‹ Mélanges américainsChapitre 43 sur 86 · JA · texte numérisé non relu

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Il appert de ces tableaux (]ue déjà presque i pour loo de la population des Etats-Unis appartient aux écoles secondaires. Dans 19 des ^5 Fltats, la proportion est de plus de 1 pour lOo; dans le Nebraska, elle atteint le chifi're étonnamment élevé de 17/18 millièmes. Il est bon d'ajouter que l'augmentation récente dans la présence des élèves coïncide avec de meilleurs prof^rammes d'étude. Il y a sans aucun doute difïerentes influences causant ce flot montant ; l'intérêt croissant dans l'Enseignement supérieur a fortifié les écoles moyennes et vice versa, l'augmentation des écoles moyennes a servi d'appui aux écoles supérieures. La liberté avec laquelle les écoles et les études profitent pour satisfaire à toute espèce de besoins les a rendues attravantes pour les jeunes gens suivant des buts différents. Le caractère public de beaucoup des travaux de l'école en fait un centre d'intérêt et de critique universel, qui pousse les jeunes gens à continuer leurs études pour pouvoir prendre leur part dans cette vie intéressante. L enseignement gratuit, même pour des étudiants qui demeurent loin de l'école, en encourage beaucoup à aller à la haute Ecole pour leur permettre de recevoir une instruction plus qu'élémentaire. Il paraît d'ailleurs que l'opinion publique et le législateur sont d'accord pour que la moyenne des garçons et des filles capables reçoivent au moins une teinture d'enseignement secondaire.

BAIIIA E\ 184;

Di:i \ LETTRES DE M. F< ) RTII- 1{ OT EN

Envovc et Cliarj^é d'AITaires en Cliinc'.

J'ai (loiiiir ailleurs" les inntirs (jui ont décidi- lo (r(»iiv«'rnement de Lous-Piiii.ippe à créer une légation en Chine à la tète de la((uelle fut j)Iacé en qualité d'Knvoyé et (^harj^t' d'Ad'aires, M. Forth-Rouen, secrétaire de la Légation de France i» Lisbonne.

M. FouTM-Roi K>' ' mit il la voile sur la corvette la licnnnnaise à Cherbourg le y'j avril iS'iy ; après avoir lait escale il Falmoulh, ii cause du mauvais tem|)S, :i Lisbonne, aux Canaries, la Bayonnaise arriva enfin ii Bahia le y juillet iM'iy où elle resta jus(|u'au 23 ; elle se rendit ensuite ii Simon's Town (Cap de Bonne Espérance).

Ce sont les deux lettres relatives au séjotir de la lîaynnnaise ii Bahia écrites au Ministre des AlValres étrangères a Paris par M. l'orth-llouen rjue nous donnons ici.

I. Elirait ilii Jonrnnl de la Sori^lr îles .\inrric<tnittf3 <lr l'nris. Nouvelle S^rie, t. IV, No. i, 1907.

a. Im ftrfinirre Uijatinn ci.? l'ninrr en Chine (l'*'»")- DocumenU in^itilt |iubli^« |nir Henri (lordicr. (T'oiinij l*a», Jiiillel iy<»*>, |»- .<5l .tttM).

3. S'iphie-ICtie Memmlrr. huron E<ih f Ii-Rm km, ii^ en mai tXmj ; «irnum^rairr U U direclinii |iolilii|iie, l<) «vril iH.ln ; nllacli^ l'i Lun<ir«>«, |5 juio l83l ; conimi* U \a dirertiun |>ulitiquc, I" «n«i iMU.'J ; alUrli^ |»«)i' au rabinel, lM3() ; «eoriilaire éi l.i%h<iiine, iT) d^oeiiibrr l8'il; en»o»^ charge d'afhire* en Chine, ly janvier |M'|-; ; minitira |»Uni|Mijrnliair« à Lithonor, 10 Wvriur l8.'n, nmi» nonim/' i \lliéne». 1 avril iM.'ii ; k l>rf%«lr, ai) BO- Tcmbre iS.'i^ ; en <li%|HMiibilili' en |H(iH ; niurl k l»ari«, l3 iirceaibr« 1886; grantl-oFHrier lie la l.é-gum irinMineiir deiiui* l8(^)

Dom Pedro II de Alcantara, né le 2 décembre 1826 à Rio- Janeiro, régnait sur le Brésil depuis l'abdication de son père, Dom Pedro I", le 7 avril i83i; le 3o mai i8^i3, il avait épousé Thérèse Christine Marie des Deux-Siciles.

