Louis Lautrey. Montaigne, Journal de voyage
(Compte rendu, par Gabriel Marcel, Bull. Géog. hist. et descr.,
"JO"' PP- ^83-484i/i4. Le Père Yves d'Evreux, par Gabriel Marcel. — Extrait du
Journal de la Société des Américanistes deParis, n. s., t.V [sic, IV],
n" a. — Au Siège de la Société, 61, rue de Buffon, 1908, in-8,
i4'>- Catalogue des plans de Paris..., par Léon Vallée... — Paris, 1908, in-8.
Compte rendu, par Gabriel Marcel, Bull. Géog. Iiist. et descr., 1908, pp. 4^2-443.
i46. Quatrième Centenaire de la Découverte de l'Amérique. — Catalogue des Documents géographiques exposés à la Section des Cartes et Plans de la Bibliothèque Nationale. — Paris, J. Maisonneuve, 1892, in-8, pp. VI1--7 (Préface signée Gabriel Marcel).
JAMES BRLYX ANDREWS
AîiDREws était un «le ces Américains, comme nous en voyons quelques-uns en France, e rran t de pays en pavs, d'hôtel vu hôti'l, sans prendre racine nulle part, à la recherche de la santé ; toutefois, Andrews apportait, avec son amabilité personnelle, une véritable soif de s'instruire et un sincère amour de la science. La mort l'a cueilli, plein de sérénité, dans une de ses étapes à travers le monde, le 27 août dernier, il Aix-la-Chapelle on il a désiré d'être enterré : sa carrière vagabonde n'est pas sans quelque ressemblance avec celle Je notre ami commun, Charirs Ciodfrev I-f.l\M). « Ilans Breltmann », enlev»' il v a peu d"ann(''es ii l'Morence.
Amdrews est né le 22 septembre i8\j., à New-Vork, d<' Loring Andrews et de Hhindina Bruvn qui appartenait ii une des vieilles familles hollandaises qui, à l'extr^'mité de l'ile de Manhattan, créèrent, au xvii* siècle, la Nouvelle Amstertt-rdam drvrnue la Nouvelle York, avec les Anj^lais. Il passa brillamment sfs examens ii ri'iiivcrslté de Yale. étudia le droit <>t. pendant (|u«d(pies années, lit jtartie du barreau de New-York; malheureusement, le mauvais état de sa santé roblij^ea à abandonner sa profession et a rpiitter les {'.tatsl'nis, a cause de la rigueur îles hivers. On envova .\ndrews comme consul :i Valcncia où il vécut plusieurs années. Il épinisa Kannv, fille de (Ivrus West Kield, auquel est iU\ rétablissement du premier râble sous-marin entre l'Aujeri-
I Kdmit Ha la Urvue >ies Troilttùinf fMtfHilaire$, S«>|>l(>iiilire l*»«xj, |>p 34H-
(jtie et l'ancien continent (i 807-1 SOfi) ; il eut un fils et une fille. Après son mariar^e, il se fixa à Menton où il avait acheté une propriété ; il s'y livra à des études de linguistique et de folk-Iore dont il a publié les résultats soit en volumes ', soit ici-méme*. Puis Andrews commença sa longue carrière de voyageur qui le conduisit à Ceylan, aux Indes, en Chine, au Japon, en Australie, au Mexique; au cours de ses pérégrinations, il poursuivait ses recherches et il publiait, à Alger, pendant un séjour qu'il y fit en i(jo3 un petit volume sur la survivance de certains rites locaux'.
Pendant sa longue résidence dans le Midi de la France, il recueillit des Contes ligures* dont notre ami regretté Charles Ploix a rendu compte. Son dernier article était consacré aux Menhirs de Collobrières (Var) et a été publié cette année dans le Bulletin de la Société Pré/iistorirjue de France ;
I. Essai de grammaire du dialecte mentonnais. ;ivec quelques contes, cli;msons et musique tlu pnys, par James Brutn Andrews. Nice, imp. deVerani, 1875, in-i6.
Vocabulaire français mentonnais, par James Bruyn Andrews. Nice, Imp. Niçoise, 1877, in-i8.
Phonétique mentonnaise (signé : J.-B. Andrews). — Nogent-le-Rotrou, imp. de Daupeley-Gouverneur (i883), in-8, pièce.
a. J.-B. A.NDRF.ws. — Chansons de Jeux et Formuleltes mentonnaises (GiouAN Braguetta). (Jieuue des Traditions populaires, ir, 1886, pp. 126 137).
Proverbes mentonnais. (^Ibid., IV, i88g, pp. 281-282).
