FÉLIX RÉGAMEY
(Statue de Washington, par llondon).
Nous retracerons quol(|ue jour la carrière de notre ami Félix Régamiv, (|ui est mort ii .hian-lcs-Pins, près Antibes, le dimanche 5 mai 1907; il était né à Paris le 7 août iS'i'j. Je désire seulement rappeler ici par quels liens il se rattachait à n<»s études et à notre Société.
Régamey visita les Ktats-Unis une première fois (1^7'^) au lendemain de la guerre avec l'Allemagne et de l'incendie de (Jiica<:o, en octobre 1S71. Le Tour du Monde nous a conserve la relation de celle visite', l'n iSSi. il (il partie de la mission à la tète de laquelle était placé le général Boulanger, invitée à représenter la France aux l'ôtes du (lentenaire de la capitulation de Yorktown, qui assura l'indépendance des Klats-Unis. Régamey rapporta de ce voyage un liopiiort sur l'enseignement du dessin aux Ktats-Tnis d'Americjue, une (ouïe de croquis, et parmi eux le portrait du général Shcrman et un grand dessin qui orne aujourd'hui le principal salon de l'Ambassade des l",lats l'nis a Pans, représentant la statue en pied du général W'ashinglon, e\e cutée par Iloudon, (|ui était arrivé it M<iunt Vernon le 3 oc iobre l7Srj jiour étudier s«m illustre modèle. I.a statue, achevée en France par l'artiste en \-]^S, lut transportée à Richmond en I7(j(') t-t placée dans le vestibule du (!apit»de
I. Ktlmil A» Journal ilr la Sofifl^ ttrê Amërieanislet lU Paru. N. S., IV, .\n I. pi> \\'^-^^t^
1. A Chieaijo il r a vifyjt nm. Tfile el tle*tin« p.ir M. VrUt W^^mrr. (^Tour du Monilr. 30 Mui |8^3/
12V MÉLAXr.ES AMÉRICAINS
(le l'Ktat de Virginie. En 1879, Régamey, chargé d'une mission relative ii l'enseignement du dessin aux Ktats-Unis, en avait vu une reproduction en bronze dans le parc de la ville de Saint-Louis.
Pendant des années et à diflérentes reprises, Régamey s'efforça de faire élever en France une copie du chef-d'œuvre du grand statuaire : il semblerait que ses vœux vont ôtre exaucés. En effet, au mois de septembre 1906, avait lieu à Angers la réception officielle du moulage de la statue de Thomas Jefl'erson par David d'Angers, offert à la ville natale du sculpteur par M. Jefferson Lév\. M. Jefferson Lkvy, mis au courant à cette époque de l'existence de l'u'uvre de Houdon, déclara à M. Henri Joui?i qu'il offrirait au Louvre un bronze du Washington de Iloudon, le chargeant de prendre les mesures nécessaires à l'exécution de sa volonté.
Régamey a continué à s'occuper de cette affaire jusqu'à ses derniers jours et il a raconté dans une brochure l'histoire de l'œuvre de Iloudon, trop ignorée en France*.
I. La statue de George Washington, par Houdon. — Tiaduit de l'anglais de Sheiwin Me Rae par Félix Rrgfamey. — l'aris, E. Bernard, igoo, in-4,
LE DOCTELU E.-T. IIAMV
Jo dois le firraiid honneur et la {x'nible tâche de retracer la laborieuse c;irrière de notre président à l'aniiti»' protonde et ancienne <|ui m'unissait au D' Ilainy. Au mois de janvier l88:», il loiidait la Uoviio d'Klhnoi^ruphie, et ;» la ni^rae épocjue, je comnîen<.ais chez le même éditeur, Krnest Leroux, la publication de la Revue d' Extrême-Orient, qui devait avoir une durée plus éphémère; des relations de bon voisina<(e ne tardèrent pas à s'établir entre nous; elles créèrent rapidement les sentiments d'une afTection qui, d'abord à la (Commission centrale de la Société de Géographie, puis au domit»' des Travaux historiques et scicntifujucs du Ministère de 1 Instruction Publique, enfin à l'Académie îles Inscriptions et Belles-Lettres, devint une intimité presque familiale : la perle de l'ami plus encore que celle du savant a fait :i mon eo-ur une blessure (|ui sera longue a guérir.