Il pourra être intéressant de rapprocher les lettres de M. Forth-Rouen de la relation du voyage de la Bayonnaise donnée par le Commandant (depuis amiral Jurien delà Gravière) ' pour ce qui concerne l'Extrême-Orient, car ce dernier ne fournit aucun détail sur les débuts de la navigation.

Bahiii, 16 juillet 1847.

Monsieur le Ministre,

La Bayonnaise est arrivée à Bahia le 7 de ce mois, à cinq heures du soir, juste un mois après son départ de Lisbonne. La traversée a été aussi heureuse que rapide. Nous avons eu constamment le vent favorable et nous n'avons rencontré que quelques jours de calme sous la ligne, ce qui nous a permis d'atteindre promptement et sans fatigue notre destination. Nous avons déposé Monsieur le vicomte et Madame la vicomtesse de Barral, qui sont descendus à terre le jour môme de notre arrivée.

Par suite d'un singulier oubli de la part des constructeurs de la Bayonnaise^-, nous avons été forcés de prolonger notre

1. Voynge en Chine et diins les mers et archipels de cet empire pendiinl les anni-es 18^7-1848-18/19-1850 par Jurien de La Gravière, Capitaine commandant la Corvette La Bayonnaise, expédiée par le gouvernement français dans ces piirages, avec une belle carte gravée sur acier. Paris, Charpentier, 2 vol. in-8. 2 me éd. l864.

2. La Bayonnaise a\a\t vt^ construite par l'ingénieur ^L de Moras. « Malgré un tirant d'eau peu considérable, elle portait sans fléchir vingt-huit canons obusiers du calibre de 3o et un équi(>age de deux cent quarante hommes. Souple et docile comme un cheval de race, on éprouvait à la guider, dans un détroit sinueux, ou à travers les embarras d'une rade encombrée de navires, je ne sais quelle secrète émotion de plaisir jaloux et de fierté satisfaite ». (Jurien, I, p. 5). Il est regrettable que le Commandant Jurien ne nous ait pas fait part de ses imj)ressions à Bahia.

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séjour à Bahia. Il parait que l'eau (]ui s'introduit dans la cale ne trouvait pas d'écoulement; elle s'accumulait dans cet endroit, v croupissait, et répandait une odeur infecte dans tout le bâtiment. Indépendatnment de celte cause d'insalubrité, due à la négligence et l'incurie des constructeurs du port de Cherbourg, il pouvait en résulter un danger réel pour le navire, et, dans le cas où il se serait fait une voie d'eau, le jeu des pompes eût été immédiatement paralysé. On a profilé de la relâche pour réparer ce vice et prévenir les accidents qu'il aurait pu déterminer. On l'a mise également ii profit pour remplacer les vivres (jui avaient été consommés par l'équipage, et l'on a procédé chez le Consul de France à l'adjudicatijm publique des fournitures (ju'il v avait nécessité d'embarquer.

