V.n général, Ich Argentin» n'ont pa?» eu \\\ peine de gagner
214 MKLANCES AMKRICAINS
leur fortune : elle leur est venue tout naturellement par la plus-value énorme des terrains de leurs pères causée par l'afflux des étrangers; je ne crois pas cependant que Ton trouve dans l'Argentine de fortunes comparables à celles des Rockefeller, des Carnegie, des Pierpont Morgan, dans l'Amérique du Nord. I.a vie est fort chère en temps ordinaire ; elle était hors de prix pendant les ft'^tes ; les œufs, qui coûtent 3 francs la douzaine en temps normal, valaient alors 5 francs; la viande est relativement bon marché, mais le lait est dispendieux, parce qu'on tue les vaches pour les frigorifiques. Toutefois la laine manufacturée sur place grâce à un procédé importé par un Français permet de donner des couvertures à un prix inférieur à celui d'Europe, mais la confection et les étoffes, et les robes en particulier, venues de l'étranger, sont d'un prix exorbitant, par suite des droits de douane fortélevés. Simple indice de bien-être : dans les pays sud-américains, beaucoup d'enfants marchent nu-pieds ; à Buenos-Aires, ils ont tous des chaussures. Naturellement, les appointements et les honoraires suivent le mouvement du prix des denrées et des loyers : un employé qui gagne 6 ou 7000 francs par an est presque dans la misère. Aussi, lorsque nos agents diplomatiques et consulaires n'ont pas de fortune personnelle, font-ils médiocre figure à côté de leurs opulents collègues : l'Allemagne et les Etats-Unis connaissent l'utilité d'une brillante représentation.
Le mouvement du port est considérable; on est frappé de la vie intense qui existe dans les quartiers marins de la Boca et de Barracas, aux bords du Riachuelo; près des diques 2 et 3, sont construits des élévateurs de grains qui facilitent singulièrement les opérations du port et permettent de travailler sans presque discontinuer, même par le mauvais temps. Dans ce quartier aussi, sur la rive droite du Riachuelo, se trouve le Marché central des fruits ; là également s'élève le frigorifique La Blanca, inauguré en 1903 ; non loin, le frigorifique La Negra est un peu plus ancien ;
HUENOS-AIRES 21.>
il date de iN83; enfin, un troisième frigorifique, le frigorifique Argentino. De ces immenses établissements part toute cette viande congelée, qui est distribuée dans le monde entier et alimente maintenant les marchés de l'Europe ; à maintes reprises, la description de ces frigorifiques a été faite et je ne crois pas utile de la recommencer ici.
Maltiré les jjrandes améliorations des dernières années, les opérations du jxirt laissent beaucoup à désirer; le travail est trop lent ; à Anvers, on manipule en un mois ce qui prend un an :i Hiienos-Airos ; j'ai remartjué qu'un grand magasin du quai, incendié il y a quelques années, n'a pas été encore reconstruit.
Les douanes se trouvent transformées en dépAts ou en magasins ; à Liverpool, en trois jours, à Anvers en huit jours, les marchandises doivent être enlevées des douan«^s ; ici, on les laisse pendant un an, et avec une simple demande sur papior timbré, on pont in^me obtenir un délai àc deux ans; les né<ï«H-iants retirent leurs marchandises au fur et à mesure de leurs besoins, ce (jui leur économise une installation spéciale en ville et, par suite, des frais considérables, mais encombre les magasins des douanes.
Les exportations dépassent de beaucoup le chiflVe des importations ; pour les neuf premiers mois de celte année, voici le mcuivement des j)rincij»ales exportations : viande de bœuf, iSo'i-';» tonnes; vianile de mouton, 'n^o'.V/; viande de porc, 'xi'iW).; cuirs, yo fxio ; viande congelée, G/i ijâo ; laine, n»u '^'/i ; viande sèche, Gfiôo ; beurre, ao-'|.
Os, i7<*^'»7 tonnes; avoine, Sooaôy; lin, 539 753; maïs, I 65So47 ; fourrages, ■j!\C)\\ ; orge, 3ooa57; son, \(\'^ 7^18 ; rondins de (juebracho, 228 2^3; bb-, 1 T» 1 <i '|.i3 ; farine, SOqoS; tanin, 3.33(j3. Les exportations représentent une valeur de 1 3()'| 'jovi Mc).') francs.