Le t'illeul du Roi d'.\ngfleterre, coule mentonnais. (^Ibid., pp. 602-656).
Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais. (/6irf., IX, iSq^,
pp. II 1-117, 3i3-22o, 253-203, 33i-335).
Ce dernier travail est daté : Menton, le 20 février 1894.
3. La Fontaine des Génies (.S'e6a Aioun), Ci-oyances soudanaises à Alger, par J.-B. Andrews. Alger, Adolphe Jourdan, 1903, in-8, pp. 36, fig. — Préface de René Basset.
4. Contes ligures, traditions de la Rivière, recueillis entre Menton et Gènes... — Paris, Ernest Leroux, 1892, in-i8, pp. iv-354.
(^Collection de contes et de chansons populaires, XVII.)
Compte rendu par Cli. Ploix dans la Revue des Traditions populaires,\ïl, 1893, p. i85.
Je n'ai pas la prétention de dnnner la liste complète des travaui de M. Andrews répandus dans de nombreuses revues italiennes et anglaises, par exemple dans le Folk-lore Journal et dans Folk-lore ; le tome V III (1897) de ce recueil contient, pages i et suivantes, un article du plus grand intérêt sur la sorcellerie, et en particulier sur la sorcellerie amoureuse à Naples.
JAMES BRin'N ANDREWS 167
il était retourné en avril à Ceylan et il décrivit le mur cyclopéen situé près de la forteresse de Sigiri.
Les deux points d'attache d'Andrews étaient le Reform Club à Londres où il demeurait et le Cercle Artistique et Littéraire à Paris; il avait passé l'été à Londres, puis s'était rendu ii Aix-la-Chapelle où il tomba gravement malade en août; à peu près remis, il eut une seconde rechute, suivie de troubles au cu'ur qui l'enlevèrent en une demi-heure. nu()i(jue Andrews fût d'une santé délicate, ce dcnoucincnt brutal fut imprévu pour mi)i ; j avais vu Andrews au print«'mps et il m'avait paru mieux portant ; j'avais fait sa counaissance en 18N9 au Con«(rès des Traditions populaires où il avait été amené par Leland et Ploix et, depuis lors, nos relations, de cordiales qu'elles étaient, devinrent amicales; je savais (jue des chagrins de famille avaient troublé la vie d Andrews, mais il n'en laissait rien paraître et portait avec un «^rand courage, sous une apparence de gaieté, le [)oids de ses S()ucis moraux et de ses soufl'raruM's j»hysi(jues.
Andrews, qui était OUlcier de l'Instruction publi(jue, était membre de nombreuses sociétés savantes anglaises (Royal Asiatic Soc, Anthropological Society; Folk-lore Societv), fianraises (Asialicjue ; Soci<'-té prt'histoiicjue ; Traditions p«q)ulairrs) et italiennes.
PEARY ET COOK
L'objet de ces notes n'est nullement d'écrire un récit des différents voyages entrepris vers le Pôle Nord, encore moins d'en montrer les difficultés et les périls, pas plus que de raconter les péripéties de la rivalité de Peary et de Cook ; mon but, plus modeste, est de donner quelques notes personnelles sur les deux héros du jour.
Le 22 mai igoS, je trouvais chez moi la carte de visite du Professeur Simon Newcgmb, le célèbre astronome de Washington, que je n'avais pas eu jusqu'alors l'honneur de rencontrer, mais dont je n'ignorais pas naturellement la grande réputation. Il me convoquait pour le 29 à un dîner à l'Hôtel Continental auquel étaient conviés un certain nombre de savants français, invités à prendre part, l'année suivante, au Congrès des Sciences et des Arts tenu à Saint-Louis (Missouri), où Ion devait dresser un tableau complet des connaissances humaines actuelles.
J'acceptai de faire une esquisse de l'histoire générale de l'Asie depuis les époques les plus reculées : Arminius Vambéry, qui avait été désigné pour traiter de l'Asie antérieure, abandonna la partie au dernier moment et n'alla pas en Amérique.
En même temps que cette réunion scientifique, devait se tenir dans diverses villes de l'Union le huitième Congrès
I. Extr;iif de hn Revue Hebdomadaire, 6 novemlire 1909, jip. 5- (8.
l'EAKY HT COOK 169
international de Géographie, auquel je fus délégué à la lois par la Société de Géographie dont je présidais la Commission centrale et par le Ministère de l'Instruction publique. Par surcroît, on jugea sans doute que mon tem|)s ne serait pas suHisaninient occupé, et je fus désigné, quoique j'eusse décliné ces honneurs, conirnr juré de l'enseignenuiit primaire et rapportfur de l'enseignement secondaire, matières auxquelles je n'entends goutte.