Théodore-Jules-Krnesl llwn est m- ;i Houlogne-sur-Mer. rue Sible(|uin, aujourd'hui rue l'aiilherbe, le li juin iS'j-^: son père, riieodoïc Auguste Il:imy, ne le Hidécembre IJ*)»», était pharmacien et a|»partenait :i une honorable el ancienne famille du Boulonnais dont le nom, celui d'un village entre Nabringhen et L(»ngueville, apparaît dès le commencement du XIII* siècle ; elle a compté parmi ses membres de» magistrats, des notaires et <les ecclésiastiques, tels (jue Jean
I. Itéimptiiiif-, avec Avs .iilili(iun«, du numéro «lu i.'i jau\icr ly<H», «1« /-•' (jiotjraphie , |t|> . i - 1 'i .
Ilamy, bailli de FouquesoUes (i 709-1800), Jacques-François, notaire à Bouloprne (1786), Jean-Marie-Antoine, curédoyen de Chauny [Aisne] (i753-i8:>^). Le jeune Ernest passa ses premières années dans la classe enfantine de M™* Ferton, dans la vieille rue de l'Oratoire, et il n'avait pas encore sept ans lorsque son père le plaça (iS^o) dans l'institution de Louis Blériot, ce grand vieillard dont il nous a retracé la silhouette dans Le Livre d'Or de Sainte-Beuve ; après avoir quitté Blériot (oct. i85i), Ilamy entra dans le pensionnat établi dans l'ancien évèché de Boulogne par Mfj-r llairreinsfue, le constructeur de l'église Notre-Dame de Boulogne. Ses études classiques terminées, son père envoya Ernest à Paris pour subir ses examens de bachelier es lettres (9 juin 1860) et de bachelier es sciences (11 mars 1861), et se préparer à la carrière médicale. Le i5 décembre 1866, un groupe de jeunes gens avait fondé, rue Saint-André-des- Arts, la « Conférence de Ilaller », qui avait pour objet l'étude en commun des lettres, des sciences et des arts. Lucipia en fut le premier président, et Hamy, qui avait été secrétaire, le remplaça le 4 avril 1867; je relève parmi les membres de la conférence les noms du futur juge Gournay, de Guillain, depuis ministre des Colonies, qui traita du Percement du Mont Cenis et de VIstlime de Suez, Sauvage, de Boulogne; on parlait dans la réunion aussi bien des Fables de La fontaine, di' Alplionse Karr que des Principes de la Paléontologie; Hamy lui-même discourut sur Les Médecins au Théâtre (5 janvier 1867) et sur V Anatomie des Crânes dans les races humaines (2 février 1867). Le 12 août 18G8, Ilamy présentait et soutenait devant la Faculté de Médecine de Paris une thèse remarquable sur L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologique qui fut couronnée par la Faculté dans le concours des thèses de 1868 et reçut de la Société anatomique la médaille d'or du prix Godard, 1869. Cette dissertation inaugurale a marqué un progrès considérable dans l'étude de lostéogénie et de la pathogénie de la face humaine; l'auteur s'attachait ainsi, à ses débuts, à un problème depuis fort longtemps discuté et qu'il
LE DOCTEUR E.-T. IIAMY JÎ7
a eu le bonheur de résoudre d'une manière à peu près définitive; on trouve dans ce travail des renseignements tout à lait nouveaux sur l'apparition et les premiers développements des points osseux de la mâchoire supérieure, incisives, canines, molaires, etc. ; l'existence de l'apophvse montante de l'intermaxillaire est démontrée pour la première fois, et les certes pathologiques de la question sont fort clairement exposés. Dans le même ordre d'idées, Ilamy a depuis lors éclairé d'un jour tout nouveau l'étude de l'ostéocénie du frontal et débrouillé diverses séries tératologiques telles que podencéphales, proencéphales, triocéphales, etc. Hamy orientait d'ailleurs sa carrière dans une direction scientifique : externe du D"^ Charcot h la SalpAtrière, il entrait r<''sohimeiit dans la voie qu'il devait suivre