Rien que pour l'.Vnglelerre, pendant le premier semestre de Kjin.les produits importés de l'.Vrgeiitine représentaient une v;;leur de aji 8.37 (j'i."") francs; ceux exportés de IWngleterrc en Argentine i33 15^785 francs; soit une dilTérencc, en faveur du commerce argentin, «le i58b83i'|(> francs
«16 MKLANCES AMÉRICAINS
L'Argentine est tributaire de l'Angleterre pour la houille, comme le Brésil, d'ailleurs ; on espère que le pétrole, lorsqu'on l'aura trouvé en quantité suOTisante, pourra remplacer le charbon en beaucoup de cas, mais, à ma connaissance, on n'en a découvert jusqu'à présent qu'à Saint- Rafaël.
Les récoltes, pendant l'année agricole qui vient de s'écouler, ont produit : blé, 3 565 550 tonnes ; lin, - i6 5i5 ; avoine, 629551. Les propriétés rurales, vendues pendant les neuf premiers mois de 1910, représentent 8827975 hectares, soit 2o4 millions de francs; les hypothèques, faites sur i 963388 hectares, représentent 112 millions de francs. Un danger menace souvent les colons : c'est l'expropriation des terrains qui leur avaient été alloués à leur arrivée dans la République, qu'ils avaient fait fructifier par leur travail, et qui devaient être leur propriété au bout de trente ans. Une bande noire veille dans les bureaux de l'Administration pour racheter les terres avant la prescrij)tion trentenaire, et les malheureux tenanciers, expulsés du sol qu'ils ont arrosé de leurs sueurs, se voient privés du fruit de leur travail et réduits à la pauvreté.
La culture étant limitée et la récolte manquant, une crise financière éclata en 1889 : les affaires étaient même si mauvaises qu'en 189 1, on envisageait froidement l'éventualité d'une banqueroute: le seul Carlos Pellegrini, dont le père était Savoyard, refusait d'accepter une semblable solution. Aujourd'hui, le crédit argentin est rétal)li ; la culture est singulièrement développée et il faudrait au moins deux années où toutes les récoltes seraient perdues, éventualité peu probable, — pour que les finances fussent de nouveau compromises; aussi les banques pullulent-elles.
Une grande carte des chemins de fer argentins, parue en janvier 19 10, fait constater un formidable développement du réseau ferré. En i865, on ne comptait que 249 kilomètres de chemin de fer ; en 1907, il y en avait 28 295.
La population de la République Argentine, qui était, au
HIKNOS-AIKKS «7
Al décembre 190A, de 0^10028 habitants, était montée, au 3i décembre 1907, à 6 20o845 habitants; celle de la capitale qui était, au .'il décembre 1907, de i i3jo<»o habitants, était, au 3o avril lyio, de i 26039') habitants, c'est-à-dire <jue Buenos-Aires représente plus du sixième de la population du pavs entier.
L'immi<^rati(>n en Argentine a suivi une marche ascendante formidable: 1857, 'i9'>i immigrants; i8G5, 11767 immigrants; 187'), ^2 oOô ; i885, 108722; 1897, i35 2o5 ; 1905, un C)jj ; 1907, 329 iA-2. Du Bulletin mensuel de statistique municipal de la ville de Bueiios-Aircs ilavril 1910, je relève sur une totalité de iT) i.'jS immigrants venus d'outre-mer les nationalités suivantes : Africains, 7; Allemands, 379; Argentins, 91 ; Autrichiens, 37.'»; Belges, 33; Boers, r> ; Brésiliens, 71 ; Bulgares, i32 ; Cubains, 2 ; Chiliens, 6 ; (Chinois, 3; Danois, \'i ; Kgypticns, 3; espagnols, 6 '19^ ; l'rançais, 30.") ; (irecs, 268 ; Hollandais, 2.'» ; Hongrois, 35 ; Anglais, 202 ; Italiens, /|3'i7; Japonais, v; Marocains, 6 ; Mexicain, i; Monténégrins, .')3 ; Nord-Américains, 3i ; Norvégiens, 3 ; Paraguaven, 1 ; Péruviens, .'4 ; Portugais, I '1^; Boumains, G2 ; Busses, i 2G3 ; Serbes, 21; Syriens, ti33 ; Suédois, 9; Suisses, .'17 ; Uruguayens, 11.
