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I. Depuis Consul-Général à Clinng-liaï

BAUIA EN Ig47 119

Hahia, 32 juillet 18^7.

Monsieur le Ministre,

Los réparations et les approvisionnements de la corvette Li liayonnaisc étant terminés, nous comptons mettre a la voile aujourd'liiii. M. le (^)mmandant Jurien compte se diriger sur Obart-Town \sic Ilobart-Town] (Van Diemen), où il se propose de relâcher, à moins de circonstances imprévues. J'ai hâte, je le répète à V. E., d'arriver ii Canton, mais nous nous trouvons malheureusement dans de bien mauvaises conditions. Fn nous rendant directement a la terrr do Van Diemen, nous évitons la relâche du (^ap, toujours mauvaise à l'i-pocju»- ou nous nous trouvons.

J'ai emplové (juelqiies jours ii parcourir, dans un assiz grand rayon, et par des chemins dont on ne peut se laire une idée, les environs de Bahia. I>a Province, dont celle ville est la capitale, ne possède aucune industrie; elle se livre uniquement au commerce de sucre, et dans les campagnes on ne cultivr (jue la canne. J'ai visité plusieurs Lngenhos (sucreries); j'ai \u di' |»ii's et j'ai étudi»'- le lra\ail des esclaves. De la manier*- dont cf traviiil est entendu sur tous le» lieux que j'ai visit«'s, il est impossible (ju'il s<iil plus coûteux et qu'il ait des résidlats moins lavorables pour les propriétaires. Plus des deux tiers drs pr(»duits s«»nl absorbes par les dépenses premières, et le sucre du Hri-sil est d une si mauvaise (jualité (|u'cn ce moment ii Londres, ou il s «mj trouve une grande (juantite, il est impossible de l'ecoulcr. II m'a semblé (juc derrière ces proprielaire» possédant d'immeiiitcs terrains ({ni feraient la fortune de plusieur» familles en Kurope, il existait une misère nUreusc, augmentant sans cesse et très men:ie;inle pour l'avenir du Hre»il. La main d'o-uvrc de l'encluxage est trèfc coulrutr et il ftX impossible, d ici ii longlemp», de Mingrr a la remploi cr

par le travail libre. Un Français, qui possède des terres aux environs de Bahia, avait fait venir, il y a quelques années, une vingtaine d'Européens pour essayer du travail libre, il s'en est fort mal trouvé, et il n'a pas tenté de recommencer. Les Français, les Allemands, qu'il avait fait venir à grands frais, l'ont quitte l'un après l'autre, et je n'en ai plus trouvé un seul. Les charrues, les outils aratoires de l'Europe, dont il avait acheté une grande quantité, n'ont pu lui être d'aucune utilité. J'ai assisté à une plantation de canne à sucre : dir-huit bœufs et trois ou quatre nèi^res tiraient la charrue, et c'est à peine s'ils pouvaient tracer un sillon do quelques pouces, tant les terres sont fortes. Quelques propriétaires ont essayé d'introduire dans leurs sucreries des machines là vapeur pour remplacer les anciennes. Les frais d'installation ont été immenses. Les machines ont été envoyées d'Angleterre avec des Ingénieurs pour les mettre en place, et lorsqu'une pièce vient à s'user, ou à se briser, on est forcé de s'adresser de nouveau en Angleterre. Aussi les innovateurs sont-ils loin de se féliciter d'avoir suivi l'exemple de l'Europe. Les moyens que possèdent les propriétaires d'Engenhos sont si restreints et si coûteux que des terres immenses restent incultes.

Il n'existe aucune route, et il ne peut en exister. La pierre manque entièrement. Les voyageurs marchent, pour ainsi dire, à l'aventure, dirigés par des nègres qui vont à droite et ii gauche tâter le terrain. Armés de grands coutelas, ces mêmes nègres vous fraient un passage à travers bois, et vous tirent souvent de bourbiers, où vous resteriez enfoncés avec vos chevaux. Notre tournée a duré plus de 8 jours, et nous avons regagné Bahia très fatigués, mais très enchantés de notre voyage et de ce que nous avions vu. La crainte d'importuner V. E. m'empêche de m'étendre plus longuement sur mon excursion dans l'intérieur de la province de Bahia. Je n'ajouterai qu'un mot. Dans les propriétés que j'ai visitées, j'ai trouvé des maîtres fort durs pour leurs esclaves, et d'autres f|ui étaient plutôt les esclaves de leurs esclaves. Parmi ces derniers, je citerai le Vicomte

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de PiDKo Bbanio, père de Mme la Vicomtesse dr Baurm, (lui a loiij^leinps exercé des fonctions dipl«»in:iti({ucs à l^aris. Ce bon et aimable vieillard ne vit (jue pour ses esclaves et, dans la crainte qu'ils ne soient maltraités pendant son absence, il ne se résoudra pas à suivre sa (illc à Paris. Ses esclaves se mettent au travail à 9 heures et le (juittent à 3. Chacun possède une portion de terre qu'il choisit où il veut, et qu'il cultive (juand et comme il l'entend. Ils <ml tous un cheval ; quelques uns en ont plusieurs qu ils louent à leur maître. Ils ont également des bu-uls, tlfs montons, etc. On prend de leur santé tous les soins possibles, l'ne femme qui a un certain nombre d'enfants reçoit sa liberté.

Pendant le séjour de la Bayonnaise sur la rade de Bahia, deux négriers brésiliens, après avoir échappé à nos stations sont venus déposer leur chargement sur l'ile de Itapurica. qui occupe le milieu de la baie de Bahia. L'un de ces bâtiments avait chargé ()0(t nègres sur les c«Ues d'.Mrique et n en possédait plus ii s<m arrivée à Hahia. (jue 7N0. Centvingt de ces malheureux étaient morts pendant la traversée. I.,e second de ces bâtiments, (jui n*a\ait chargi- (jue 4o<' nègres, en avait [)erdii également près d'une centaine.

On attendait à Bahia un troisième négrier le linisilii'nsv, mais on a appris par le navire français le YoUt/f', (|ui est arrivé hier sur la rade, et (|ui avait ii son l»ord le capitaine et ré(jiiipage du lirtisiUcnsc (jue ce iiaviie avait été capturé par les Anglais sur les côtes d .MViiiue, au iiioMient m/^me 011 il venait de jeter 1 ancre, et a\ant i|\i \\ eut c«iium«'ncé son opération. 11 parait (jue le brick anglais (|ui a arrêté le lirasUtriisf axait eti- prévenu île l'arrixi-e de w navire par un bâtiment sarde. Les Anglais ont permis au capitaine brésilien et a son i-qHipage «le prendre passage a bord du Yolo/f.

Un Porlugais (|iie j'ai connu en l'oitiigal. et qui ne trouve actuellement a Bahia, apie<, avoir séjourne quelque trmpu à llio. me disait que dans les inxiron» <lr celte ville, il avait a»»islé il |>lusieiir» debar({uemcnt)«. (|ui avaient été v>\ nombreux celte année que le» nègres avaient baiw^é tle prit.

Le jour de notre arrivée à Bahia, on venait d'y recevoir la nouvelle de la mort du fils unique de l'Empereur du Brésil, et hier on annonçait par des salves que l'Impératrice venait de donner le jour à une Princesse'. Ces deux événements ont trouvé les habitans de Bahia complètement indilVérents, tant est grand le détachement de cette province des intérêts de la monarchie brésilienne.

Veuillez, etc.

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