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Il est presque impossible de déterminer la population pauvre et honnête de nos campagnes à aller chercher fortune hors de sa patrie. Le paysan craint moins la misère dans le lieu qui l’a vu naître que les chances et les rigueurs d’un exil lointain. C’est cependant avec celle espèce d'hommes qu’on peut former le noyau d’une bonne colonie.
Transporté à grand’peine sur un autre rivage, on le fixe difficilement. On ne remarquera jamais chez lui ce désir ardent et obstiné de faire fortune qui stimule chaque jour les efforts de l’Anglais et semble tendre à la fois tous les ressorts de son esprit vers un seul but. Le colon français améliore lentement la terre qu’on lui livre. Ses progrès en tout sont peu rapides; peu de chose suffit à ses besoins; on le voit sans cesse entraîné par les charmes d’une vie oisive et vagabonde.
A ce premier obstacle qu’oppose notre caractère national, viennent se joindre ceux qui naissent de nos habitudes politiques et de nos lois.
Depuis plusieurs siècles, le gouvernement en France travaille sans cesse à attirer à lui la décision de toutes les affaires. Aujourd'hui on peut dire que non-seulement il gouverne, mais encore qu'il administre toutes les pal lies du royaume. Je ne recherche point ici ce qu’il peut y avoir d’utile ou de dangereux dans cet étal de choses : je me borne à constater qu’il existe.
Les obligations légales et les habitudes politiques qui en résultent sont peu favorables à la fondation et surtout au développement d’une colonie. Si le gouvernement
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se trouve souvent dans l’impossibilité île juger sainement et trancher en temps opportun les difficultés qui s’élèvent dans une province voisine du centre de l’empire, il en sera à plus forte raison de même quand il faudra s’occuper d’intérêts qui s’agitent à trois mille lieues de lui.
Fournir les moyens d’exécution, choisir d’habiles agents, imposer certaines lois générales dont il ne soit pas permis de s’écarter, telles sont les seules obligations que doive s’imposer la mère-patrie lorsqu'elle envoie quelques-uns de ses enfants chercher fortune dans un autre hémisphère. Quant aux soins journaliers de l’administration publique, aux efforts individuels des colons, la métropole ne peut ni ne doit avoir la prétention de les diriger. Cette marche est celle qu’ont adoptée toutes les grandes nations colonisantes. Mais on doit remarquer qu'aucune d’elles n’avait centralisé le gouvernement dans son sein.
Il n’en a jamais été de même chez nous. On a vu au contraire la France s’efforcer sans cesse de transporter au delà des mers des principes de gouvernement et des règles administratives que repoussait la nature même des choses. Soit manque de confiance dans ceux qu’il employait, soit plutôt jalousie de pouvoir et empire des habitudes, le gouvernement français a toujours fait des efforts surprenants pour conserver à la tète de la colonie la même place qu’il occupe au centre du royaume. On l’a vu vouloir juger ce qu’il ne pouvait connaître, réglementer une société différente de celle qui était sous ses
NOTES DE Y OTAGES
yeux, pourvoir à des besoins qu’il ignorait,, el jiour taire nieilleure justice, tenir tous les intérêts el tous les droits eu suspens. Il a voulu tout prévoira l’avance. 11 a craint de s’en rapporter au zèle ou plutôt à l’intérêt personnel des colons. Il lui a fallu tout examiner, tout diriger, tout surveiller, tout faire par lui-même. Il a embrassé une œuvre immense cl s’est épuisé en vains efforts.
D’un autre côté l’éducation politique que le colon français reçoit dans sa patrie l’a rendu jusqu’à présent peu propie à se passer facilement d’une tutelle. Transporté dans un lieu où, pour prospérer, il lui faut se diriger lui-même, il se montre gêné dans l’exercice de ses droits nouveaux. Si le gouvernement a la prétention de tout faire pour lui, lui de son côté n’est que trop porté à en appeler au gouvernement dans tous ses besoins. Il ne se fie point à ses propres efforts. Il se sent peu de goût pour l’indépendance, el il faut presque le forcer d’être libre.
L’exemple du Nouveau-Monde a prouvé cependant que si l’énergie individuelle el l’art de se gouverner soi-même était utile à toutes les sociétés, il en était surtout ainsi pour celles qui naissent el se développent, comme les colonies, dans un isolement forcé.
L’bistoirc des derniers siècles présente, il faut l’avouer, un singulier spectacle.
On y voit la France entreprendre un vaste système de colonies. Les plans sont habilement conçus, les lieux bien choisis. Il s’agissait d'unir par une chaîne non interrompue d'établissements le Saint-Laurent au Missis*
sijti, cl do fonder ainsi dans le centre de l’Amérique du Nord un nouvel empire français dont le Canada et la Louisiane eussent été les deux débouchés.
l>e grands sacrifices d’hommes, d’énormes dépenses d’argent et de soins sont faits pour atteindre ce but. Le gouvernement s’occupe sans cesse de ces nouveaux établissements et n’abandonne pas un seul instant le devoir de les diriger; et pourtant, malgré tant d’efforts, les colonies languissent. La terre s’ouvre en vain devant les pas des Français; ils ne s’avancent point dans les déserts fertiles qui les entourent ; la population ne croît qu’à peine. L’ignorance semble s’étendre. La société nouvelle reste stationnaire. Flic ne gagne ni force ni richesse. Kilo succombe enfin après avoir lutté avec un courage héroïque contre l’agression étrangère.
Près de là, sur le littoral de l’Océan, viennent s’établir les Anglais. Les tins sont envoyés par la mère-patrie, les autres sont plutôt échappés de son sein. Une fois qu’ils ont mis le pied sur le sol américain, on dirait qu’ils sont devenus étrangers à l'Angleterre, tant celle-ci semble peu préoccupée du soin de les gouverner. Ils ont dès le principe leurs assemblées {(obliques et leurs tribunaux; ils nomment la plupart de leurs magistrats, organisent leur milice, pourvoient à leurs besoins, font leurs règlements de police et leurs lois. La métropole ne se mêle presqu’en rien de leurs affaires intérieures; elle n’agit que pour protéger leur commerce et les garantir des attaques de l’étranger.
Et cependant ces établissements ainsi abandonnés à etiv
NOTES DE VOYAGES
mêmes, qui ne coùlent ni argent, ni soins, ni efforts à la mère-patrie, doublent leur population Ions les vingt-deux ans, cl deviennent des foyers de richesses et de lumières.
Il faut le reconnaître, parce que l’expérience le démontre, fonder une colonie est pour la France se livrera une entreprise pleine de périls et d’un succès très-incertain..
Dernière chose à considérer :
Pour fonder une colonie lointaine, il faut être assuré d’avoir cl de conserver l’empire de la mer. . .
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I.E LAC CllAMPLAIN. BOSTON. HARTFORD. NEW -YORK. PHILADELPHIE.
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