Avec cet inilux énorme d'immigranls, (jucl es! l'avenir de cette nation? (Certes les Argentins ont l'orgueil de leur race et d»- leur pavs, et nous ne saurions les m bUnner et ils ne veulent pas être eonfondus avec les autres Américains du Sud, aux(|uels ils se considèrent comme supérieurs ; aussi sont-ils toujours désireux de connaître l'opinion ilu visiteur sur leur pays et sur eux-mêmes. Mais IWrgenline est un pavs immense, — sa superlicie est de 2 9."'K)r)2«) kilomètres carrés, — pres(|ue désert, avec une capitale hydrocéphale; il faudra peupler ces territoirr> ; l'élément argontin étant médiocre «(iinme nombre, ci- seront les étranger», par leur apport roiitinu et rapide. (|ui ilonneront au pay« Hon caractère et sa mentalité délinitive. I.e fond espagnol, très compact, m- mo<liliera peu a peu, au contact des nou-
veaux venus ; la colonie française, trop désagrégée, malgré son importance intellectuelle, jouera un rôle secondaire dans le mouvement de la population et notre langue qui n'est pas, comme on le croit, parlée par toute la nation, peut môme perdre de son importance si nous n'y prenons garde ; dans les écoles primaires, sans que nous ayons élevé la moindre protestation, on a supprimé son enseignement obligatoire. Les Italiens, fort nombreux, vivent de leur vie propre. Quant aux Allemands, qui occupent une place considérable, facilement assimilables dans l'Amérique du Nord, ils ont malgré leur grand désir de plaire, de grandes difficultés à se mélanger à une race latine. Les Basques, qui vont dans le pays pour faire fortune et qui y réussissent, rentrent volontiers dans leur pays. Les Levantins, colporteurs pour la plupart, ne seront jamais assez nombreux, malgré leur constante émigration, pour avoir une influence prépondérante. C'est, je crois, du continent asiatique, que viendra l'invasion de l'Amérique ; l'Argentine, qui n'a pas, comme le Brésil, été contaminée par le noir, n'a pas, comme celui-ci et le Pérou, de traité avec les Asiatiques; pour donner à ces immenses espaces leur valeur complète, il faut des bras, et ces bras ne peuvent venir que du grand réservoir de l'Asie orientale. La percée du tunnel des Andes et de l'isthme de Panama faciliteront les relations entre les deux continents. Nous sommes donc à une période de transformation ; qu'en résultera-t-il ? Je ne sais ce qu'il restera des éléments actuels, mais je ne doute pas qu'il v ait ici dans l'avenir place pour un grand peuple. Jadis, des civilisations, aussi bien armées que la nôtre, ont disparu ou se sont transformées au contact d'éléiy.ents plus nombreux ou plus vivaces ; ce sont des étapes trop souvent oubliées de l'histoire de la civilisation humaine.
Wir CONCRKS INTKRNATIONA DES AMÉRICAMSTI'S'
(IJucnos-Aircs.)
Le Cong^^s des Américanistes a eu des dchuts modestes en 1875 à Nancy, où il fut présidé par le baron de Duniast. avec M. Alfred Rambaud comme secrétaire général; depuis lors il s'est réuni à Luxembourg (1877), à Bruxelles (1879), à Madrid (1S81), ii Copcnharruc (iSS.*^). à Turin (18S6) (le compte rendu n'en a jamais été publié), à Berlin (1888), à Paris(i89o) sous la présidence de M. de Quatrefages, ii Iluelva (iSqu) h l'occasion du quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, à Stockholm (189^), à Mexico (1896), i» Paris (1900) sous la présidence du D' Hamy, à New-York (1902), :i Stuttgart (njo'i), h Québec (190G) et à Vienne (1908). A celte dernière réunion, il fut décidé que le prochain Congres, h cause des fêtes commémorativesdu Centenaire de l'Indépendance des deux républiques, Argentine «'t Mexicaine, se réunirait à Buenos-Aires (lu !<"> au '.>o mai et ;» Mexico en sej)tembre 19K». MM. l'rancisco P. Morcno, le D' .Iu;in H. A iiibrosetti et le D' Leh mann-Nitschc, dont les pouvoirs furent confirmés par décret du 8 juillet 1909, furent chargés d'organiser la session de Buenos-Aires.
Le président du Congrès a été le D' José Nicohio Matienzo. doyen de la l'acuité de Philosopltie et des Lettres de l'Université de Buenos-Aires, ri le secrétaire général, le
I. Esirail du Journal des Savanli, wptPinlirT iQin, pp. .'{iS-^n
D' Lehmann-Nitsche, chef de la Section anthropologique du Musée de La Plata; parmi les vice-présidents figuraient M. le D' Amhrosctti et le D' Samuel A. Lafone Quevedo, directeur du Musée de La Plata.
Tous les pays étaient représentés, en particulier les contrées de l'Amérique du Sud : l'Allemagne, par le D"" Seler; la Russie, par ]\L Vasiliev, de l'Université de Youriev; le Chili, par le D"^ Max Uhle; l'Italie, par le D' Mochi; les Etats-Unis, par M. Bailey Willis, M. Aies Hrdlicka et le D"^ Currier; l'Autriche, par M. Franz Ileger et par M. Fric; la France n'avait qu'un délégué, celui qui écrit ces lignes, nommé Président d'honneur, représentant à la fois le Ministère de l'Instruction publique, la Société de Géographie et la Société des Américanistes de Paris.