C'est ainsi que je fus apj)elé à visiter les Ktats-Unis où je devais rencontrer Peary et Cook.
L'homme qui, à juste titre, s'est toujours appliqué à étudier, dans ses moindres détails, le vaste domaine qui lui sert d habitat, a vu peu ii peu se rétrécir le champ de ses investigations, et l'un des derniers problèmes dont il avait poursuivi la soluti()n avec courage et ténacité, voire avec passion, vient enfin d'être résolu ; la vision d Eugène Sue qui plaçait st»n Juif errant au Pôle, est devenue une réalité : le mvstère du Pôle est dissipé.
Voici les faits :
Le i" septembre de cette année un télégramme de Lerwick annonçait l'arrivée dans ce port d'un navire du gouvernrmi'iit danois, lltins Il-^cdc, ii b<»rd dutjuel se trouvait l'explorateur américain, le D' F.-.\. Cook. qui auiait atteint le Pôle Nord le -ja avril i()o8. On avait à |>eine ie<;u cette stupéfiante nouvelle <jue, le G septembre, on a[)prenait que le commandant Pearv était revenu de son expédition arcti«jue avec son navire, le linosovelt, ii Indian llarbuur (Labrador), «'t (pie lui aussi avait atteint le Pôle Nord, mais li^ (i avril l(jO(j seulement.
Désormais, il est inulib- il<- liàtir des tlicurifs jdus ou moins ingénieusj's sur laspecl du Pôb" ; mer libre, bl(»cs inaccessibles de glace «uil disparu.
N<ius sommes loin <b' répo(|uc du \\\' siècb', ou l'illustre cosmographc de Uupclmonde. Gérard Mercator, nous parle du « rocher noir de trente-trois lieues de contour ({ui se trouve au pied du Pôle », et conte « l'histoire fabuleuse tics (juatrc i'.uriprs ou bias de nu-r. lescpiels, faisant irrup-
tion entre les ilcs par dix-neuf bouches, se précipilent vers le gouffre intérieur avec tant d'impétuosité qu'aucun vent ne saurait ramener les navires qui s'y sont engagés, malgré qu'il n'y soulTle cependant jamais assez fort pour faire tourner un moulin' ».
Le problème arctique s'est posé jadis de façon tout à fait difTérente qu'aujourd'hui. Les explorations polaires eurent tout d'abord comme but la découverte d'un passage vers les Indes et le lointain Cathay de Marco Polo par le Nord- Ouest et le Nord-Est, la route directe étant barrée par les Portugais depuis que Yasco de Gama avait franchi le cap de Bonne-Espérance en 1^97 ; de là les voyages de Jean Cabot qui, pour le compte d'Henri YII d'Angleterre, découvrit Terre-Neuve et Saint-Jean et explora le Labrador ; plus tard dans la direction opposée, Robert Chanccllor parvenait au nord de la Russie. L'impossibilité de trouver un passage dans l'une ou l'autre direction donna l'idée à Henry Iludson dans le premier des trois voyages qu'il entreprit en 1607-1608-1609, de se diriger directement vers le Pôle Nord ; il ne réussit qu'à découvrir, ce qui était déjà un fort joli résultat, la baie qui porte son nom et qu il prit pour l'Océan Pacifique.
Les étapes des différentes expéditions polaires ont, avec beaucoup d'à-propos, été notées dans le numéro d'octobre du Journal de la Société royale de Géographie de Londres dans lequel elle vient de donner un tableau des progrès faits depuis le xvi'" siècle par les explorateurs dans leur avance vers le Pôle Nord : John Davis, le 3o juin lôSy, atteint "j'î^ii', à une distance du Pôle de 1068 milles géographiques ; William BaflTin, le !\ juillet 1616, y-''^^', à 785 milles ; E.-A. Inglefield, 27 août iSâa, 78"2r, à 699 milles; William Morton (expédition de Kane), le i!x juin i854, 8o"35', à 565 milles ; C.-F. Hall, le 3o août 1870, 82"i 1', à '1^9 milles ; A. -H. Markham (ex|)édition de Nares), le 12 mai 1S76, SS^ao , à /joo milles; Lockwood et Brainard
I. J. vaii Raemdonck, Gérard Mercalor, Saiiil-Nicohis, 1^69, p. l3l.
FEARY ET COOK 171
(expédition de Groely), le i3 mai 1882, 83"2V, à 896 milles; R.-K. l'eary lui-même, le iG mai 1900, 83"ôf)', à 870 milles; le 21 avril 1902, 84°I7', à 3^3 milles; le 21 avril I90("», 87"6 , à ly'i milles. A ces ohilTres (jui sont donnés par la route du (Groenland occidental, il faut ajouter dans une autre direction Nansen, en 1896, 86"! V, et Cagni, en 1900, 8r)"33'V.)', fini tenait la tétc jusqu'à lavant-dernier voyage de l'eary.