jusqu'à la fin de sa vie on devenant (1868-1869) le préparateurdo Broca au lalxtratoiredanthropologie ii rKculc pratifjne des Hautes l'^tudes. Kntré à la Société d'Anthropologie le 21 mars 1867, Hamy en devint bientôt secrétaire annuel; il en fut deux fois président, en iS8'i et en 1906. Le3i mars 1869, il était autorisé à faire un cours libre à l'amphithéâtre de la rue Gerson, (|u'il conimenra le vendredi \ avril et dans lequel il exposa les principes de l'anatomie C(»mparée des races humaines et en fit lapplication à l'ostéologie ; des conférences pratiques avaient lieu tous les jeudis ix -j heures au laboratoire de recherches de M. Broca, à l'Kcolc |>ratiquc de la Faculté de Médecine ; les conférences furent continuées l'année suivante et Hamy traita de l'homme tertiaire en .\mérique et de la théorie des centres multiples tle création. I.e 18 mai iSIW), Hamy épousait Mlle Marguerite Bltoii- Bi.AM<»?(T, de C.uines, il la veille de son premier vovage important : Ilarnv avait été invité à faire partie du gritnjiede savants (jui devaient assister à l'inauguration du canal de Suez; il (juitta Paris le 7 oct<»bre l 8(»q pour se rentlrc il Alexandrie ; \v |S novembre i8t')9, il était présent au bal donné ii Ismaïliu pour célébrer ce grand événement; il remonta plus tard dans la Haute l'-gypte, visita iMul.r «>t Kléphantine ; il a rapporté île cette cxpé<liti<in un nlbum
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rempli de dessins d'un véritable mérite qu'il eachait troj> modestement dans un coin de sa bibliothèque; non seulement Hamv dessinait d'une manière agréable, mais il modelait habilement et il a exécuté un excellent médaillon en grandeur naturelle de son ami et patron Quatrefages.
Ce voyage en Kgypte' permettra plus tard à Hamv de donner ii la Revue d'Anthropologie (2" sér., IV) son mémoire sur Les Xègres de In Vallée du Xil, et lui a sans doute suggéré ridée de ses publications sur Etienne GeofTrov Saint-IIilaire.
De son mariage, trois garçons étaient nés, le 11 mars 187 1, le 20 mars 1878 et le i[\ février 1877; la terrible diphtérie dévasta impitovablement en quelques mois le fover du D'' Ilamy, et la mort lui arrachait successivement le 3 janvier 1876, le 20 et le 29 mars 1877, les trois enfants, joie et orgueil de sa vie; malgré la naissance d une fille qui devait être la consolation de ses derniers jours, Hamy avait reçu une blessure qui ne se cicatrisa jamais.
Les résultats importants obtenus par Hamy dans ses études tératologiques, ceux aussi que lui procurait l'étude de l'évolution morj)hologique des membres, de la myologie faciale comparée dans les races, etc., auraient dû l'attacher dès lors d'une manière définitive à lanatomie anthropologique, lorsque l'amitié de Lartet lui valut le soin de reprendre et de compléter l'œuvre classi(jue de Lvell sur Y Ancienneté de riiomme, dont il a publié la seconde édition.
Le 8 juin 1870, Hamv signait avec J.-B. Baillière un traité pour la publication de son plus important ouvrage d'anthropologie, les Crania ethnica, qui parut en 1882 en I vol. gr. in-4" et un atlas de 100 planches; invité par l'auteur à donner son nom pour la publication, Broca s'y refusa, déclaiant honnêtement (juo n'ayant p;is pris part à
I. Dans le Discours qu'il prononça à la séance de clôlure du Conffrès International d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques (Genève, If) 13), M. Edouard Na ville, Pi'ésident, rappela que la première découverte t-n Egvpte (l'un âge de pierre, constatt'- d'une manière absolument incontestable, est due à deux savants français, MM. Lenormant et Ilaniy (1869).