Près de soixante communications attestent l'activité des membres du Congrès : elles embrassent tout le domaine de la science américaniste, archéologie, linguistique, mais plus particulièrement l'anthropologie et l'ethnographie. Les fêtes très brillantes du Centenaire coïncidaient avec la réunion du Congrès dont les travaux n'ont pas été interrompus un seul jour, et même ont dû être prolongés de plusieurs jours à cause de l'abondance des sujets traités.
Parmi ces soixante communications, nous citerons notamment les suivantes : Samuel A. Lafone Quevedo : The Calchaqiii ivooden pipes and their probable use: Blow-Tubes for cupping or Blo^v-Pipes for shooting poisoned arrows ; je partage l'opinion du D'" Lafone Quevedo que ces tubes étaient des sarbacanes destinées à lancer les épines empoisonnées en usage chez les indigènes de la plaine de Tucuman. — Carlos Marelli (La Plata) : Craneologia de las antiguos Patagones enterrados en el Valle del Rio Negro, d'après la collection de 200 crânes réunis au Musée de La Plata par le \)' Francisco P. Morcno. — Samuel A. Lafone Quevedo: Las lengftas de tipo Guaicurii y Chiquito comparadas \ ces deux familles ethniques, géographiquement parlant, voisines, ont un élément linguistique commun. — Rodolfo Lenz (Santiago, Chili): Los elementos indios del Castellano de Chile ;
XVII' CONGRKS INTERNATIONAL UKS AMHRICANISTKS Ht
«les 2 loo mots cliiliens de j)r(>venance indigène, i 35o, c'est-à-dire 66 pour kjo, sont d origine niapuche (araucan), «•nviron 'joo d'origine (juicluia et le reste, environ u'iv, dérivés d autres langues indiennes ou d origine douteuse. — F. C. Mayntzhusen (Haut-Parana) : Mitleilun^en ausdem (Jehielc lier Cuaroki. — Juan A. Dominguez et Kugène Autran (Buenos-Aires) : Arc/iivos inéditos de Aime lionpland euustenles en el Instiluto de liotdnica y Farniacologia de la i'nii'crsidad en la Faciildad de Medicina; j'ai dressé un inventaire sommaire de ces papiers que j'ai communiqué à l'Acadénue des Inscri|)ti«»ns et Bclles-I.elti es. — Kobeil I^ehmann-Nitschf : 7:7 i^riipo Tslinii de los ptii.scs nui^^elLinicos ; sous ce nom de Islniu, I auteur propose de réunir les dillerents dialectes parles en l'atagonie et à la Terre de Feu ; les principales tribus qui composent ce groupe sont les. Aonùkiintk. de la Patagonie orientale, mieux connus sous le nom de Tehuelche, el dtmt la langue est bien connue pai' la réédition des œuvres linguistiques {]'oiabiiLirio y liitdimentos de la (jramdtica del Idioma Tsoneco, et (jntmdtica^ <le Tln'ophilus I'". Sclimid, missionnaire de la SiMitli American Missionary Society, et les l'aluiush, de la Cordillère australe, aujourd'bui disparus; la section fuégiennc du groupe Tshou est représentée avant tout par les Shilkn'am du nord et par les Manekenkn aujourd'hui éteints du sud-est de lile. — Tomàs (lucvara (Temuco, Chili) : i'olklore araiicano (proverbios y refranes); Los .sdcri/ictulo/cs f/rc/ii.s/fanox en CliiU', étude sur les pierres avec cavités (jui existent au Chili. — .\ureli<» Ovar/.ùn (Santiago, (ihiii) : C'<>nlrihucii>n al cstitdio de la inllucmia de la livilizaciii/i fn'/iia/iti sobre los aborigènes de Chile; la civilisation |)réhispani(jue du (Jiili dérive du Pérou et les .\raucans d'aujourd'hui conservent encore par survivance le» restes de cette ci\ ilisalion ; Los petnt^di/'os drl Llatina, dan> l.i |)r()Vince d*- (Pantin; en collaboration avi'C I). ionias (ïuevara : /:/ litbmti y Itts ftifias [iie/nspituas en Cinle. — F.slanislao S. /eballos (Huent»>-Aires) : S'ola.s sobre el deree/io fiiiblieo y f/ri%'ado de Uts Araiivanos de Li Panifht , «»n déttignc cuniniuMenient >ous \v nom de Panipa
'2-2i MÉLANGES AMÉRICAINS
Argentine le vaste territoire compris entre les provinces de Buenos-Aires, San Fe et Cordoba, à Test, San Luis et Mendoza au nord, la Cordillère des Andes à l'ouest et le Rio Xegro au sud. — Aldobrandino Mochi (Florence) : Crani e scheletri di indigeni del Chaco conservés au Musée national d'anthropologie de Florence. — Luis Maria Terres (Buenos- Aires) : Arqueologia y antropologia de los primitU'Os liabitantes del Delta del Paranâ. — Franz Kiihn (Buenos-Aires): El petrogUfo del Penàn (Antofagasla de la Sierra). — Florentine Ameghino (Buenos-Aires-La Plata) : La industria litica del Homo painpaeus, procedente de la région litoral de Mar del Plata à Necochea. — Hermann von Ihering (Sào Paulo) : A ethnograpliia do Brazil méridional. — Bailey Willis (Washington) : Venvandlungen in dem geographischen Milieu waehrend des Quaternaers. — Aies Hrdlicka (Washington) : Artificial déformations of tlie hunian skull with especial référence to America.
