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I. Jiurnal des Sacnnts, Août 191 2, pp

CONdRÊS INTERNATIONAL DKS AMKRICANISTF.:^ Wl

Etudes Me.ricnines. — Je rappeller;il tout d'abord que le Mexique a sans doute été occupé par des peuples de même race que les « mound-builders », les « cliir-dwellers » de l'Amérique du Nord, les constructeurs de « pueblos ». Le pavs fut envahi par des gens venus du nord : Otomites, Mixtèques, Zapotèques, tous fils de Iztac Mizcohuatl ; du sud, probablement des Antilles, arrivèrent les Mavas principalement établis dans le Yucalan. Les envahisseurs du nord, désignés sous le nom de peuples nahua, s'établirent dans la vallée de l'Anabuac (Mexico). La plus ancienne des nations Nahua, les Toltèques (folfera/l, habitant de Tollan, terre de roseaux = Toula, nord de la vallée d'.Vnahuac) dont 1 arrivée est placée au vi*^ ou vii*^ siècle de notre ère, après l'apparition d'un type mongolique, semblent avoir apporté l'élément civilisateur : on leur attribue les monuments de l'ancien Mcxi(|ue, l'invention des hiérogivphes, riiitroductioii (lu maïs et du coton ; à eux se rattache la diviniti' appelée en aztèque (^)uet7.alcoall, le « serpent emj)liimé ». Ils sont supplantés par les (Jiichimèques. Puis viennent les sept nations j)ai ini lf's(jii(llcs les Aztè(|ues, dont la langue, parlée encore ii Mexico, représente les dialectes (^nnhuall) des nations Nahua. Iluitzilopochtli, la tête véritable du panthéon aztècjue, Dieu de la (iuerre, parait avoir donné son nom de Mexitl à Mexico. Les .\ztè(|ut's (|ui ont parcouru \v plateau d'.Vnahuac, loiulèrent vers l'^u,"», sur les bords du lac de Tezcuco l'établissi'mi'iit de Mexico Trnochtitlan, rrmplacé pai hi (Mpitale atturjlc ; ce nom ih- Mrxico. Mexi(jue, lut donné par les l'ispagnols :i toute la région placée sous l'inlluencc des ,\ztè(jucs lors di* la con(|uéte.

On peut dire que les études mexicaines ont lait relativement peu de progrès. Depuis Tt-itoque où h- I*. .\lhanasc Kircher consacrait dans son Ocdi/m.s Aci^y l'iiiiciis s«>n quatriènif* (hapitr)* :i : « I)e Lilcnttttnt Met iainnium, vt an pvoprie hiero^lyphica dici passif » (Rome. i(i.'>'i. III, pp. 'Jl.S-3r»), dans lecpiel il donnait di-s exemjtles décriluri' n»e\icain«', on a reproduit de nombreux manus<rits mexicains. Lord Kingsborough a dévoré une fortune dans la publication

de ses Antiqiiitios nf Me.rico en 9 vol. iii-fol. (i83o-i8/i8) ; depuis d'excellents facsimilés ont été publiés comme le Codex Nutt;dl, appartenant à lord Zouche de Ilarynworth, aux frais du Peabody Muséum (1902), les Codices Vaticanus, Telleriano-Remensis, Borbonicus', etc., aux frais du duc de Loubat ; on a môme composé des groupes de caractères maya à l'usage de l'imprimerie*. Nous connaissons les dixhuit signes des dix-huit m()is(Kircher les connaissait aussi) de vingt joursf chacun, ceux des points cardinaux, ceux de quelques couleurs, c'est peu. On pense que la civilisation maya doit remonter aux environs de l'ère chrétienne, mais rien ne permet d'établir une chronologie exacte ; tout est supposition, et comme l'on pense que le Mexique a été l'origine d'une civilisation qui est descendue jusqu'au Pérou, on voit combien l'on est loin de pouvoir écrire l'histoire de ces régions ; on n'est même pas d'accord pour lire les caractères mava : de droite à gauche ? ou de gauche à droite ? Le maître de ces études, M. Seler, de Berlin, est combattu par de nombreux adversaires. Nous allons essayer d'indiquer les dernières théories émises sur ces questions intéressantes. M. Seler annonce que des spécimens de l'art de Teotihuacan ont été trouvés sur le bord oriental du grand plateau central, près de Chalchicomula et Jalapazco ; il a découvert dans cette région deux splendides vases en terre dont les (iii'ui'es sont exactement semblables ii celles des murs du

Teopancaxco à San Sébastian, Teotihuacan, avec des couleurs vives peintes sur un fond de stuc sur la surface des vases. Le dessin et les couleurs ressemblent à ceux du fameux vase aux papillons découvert par Désiré Charnay, à San Juan, Teotihuacan.