Je m'embarfjuai donc à Cherbourg le 20 août i9<»'i sur l'excellent vapeur américain Saint-Paul (|ni me déposa le 27 à New-York.
Le Congrès de Cîéographie devait être essentiellement ambulant ; quoicju'il portât le nom de Congrès de Washington, on eiU pu aussi bien le désigner sous le titre de « Congrès américain )) ; ses membres se sont promenés de \\ ashington il Philadelphie, New-York, aux chutes du Niagara, il Chicago et Saint-Louis, où eut lieu la clAture olllcielle. Le président de cette réunion scientirMjue était le commandant H.-K. Pearv, et le Congrès avant duré du 7 septembre au 2u, nous eûmes donc amplement le temps de Caire connaissance. Pearv était alors Président de l'.Vmerican Geographical Society de New-York.
Le commandant Pearv est un homme <£rand, osseux ; il avait uin- alxiiidaiile ciii-Nrlure et sa ligure était barrée par une lorte moustaclie tirant sur le roux foncé. Tout, dans son apparence, respirait l"(''iiergie ; sa voix était (orte et brève ; son regard parfois voilé semblait plonger dans <le lointains espaces. On avait le sentiment cpiil était hanté, poss<'dé par une idée (|ui absorbait son être entier et (juc, pour lui, tout était secondaire en dehors de la découverte du P(^lc Nord qui était sa pensée fixe. Un tel homme devait un jour ou l'autre réussir dans son dessein et je me rends bien compte :i la (lamine secrète (|ui devait le brûler, (jiie sa colère dut l'-trc tmiblc hiixju il apprit ii son retour que la gloire de la découverte, luit de s;i vie, lui ••lait di«*pulee par un rival.
Hobcrt-Kdwin Pi \in «st ne ii Cresson Springs (Pennsyl-
172 MÉLANf.ES AMÉRICAINS
vanie), le (i mai i8r)6, il avait donc quarante-huit ans lorsque je l'ai rencontré. Il avait fait ses études au collège Bowdoin, Brunswick, Maine. Il était entré dans la marine américaine le 26 octobre 18S1, en qualité d'ingénieur civil et il fut employé, d'abord comme ingénieur-adjoint, puis comme ingénieur pour faire les relevés du canal de Nicaragua (1884-1887); il fut fait commandant. En 1886, il faisait sa première reciuinaissance du Groenland, à l'est de la baie de Disco, 70" latitude nord. Puis il fut placé à la tête de l'expédition arctique organisée par l'Académie des Sciences de Philadelphie qui dura de juin 1891 à septembre 1892 ; il était accompagné de sa femme (miss Joséphine Diebitsch) qu il avait épousée en 1888 ; il parvint à Independence Bay, 8i"37 latitude nord, au nord-est du Groenland, découvrit les terres de Melville et de Ileilprin, ainsi que le caractère insulaire du Groenland. En 1893-1895, il découvrit la montagne de Fer qui se composait de trois météorites. Sa femme, au cours de ce voyage, donna naissance à une petite fille qu on nomma Marie Ahnighito. Au cours d'un vovage que fit Peary de 1898 à 1902 sous les auspices du Peary Arctic Club, il contourna l'extrémité nord du Groenland, nomma Cap Morris K. Jesup, la pointe la plus nord à laquelle il arriva (83''39' de latitude nord) et atteignit le point le plus nord de l'hémisphère occidental (84"i7' de latitude).
Dans son discours prononcé à {ouverture du Congrès de Géographie à \\ ashington, le 8 septembre 190^, Pearv faisait la déclaration suivante au sujet du Pôle Nord :
« Le fait (juc j ai un grand intérêt j)ersonnel dans le domaine polaire ne modifie pas la vérité de ma déclaration générale qu'il n'y a plus aucun grand travail d'exploration géographique à exécuter à l'exception des extrémités de la terre aux Pôles Nord et Sud. Là seulement de grands espaces, défendus par les obstacles naturels les plus sérieux qui se trouvent ii la surlace de la terre, provoquent, et défient, encore hi conquête.