La prolongation de notre séjour dans cette ville peut être considérée comme un contre-temps très fâcheux, car nous ne pouvons plus arriver maintenant dans les mers de Chine qu'à 1 époque dr la plus mauvaise saison et nous allons rencontrer partout des vents contraires qui exerceront sur la durée de notre vova^'e une infiuence reffretlable. J'ijxnore quels sont les projets du Commandant Juricn, et je ne sais pas encore quelle route il se propose de suivre. V. K. se rappelle ce que j'ai eu l'honneur de lui écrire au sujet de la conversation (jue j'aie eue avec l'amiral pARkEu', et le conseil qu'il donnait de |)rendrc par la Nouvclle-IIollandtet de passer ii Sidney, |)our aller de la {gagner les îles Mariannes. M. Jurlen a paru Irappé de ces observations, et peut-être se décidera-t-il à s'v conlormer. Ouant ii moi, ce que je désire le plus ardriumcnt, c'esl de perdre le moins de tcms possible, d'éviter toutes les causes de retard, et d'arriver promplement ii mon poste. J'ai hâte de m'\ trouver, et dt' pon\«)ir r»-iiiplir dune manière utile les horiora-

I. S !• e Vii.ir il W illtiiin /'.ir/.rr. nr !«• !•"' dri- l^"*!, m->rl Ir l.»n..« I ■»•.«>, ■ «■il prit pari k In guerre de (Iliine (iH^i) ; il «lail alor* (^omniandant en «•lief de la M^ililerrun^e ; la plupnrl dr %e% nutiret iLiirnl «{■•r« U \lbèiir«, mai* lui, ■««)■ hivrriié ddii» le Ta|(r tur l'Ilibfrttia, (mikUiiI la prcoii^re Bioili^ dv 1847.

H6 MKLANCKS AMÉRICAINS

l)les fonctions, dont la bienveillance du Roi a daigné me charger.

Rien nest pittoresque, rien n'est curieux, pour un Européen arrivant pour la première fois dans une ville d'Amérique, comme la vue de Bahia. Cette terre du Brésil, dont la végétation est si vigoureuse, cette variété d'arbres particuliers au climat des Tropiques, dont la forme et le feuillage sont si difl'érents de ceux qu'on rencontre dans les climats tempérés produisent un efi'et merveilleux. C'est le coup d'oeil que présente l'entrée de la rade de Bahia, et, en apercevant la terre, on peut jouir immédiatement de ce beau spectacle. Quant à la ville, elle offre un aspect de malpropreté et de misère qui cause une impression pénible. On est saisi d une sorte de tristesse, en voyant ces esclaves, hommes et femmes, demi-nus, qui forment la plus grande partie de la population de Bahia, la seule qu'on aperçoive dans les rues, espèce de bêtes de somme qu'on emploie i» tous les transports, et qui circulent chargées de pesants fardeaux. Toutefois, il faut le dire, ces esclaves paraissent forts, gais, bruvants et bien portants ; il faut si peu de chose pour les nourrir, pas plus physiquement que moralement. jMaislorscju'on descend un peu plus avant, on reconnait que cette apparente Insouciance cache quelquefois un fond de chagrin, et que le désir de la liberté germe dans leur cœur, aussi bien que dans celui des hommes plus civilisés. Beaucoup de ces malheureux s'affranchissent des peines de la vie en se suicidant. Près du Consulat, il existait un arbre, (|ui présentait sans doute plus de facilité qu'aucun autre pour accomplir cet acte de désespoir, et qui avait été témoin d'un si grand nombre d'accidents de ce genre que le propriétaire s'est vu dans l'obligation de le faire abattre pour éviter le retour de ces scènes pénibles, qui se passaient journellement sous ses yeux.

La traite continue à s'opérer avec la même activité. Près de dix-huit mille esclaves sont entrés cette année dans Bahia; on en attend un plus grand nombre encore. L'Europe peut-elle faire plus d'efforts qu'elle n'en a faits jus-