Xotre compatriote, M. le comte de Charencey, absent malheureusement, communique une note De la formation des voix verbales en Tzotzil. On sait que cet idiome, qui fait partie de la famille Maya-Quiché, appartient au groupe oriental de cette famille, ainsi que le Maya et le Iluastèque. Il se rapproche spécialement du Tzendole, dont il ne constitue, pour ainsi dire, qu'un dialecte et est exempt de ces mexicanismes que l'on retrouve dans le Quiche et surtout le Mam du Goconusco. Son système de conjugaison est fondé sur les mêmes principes que ceux des dialectes congénères et, d'ailleurs, d un grand nombre de pariers du Nouveau Monde. C'est-à-dire qu'il admet une distinction très tranchée entre le traitement du verbe transitif et celui de l'intransitif, et marquée spécialement par l'emploi de pronoms différents, possessifs pour le premier, strictement personnels pour le second. Somme toute, par sa manière de former le verbe, le Tzotzil semble avoir conservé plus de traces <rarchaïsmes que le Maya et nous rappelle davantage les langues du groupe occidental (Quiche, Pokame, Cakgi, etc.).
M. Ilerman ten Kate (Genthod, Genève) a envoyé une
XVll' (:0.\(JHÈS INTKHNATIONAI. HKS AMKRICAMSTES 2i3
note Sur fj/u'lfjnes peintres ethno'jrd plies dans l'Amérique du Sud, ;iu \i\* siècle, commençant par Alexandre de Ilumboldl et se terminant par Guido Boggiani ; nous ne citerons que l'œuvre, très disparate, de deux hommes, l'un suisse, lautre hijo del pais qui doit intéresser plus particulièrement les Argentins : Adolf Methlessel et le D' Julio Fern;indez Villanueva. « Le premier, mort tout lécemment, passa près de trente ans au pays de La Plata » ; la valeur de ses œuvres réside surtout dans ses pavsages : « Il v en a qui, pour la connaissance de la région calchaquie ou diaguita, où Melhfcssel exécuta des fouilles fructueuses, ont grand intérêt. » Le D"^ Villanueva trouva la mort en 1890 en soignant <los blessés à Bucnos-.\ircs ; parmi ses tableaux, on cite le Retour d'un Malon.
M. Eduard Seler (Berlin) a lu un nit-nioire Sur les peintures de vases péruviens. Dernièrement a surgi des cimetières des eûtes péruviennes une foule de vases de l'art le plus grossier comme le plus fin; l'impression donnée par des collections de moindre importance est confirmée. Toutefois, dans leur ensemble, ces vases présentent un tvpe uniforme (jui est dans un style fort dinV-renl de celui des vases provenant des Hautes-Terres et de Tiahuanaco. Pour l'achacamac, l'Iile a dé-jà iiidi<|u<' le passage t'-pliémère du style de Tialiuaiiaco ; si le même fait s'applique aux fouilles septentrionales ou si le type des vases finement peints de ('liimû correspond ii celui de Ica et Nasca, il faudra le vérifier par des recherches nouvelles. Sur ces vases, des peintures d'un art naturaliste repiésentant des plantes, d«>s individus, des scènes d«' la vir humaine alternent avec celles <jui figurent des animaux mvthi(jues et des ilénions ; malheureusement on ne possède (jue de vagues notions sur la repiésenlalion des mythes des anciens habitants des cMes <lu Pérou; actuellenjent on doit se borner à établir la différence entre les types, comme Baessier l'a fait pour la collection (ju'il a acquise.
