré les prédictions, faute d'argent.

On peut réussir dans les choses qui demandent les qualités que l’on possède; mais on n’excelle que dans les choses où l’on est encore servi par ses propres défauts. Ceci explique pourquoi les Français sont si supérieurs dans la guerre à ce qu’on les voit dans la vie civile et le gouvernement, et en général partout ailleurs que sur le champ de bataille.

Puissance militaire qui subsiste au milieu de la faiblesse du gouvernement intérieur et du mépris qu’il inspire, visible surtout sous le Directoire...

Révolution profonde dans la manière de faire la guerre, nouvel aspect de la guerre ; l’un des plus grands caractères de la révolution française.

Audace et violence naturelles aux gouvernements déinocra-

tiques, accrues quand ils sont révolutionnaires et j’ajoute français.

F Connivence des vices de l’esprit de l’homme et de ceux du temps; un esprit désordonné dans un temps révolutionnaire; réaction de l'une des deux causes sur l’autre.

Presque tous les plans de coalition ont échoué jusqu’à celui de 1815.

Cause : La vieille diplomatie qui ne pouvait se faire à la nouveauté de la situation, où tous les avantages particuliers étaient secondaires au prix de la chute de l’ennemi commun.

— Pourquoi la coalition a réussi en 1813 :

1° L’élan des peuples poussant les rois;

2" Les victoires mêmes de la République et de l’Empire qui avaient détruit les petits Etats et concentré toute l’activité politique dans deux ou trois mains.

Bien mettre en relief et faire toucher du'doigt cette désunion de l’Europe qui, avec la concentration de la puissance publique en France, a été la cause des victoires.

Finir ce chapitre sur les guerres de la révolution française par l’Angleterre capable de se défendre, parce qu'elle a opposé à la force française uue force analogue, un gouvernement centralisé et une nation debout. Ce n’est pas la mer qui la sauve : c’est son esprit; c'est sa constitution; c’est surtout sa liberté. Grand spectacle : la liberté seule capable de lutter contre la révolution...

Il n’v a pas eu de costumes pendant toute l'époque terrible de la Révolution. Ce n’est que quand le j khi voir

lui tombé dans les mains misérables du Directoire qu'on inventa un coslume splendide pour celui-ci, el lorsque, après le 18 fruclidor, le Corps législatif se fut laissé mutiler et avilir, qu’on imagina le manteau de pourpre |>oiir le couvrir...

Note sur le Mercure britannique (Mal! et du Pan).

Quoique ce recueil soit très-remarquable, surtout aux approches du 18 brumaire, il y règne moins de liberté et de sérénité de jugement que dans les correspondances de Mallet du Pan avec les princes. On voit que la colère a gagné l’auteur et qu'il écrit pour un public que le même sentiment contre la révolution française el la France emporte. Comparé à d’autres écrivains du temps il est singulièrement modéré; au pointde vue de la vérité absolue, il est très-violent...

Ce qu’on voit le mieux dans cet ouvrage, c’est le mouvement extérieur et conquérant de la Révolution française dans ses différentes vicissitudes. D’abord à la fin de 1 798 et au commencement de 1799, l’insolence et l’avidité du Directoire victorieux, la destruction de la monarchie sarde et du royaume de Naples, l’occupation de la Suisse, le langage hautain des plénipotentiaires à Rastadt; le mépris, l’horreur qu’inspire le gouvernement français à tous ceux qui sont ennemis de la Révolution; la peur qui domine tous ces sentiments; l’Europe vaincue el éperdue ; le désespoir de résister désormais à la puissance de la France; l’irrésistibilité de ses armes; la’ patience et l’accablement des grands cabinets, excepté le cabinet anglais ; les jalousies et les cupidités persévérantes des petites puissances qui ne songent encore qu’à profiter de l’épuisement de FEurope; l’immobilité de la Prusse; la colère des peuples foulés et pillés par la France, qui commence à dominer leur goût révolutionnaire pour vin. 13

elle; puis vers le printemps, quand les Russes entrent pour la première fuis en scène et que les Autrichiens reprennent les arine3, les revers de la France, la joie mêlée d’étonnement de ses ennemis, le mépris pour ses forces aussi exagéré que l’idée écrasante qu'on en avait un peu auparavant, l’élan de l espérance de scs ennemis allant immédiatement jusqu’à conquérir le pays. Les peuples commencent à répondre à l’appel du souverain, mais bien moins qu’on ne pouvait le prévoir. Les souverains eux-mêmes craignent encore presque autant l’appui des peuples que leur indifférence, et ne désirent d'eux que des hommes et de l’argent. Enfin, vers l’été, ce gouvernement révolutionnaire de France, qu’on avait cru impuissant après l’avoir jugé tout-puissant, reformant ses armées, écrasant les Russes en Suisse, reportant la guerre en Allemagne et rétablissant l’égalité de la lutte (sans avoir repris pourtant l’Italie perdue), et arrivant ainsi à l’hiver, durant lequel la révolution se transforme par le 18 brumaire, et devient uniquement militaire et conquérante.

