DU 18 BRUMAIRE A L’EMPIRE
Bonaparte.
On peut dire qu’il a étonné le monde avant qu’on
sût son nom, car lors delà première campagne d’Italie on le voit écrit et prononcé de différentes manières; entre autres dans une ode à sa louange de l’an V, intitulée Vers sur les premières victoires de Buonaparte, et où l’on trouve cet hémistiche :
El toi, postérité,
Comble de tes honneurs l'heureux Uuonaparté...
...Je lis dans une lettre de Cicéron, qu’étant à la campagne, il s’étonnait de voir que tous les paysans étaient du parti de César. 11 n’aper<;oit cela qu’en causant avec eux. Ne croiraiton pas être en France (1800)?...
Idée que les étrangers eux-mêmes ont que Bonaparte doit prendre le souverain pouvoir...
Dès le temps du Directoire, Wieland, dans les dialogues où il discute et réprouve le système des Jacobins, soutient que, pour finir les maux de la France, il faut concentrer tous les
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pouvoirs dans les mains d’un seul homme, el que cel homme doit être Bonaparte...
(F. Mounier, Influence attribuée aux philosophes. Tiibinyen. P. 215.)
Centralisation administrative.
Il ne faut jkis s’exagérer l’influence qu'exercent sur la destinée des peuples les vices de la machine administrative. Les principales sources du bien et du mal sont toujours dans l’esprit qui les meut. Cette vérité lut bien mise en lumière au moment où la centralisation se reforma.
Ce sont les mœurs, non les idées qui l’ont faite.
Condorcet, comme tous les hommes de ce temps, est ennemi de la centralisation administrative. Tout en voulant ôter aux provinces ou ne pas leur laisser les droits de la souveraineté, ils leur accordent une grande liberté pour l'administration de leurs affaires, et en général respectent la liberté locale 1 ;
De même Péthion,qui veut abolir les intendants et remettre toute l'administration entre les mains d'assemblées locales :.
18 brumaire.
Quand il s'agit de savoir ce qui peut ou doit arrêter une révolution, ce n’est pas la grandeur ou la force in-
* Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales, Condorcet, 2 vol. in-8, 1788.
* Avis 'ante Français, IV-lhion, I vol. grand in-12, 1788.
Dl' 18 BRUMAIRE A L’EMPIRE.
trinsèquc de l'obstacle à vaincre qu'il faut considérer, mais l’ensemble des circonstances.
Il y a des temps où un géant n’est pas assez fort pour arrêter le cours d’une révolution, et dans d’autres un nain y suffît.
Au commencement de la Révolution française, on croyait à chaque instant qu’elle allait être arrêtée, tantôt par celui-ci, tantôt par celui-là. Vers la fin on ne croyait pas qu’elle pût être arrêtée par rien. Il semblait que tout ce qui voulait y faire obstacle dût être ou immédiatement ou bientôt emporté par la mobilité de toutes choses : double erreur. . .
Comment les mêmes faits paraissent supportables ou insupportables au même peuple suivant qu'ils tombent dans le courant de l'opinion ou en dehors...
Bonaparte impose vingt-cinq centimes additionnels en arrivant au pouvoir ; on ne dit rien. Le |>euple ne se retourne |>as contre lui. L’ensemble de ce qu’il faisait était populaire. Le gouvernement provisoire prend une mesure analogue en 1848 et succombe aussitôt sous l’anathème. Le premier faisait la révolution dont on voulait; le second, celle dont on ne voulait pas.
Consulat.
Bonaparte avait (jour les Jacobins le mérite d’être l’adversaire d’une restauration royaliste; pour les roya-