« Pendant les dernières années, il a été un peu à la mode.
l'FAFH' KT COOK 173
an milioii de 1 iiilt'iôt et de leiitlioiislasme excités par les rech<'relies ant:ucli(jues. de dénij^rer les recherches arctiques comme ne devant avoir probablement aucune valeur, et de supposer que la réj^ion antarctique seule (»ll're un champ pour une enquête scientifique de véritable valeur. Je ne partage pas cette opinion. Il n'y a pas 3oooooo milles carrés à la surface de la terre (jui ne contiennent des ensei<rnements scientifiques d'une valeur plus «grande que celle (ju ils coûtent pour s'en assurer la possession.
« Plus encore, j<' crois qu il l;iut aic<ini|>lir lniivre (jm a été entreprise et (|ui en vaut la peine avant de m- Imirner vers un nouveau but.
« Il n'y a pas de champ de rivalité internationale plus élevé, plus pur que celui de la lutte pour le Pôle Nord. Sans être influencé par la perspective du gnin, par des rêves de colonisation, par le désir de s'emparer de la terre, nu par la politique, la lon<j;ue lutte séculaire des fils les meilleurs et les plus braves de l'.Vnfrleterre, de r.\llema<fne, de la Norvèi£C, de la Suède, d(; la Hollande, de la I''rance. de la Russie, de 1 Italie et des l'itats-l'iiis, dont les savants <lélégués sont ici aujourd'hui, a rendu ce champ d entreprise classiijue, presque sacré.
« La conquête du Pôle est le travail d Un homme aussi bien (pi'un desideratum géojrraphique et scientificjue, et sa découverte émotioiinerait l'homuK' et le frroj^i aphe qui se trouve dans chacun de vous.
« Le Pôle Sud, a un point de \iie pratique de la géof^raphie, n est pas un prix moindre (mais je ne le considère pas comme plus grand) (|ue \v Pôle Nord, mais celui-ci a une place dans rhist()ire, dans la littérature, dans le sentiment, si vous voulez, (jue l'autre n'aura jamais. »
Aux chutes du Niagara, j'ai été photographié avec Peary. malheureusement je n'ai (pi'une «'-preuNe faite de moi séparément dans une rue dr la \ille. Peiid;tnt notre promenade de Niagara ii Le\vi>ton, Pearv n»'a parle longuement ib* l'expédition de (^har<-ot au sujet de laquelle il était assez n)al renseigné, car il crovait (jue notre compatriote u\uit
174 MKLANCES AMERICAINS
acheté la Bel'uca, au lieu de faire construire un bâtiment
neuf.
A un grand banquet qui réunissait les congressistes à l'hùlel Endicott, Xew-York, le soir du i^ septembre, je remis au commandant Peary, au nom de la Société de Géographie, une médaille dor spéciale, gravée par Alphée Dubois, en témoignage des services qu'il avait rendus aux sciences géographiques par ses explorations des régions arctiques de 1886 à 1902. Peary profita de la circonstance pour faire une déclaration au sujet de son prochain voyage; il annonça qu'il avait signé un traité pour son nouveau navire, dont la quille était en construction, et qu'il espérait partir au mois de juillet suivant : « Ce vaisseau, disait-il, qui sera un vapeur avec assez de voilure pour remplacer la machine dans le cas où cette dernière serait avariée, aura pour trait caractéristique une proue qui lui permettra de briser la glace sur son chemin, et une machine assez puissante pour traverser les masses de glace. Il sera de la dimension du vaisseau antarctique la Discov>ery, et il aura des engins capables d'avoir une force continue de i 000 chevaux et i 5oo chevaux pendant une période limitée. Mon plan est de diriger ce navire sur les côtes nord de la Terre de Grant, prenant à bord à \Vhale Sound le dessus du panier des Esquimaux. J'hivernerai sur cette côte, et, avec le retour de la lumière, je partirai en traîneau à travers le massif polaire central, utilisant entièrement les Esquimaux pour cette expédition. » Et l'explorateur ajoutait: « Réussirai-je ? Dieu lésait! J'espère, et je rêve, et je prie que je le puisse. Mais, si j'échoue, un autre réussira. »
Il trouvait d'ailleurs une aide puissante dans une société spéciale appelée le Peary A relie Club, dont l'àme est M. Ilerbert-L. Bridgman, du Dailj Standard Union, de Brooklvn.
Le nouveau bateau de Peary, baptisé Roosevelt, quitta New-York le 16 juillet 1906, avec un équipage de vingt hommes.
Le commandant Pearv m'écrivait, le \!\ août igoô, de Etah, au nord du Groenland: « Pendant les neuf mois écou-
PKAHY ET COOK i:.";
lés, j'ai été débordé par les détails de mon navire et de mon expédition... Nous prenons la mer aujourd'hui pour commencer notro lutte avec la glace depuis le cap Sabine jusqu'au bord nord de la Terre de Grant. »
Ce n'était pas encore cette fois que Pearv devait parvenir au Pôle, mais le 21 avril lyoO il atteignait la latitude de 87° 6', battant ainsi le capitaine Cagni, de l'expédition du duc des Abruzzes, (|iii avait été obligé de s'arrêter à 86° 33' 49'.