M. Pedro P. (ianales (Tacna) a étudié Les cimetières in- Ai^encs de la ente du Pat i/lipie, obji-t de la vénération et du
22i MKLANGES AMERICAINS
respect des races qui habitaient le territoire péruvien avant la fondation du royaume des Incas : les Chinchas, les Aimaras et les Iluancas; les cimetières les plus importants sont dans Tacna, Arica, dans les vallées intérieures de ce port : Azapa, Socoroma, etc.. dans Pisagua, Punta Pichalo, Jaradas et Morro de Sama.
M. Max Schmidt (Berlin) traite des vieux tissus péruviens : « Dans la séance de janvier de la Société d'anthropologie de Berlin, dit-il, j'avais présenté les résultats les plus importants de mes études sur les tissus de Pachacamac de la riche collection devenue propriété du Musée royal d'ethnographie par une fondation généreuse de M. von den Zypen, mort malheureusement trop tôt. »
Dans ses recherches sur les Relations prchistoricjues entre le Pérou et l'Argentine, le D"" Max Uhle, directeur du Musée de Lima, propose une répartition des civilisations calchaquies en trois périodes, celle des vases draconiens d'Andalgalà, les types de la civilisation propre calchaquie la plus ancienne comme à Santa-Maria, Amaicha, etc., et le type contemporain des Incas, visible dans les fouilles d'Ambrosetti à La Paya. Il est nécessaire d'étudier ces périodes dans l'Argentine. Il v a des traces considérables d'importation d'objets et d'autres influences de la période de Tiahuanaco dans le nord de l'Argentine, qui portent Uhle à croire que le stvle ancien de Santa-Maria. quoique n'avant pas de relation directe avec le Pérou, ne s'est pas formé sans influences péruviennes. Une période incaïque existe dans l'Argentine.
Dans un autre mémoire, le D"" Uhle étudie Les origines des Incas qui, ainsi que leur organisation, sont restées fort obscures jusqu'à l'époque moderne. Voici quel a été le développement historique de Cuzco : au commencement la vallée était sujette des .\iniar;is. Les gens de langue quichua se rendirent depuis indépendants. Suit la période des Sinchis, représentés dans la tradition par les Incas de Sinchi Roca ou Capac Yupanqui. Le premier véritable Inca fut Inca Roca. La période des Sinchis, comme chefs de peu d'importance, correspond à la tradition de Montesinos sur
XVII' CONGRÈS INTERNATIONAL DKS A.MKRICANISTKS ît%
une période de dépravation politi(|iie, intermédiaire chms le (^uzco et aux faits archéologiques. La civilisation des Incas, dans toute sa forme contraire à celle de Tiahuanaco, dt'coule peu à peu d'origines insignifiantes, comme le prouve l'archéologie.
M. Juan B. Amhroselti (Buenos-Aires) donne les résultats (les explorations archéologiques qu'il a faites pour la Faculté de philosophie et des lettres dans la ville préhistoricjue Kl Pukarà de Tilcara, située dans la quehrada de Ilumahuaca, province de Jujuy, qui parait représenter dans cette région la limite seplenlrionale des tvpes de la culture du Sud.
M. Salvador Dehenedetti (Buenos-Aires) a exploré les trois cimetières préhistoriques ile « La Isla », de Tilcara, province de Jujuy, et il en tire comme conclusions que « La Isla n fut il l'époque précolombienne un lieu destiné exclusivement aux iidiumations; cjue « La Isla » marque Icxtréme sud d'une civilisation, ind«'[)ei:dante jusqu'à présent de ses voisines, la calchaqnie tt la atacamena; que la découverte de « La Isla » montre la limite à lafjuelle sont parvenus les Calchaquies, .Vcatamenos, (^uichuas et (^hacjuenos.
M. (Carlos Brueh, chargé d'une mission par le Musée de la l'Iata, a visité en i<j<>G et 1908 les sites anciens de Tafi. (^)uilmes, dans la vallée de Santa-Maria, et entre autres ceux de Kamahalasto, Ilualfiti et Fuerte del Pucarà. et étudie les constructions anciennes di- la valléi- calchaciiiie.