Époque qui suit la Terreur.

Conversation entre MM. Molé, *** et moi, sur la Révolution et les temps qui ont suivi. (3 avril 1855.) Curieuse surtout comme se rapportant au temps qui succéda à la Terreur.

Le livre de M. de B***, disait ***, est, en somme, ce qu’on a écrit de plus lidèle sur la Révolution française, celui qui fait connaître le mieux les événements et les actes des hommes. Mais la vie réelle ne s’y trouve pas mieux qu’ailleurs. L’auteur comprend tout, excepté la |>assion vraie. La boursouflure, le mauvais goîU des personnages lui font toujours croire qu’ils jouent un

rôle. Le côté sérieux lui échappe . 11 ne peut se figurer ce qu’il y avait de sincère et de vrai au milieu de toutes ces exagérations. M, Molé fut de cet avis. — Cette vérité intime, dit-il, manque en effet à l’ouvrage pour ceux qui ont vécu dans ce temps; mais je ne la retrouve dans aucun livre. Aucun des historiens de la Révolution ne se sont mis en plein dans l’esprit de l’époque et ne le reproduisent dans leurs écrits. On s’en ferait mieux une idée en parcourant tous les petits écrits du temps. 11 y a surtout une époque qui m’est plus présente que hier; c’est celle qui a succédé à la terreur, le temps du Directoire : aucune histoire n’en donne la moindre idée. — Il vient de paraître, répondit **’, un livre qui fait mieux connaître l’époque dont vous parlez que tout ce que j’ai lu. C’est l’Atelier de David , par Delécluze. On ne saurait rien imaginer de plus vivant et qui peigne mieux celle époque transitoire. Ce qui me frappe le plus, ajoutait***, c’est à quel degré ce temps, au milieu de toutes ses incohérences, de ses vices, de son chaos, était supérieur en un point au nôtre. On avait des convictions vraies ; chacune suivait hardiment, passionnément la sienne, s’occupant d’elle et non du rôle qu’elle lui faisait jouer, faisant ainsi les choses les plus excentriques, les plus bizarres, quelquefois les plus ridicules, sans vouloir' se singulariser. — M. Molé disait que c’était parfaitement vrai ; que celte peinture du temps était exacte; que jamais elle n’a été bien faite dans un livre, cl que c’est pour cela que la lecture d’aucun ouvrage sur la Révolution ne lui a jamais donné l’idée de la

vérité ni pu concorder avec ses propres souvenirs. Personne n’a bien reproduit non plus le spectacle que présentaient les hautes classes au retour de l'émigration. Ce temps est resté pour moi le plus attachant de toute ma vie. Nous n’avions aucune idée de rechercher la jouissance du bien-être matériel. Nous n’avions aucune préoccupation d’affaires, point d’ambition ; nous ne vivions que pour les choses de l’esprit, les plaisirs intellectuels des idées, le culte des arts. Jamais l’esprit n’a plus créé la véritable égalité entre des gens de conditions différentes.

Pour en revenir au livre de Delécluze, disait “*, il est bien certain qu’au sortir même de la terreur, et malgré l’horreur qu’inspirait David, son talent transportait toutes les âmes. Ma bonne me menait pour le voir passer. Je savais trois noms : Bonaparte, Moreau et David. C’était une ardeur et un enthousiasme de renaissance. — Cela est si vrai, disait M. Molé, que tels et tels (il les nommait) qui venaient de perdre toutes leurs familles sur l’échafaud et exécraient de toutes les forces de leur âme les terroristes, allaient néanmoins étudier dans l’atelier de David, et adoraient le peintre...

— On en vint à parler de Napoléon. Personne ne l’a encore peint tel que je l'ai connu, disait M. Molé. Les historiens de l’Empire ont peint l’Empereur; mais l’homme lui-même, la réalité de cet être étrange leur échappe. Ce que personne notamment n’a encore peint, c’est Bonaparte, maître de tout avant de rien connaître, apprenant toutes choses en même temps qu’il gouvernait

i toutes choses ; abordant lous les sujets dans ses conversations, ceux même qui lui étaient le moins familiers, se livrant à toutes sortes de témérités intellectuelles, trouvant son plaisir à se lancer dans toutes les voies, toujours inattendu, éclatant, osant dire ce qu’il n’aurait jamais ose dire quelques années plus tard. Cette première fougue du génie dans l’inconnu et le nouveau, qui l’a décrite?

On a cité alors comme donnant quelques notions vraies sur lui le nouveau livre de Rœderer, les Mémoires inédits du duc de Vicence alors disgracié et mécontent; ouvrage très-curieux qu’a lu M. Pasquier.

...Cette demeure est triste, dit Rœderer au premier consul nouvellement installé aux Tuileries.

— Comme la Grandeur, répond l’autre...

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