Peary ne s'attardait pas ii New-York; il se remettait en route dès qu'il eut terminé les préparatifs d'une nouvelle expédition; on en connaît maintenant le résultat: le succès couronnant les ciroits de plus de vingt années.
Dans son discours de clôture à Saint-Louis, le 22 septembre, Peary, après avoir parlé de ses quatre vovages polaires, ajoutait :
« On m'a demandé souvent ce qui attirait les hommes dans les régions arcti(|ues, à la recherche du PôleNord. C'est l'appel du m(»ndf priniitil à l'honitue |)rimitir, secouant les dernières gouttes de ce sang qui coule encore dans nos veines. C'est le sentiment (|iii était dans le co'ur de (Colomb, de Stanlev, et qui sera dans- les cœurs de quelques hommes encore jusqu'à ce rjiie la terre ait terminé sa dernière évolution. Le Pôle Nord est le dernier grand prix géographique que le m«mde ait à ofTrir à l'homme, le prix pour lequel les nations civilisées ont lutté sans succès perulant des siècles; le trophée que la [tins grande nation sera fière de gagner. Mon plan dr' canipiigne a [»our l);ise le détroit de Smith Sound ou roule ami-ricaine. Partant pour le N(»rd vers le i" juillet prochain, je porter;ii tous mes ellorts pour conduire mon navire au rivage nord de la Terre de (>rant, où il prendra ses (juarliers d'hiver. (Quatre vaisseaux ont déjà accompli ce voyage. .\vec le premier jour renaissant du mois de février suivant, je me dirigerai au Nord à travers le massif polaire avec uti détachement d'environ vingl-cin(j Kscjuimaux et de» traîneaux. De temps en temps, je renverrai des hommes et des traîneaux, et la dernière étape du voyage sera faite par
trois ou quatre traineaux seulement. En revenant, je rejoindrai mon navire à temps pour le faire sortir en été de ses quartiers d'hiver et je partirai vers le Sud. Si les conditions ne sont pas assez favorables la première année, j'essaierai de nouveau dans la seconde saison. »
Peary espérait de réunir la somme de i5oooo à 200000 dollars, nécessaire à cette expédition, par des souscriptions populaires, mais surtout il comptait sur l'aide des femmes américaines, « car, disait-il, c'est l'engagement des bijoux d'une femme qui a donné à l'Espagne son empire sur le Nouveau Monde, et aucun autre acte de la reine Isabelle ne restera aussi longtemps dans le souvenir des hommes ».
L'appui moral du Congrès de Géographie était d'ailleurs assuré à Peary, car le vœu suivant fut émis dans cette réunion scientifique : « Le huitième Congrès international de Géographie, se rendant compte que les seuls champs non entamés pour la découverte géographique sont les régions entourant immédiatement les pôles de la terre, désire manifester son sentiment de l'importance qu'il y aura à compléter de suite l'exploration systématique des espaces polaires. Il est désirable que l'expérience gagnée par les hommes de science et les olTiciers dans la récente expédition antarctique soit utilisée pour poursuivre sans retard le succès qu'ils ont obtenu. Le congrès reconnaît que la région arctique possède un intérêt plus immédiat pour les peuples de l'Amérique du Nord, et exprime avec confiance l'espérance que les expéditions actuellement en préparation seront appuyées pour assurer leur piompt et complet succès. »
Je n'ai pas revu le commandant Peary depuis cette époque.
Je dirai maintenant quelques mots du D"" Frederick-A. Cook, qui était également UKMnbre du Congrès de Géographie américain. Quoiqu il lût beaucoup moins connu du grand public et même du j)ublic qui s'occupe de géographie, les explorateurs des régions polaires étaient parfaitement au courant des premiers voyages de Cook, et ceux qui ont été ses compagnons ont conservé de lui le meilleur souve-
PEARY ET COOK 177
nir; si la siirjnise a été {grande à la nouvelle de sa découverte, rien jusqu ici ne permettait de le traiter comme un fourbe.