M. José Toribio Médina, le bibliographe bien connu de Santiago du (ihili, n'a pas lait iniuns de trois communicati«»ns : I" Sur 1 introduction de l'imprimerie en Anu-riciue ; ■j" Sur la découverte sup[)osée du (Ihili par les l'risons au XI' siècle; .'i" Sur les monnaies emplovée-s par les Indiens d'.\méri<|ue si l'époque de la découverte, suivant les documents anciens et les chroni(|ues espagnoles
M. .Vritoine Larrouy. pr/^tre français, établi «lepiiis longtemps à Buenos-Aires, a donn«' «les renseignemrnts nouveaux sur la famille d'.\ntonio de Léon l'inelo dans le Uiu de la IMata. Diego Liq>ez de Lisbonne et Catcriua (la Kspe-
22t) MELANGES AMERICAINS
ranza étaient l^ortugais, juifs et catholiques; mariés en 1687, ils eurent trois fils: Juan Rodriguez de Léon, prédicateur en Espagne et au Mexique; Diego, jurisconsulte et recteur de l'Université de Lima, et enfin Antonio de Léon, « historien, bibliographe, jurisconsulte, poète, archéologue, économiste, critique, l'écrivain le plus laborieux de l'Amérique espagnole, et celui qui, suivant Mitre, a le plus travaillé pour l'histoire de cette partie du monde ». Lôpez était négociant et il se rendit en i5g4 au Rio de la Plata, voyageant entre Potosi, Buenos-Aires et le Brésil; Antonio de Léon était h Buenos-Aires en août 1621.
1»A1MERS INKDITS DL NATLIIALISTE AIMÉ BONPLAND
CONSERVÉS A BL ENOS-Al UES '
Lors du récent voyajre que j'ai fait à Buenos-Aires, comme délégué du gouvernement français au Congrès international des Aniéricanistes, j'ai eu la Ixuine fortune de pouvoir examiner les papiers restés inédits du célèbre naturaliste Aimé Bomm.and et conservés dans lo pavs qui fut pour lui une seconde patrie. Le compagnon d Alexandre de IIlmholot ne jouit pas chez nous de la légitime réputation que ses voyages et ses recherches lui ont value dans d'autres pays; l'Allemagne, par exemple, ou les républiques sud-américaines au milieu des(|ue|los il a passé lapins grande parti»' de sa vie et où il est mort. Il v a (jiiatre ans, iKttre regretté confrère, le D' IIam\, a consacré à Honpland un livre-, ténioiiînaîre du labeur consciencieux du ^a\anl professeur au Musi-iini d llistoiie iiatiinlle, livre (jui auiait été délinitii si les paj»iei> du botaniste rochellois conservés ctï Améii([ue, dont ni»lre auteur n'a pas ignoré l'existence, avaient pu lui être communi(|U<'-s. Il n'v a pas eu mauvaise \o|i>iiti' (le l.i part des A ri^eiilms, «oiiime llaniv a seniblé le
I. Eitrnit dei ('.itinpift rrtuhu det lêonret de V Académie dei Interiptiom et UelUl-l^ttrei. U)in, p. /|.'i'>.
a. Aimé lionfdnnd, médecin et naturaliste explorateur de i.iméritfue du Sud. Sn vie, «on «iitrv, «n rorre«|toiiciiiiiri<, awr un rtioit dv |iip<-ri retalive* k m biof^rapliir, un |>orlriiil ri uni* rarlp, par lo I)' h. T. Ilium (l.ilirnirio orienliilf i-t Hin^ri('4iiue, K. (iuilniulo, l'itri*. « <l. | I9<><')|. iii-'^, \t\t k(.vi-3o<>).
as MELANGES AMERICAINS
croire (cf. Aime Bonpland, p. xciv, note), mais impossibilité matérielle de lui envoyer l'amas considérable de documents laissés par Bonpland. Aussi bien, voici l'historique de ces papiers.
Aimé-Jacques-Alexandre Goljaud Bonpland est né le 28 août 1773 il La Rochelle et il est mort, à l'âge de quatrevingt-cinq ans, le 11 mars i858, à Restauracion ; il fut inhumé 'a Paso de los Libres. Sa mort fut connue en Europe en juillet, et la nouvelle en fut communiquée à l'Académie des Sciences par llumboldt. Suivant le conseil de ce dernier, les professeurs du Muséum d'Histoire naturelle, sur l'avis de l'Académie, réclamèrent les papiers et les collections de Bonpland qui furent remis au comte de Brossard, consul de France à l'Assomption, par l'intermédiaire duquel ils sont parvenus à Paris et sont entrés dans les archives et les collections du Jardin des Plantes. Toutefois, tous les documents n'avaient pas été remis à notre agent par la famille de Bonpland, ou plutôt par le curé Gay, qui fut sans doute l'intermédiaire dans cette affaire.
