ARISTOCRATIE
... Les sentiments dehaine qu’inspire l’aristocratie ne sont pas toujours en proportion de ses abus et de scs vices...
On voit que dans des pays étrangers, où l'aristocratie semble avoir été aussi vicieuse et aussi abusive qu’en France, la haine qu’elle a inspirée et qu’elle inspire encore est infiniment moins amère, moins violente, moins vivace que parmi nous, et l’on s’en étonne. On ne fait pas attention à ceci : ce qui enflamme, aigrit, exaspère la haine que l’aristocratie inspire, et éternise la rancune des classes, ce n’est pas seulement la grandeur des abus, c’est la durée et la vivacité de la lutte à laquelle ils ont donné lieu. Telle aristocratie très-abusive qui s'affaisse lentement sous l’effoit du temps, ou qui tombe rapidement et violemment sous le coup d’une cause étrangère, ou sous Faction d’un pouvoir capable de comprimer à la fois tous les partis et de faire la révolution sans exciter la guerre, une aristocratie de cette nature peut, apres sa chute et même avant que sa chiite soit entièrement accomplie, exciter moins de haine, susciter moins de rancune, laisser après elle un bien moins mauvais renom que telle autre qui, moins abusive, n’a péri ou ne s’est affaissée qu’au milieu de longues luttes civiles. Ce n’est donc pas aux fautes seules et aux torts d’une aristocratie
PENSÉES DÉTACHÉES
qu’il faut demander compte des sentiments qu’elle laisse après elle; c’est encore la façon dont elle a été modifiée ou détruite qu’il faut considérer.
Il est rare qu’en France il ne soit pas permis au
gouvernement d’être violent, quand il ne blesse que le droit et la justice sans atteindre la foule.
Sim U NOBLESSE AV INT l'89.
Tout ce que dit Sieyès sur la noblesse est très-vrai
en soi. Il est bien certain que la noblesse, en l’état où elle était arrivée, et au point où la nation en était venue, était une caste sans fonction et sans utilité ; et c’est cette vérité, si vigoureusement exprimée, qui est le mérite et qui lit le succès de Sieyès. Mais le faux était : 1" De ne pas voir que ce fait anormal était si ancien, si enraciné et touchait à tant d’autres faits respectables, était lui-même si digne d'égards par son antiquité, cette mère du droit, qu'au lieu de le faire disparaître tout à coup, il fallait le démolir graduellement; 2“ que si la caste était en < lïct une institution mauvaise en soi, et de plus inutile, le système de la majorité purement numérique ne l’était pas moins ; qu’une certaine influence des traditions, l'élément aristocratique, en un mot, était très-nécessaire dans un gouvernement libre, surtout dans un gouvernement libre inexpérimenté, et que cette caste, ramenée peu à peu à n’ètre qu'une partie de la nation, était pour la France une ressource précieuse qu’il était très-faclieux de détruire ; qu’il n’était pas vrai, enfin, que le tiersétat fût une nation complète, ou du moins qui pût, réduit
CENSÉES DÉTACHÉES. 18D
à lui-même, former un ordre de choses stable et libre. .
(Notes sur la brochure, page 12, Qu’est-ce que le Tiers ? par l'abbé Sieyès.)
Dès (jue vous voyez par, litre un desjiote, comptez que vous allez bientôt rencontrer un légiste qui vous prouvera doctement que la violence est légitime et que les coupables sont les vaincus.
Ce sont deux plantes qui croissent toujours ensemble dans le même sol.
Au commencement des révolutions, les maux sont toujours pires que les craintes ; et à la fin, les craintes pires que les maux
n» DU TOME HUITIÈME.