Le D' Cook a pris part ii l'expédition de la Beli;icn, commandée par M. de Gerlache en i8i)8-iS()(), pour explorer les masses de glace qui, au sud du cap Ilorn, bornent l'accès du Pôle antarctique. Au Congrès de Géographie de 190.4, il rendit compte des résultats de son vovagc au montM'Kinley où il se rendit, partant de Seattle sur le vapeur Snntu- Ana le 10 juin 190.'^, débar(|uant à Tv()nek, d tui il se rnulit par la passe Simpson et en longeant la base occidentale de la chaîne de l'.Maska. \ ce même (Congrès, sa connaissance des deux extrémités de la terre permit au I)"^ Cook de donner une vue comparative des régions arctique et antarctique; il disait: « Au Nord, la grande attraction des explorateurs a été la gloire d'atteindre le Pôle. Dans le Sud, le but a été de déterminer les limites d'un continent hvpothétique... La fascination de la course au Pôle Nord augmentera plutôt (|(i'elle ne diminuera, et un enlliousiasinc semblable grandira pour atteindre le Pôle Sud... d I",t il ajoutait ces paroles intéressantes aujourd'hui : « Une marche forcée jusqu'au centre boréal, f|uoique faite rapidement et ii travers des dillicultés assez grandes pour empêcher une enquête en dt'tail, nous donnerait néanmoins un compte rendu (record) de valeur des contours phvsnjues du ni\st«'rieux bassin arctifjue. (^> rapp.)rt pourrait être coniplétt' par des études subsécpientes de surfaces déterminées, cpii, «onibinées avec nos renseignements actuels, pourraient nous donner un bon tableau de la région arctique dans son ensemble. »
Ce fut par un arli>te iiinei icaiii que, |);ii lKis:ird, je lus mis en relation avec (iook.
l'"rank-\\ ilbert SroKKS. originaire de N;ishville (Tennessee), avait étudié la peinture ii Paris s<ius (ierôiue, H.iphael Collm. Hoiilanger, Lelebvrt"; en i^çci. la grand«> maison d'é<lition Sciibner I envoya comme artiste avec l'expéditittn de la Kilv, équijiér ii la recherche de Peary, stuis la conduite
178 MÉLAN(ÎES AMÉRICAINS
clAngelo Ilcil|nin, de Philadelphie, qui a assisté depuis aux éruptions de la montagne Pelée : excellent homme dont j'ai conservé le meilleur souvenir et qui est mort brusquement en 1907. Mis en gont parce premier voyage, Stokes fit partie comme artiste peintre de la nouvelle expédition de Peary au Groenland septentrional en iSgS-iSg/i, et pendant quatorze mois campa son atelier à la baie Bowdoin, par -■j" 'iV latitude nord. Infatigable, au caractère aventureux, Stokes partait une fois encore, mais cette fois pour le Pôle Sud, avec la mission suédoise dirigée par Otto Nordenskjold (1901-1902) qu'il avait rencontré à Buenos-Ayres. Au cours de ce voyage, Stokes recueillit, en février 1902, quelques spécimens, une douzaine, de fossiles antarctiques, à la terre de Louis-Philippe, les premiers rapportés d'une région aussi méridionale, et décrits depuis pour le Walker Muséum par Mr. Stuart-Weller. Stokes vint à Paris en 1908 et fit à la Société de Géographie une conférence fort remarquée à l'époque, dans laquelle on admira les splendides paysages polaires dont il avait réussi à saisir et à reproduire les nuances éclatantes. Aucun artiste n'a rendu avec autant de vérité et d'intensité la fulguration des colorations rouges et
vertes de la glace. Depuis, Stokes a été chargé avec juste raison de la décoration murale du Musée américain d'Histoire naturelle à Xew-York; il a peint sur la grande salle consacrée aux Esquimaux, une vaste frise représentant les glaces du Nord au milieu desquelles s'enfuit la déesse du soleil, Suk-eh-nuk, poursuivie par son frère amoureux, Abning-ah-neh, la lune : allégorie du grand jour et de la grande nuit arctiques.
Je retrouvai Stokes à New-York en août 190A, et je visitai son atelier de Washington Square où il gardait encore quelques-uns des tableaux qu'il avait consacrés aux régions polaires : il est regrettable qu'une de ces toiles si caractéristiques ne soit pas entrée dans la collection du Luxembourg. Stokes voulut bien se rappeler que j'avais pu lui être de quelque utilité à Paris, et il m'invita à dîner, non pas dans un de ces restaurants à la mode comme Delmonico ou
PEARY ET COOK 179
Martin, mais bien thms un de ces établissements dont l:i cuisine est spt'ciale et que préfèrent visiter artistes et voyageurs curieux. New-York est la ville cosmopolite par excellence, et je reviendrai peut-être quelque jour sur sa population bigarrée, d'Irlandais, de Scandinaves, d Italiens, de Levantins, de Juifs, de Chinois. Une de ses colonies les plus prospères depuis quelques années est celle qui a été formée par les Hongrois, assez rapidement pour cjuà l'instar des autres natiimalités, ils aient eprouv»' le besoin de posséder des établissements (»ù ils pourraient se rencontrer entre eux. pailer dans leur langue et manger les phits de leur pays.