Bonpland ne parait pas avoir été jamais marié légalement au point de vue français, mais il eut deux unions ; de la première avec une compatriote, il eut une fille, Emma, dont une lettre fort touchante adressée à son père se trouve parmi les papiers que j'ai examinés ; de sa seconde union contractée en Amérique, Bonpland eut une fille, Carmen, née en i8^3, et deux fils, Amado, né en i8')5, et Anastasio, né en 18^7; Amado, chef de la famille, eut lui-même quatre enfants : Sofia, Benjamin, Georgina et Pompeyo.
En igoS, M. Juan A. Dominguez, directeur du Musée de Pharmacologie de la Faculté des Sciences médicales, apprit [)ar le D' Schweizer, qu'un élève nommé Bonpland se trouvait à la Faculté ; ce dernier était en effet Pompeyo, aujourd hui docteur en médecine, qui annonça qu'il descendait du grand naturaliste, que sa famille résidait dans la province de Corrientes, dans le domaine créé par son ancêtre dont il restait un grand nombre de lettres et de manuscrits ; il pro-
l'AlMKKS INKOITS DL' NATL'HALISTE AI.MK huMM.AND ii'.t
mil en outre d'obtenir de ses parents que ces documents fussent mis à la disposition de la Faculté. En elfet, quelques mois plus tard, Amado Bonpland, le père du jeune élève, lui-même fils du botaniste, se présentait au Musée avec une malle pleine de documents (ju'il laissait pour être étudiés et publiés dans TArf^entine, au mieux du jugement de M. Domintruez.
Ce don ne resta pas ignoré : le périodique l^ien connu de Buenos Aires, Caras r Carelas, publiait dans son numéro du 3o septembre iyo5 un article du D' Eduardo L. IIom- BERG qui avait déjà consacré (juelques lignes aux manuscrits de Bonpland dans son Viaje d Misioncs, avec des portraits de Bonpland, de ses enfants, de llumboldt, le facsimilé d'une lettre de llumboldt et d'un mot de Bonpland à ce dernier, un dessin de l'urne renlermant les restes du voyageur, elc.
D'autre part, le Courrier de Ca IHala le l'rancdis imprimé à Buenos Aires, donnait dans son numéro du lundi -j. octobre i()(>5, un article de M. Eugène Ai:tua> intitulé : Importdnte tniiiKuiille. — Muruiscrits île I}onfjl<i/i<l. — C'orrespo/ilitinci- inrditc de llumholiU, a\ec di-s photographies et le lacsimilé d'une lettre de Bonpland a llumboldt.
!,<• I)' llamv, heureusement, a eu communiciitioti de ces deux articles (|ui lui ojit ap[>ris ce (|u'il a coniiii dr la correspondance inédite de Bonpland.
Depuis celle épocjue, M. Donnngue/. a conlié a M. .\utran le soin de classer et de copier, en vue ilr la iuturc publication, les papieis (h* Bonpland rédiges, pour la maji-ure partie, en français. M. Eugène .\utran, (jui est Suisse de (îenève, et non I' raneais. e(Mnnie le croviiit ll;itny, est un botaniste di>tiiigut'', jadis attache a 1 lieibicr Boisftier, aujourd liui attache au Musée de Pharmacologie de Buenos Aires. Avec beauci>up de dévouement, M. .\utran a accompli sa tâche, ri l'on pourra prochainement commencer la publication de l:i correspondance et des manuscrits inédits de Bonpi.itid. Le <-ontenu de la caisse remise par Amadii Bonpland a été gardé a Bikmios .\ire&, sauf (|uel(|ucs
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papiers de lamille, d'un caractère très personnel, qui ont été renvoyés à Corrientes.
Dès mon arrivée à Buenos Aires, mon attention avait été attirée par le titre d'une communication que devait faire M. Dominguez au Congrès des Américanistes sous le titre de : Archivos inéditos de Aimé Bonpland ejcistentes en el Institulo de Boùînica y Fannacologia de la JJn'wersidad en la Facidtad de Medicina. M. Dominguez et M. Autran entrèrent en relations avec moi et, avec la plus parfaite courtoisie, m'offrirent de me communiquer tous les papiers de Bonpland conservés au Musée pharmacologique. Naturellement, j'acceptai avec empressement, et j'apporte aujourd'hui l'inventaire sommaire des papiers fait pendant le trop peu d'heures que j'ai pu consacrer à ce travail durant mon séjour à Buenos Aires; il est incomplet, mais tel qu'il est, il suffira à donner une idée de l'importance des documents laissés par le compagnon de voyage et le collaborateur d'Alexandre de Humboldt.
1° Vingt-huit lettres autographes signées d'Alexandre de Humboldt à Bonpland :