On se rappelle que le manuscrit mexicain du Vatican By-S avait été publié en facsimilé à Rome en 1896 aux frais du duc de Loubat; ce codex qui donne le type complet d'un

I. Ce codex acheté en mai 1826 pi»ur i 3oo francs parla Bibliotlièque du Palais-lîouibon n'élait connu que par une courte notice publire par Aubin <laiisla lieciic orieiilalc cl américaine de novembre i85(j.

j. \ini Journal des Savants, février lyi i, p. 81.

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livre naltua avait été publié d une manière défectueuse par lord Kingsborouj^h dans ses Anliqiiities of Mcrico. Dans ce codex, édition Loubat, sont peintes deux « maisons », jointes l'une à l'autre par un chemin (feuillets i5-i()); elles ont été désignées par M. Seler comme les Maisons de la Pluie et de la Sécheresse. M. Stansbury Hagar, de New-York, remarque que les signes du jour qui sont peints dans l'intérieur de ces maisons et le long du chemin représentent exactement, par leurs positions respectives, les dillerentes saisons sur le plateau mexicain, et confirment les identifications en séquence de ces signes du jour avec les vingt divisions du zodiaque.

M. Seler a trouvé un adversaire en M. Ilermann Bever, de Dresde; M. Beyer soutient l'opinion de Forstemann, Schelhas et Brinton que le dieu Mava avec une face couverte d'ornements a la tête d'un singe, et après un examen des dieux barbus des manuscrits mavas, réfute la théorie de Seler que la face du dieu maya ci-dessus est formée d'un serpent décapité. Il est démontré que l'hiéroglvphc alihiiL est le dessin conventionnel d'un crâne. DifT'érents cas, où dans les manuscrits mexicains, le singe apparaît avec les attributs du dieu de la mort ou des emblèmes de Tezcatlipoca, sont expli(jués par l'Iivpothèse (jue la constellation p(dairc était regardée par les anciens Mexicains comme la tête d'un sinfre.

M. Walter Lehmann, de Mmiicli, a e\j)osé ses recherches relatives au Calendrier de l'Amcrique centrale: il conclut (|ue I emploi (lu calendiier mav;i doit remonter ii i-do ans en arrière.

M. .Iiiati Martine/ lleniande/ a donné un récit de la création du monde suivant la tradition ma\a contenue dann un manuscrit de (piatre pages trouvé dans le f>tif/>fn île (!humay(d par 1 évéïpie (^arrillo y ,\ncona de ^ ucatan ; le texte est présenté dans le maya original el en espagnol ; il décrit la lutte entre deux divinités multi|des : li- Itolum-ti-Ku (neuf dieux) vain»' ().tl<iliiin-li-Kii (Irei/.c dieux) et emporte hou dragon et su suie (les jirétrcs se noircissaient le corps),

recueille les éléments créateurs (feu, sel, rochers, arbres, fèves, graines, etc.) et s'élève au xiii*ciel, laissant formée la croûte de la terre, et les quatre dieux Dac-cob, os du monde et soutiens du ciel. « Et alors vinrent les femmes, sans mères, avec ceux qui travaillent ferme, les sans-maris, qui, quoique vivantes, manquent de cœurs. » L'enlèvement du serpent emplumé, symbolisant la découverte de l'astronomie, est suivi d un déluge et d'une destruction universelle, puis d'une nouvelle origine des espèces par l'intermédiaire de Itzom-Kab-oin, la baleine aux pieds d'alligator, animal aquatique avec des ressemblances reptiliennes, qui est identique au Cipactli des Aztèques. M. Hernandez ajoutait : « La religion des Mayas n'est pas une adoration exclusive du Dieu de Lumière, ni purement un culte des nombres ; les deux v sont compris, à cause du i"ipport intime entre les étoiles et les mathématiques ; il y avait un culte du calendrier. )) M. Hernandez a imprimé le texte du manuscrit de Chumayel avec la traduction espagnole.

M. Alfred P. Maudslay a communiqué une note sur la position et l'étendue de la clôture du Grand Temple de Tenochtitlan et la position, la structure et l'orientation du Teocolli de Huitzilopochlli, points de la topographie de Mexico encore discutés, tandis qu'on accepte en général la position déterminée pour le Palais de Montezuma, le Palais de Tlillancalqui, le Cuicalli (Maison de la Danse) et le vieux Palais de Montezuma.

Miss Adela Breton avait exposé la copie qu'elle avait faite des fresques de Chichen Itza dans le Yucatan ; des copies partielles, restées peu connues, avaient été exécutées par Thompson, Le Plongeon et Maudslay ; les parties les mieux conservées sont celles de la construction appelée généralement le Temple des Tigres ; ces fresques, quoique un peu enfantines, marquent un développement remarquable de l'art.