C'est donc au restaurant hongrois, situé dans la Seconde avenue, non loin de l't'glise dans le cimetière de laquelle on vola le corps du richissime marchand Slcwart. rpi'il fut décidé, le r'' septenibre, que nous irions déguster le gou' lâche cher aux |>alais magyars, avec l'acctmipagnement ordinaire de la musique des tziganes.
Le D' Cook, sa femme et sa fille assistaient au diner. Il était naturel (jue les deux explorateurs parlassent de leurs campagnes arctiques, (^omme je l'ai indiqué plus haut, Cook et Stokes avaient un brillant passé polaire: le second, d'une santé délicate, avait renoncé :i de nouvelles expéditions ; mais le premier, dans la force de l âge, vigoureux, parlait de l'avenir avec confiance, sans penser, je crois, ([u'il attacherait un jour son nom a la di'-couverte du iN'tle N«>rd. Cook causait simplement, sans l'emphase de (jne|(|ii('s vovageurs r|ue j'ai connus. L impression (jue j'eus de notre conversation fut excellente; et rien dans l'attitude ni dans les paroles de (^ook ne pouvait d«''ccler limposteur (ju il serait, si vraiment se» adversaires ont raison. J'aime donc mieux attendre, avant de me faire une opinion définitive, ipie les savants, appelés a donner un a\ is sérieux après (|ue les pièces du débat auront été soumises il leur examen, se soient prononcés en connaissance de cause. Si Pearv est alli*. comme je le crois et comme personne ne s*»mble d ailleurs entlouter, jusqu'au iNMe, je ne vois pas d'imp<»ssibililé maté-
riclle pour iju un autre n'ait pu accomplir semblaljle exploit : un avenir très proche nous donnera des preuves certaines ; inutile de bâtir des hvpothèses en attendant'.
I. L(.' Dr. Ci>ok ii'ii p;is iibandoiiiié toute espér;iiice de r<'-liMbilit:itiiiii, vt (liiiis une visite qu'il m'a Fuite ù Piiris, en 1913, il m'ii remis les publiciiliuns. suivantes :
— My Attaiiimeiit of tlie Pôle Being^ llie Record of tlie Expediiioii iliat First Reached tlie BoreitI Geiiter 1907-1909 Willi tlie Final Sunimary oftlic l^olar Coniroversy by Dr. Frederick A. Cook. Ne«-Yoik, Tlie Polar Publisliiiig Co., 191 1, in-8, pp. xx-6o4-
— Positive ProoF oP Di-. Cook's Altainmcnt of the Pôle by Captain Evelyii Brijjçs Baldwin Meteorolofjist Peary Expédition igoS-^, in-S, pp. 9.
— Questions tliat enter Calculalions for Position of the Nortli Pôle by Frederick .\. Cook, in-8, pp. ~.
lu i:\()S-AIRES
L'année iijio niartjiie une date inipurtante dans l'histoire de la ville de Buenos-Aires : le centenaire de la République Argentine, (jue devaient commémorer des l'êtes brillantes auxquelles étaient conviés les pavs étranf^ers, une grande exposition internati«»nale, l'inauguration de nombreux monuments et les sessions de multiples congrès. Pour ma part, j'étais délégué au dix-septième congrès international des Américanistcs, (|ui, depuis des débuts modestes en i8-5 à Nancv, a tenu de brillantes assises dans les grandes villes <rEurope et du nord de rAméricpie, et principalement en lNy>>, à Iltielva, dans le sud de l'Kspagne, où Itit célébré <lans de grandioses cérénumies l'anniversaire de la découverte de lAmériqur. Le président du congrès était un aimable savant, le D' José Nicolas Matie>/.i), (jui \ient de publier une œuvre inédite de son ancêtre, Juan de Malien/»», dubierno del Pcri't, écrite au xvi" siècle ; doyen de la Faculté <le philosophie et des lettres de l'L^niversité de Buenos-Aires, il avait comme secrétaire général le D' Lehma:i:< Nitsciie, chef de la section anthro|)ologi<{ue du musée de la l'Iata, et, parmi les \ iee-présidents iiguraieiit les tleiix savants bien c<tMiMi>, le D' Amiuuisktti et le 1)' Samuel A. L\M)>k- <^iK\Ktx), direeteur du musée de l:i l'iuta. Tous les pavs étaient représentés à ce congrès, et près de soixante communications ont attesté de l'activité de ses membres : elles