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«ju'ici pour arriver à r^xtiiictioii complMo de cr honteux trafic'/ Cela me parait impossible. Il y a donc tout lieu de croire que ce commerce durera encore longtemps. Il serait <lifl[icile du reste de trouver un Brésilien qui partafreàt. au sujet de la traite, les idées des Kuropéens. Non seulement, au point de vue de leurs intérêts, elle leur parait indispensable, et ils sont persuadés que du jour où elle aurait cessé, l'existence du Brésil, dont toute la richesse consiste dans ses plantations, se trcmverait perdue; mais au point de vue <le l'humanité, ils ne la regardent môme pas comme illicite, car ils sont convaincus que les noirs ne sont pas aptes à autre chose que ce qu'ils leur l<»nt faire et qu'ils sont mieux traités chez eux qu'ils ne le seraient dans leur propre pavs. Je vais citer un fait qui peut donner une idée exacte de la manière de voir des Brévsiliens it cet égard. Dans une église de Bahia, parmi un grand munbre d'cr-i'oto, j'ai vu un tableau représentant un vaisseau négrier sous pavillon brésilien, deux vaisseaux, l'un Irancais et l'autre aimlais. lui <lonnent la chasse. Dans le ciel apparait la figure du Christ qui, de sa main |)uissante, protège le vaisseau brésilien. Ce vaisseau échappe au danger fjui le menace et entre paisiblement dans la rade. Cette peinture est toute récente.

La population nègre de Bahia est devenue tellement c<msidérable (ju'elle peut donner de sérieuses inquiétudes et chaque année le gouvcrnemenl est obligé d'en faire sortir un certain nombre de la ville, liio et Bahia sont les deux grands fovers de la traite; mais les noirs (ju'on introduit a Hio sont géni'raletnent d'une nature paisible. Bahia, au contraire, ne reçoit et ne veut recevoir (jue des Nègres, désignés sous le nom de Ntiojn, (|ui vii-nnent de l'intérieur <le l'Afrifjue et r|iii ont une intelligence plus développée qur les autres. Ils ont un commencement de civilisation et, pour la plupart ils savent lir»' et «eriie l arabe. Ils ont beaucoup de fierté dans le caractère. |',n raison m^me de ce» (jualités, ils sont plus dangereux pour le gou\eriiemeiil et d«'jji, en iHS'i, on a eu a réprimer une insurrection i|ui poux ait axoir <let conséquences terribles. Vu complot avait été formé, et

si bien ourdi que tous les fils avaient échappé à la surveillance (les autorités. Les conspirateurs s'entendaient au moyen de proclamations écrites en arabe, imprimées par eux clandestinement, et qu'ils faisaient circuler parmi la population noire de la ville. Le hasard seul mit sur la trace de cette conspiration ; on parvint à s'emparer à temps de tous les imprimés, et avant que le jour oîi devait éclater l'insurrection fut arrivé, on avait eu le bonheur de saisir les chefs qui payèrent tous de leur tête cette tentative coupable.

Bahia joue dans ce moment un grand rôle dans les affaires du Brésil. Sur six ministres, quatre appartiennent à la Relaçào de Bahia. J'ai, au surplus, retrouvé ici l'image frappante du Portugal. Comme dans ce dernier royaume, le pouvoir est sans force ; il est miné par les factions, La province de Bahia se considère comme étant tout à fait indépendante du Gouvernement, et l'on peut prévoir qu'un jour elle secouera le joug, et se séparera de la Métropole.

Ce qui m'a étonné, et ce qui prouve peu en faveur des Brésiliens, c'est que tout le commerce intérieur de Bahia se trouve entre les mains des Portugais. Il y a à peu près dix mille individus de cette nation qui forment toute la population commerciale et industrielle du Pays. Les Brésiliens plus vaniteux encore, et plus paresseux que les habitants du Portugal qu'ils méprisent, vivent dans une apathie et dans une ignorance complètes. C'est peut-être à ces deux causes de corruption qu'il faut attribuer la profonde immoralité qui règne dans toutes les classes de la société, et dont le clergé n'est pas plus exempt que les autres.

Je manquerais à tous mes devoirs si je ne faisais connaître à V. E. l'accueil que le Personnel de la Légation a reçu de M. Maubolssin*, gérant le Consulat de France à Bahia, et que j'ai trouvé ici dans une position des plus honorables, aimé et respecté de chacun.

Veuillez, etc.

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