A l'occasion du congrès un jeune savant, M. J. Cooper Clark, a publié un volume avec de nombreuses planches en couleurs, dans lequel il expose l'histoire de « Huit Cerfs » ou « Gride d'Ocelot « qu'il a découverte dans le Codex

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Colombino, manuscrit conservé aujourd hui dans le Musée national de Mexico après avoir appartenu à un marchand allemand de Puebla, M. Dorenber^. «Huit Cerfs», serait né en i\'M) et l'histoire est conduite jusqu'il sa mort. M. Clark émet l'hypothèse que « Huit Cerfs » est un héros zapotècjue et que les six codices suivants sont l'œuvre de Zapotcques : Zouche ou Nultall, Vienne, Bodleian n" :;(S5S, Colombino, Hcckcr (ms. du Cacicjue publié par Henri de Saussure), Seld(Mi n"3i3j ; dans tous ces codices on trouve des incidents de la vie de « Huit Cerfs ». Ce héros apparaît aussi sur vinc stèle sculptée de Monte Alban conservée dans le Musée national de Mexico. Une des figures du Codex Colombino montre « Huit Cerfs » recevant le titre de « GrifTe d'Ocelot' ». L'Ocelot, /VY/.r pardalis, est, on le sait, la panthère mexicaine (^tlaioozidnli).

Le comte de Périgny fait remarquer (|n une des caractéristiques de l'architeclur*^ mava est l'usage constant de la ligne droite dans la construction des édifices et en particulier pour l'intérieur des appartements. Cependant dans un monument des ruines de Nakcun découvertes par le vovageur en i<)or)-o("t et mises à jour complètement vn i()0<)-i<)io, on n'niar(|ue deux ouvertures (jui aireclont la lornie don |)leincintre et sont larges de .'im. yo sui' unr haiitonr de :> m. lô. (^•tte forme tle voûte est particidièrement intéressante, car on ne la retrouve nulle part ailleurs dans les autres ruine» mavas connues. Kn effet le seul édifice offrant une vdùtc se rapprochant (|uel(jue peu de celle-ci se trouve ii Labna. (.\e%i une sorte d'arc de triomphe et encore sa voûte n'a-l-elle pas la forme exacte du plt-in-cintre. mais présente-t-elle l'aspect d'une voûte ogivale dont l'angle serait arrondi, .\insi donc les anciens Mavas (pii édifièrent leurs cités ;i une épti- <|ue (jue l'on a tout lieu <le croire assez reculée, s'ils ne se servirent pas fré([uemment du plein-cintre ilans la construction de leurs édifices, du moins ne l'ignoraient-ils pas.

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London, Tnviur nniJ Fraiiri», igi3, iii-'i olili>ii(;. pp. 3.t

Le D"" Capitaii s'est également occupé de l'architecture mava dont il a étudié surtout les deux particularités suivantes : 1° Construction de tous les monuments importants au-dessus d'élévations de terre ou de maçonnerie souvent très hautes. Origine pratique ou au contraire rituelle de cet usage. Son évolution ethnographique amenant au haut teo" calli avec grand escalier pour y accéder. 2" Reproduction en pierre des façades primitivement en bois ; l'analyse de plusieurs façades de Chichen Itza et d'Uxmal permet d'y reconnaître la copie en pierre de constructions en bois, copie tellement exacte que l'on y peut retrouver tous les éléments des pièces de bois imités en pierre. D'ailleurs l'Académie des Inscriptions a eu la primeur de ces deux communications.

Le savant Ferdinand Denis, conservateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, séduit par le délicat travail de la plume par les Indiens d'Amérique, lui avait consacré un petit traité qu'il avait intitulé Arte plumaria (iS'ô), qui mériterait bien d'être réimprimé. M. Franz Heger, directeur du Musée d'Anthropologie et d'Ethnographie de Vienne, a ajouté à ce travail un chapitre par sa description d'une coiffure en plumes, de l'ancien Mexique, conservée dans la collection qu'il administre.

Tableaux de métissage, etc. — Il y a quelques années notre regretté confrère, le D' Ilamv, trouvait chez un petit libraire du quai des Grands-Augustins, à Paris, une série de dix tableaux peints sur cuivre à Mexico au cours du xvni* siècle, par Ignacio de Castro; ces tableaux contenus dans un cadre appartiennent aujourd hui à la galerie d'Anthropologie du Muséum d'histoire naturelle : ils représentent les diiTérents types de sang-mêlés du Mexique : deux parents et leur rejeton; on y voit ce que peut produire le croisement de l'Espagnol avec la négresse, la mulâtresse, l'indienne, etc., et de ces difféientes races entre elles. Le \y llamy a décrit ces tableaux' qui forment une collec-

I. V)t^.'Ï .\\^m\- Décades Americamc. l'et 2''tli''Ciides, no\IV,pp. 100-109.

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